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Dimanche 14 Juillet 2019

Règle de saint Benoit - Le Prologue (texte et commentaire)

                   REGLE  de  SAINT  BENOÎT      

                      

Il manque souvent dans nos vies un fil conducteur, des repères sur lesquels s’appuyer en particulier lorsque les jours sont durs.

Le croyant chrétien peut découvrir, à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu, la vraie source qui va le désaltérer, le nourrir, le guider. Partageant cette Parole avec d’autres croyants, stimulé par eux, relevé parfois, il avancera porteur d’un message de vrai bonheur pour lui-même et pour ses frères humains. Les témoignages à ce sujet sont innombrables depuis des siècles et aujourd’hui encore.

La Règle de saint Benoît ne peut en aucun cas remplacer les textes bibliques et l’Evangile en particulier. Mais elle est un outil concret, complémentaire de la Parole, s’appuyant sur le roc inébranlable qu’est le Christ. Par ailleurs, l’enseignement de saint Benoît est fiable, éprouvé, expérimenté par des générations de moines mais aussi de laïcs et n’a rien à envier à certaines pratiques et stages actuels psychologiques et spirituels dont, à notre époque, nous sommes friands tant la vie actuelle nous déboussole. Le terme de « règle » peut peut-être déranger ; on n’aime plus trop les contraintes. Tout dépend ce que la parole d’un père représente pour nous.

Nous allons suivre ce parcours, avec l’humilité d’un débutant, d’une terre vierge qui va se laisser approcher, retourner, travailler sans chercher à connaître à l’avance quels fruits seront donnés. Laissons-nous émerveiller comme un enfant qui apprend à marcher à la fois prudent et téméraire, sûr aussi de la protection des mains paternelles et maternelles.

                      *  *  *
   PROLOGUE

1-
 Ecoute, mon fils, les enseignements du maître et tends l’oreille de ton cœur. Accueille volontiers les avis d’un père si bon et mets-les en pratique, 2- afin de retourner par l’effort de l’obéissance à celui dont t’avait détourné la lâcheté de la désobéissance.

D’emblée, saint Benoît situe les interlocuteurs : un fils et son père qui est aussi, très logiquement son éducateur, sa référence, son maître. Quel enfant perdu celui qui n’a pas ou plus de parents ! Quelqu’en soient les conditions, nous portons cet héritage jusqu’ à notre mort. Il n’est qu’à lire les multiples témoignages d’écrivains biographes.

Mais il ne suffit pas qu’un père et son enfant cohabitent, il faut « tendre l’oreille », écouter la parole paternelle, l’accueillir. Les conditions de vie familiale n’y sont malheureusement pas toujours favorables.

L’ayant accueillie, il faut y adhèrer pour la mettre en pratique. Il faut parfois des années pour cela, et la patience (pour le père comme pour l’enfant) est une grande qualité pédagogique. Quelle surprise parfois en voyant nos enfants atteignant la trentaine et même la quarantaine transmettre soudain nos valeurs parentales qui jusqu’alors, leur semblaient indiffèrentes voire inacceptables !

Saint Benoît parle de désobéissance au père, à Dieu en fait. Mais c’est plutôt notre orgueil, notre inexpérience qui nous rendent sourds et aveugles. Telles les expériences des Pères du désert, on acquiert souvent avec l’âge une certaine sagesse. Il nous faut lire leurs délicieux apophtegmes (petits récits souvent malicieux, assortis de sentences, pour se faire comprendre et transmettre leur expérience spirituelle).*

Benoît, comme souvent dans sa Règle mais aussi comme s’est exprimé souvent Jésus, parle par opposition, par contraste : écoute/accueil , effort/lâcheté, obéissance/ désobéissance.

 Notre vie n’est-elle pas tiraillée entre bien et mal, guerre et paix, égoïsme et solidarité … ?

 * Paroles des anciens – Apophtegmes des pères du désert

   Jean-Claude Guy – Ed.Points Sagesse, 1976 – réed. 2000

              

 3 – A toi, qui que tu sois, s’adresse à présent ma parole, à toi qui renonces à tes volontés et prends les armes très puissantes et glorieuses de l’obéissance pour combattre au service du Seigneur, le vrai roi.

Le moine, en entrant au monastère fait vœu d’obéissance à la Règle et à un abbé.

Pour saint Benoît, l’obéissance est le principal outil efficace pour avancer. Tout comme il l’est d’ailleurs à l’armée. A l’époque de Benoît, les hommes sont des combattants et ici, l’association d’idées est parlante. La communauté monastique est une équipe de combattants menée par un chef. Et en toute logique pour que la cohésion se fasse (il s’agit bien d’une vie communautaire, « cénobitique ») il faut obéir au chef, porte-parole du « Seigneur, le vrai roi ».

L’obéissance ne doit pas être un fardeau mais une adhésion totale de l’être. Comme on obéit (on écoute et répond) à celui qu’on aime pour lui plaire, même si cela demande un certain effort.

Le moine cherche Dieu et sa volonté, et pour le trouver il va obéir à sa Parole.

Dieu s’adresse à nous car Il nous aime et souhaite nous transmettre son message de bonheur.

Je dois m’attendre à être dérangé car je vais devoir m’ajuster à la volonté de Dieu et mon combat va être d’abord de renoncer à mes propres volontés, à me libérer de certaines habitudes. Comme un enfant doit obéir à ses parents. Pour son bien dont il ne mesure pas encore l’exigence et l’importance.

Tout au long de la Règle, saint Benoît va revenir à ce point essentiel de l’obéissance. C’est une vertu devenue assez rare de nos jours où on privilégie indépendance et autonomie. Il ne fait pourtant pas bon vivre seul…

Ce n’est pas un hasard si Jésus s’est entouré de douze apôtres et si saint Benoît voit dans la communauté un lieu idéal d’expérimentation de la vie chrétienne.

 Sommes-nous prêts à être dépendants de la volonté d’un autre, du Tout-Autre ?A ouvrir notre cœur pour que la Parole de Dieu s’y enracine ?

 4 – D’abord, en toute œuvre bonne que tu entreprends, commence par lui demander dans une prière très instante qu’il la mène à bien.

                  

C’est une logique que nous ne mettons pas toujours en pratique.

Le matin, Jésus priait. A l’heure de l’office de vigiles, alors que le jour n’est pas encore levé, avant même que toute activité commence, les moines prient. Moment privilégié. « Dieu, viens à mon aide… »

Pour nous ajuster à la volonté et à l’amour de Dieu, il nous faut prendre le temps de Lui soumettre nos projets et d’écouter sa Parole. C’est par une lecture régulière de l’Evangile que nous apprendrons à Le connaître et à laisser l’Esprit nous inspirer le moment venu.

On peut remarquer aussi dans ce verset, que Dieu nous accompagne jusqu’au bout de notre action, « il la mène à bien ».

 Est-ce que je lis l’Evangile ? est-ce que j’écoute et accueille cette Parole ? Est-ce qu’elle habite ma vie ?

5-6-7 - Ainsi, celui qui aura daigné nous compter déjà parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Car il nous faut, en tout temps, lui obéir au moyen des dons qu’il a mis en nous, pour que jamais, en père irrité, il ne déshérite ses enfants, ni qu’en maître redoutable, courroucé par nos méfaits, il ne livre à la peine éternelle ces très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre à la gloire.

                        
                        Trône de grâce - 15e s. Toul - Cathédrale
                                 St-Gengoult. Dieu soutient Jésus en croix.

On sent très fort ici les caractéristiques des relations père-fils telles qu’elles pouvaient exister à l’époque de Benoît, majorées encore par le fait que ce père c’est Dieu. Un père qui s’attriste, qui souhaite être obéi, qui peut déshériter, se fâcher, rejeter l’enfant ingrat. Ce n’est que justice. Mais Dieu est aussi miséricorde.

Dieu a mis en nous des dons et la possibilité de le suivre dans sa gloire. Tout est donné mais reste, pour nous,  à mettre en œuvre notre volonté à l’écouter et à lui faire confiance. Une liberté de dire oui ou non dont nous pouvons rendre grâce, mais qui ne sera pas sans conséquence.

Suivre le Christ a ses contraintes mais les relations d’amour et d’amitié entre humains n’en ont-elles pas pour être vraies ? Aimer est souvent un élan naturel, spontané mais qui ensuite se cultive, s’entretient, souffre parfois pour progresser. Il peut traverser des nuits et des ravins. Les tentations sont parfois vives d’abandonner. Rien d’anormal. Dans les couples, les tentations sont fortes de nos jours, de prendre la fuite et d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte.

Mais des moyens, parfois imperceptibles, nous sont donnés pour franchir les obstacles, retrouver la fidélité et la persévérance. Benoît s’offre à nous comme un maître à l’école du Seigneur.

 Comment, dans ma vie, je m’efforce de faire grandir mon amour pour mon conjoint, mes enfants, mes frères si je vis en communauté ? Repèrer ma principale difficulté et faire un pas dès aujourd’hui pour l’alléger… Qui peut m’aider ?
Ma relation à Dieu s’effrite ? Je trouve quelques minutes pour me mettre en sa présence. En silence ou avec ces quelques mots : "Mon Dieu, viens à mon aide…"

8Levons-nous donc enfin, stimulés par l’Ecriture qui nous dit : «  L’heure est venue pour nous de sortir du sommeil. » (Rm 13,11)

9 Les yeux ouverts à la lumière divine et les oreilles attentives, écoutons cet avertissement que la voix de Dieu nous crie chaque jour :

10 - « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, ne durcissez pas votre cœur. » (Ps 94,8)

11 – Et encore : « Que celui qui a des oreilles entende (Mt 11,15) ce que l’Esprit dit aux Eglises. » (Ap 2,7)

12 - Et que dit-il ? « Venez mes fils écoutez-moi et je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » (Ps 33,12)

13 – Courez tant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous surprennent. » (Jn 12,35)

                                                      
                                                    Abbaye de Tamié

 Dieu nous parle. Cela peut surprendre en effet. L’ai-je déjà vu ? Entendu ? Saint Benoît va, dans ces versets d’introduction à sa Règle, attirer notre attention sur nos sens : la vue, l’audition.

Les textes de la Bible, l’Ecriture, ne sont pas une parole morte, mais une parole vivante qui s’adresse à nos yeux et nos oreilles. Tirés de notre sommeil , de nos aveuglements et de nos surdités volontaires ou involontaires, la Parole de Dieu peut nous (re)mettre en marche.

L'entendre est déjà une belle chose, l’écouter avec le cœur ouvert est encore mieux.

Qui parle ? L’Esprit de Dieu qui, si nous l’accueillons, va nous enseigner la route à suivre et surtout l’amour du Seigneur pour les hommes.

La crainte n’évoque bien sûr pas la peur, mais le respect, l’admiration et l’humilité.

Et cette Parole de Dieu, dit saint Benoît, est pour aujourd’hui. Si nous prêtons l’oreille aux évènements de ce jour, nous l’entendrons. Une question, un service à rendre, un sourire….

Nous disons souvent que le temps passe bien vite, surtout quand on avance en âge. Alors oui, écoutons saint Benoît qui nous presse à ne pas remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même.

 En ce moment, où je suis en train de lire cette invitation de Benoît, Dieu ne me parle-t-il pas ?

Oui, Seigneur, je t’écoute… Montre-moi ce chemin de vie … Tu es Parole, Lumière et Vie.

14 - Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la foule à qui il lance ces appels, reprend : 

15 - "Quel est l'homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? 

16 - Si, ayant entendu, tu réponds : "Moi", Dieu te dit :

17 - "Veux-tu avoir la vraie vie, la vie éternelle ? Alors garde ta langue du mal et fais le bien; recherche la paix et poursuis-la."

Nous cherchons Le Seigneur mais lui aussi nous cherche. Dans une foule, ce n'est pas toujours facile de croiser le bon regard. Mais l'appel est pour tous. Cela se vérifie dans la question posée au v.15. En effet, tout homme veut la vie et désire voir des jours heureux.

C'est bien l'aspiration de tout homme à l'est comme à l'ouest, au nord comme au sud. Mais tout homme n'envisage pas le bonheur de la même façon. A quel bonheur aspirent des immigrés campant depuis des jours dans le désert ? A quel bonheur aspire l'homme riche qui n'est pas aimé ou le malade en fin de vie ?

Il nous faut "entendre" la Parole de Dieu et qu'elle touche notre coeur. Aujourd'hui, qu'est-ce que "moi" j'attends de la vie? Au v.17, Dieu pose sa question plus précisèment : la "vraie" vie, la vie "éternelle". Voilà qui est plus difficile à saisir. Alors le Seigneur, par la bouche de Benoît se fait plus concret, avec des mots accessibles à tous : "Garde ta langue du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-là". 

On perçoit déjà bien ainsi la bonté de Dieu, l'espérance qui nous est proposée ("si tu veux") d'une vie heureuse et les choix entre bien et mal ainsi que la persévérance que cela nécessite. C'est tout à fait à notre portée humaine. Et si oeuvrer à la paix, c'était déjà rencontrer Dieu ?

        " Qui donc aime la vie  et désire les jours où il verra le bonheur ?                           
           Garde ta langue   du mal et tes lèvres des paroles perfides.
         Evite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la  ."   

       
      Ps 33, 13-15    

18 – « Faites ainsi et mes yeux seront fixés sur vous, je prêterai l’oreille à vos prières, et avant même que vous m’invoquiez, je vous dirai : Me voici. » (Isaïe 58,9)

19-20 – Quoi de plus doux , frères bien-aimés, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voyez avec quelle tendresse le Seigneur nous indique la route de la vie !

On pourrait s’attendre de la part d’une règle de vie à une certaine froideur, à de la rigidité. On voit ici que ce n’est pas le cas selon  saint Benoît. Sa sensibilité traduit la tendresse de Dieu qui l’habite. Et c’est bien ainsi qu’il nous faut vivre dans l’attention à l’autre (je prêterai l’oreille…), l’anticipation à ses désirs (avant même que…), l’invitation sans forcer (le Seigneur invite), et avec douceur et  tendresse.          
Quelle image avons-nous de Dieu ? Celle d’un juge, d’un père, d’un frère ? Notre vie cherche-t-elle à s’ajuster aux qualités du Seigneur ?


                               
                              Le Bon Pasteur – Nancy, basilique StEpvre

21 - Sanglés du ceinturon de la foi et de la pratique des bonnes actions, sous la conduite de l'Evangile, suivons donc ses chemins pour obtenir de voir dans son royaume, celui qui nous a appelés.

Avec Jésus, nous marchons en quelque sorte en tandem. L'un ne va pas sans l'autre. Il nous faut nous équiper avec une vraie préparation à la marche et au "combat". Croire d'abord en Jésus, en son amour et en son message qui est l'Evangile. Le lire et le relire donc. Et nous efforcer de suivre les chemins sur lesquels il nous invite à marcher avec lui . C'est la pratique. Se sentir appelé sur tel chemin plutôt qu'un autre . Quels sont 
mes aspirations,  mon tempérament, ma vocation ? Il ne s'agit pas de réaliser un rêve mais bien de trouver sa juste place. Se faire aider peut être bienvenu.

 22 – Si nous voulons habiter dans l’intérieur de ce royaume, il faut y courir à force de bonnes actions, sinon nous n’y parviendrons jamais.

« Si nous voulons » : notre volonté est en jeu. Benoît insiste à travers sa Règle, sur notre liberté. L’amour de Dieu ne s’imposera pas à nous. Et « il faut y courir à force de… » souligne bien l’effort, l’énergie qu’il sera nécessaire de fournir pour parvenir à ce but. L’engagement dans un amour humain a d’ailleurs les mêmes caractéristiques : c’est un grand bonheur donné mais qui se gagne aussi tout au long de la vie. Les statistiques actuelles sur les divorces et séparations sont bien pessimistes concernant les efforts dont l’homme (la femme)  est capable… Si la grâce de Dieu est la source d’énergie vitale, nos «  bonnes actions » ont aussi toute leur importance. Saint Benoît va nous les détailler.

             

23 - Mais avec le prophète interrogeons le Seigneur en lui disant : « Seigneur qui habitera dans ta demeure et qui aura son repos sur ta montagne sainte ? » (Ps 14,1)

Le disciple peut s’interroger légitimement sur les conditions d’accès à un royaume qui lui semble inaccessible telle une haute montagne. Saint Bernard a lui aussi largement développé cette question, cette espérance. Le peuple d’Israël pensait que lui était réservé cette place. Le message de Jésus est tout autre : il s’adresse à tous les hommes. Il n’y met pas de conditions. Simplement, il s’agit de suivre la voie qu’il nous trace et d’adhérer librement à cette façon d’être et de vivre qu’il propose. Porte-parole (Verbe) de Dieu, nous pouvons faire confiance aux conseils du Seigneur, repris ici par saint Benoît.

24 - A cette question, frères, écoutons la réponse du Seigneur qui nous montre la route de cette demeure :

25 – C’est celui dont la conduite est sans reproche et qui pratique la justice ;

26 – qui dit la vérité du fond du cœur et n’use pas de sa langue pour tromper ;

27 – qui ne fait du mal à personne et n’admet rien qui fasse tort au prochain. » (Ps 14, 2-3)

                                                      

On dépasse l’obéissance à des lois, à des commandements pour entrer dans un langage et un comportement d’amour et de justice  envers le prochain . Chaque conseil est souligné par la radicalité du propos : « sans reproche », « du fond du cœur », « à personne », « rien »… L’engagement chrétien est sans compromis. Oui, la montagne peut être, certains jours, difficile à gravir.  Mais faire le bien en toutes choses n’est-il pas un beau projet de vie ?                         
  
28 Quand le diable lui suggère quelque mauvais dessein, il le rejette, lui et sa suggestion, loin des regards de son cœur, il le réduit à rien et, saisissant à peine nées les pensées diaboliques, il les brise contre le Christ.

                                  

                                              Kiev- La Grande Laure © D.G

 Chacun des mots de ce verset sont très forts, très significatifs. Ils soulignent bien le combat qui se joue entre le diable et nous. La rectification récente du Notre Père , « ne nous laisse pas entrer en tentation » reprend bien cette idée. Il n’y a aucun péché , ni aucune honte à être tenté. Jésus lui-même l’a été au désert, au Jardin des Oliviers. Notre vie humaine est ainsi faite que nous avons sans cesse à faire des choix pas seulement entre le bien et le mal mais aussi entre le bon et le meilleur. Cela peut toucher de petites choses (le jeûne par exemple) mais qui ne fait pas d’efforts sur de petites choses n’en fera sûrement pas sur de plus grandes. Mais il y a aussi des choix cruciaux, déterminants pour notre vie ou pour celles de nos frères. Comme dit Benoît « loin des regards de [notre] cœur » , c’est-à-dire tout à fait incompatibles avec l’amour de Dieu que nous proclamons.  Le « diable », quelque soit la façon dont nous nous le représentons, est habile, les tentations parfois si fortes que nous y cédons. D’ailleurs Benoît conseille de ne pas les laisser nous envahir, il faut « les saisir à peine nées », comme la mauvaise herbe. Relire sa vie régulièrement à la lumière de la Parole va nous aider à nous recentrer sur Dieu, à prendre conscience de nos dérives, à briser contre le roc qu’est le Christ tout ce qui nous empêche d’être bons, d’être enfants de Dieu. Il nous suffit de le vouloir du fond du cœur et la grâce de Dieu fera le reste.  Essayez et vous verrez !   

  
29 - Il est de ceux qui, craignant le Seigneur, ne s’enorgueillissent pas de leur bonne conduite et qui, estimant que le bien même qui se trouve en eux n’est pas en leur pouvoir et vient de Dieu, glorifient le Seigneur agissant en eux et disent avec le prophète : «  Ce n’est pas nous Seigneur, ce n’est pas nous, mais à ton nom qu’il faut donner la gloire. » (Ps 113)  L’apôtre Paul non plus ne s’attribuait rien à lui-même de sa prédication et disait : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. » (1Co 15,10) Et il disait encore : « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. » (2Co 10,17)

Au chapitre 7 de sa Règle, saint Benoît va développer une des qualités majeures qu’il attend de ses moines : l’humilité. Dans ce verset 29 du Prologue les bases sont déjà posées. Nos actions, si bonnes soient-elles, ne doivent pas être pour nous une occasion de fierté mais celle de remercier le Seigneur de nous avoir permis d’agir bien. Cela ne va pas de soi et saint Benoît pousse ici l’attitude du chrétien à l’extrême. Rendre gloire à Jésus pour tout, c’est viser haut et nous n’y parviendrons pas sans peine. Il y a des fiertés méprisantes, il y en a d’autres qui sont des joies pures. Ce qui, dans ce cas, n’exclut pas le bonheur qu’on peut en éprouver. « Un saint triste est un triste saint » ! Oui, réjouissons-nous d’être capables de faire le bien et de le devoir à la grâce de Dieu.                           
                               

33- Le Seigneur dit aussi dans l’Evangile (Mt 7,24-25) : « Celui qui écoute mes paroles et les accomplit, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc ;

34 - les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison ; mais elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur le roc.

               

Image de la maison bâtie sur le roc, bien connue et très parlante, compréhensible par tous.  Nous savons combien parfois des choses futiles nous importent. Un chrétien engagé doit souvent faire face à d’innombrables « futilités » : un jugement, une déception, une humiliation, beaucoup de choses matérielles à gérer etc… qui peuvent lui faire baisser les bras. Les tumultes actuels dans l’Eglise nous amènent aussi à revoir la solidité de notre foi. Non pas une foi aveugle mais une foi qui ne se laisse pas duper, par exemple, par le cléricalisme et s’enracine véritablement en Dieu. Nous sommes bien dans un temps d’épreuve certes, mais aussi de  purification et de vérité.

35 – Finalement, le Seigneur attend de nous que, chaque jour, nous répondions par des actes à ses saintes leçons.

36
– Aussi est-ce pour la correction de nos vices que les jours de cette vie nous sont concédés comme un sursis ;

37 – L’Apôtre le dit : «  Ne sais-tu pas que Dieu patiente afin de t’amener à la pénitence ? » (Rm2,4)

38 – Car, dans sa bonté, le Seigneur dit : «  Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. » (Ez 18,23 ; 33,11)


                                             


 
Notre « maison commune » tout comme notre vie propre sont fragiles. Nous le savons bien. D’où la nécessité de les consolider. Les « saintes leçons », c’est la lecture quotidienne de la Parole de Dieu, la méditation pour l’assimiler, la prière. D’où vont découler nos « actes ».

C’est un lien qui n’est pas toujours fait de façon évidente. Il nous faut apprendre à mettre en harmonie ce que Jésus nous invite à vivre et le quotidien de nos jours.

« T’amener à la pénitence… » : c’est prendre conscience peu à peu de nos faiblesses, de nos erreurs en vue de les corriger pour consolider nos vies dans une juste et solide direction. C’est bien ce que tous parents responsables font dans l’éducation de leurs enfants.

A plus forte raison, Dieu Notre Père nous enseigne par Jésus, la route à suivre, les terrains à désherber, les champs à semer. C’est vrai que nous allons éprouver là, au début, une certaine contrainte. Il est difficile de changer nos habitudes, les mauvaises comme les bonnes. Dieu va nous demander parfois de faire table rase pour nous reconstruire. Voilà la conversion.

Dieu ne veut en aucun cas nous écraser mais au contraire, « dans sa bonté » que nos vies s’épanouissent pleinement.

Alors « veux-tu être heureux ? »
 

39 -  Quand nous avons interrogé le Seigneur, frères, pour lui demander qui habitera dans sa demeure, nous avons entendu les préceptes à observer pour y habiter ; encore nous faut-il remplir cette obligation.

40 - Préparons donc nos cœurs et nos corps à mener le combat de la sainte obéissance aux commandements ;

41 - et pour ce qui est impossible à notre nature, prions le Seigneur de bien vouloir nous venir en aide par sa grâce.     

                                                    
                             Statue-reliquaire de St Ours
Metz- Musée de la Cour d’Or – Exp.Splendeurs du christianisme (2019)

Il est intéressant de souligner l’association indispensable entre notre cœur et notre corps. Pour agir en vérité, il est nécessaire d’adhérer vraiment , du fond du cœur, à ce parcours exigeant. La nécessité d’ « obéir » peut sembler contraignante de nos jours où la liberté s’impose. Mais cette « sainte obéissance » (seul endroit de la Règle où l’obéissance est sainte) doit être mieux comprise comme un désir de tout mettre en œuvre pour répondre à l’amour de Dieu. Oui, il va peut-être falloir lutter contre notre propre volonté. Oui, il va falloir faire face à nos limites. Mais Benoît le dit bien , la lutte devient parfois impossible, « car je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire en l’être faible que je suis. Certes le bien existe en moi, mais non la capacité de l’accomplir. En effet, je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas. »  (Rm 7, 18-19)

Et avec humilité, il nous faut donc demander l’aide de Dieu. Donc prier et croire en la grâce.

42 – Si nous voulons échapper aux peines de l’enfer et parvenir à la vie éternelle

43 – tant que nous sommes encore dans le corps et que nous pouvons ainsi à la lumière de cette vie accomplir tout cela,

44 – il nous faut courir et faire maintenant ce qui nous profitera pour l’éternité.

Croyons-nous à l’enfer ? Sinon, sans doute nous ne craignons rien. Mais alors que penser de la vie éternelle ? Voilà deux lieux à propos desquels nous imaginons beaucoup mais savons peu de chose. Quand Jésus parlait à ses disciples, la vie éternelle était un état plutôt qu’un lieu, même si nous nous le représentons comme un paradis. Celui d’Adam et Eve ? Voulons-nous parvenir à la vie éternelle ? Répondre à cette question oriente notre vie vers rien, vers la mort,  ou vers un monde de béatitudes.

DG

A suivre…


Mise à jour : Dimanche 8 Septembre 2019, 11:45
Denyse - rubrique 02 - REGLE de SAINT BENOÎT - Pour nous aujourd'hui ? - Le Prologue (Commentaire) - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

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