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Samedi 27 Février 2021

Sermon de Carême - Saint Bernard de Clairvaux

 

Bernard de Clairvaux

Premier sermon pour le carême (extraits)


Nous entrons aujourd'hui, mes bien-aimés, dans le saint temps du carême, dans le temps destiné aux combats du chrétien, car les observances du carême ne sont pas faites pour nous seulement, elles le sont pour tous ceux qui nous sont unis par les liens de la foi. Après tout, pourquoi le jeûne du Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Pourquoi les membres ne suivraient-ils point leur chef ? Si nous recevons les biens des mains de ce chef, pourquoi n'en accepterions-nous point aussi les maux ? Voudrions-nous donc n'avoir de commun avec lui que ce qui est agréable, mais non  ce qui est triste et pénible ?
S'il en est ainsi, nous montrions que nous sommes des membres indignes d'une pareille tête. En effet, tout ce qu'il souffre, c'est pour nous qu'il l'endure. S'il nous en coûte trop de travailler avec lui à l'oeuvre de notre salut, en quoi pourrions-nous après cela unir nos œuvres aux siennes. Il n'y a pas grand mérite de jeûner avec Jésus-Christ quand on doit s'asseoir avec lui à la table de son Père, et il n'y a rien de bien surprenant que le membre souffre avec la tête, quand il doit être glorifié avec elle. Heureux le membre qui aura en toutes choses adhéré à la tête, et qui l'aura suivie partout où elle sera allée.

 

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Dimanche 20 Septembre 2020

Clairvaux - Etat des lieux


CLAIRVAUX – Etat des lieux
Textes de Virginie BIANCHI et de Jean-François LEROUX-DHUYS
Photographies de Pascal STRITT

Ed. Dominique Guéniot, 2011

                  



Voici un très beau livre qui intéressera tout d’abord  l’amateur d’histoire et de monuments historiques, mais aussi toute personne qui aime retrouver les racines de la vie religieuse (ici, celles des cisterciens) et les traces qu’elles laissent. Mais le bonheur de lecture et de contemplation (on peut le dire à juste titre puisque Clairvaux fut le lieu de vie de contemplatifs) tient surtout aux remarquables photographies de Pascal Stritt,  qui au fil des pages illustrent les propos d’historien de Virginie Bianchi et de spécialiste des cisterciens de Jean-François Leroux-Dhuys.

Nous entrons, par ce livre, dans une visite guidée et approfondie de ce haut lieu de Clairvaux où Saint Bernard fonda au XII°sIècle son abbaye, fille de Cîteaux et mère de centaines d’autres abbayes cisterciennes.  Nous découvrons les alentours, longeons les hauts murs, nous nous rendons  dans les cloîtres et au superbe  bâtiment des convers avec son cellier et son dortoir.
Nous croisons aussi des paroles de saint Benoît ou saint Bernard et c’est justice.
…ou celle d’un détenu car ce lieu est évidemment lourd aussi de son histoire pénitentiaire et on franchira des grilles qui mènent aux cellules des prisonniers, au mitard, aux cellules délabrées couvertes de graffitis. Le photographe nous offre des images-choc  du centre de détention (fermé en 2006).

Clairvaux accueille toujours des détenus mais dans des espaces bien sûr, inaccessibles au public.

Après ce parcours livresque passionnant, on ne peut que désirer aller sur le terrain .
Heureusement, après bien des aléas,  les espaces monastiques sont aujourd’hui sauvegardés et avec les auteurs de ce livre et notamment l’Association Renaissance de l’abbaye de Clairvaux, on souhaite qu’un jour ces illustres bâtiments accueillent un Musée du monachisme cistercien peut-être associé à un Musée de l’enfermement pénitentiaire.
D.G

Extraits.

« Clairvaux abbaye et prison. L’histoire du site est définitivement marquée par son double destin et ses vénérables vestiges témoignent des neuf siècles d’enfermement vécus dans la liberté et la contrainte. Tout oppose les situations humaines des moines et des détenus, mais elles se déroulèrent dans les mêmes murs au cœur d’un même espace clos. » (J.F. Leroux) – p.189

«  Que fait l’or aux portes des églises ? … Ce n’est pas à un moine de juger… mais quand je me tairais, les pauvres, les nus les faméliques se lèveraient pour hurler. » (Saint Bernard) – p.89

«  Les leçons cisterciennes sur la maîtrise du bâtiment prennent la valeur d’un  témoignage capital. » (Léon Pressouyre –Le Rêve cistercien) – p.93

 

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Traité de l'Amour de Dieu

     L’Amour de Dieu

Saint BERNARD de CLAIRVAUX

(vers 1132-1135)

 Lecture continue avec extraits choisis – DG 2018-2019 - © D.G -

     

 L’amour de Dieu … Voilà en effet le sujet le plus doux à goûter, le plus sûr à traiter et le plus utile à écouter…

1. Vous voulez apprendre de moi pourquoi et dans quelle mesure il faut aimer Dieu. Je vous réponds : la cause de notre amour de Dieu, c’est Dieu même ; la mesure, c’est de l’aimer sans mesure…

Il y a deux raisons d’aimer Dieu pour lui-même : d’abord parce que l’on ne peut rien aimer avec plus de justice ; ensuite parce que l’on ne peut rien aimer avec plus d’avantage...

Si donc, quand on cherche pourquoi aimer Dieu, on cherche son mérite, voilà le principal : Il nous a aimés le premier.
(1 Jn 4,10)

2.Dieu accorde aux hommes ... des bienfaits innombrables ... : le pain, le soleil et l'air. Je dis les principaux, en raison non de leur supériorité, mais de leur nécessité; car ils concernent le corps.
L'homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l'homme dépasse l'homme, c'est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu...
J'appelle vertu le fait qu'il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s'attacher fortement à lui après l'avoir trouvé.
L'homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l'homme dépasse l'homme, c'est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu...

J'appelle vertu le fait qu'il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s'attacher fortement à lui après l'avoir trouvé.

                        © D.G

 Triple grandeur de l’homme.

L’homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l’homme dépasse l’homme, c’est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu… J’appelle vertu le fait qu’il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s’attacher fortement à lui après l’avoir trouvé.      
                       
          
 © D.G         

  Grandeur reçue de Dieu.

Quelle gloire y a-t-il à possèder un bien sans savoir qu’on le possède ? … Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1Co4,7) « Celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur »(1Co1,31), c’est-à-dire dans la vérité. Car « le Seigneur est vérité » (Jn 14,6).

4. Trois fautes à éviter

Il te faut savoir d’une part ce que tu es, et d’autre part ce que tu  ne l’es pas par toi-même ; tu éviteras ainsi ou de ne pas te glorifier du tout, ou de te glorifier vainement…
Il faut éviter avec grand soin cette ignorance qui nous ravalerait à nos propres yeux ; mais il faut se méfier tout autant, et même plus encore, de l’ignorance par laquelle nous nous surestimons…

[Plus grave encore est de] rechercher sa propre gloire à partir de biens qui ne sont pas à soi … Commis sciemment, c’est une usurpation au détriment de Dieu.

                              
© D.G

5. Quel homme, même sans la foi, peut ignorer que dans cette vie mortelle les biens nécessaires à son corps pour subsister, pour voir et pour respirer, ne lui sont fournis que par celui « qui donne la nourriture à toute chair » (Ps 135,25), « celui qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45)

7 – Au souvenir de ce verset : « Ma chair a refleuri, et de tout cœur je le célébrerai » (Ps27,7), elle désire joindre aux grenades de la passion, qu’elle a cueillies à l’arbre de la croix, les fleurs de la Résurrection, surtout pour que leur parfum engage son époux à revenir la voir plus fréquemment.

 Concentré extrême  du Cantique des cantiques , où à ses termes symboliques  se mêle admirablement la vie de Jésus

                                   © D.G

  8. Jésus réside volontiers, il réside assidûment en un lieu où la grâce de sa passion et la gloire de sa résurrection sont l’objet d’une méditation assidue.

  9. « Le Christ meurt pour nos péchés, il ressuscite pour notre justification » (Rm4,25), il monte au ciel pour notre protection, il envoie l’Esprit (Jn16,7) « pour notre réconfort » (Ac 9,31), et il reviendra un jour (Ac1,11) pour parachever notre salut. Dans sa mort, il a montré sa miséricorde, dans sa résurrection, sa puissance.

 10. Le réconfort de la mémoire
 
Le réconfort de la mémoire ne manquera pas aux élus auxquels n’est pas encore accordé le rassasiement complet de la présence…  « La mémoire est donc le lot des générations qui se succèdent » (Ps 144,4) ; la présence celui du Royaume des cieux…

 11 - « J’ai gardé la mémoire de Dieu et j’y ai trouvé ma joie » (Ps 76,4)…
Ceux qui cherchent la présence de Dieu et soupirent après elle ont à leur portée en cette vie sa douce mémoire, non pas cependant pour en être rassasiés, mais pour que soit aiguisé leur appétit de la nourriture qui peut les rassasier. (Mt 5,6)

 Et c’est non sans une même ardeur que Bernard plaint ceux qui s’écartent de la foi , aveuglés par les tentations du monde. Ce chapître 11 est remarquable et à méditer car ne croyons pas que notre posture par rapport à Dieu soit toujours parfaite. Saint Pierre le croyait et pourtant n’a-t-il pas renié Jésus trois fois ? On remarque une fois de plus que la parole de Bernard est étroitement tissée de citations bibliques.

 Malheur à toi « peuple stupide et insensé » (Deut.32,5-6), toi qui n’as pas envie de la mémoire et redoutes la présence … « Ô parole amère, ô langage dur » (Jn6,61) : « Allez maudits au feu éternel ! » (Mt25,41)… Beaucoup de gens « s’écartent vivement » de cette voix et « ils s’en retournent en arrière » (Jn6, 67)  « Cette parole est dure, qui peut l’écouter ? » (Jn6,61). C’est pourquoi la génération qui a manqué de droiture de cœur et dont l’esprit infidèle à Dieu préfère placer « son espérance dans des richesses incertaines » (1 Tim6,17) ne supporte pas d’entendre « parler de croix » (1Co1,10) et la mémoire de la passion lui semble trop lourde à porter…

                          
                         
 Biarritz © D.G

Saint Bernard compare ensuite la situation au terme de leurs vies de ceux « qui s’efforcent de plaire à Dieu » : « Quant à la génération des hommes droits, elle sera bénie. » (Ps111,2), « Venez les bénis de mon Père », et de ceux, « misérables esclaves » de Satan, qui ont manqué de droiture du cœur.

 12 -  Fidélité et bonheur de l’épouse du Christ

            
            Abbaye d'Orval   
© D.G      

 L’âme fidèle soupire avec ardeur après la présence et repose avec douceur dans la mémoire ; jusqu’au moment où elle se trouve en état de « contempler à visage découvert la gloire de Dieu. » (2Co 3,18)

 Saint Bernard, comme les Evangélistes d’ailleurs, nous aide à saisir cette dualité qui nous constitue en profondeur : La terre/le ciel , amour du prochain/amour de Dieu, la vie présente/la vie éternelle. L’un ne va pas sans l’autre et conditionne notre « repos » en Dieu.

 C’est vraiment ainsi que l’épouse du Christ, sa colombe (Ct 5,2), trouve pour elle en cette vie le repos, et « elle dort entre les deux héritages ». (Ps 67,14)

                           Resterez-vous au repos derrière vos murs
              quand les ailes de la colombe se couvrent d’argent,
              et son plumage de flammes d’or …. ?

13 -  Immensité de l’amour du Dieu-Trinité

         
         La Trinité -
         Caen – Abbatiale de l’Abbaye aux Dames 
© D.G

… Une miséricorde si grande et tellement imméritée, un amour si gratuit et prouvé de la sorte, une considération tellement inattendue, une bienveillance à ce point invincible, une douceur si étonnante…

Dieu aime, et il aime de tout lui-même, car c’est toute la Trinité qui aime, si pourtant on peut parler de « tout », à propos d’un sujet infini, incompréhensible ou, de toute manière, simple.

14 - Les bienfaits de Dieu, créateur et sauveur

              

             L’agneau pascal – 
            Rouen – Porte du Gros horloge  
© D.G

Il n’y a pas à s’étonner que l’incroyant, en raison d’une moindre connaissance de Dieu, lui montre moins d’amour… Alors qu’en sera-t-il pour moi qui considère mon Dieu non seulement comme celui qui m’a donné gratuitement la vie, s’en occupe avec largesse, me réconforte avec bonté, me dirige avec sollicitude, mais de plus me rachète aussi avec surabondance, me sauve, me comble et me glorifie pour toujours, comme il est écrit :

 «  Elle est abondante sa rédemption. » (Ps 129,7)

 «  Nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ qui transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps de gloire. » (Ph 3,20-21)

 «  Les souffrances de ce temps sont sans comparaison avec la gloire future qui se révèlera en nous. » (Rm 8,18)

 «  Notre épreuve actuelle est provisoire et légère : elle nous prépare, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, à nous qui considérons non pas les réalités visibles, mais les invisibles. » (2Co 4, 17-18)

 On peut, une fois encore, remarquer combien les écrits de Bernard s’appuient sur la Parole de Dieu. C’est sa connaissance remarquable des textes bibliques qui assure sa foi, qui en fait la charpente et le cœur. Il n’y a pas, pour nous,  d’autre chemin primordial si nous voulons nourrir notre foi.

Est-ce que j’ai en moi les mêmes convictions que saint Bernard ? 

15 – La reconnaissance de l’amour.
« Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits ? »
(Ps 115,12)
 
                
                Carmel de Plappeville (Moselle)

La raison et la justice naturelle incitent à se livrer entièrement à celui de qui on tient tout ce qu’on est, et insistent sur le devoir de l’aimer de tout soi-même. Mais la foi me prescrit d’autant plus l’obligation de l’aimer que je comprends mieux qu’il mérite d’être estimé plus que moi-même, mais en plus il s’est donné aussi lui-même…

 Pourquoi l’œuvre n’aimerait-elle point son artisan, si elle a la faculté d’aimer ? Et pourquoi pas de toutes ses forces, puisque sans sa faveur elle ne pourrait rien du tout ?... « Que rendrai-je donc au Seigneur pour tous les bienfaits dont il m’a comblé ? »

16 – Aimer Dieu sans mesure

             

 Passage, ô combien célèbre, qui nous révèle l’intensité de la foi de saint Bernard et la perception qu’il a de l’ amour infini de Dieu.

 « Dieu nous a aimés le premier » (1Jn 4,10), lui si grand, il nous a aimés tellement, gratuitement, des gens si petits. Eh bien ! Pour de tels gens, la mesure d’aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure. Puisque l’amour qui s’adresse à Dieu s’adresse à l’immensité, à l’infinité – car Dieu est infini et immense – quelle devrait donc être, je te le demande, la limite ou la mesure de notre amour ?

N’oublions pas que notre amour à nous n’est plus un versement gratuit mais le remboursement d’une dette. Nous sommes donc aimés par l’éternité, aimés par « la charité qui surpasse la science » (Eph. 3,19) ; aimés par Dieu « dont la grandeur est sans limite » (Ps 144,3), « dont la sagesse est sans mesure » (Ps 146,5), dont « la paix surpasse toute intelligence » (Ph 4,7; et en échange, nous allons offrir un amour mesuré ?

 « Je t’aimerai, Seigneur, ma force, mon soutien, mon refuge, mon libérateur » (Ps 17,2-3)… « Mon Dieu, mon secours » (Ps 17,3) je t’aimerai pour le don que tu me fais, et à ma mesure, bien au-dessous de ce que je dois, mais non pas certes au-dessous de ce que je peux. Bien que je ne puisse donner autant que je dois, je ne saurais aller au-delà de ce que je peux. Je pourrai davantage quand tu voudras bien me donner plus, jamais cependant autant que tu en es digne.

17 – Aimer Dieu à cause de lui ou pour nous ?

Ce n’est pas sans récompense qu’on aime Dieu, bien qu’on doive se garder de l’aimer en vue d’une récompense. La véritable charité … ne recherche pas son avantage (1Co 13,5). Elle est un attachement non un investissement… Le véritable amour se suffit à lui-même. Il a sa récompense qui n’est autre que l’objet aimé…

Le véritable amour ne recherche pas sa récompense, mais il la mérite. Oui, la récompense on la propose à qui n’aime pas encore, on la doit à qui aime, on l’accorde à qui persévère… Si [l’âme] cherche autre chose, sûrement ce n’est pas Dieu qu’elle aime.

                        

 L’amour pur peut être un but. On peut s’en approcher mais sans doute pas atteindre une totale abnégation. La jeune maman attend le sourire de son nouveau-né, la nouvelle épouse l’élan du cœur de son époux. Ce n’est que justice. Et quelle souffrance qu’un amour qui ne reçoit rien en retour !
Ce n’est donc pas une faiblesse chez l’homme que d’espérer l’amour de Dieu en réponse à sa quête.
Aimer l’autre avant tout pour le bien de celui qui est aimé. Le reste sera donné.
Aimer Dieu pour ce que la foi nous en fait entrevoir. Et donner aux autres, par notre témoignage, le goût de l’aimer aussi.

18 - L’insatiable convoitise humaine

 Nous avons tous très certainement au fond de nous le désir d’atteindre ce qu’il y a de mieux, mais notre liberté nous aveugle et nous perd …

           
              
    Jugement dernier – Conques (Aveyron)

 Quelque soit [la chose] dont on s’assure la possession, on n’en continue pas moins à désirer celles qu’on n’a pas et à soupirer sans répit après celles qui manquent encore. Il arrive ainsi que l’esprit vagabond se fatigue vainement à courir çà et là à travers les amusements variés et mensongers du monde, et s’épuise sans se rassasier…

 Tu prends le mauvais chemin et tu mourras bien avant que cette marche en rond te conduise au but souhaité.

 19 – Les créatures ou leur Créateur ?

 Il est naturel que [les impies] recherchent de quoi apaiser leur désir, mais leur folie est de rejeter avec mépris ce qui les rapprocherait de leur fin : je parle de fin, non pas d’épuisement mais d’achèvement. C’est pourquoi ils se hâtent non pas vers l’achèvement d’une fin bienheureuse, mais vers l’épuisement d’une peine perdue, ceux qui, trouvant leurs délices dans l’apparence des créatures plus que dans leur Créateur, désirent parcourir d’abord l’univers et faire l’expérience de chaque être avant de se soucier de parvenir au Seigneur même de l’univers.

                  

 Nous privilégions souvent un bonheur proche et qui sera peut-être source de soucis et sans fruit (« peine perdue »)  au détriment d’un bonheur qui s’éprouve dans la durée mais en sortira grandi. Saint Bernard parle ici du bonheur en Dieu , bien suprême. Mais ces choix nous les expérimentons souvent dans notre vie quotidienne. C’est humain mais nous sommes appelés à la sainteté.

 « Tu es le Dieu de mon cœur ; ma part, c’est Dieu pour toujours. » Ps 72,26

20 - Soumettre la convoitise au jugement de la raison.

Ceux qui prétendent obtenir la jouissance de tout ce qu'ils désirent, parcourent un long chemin, se donnent beaucoup de peine, mais en vain, et ne peuvent jamais obtenir la satisfaction de toutes leurs prétentions... "Vérifiez tout ce qui est bon, retenez-le" (1Th 5)...

 Ceux dont la raison ne précède pas la marche, courent sans doute, mais en-dehors de la route, et par suite, au mépris du conseil de l'Apôtre, "ils ne courent pas de manière à atteindre le but." (1Co 9,24)

21 - Dieu seul peut combler le coeur de l'homme - L'âme qui cherche Dieu

" Qui aime l'argent n'en sera pas rassasié"
(Eccl.5,9); mais "ceux qui ont faim et soif de la justice, eux seront rassasiés (Mt 5,6)... "Mon âme bénit le Seigneur, qui comble de biens ton désir." (Ps 102). Il comble de biens, il incite au bien, il garde dans le bien; il prévient, il soutient, il comble. C'est lui le principe de ton désir, c'est lui l'objet de ton désir.
                                               

22 -  L'âme qui cherche Dieu

 « Tu es bon Seigneur, pour l’âme qui te cherche » (Lam.3, 25). Que sera-ce donc pour celle qui te trouve ? Car voici la merveille : personne n’est capable de te chercher s’il ne t’a d’abord trouvé.

 On retrouve les mêmes propos :

-         chez Saint Augustin – 5ième s. : «  Car on le cherche pour le trouver d’une façon plus douce, et on le trouve pour le chercher avec plus d’avidité encore. »

-         chez Pascal – 17ème s.  : « Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé » - Pensée 736

                                                   

23 – Les degrés de l’amour

- Premier degré de l’amour : l’homme s’aime pour lui-même.

   ¤ Amour de soi.

       Avant tout, l’homme s’aime lui-même pour lui-même… un fait inhérent à la nature.

« Il ne faut rappeler à personne qu’il doit s’aimer » (St Augustin, note 2 p.118)

   Mais si cet amour naturel se met … à se déverser avec excès… aussitôt l’opposition d’un commandement réprime cet excès en disant : «  Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22,39)

     ¤ Amour du prochain.

         Que [l’homme] se permette tout ce qu’il veut à condition de se souvenir de l’obligation d’en accorder tout autant à son prochain… Alors ton amour sera à la fois équilibré et juste… C’est ainsi que l’amour charnel devient aussi social, quand il s’élargit en vue du bien commun.

 24 Au moment où tu partages avec ton prochain, il peut t’arriver de manquer même du nécessaire, alors que feras-tu ? Quoi sinon demander « en toute confiance » (Ac 4,29) « à celui qui donne à tous en abondance et sans reproche » (Jc 1,5), qui « ouvre la main et comble de bénédictions, tout ce qui vit » (Ps144,16) ?

 D’ailleurs, il dit : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Lc 12,31)

       25 – Aimer Dieu pour soi

 Il faut donc d’abord aimer Dieu pour pouvoir aussi aimer en Dieu le prochain (Mc 12,30-31)
 L’homme animal (1Co 2,14) et charnel, qui ne savait aimer personne en-dehors de lui, commence aussi d’aimer Dieu pour soi parce que, comme il en a fait souvent l’expérience, c’est bien en Dieu qu’il peut tout 
(Ph 4,13)du moins ce qu’il lui est utile de pouvoir – et que « sans Dieu il ne peut rien. » (Jn 15,5)

 On ne peut dire aimer Dieu sans s’aimer soi-même et aimer son prochain. Car « Dieu est l’auteur de tout bien » . Mais que penser des hommes qui aiment leur prochain sans aimer Dieu ? Nous en connaissons tous…

                                                      Abbaye d’Orval   

 26 – Sagesse

    © D.G 

 Il y a une sorte de sagesse à distinguer ce que l’on peut par soi-même et ce que l’on peut avec l’aide de Dieu, et à se garder de s’opposer à celui qui nous garde de tout mal. Mais si les épreuves s’abattent et se multiplient de manière à provoquer de fréquents retours à Dieu et à obtenir de Lui une libération aussi fréquente, ne faut-il pas que cet homme si souvent libéré s’amollisse de reconnaissance pour son libérateur, quand bien même il aurait une poitrine d’airain et « un cœur de pierre » (Ez 11,19), de sorte qu’il en aime Dieu, non plus seulement pour soi-même mais aussi pour Dieu ?

  Pour aimer Dieu de façon désintéressée, le goût de sa douceur constitue désormais un attrait plus fort que la nécessité de son aide… Celui qui rend grâce au Seigneur non parce qu’il est bon pour lui, mais parce qu’il est bon, celui-là aime vraiment Dieu pour Dieu et non pour soi-même… Voilà le troisième degré de l’amour où désormais on aime Dieu pour lui-même.

27 - L'homme s'aime pour Dieu.   

            
                             

 Cet amour est une montagne, et une haute montagne de Dieu. C'est bien "une montagne solide, une montagne fertile " (Ps 67,16). Qui gravira la montagne du Seigneur ? Qui me donnera des ailes de colombe ? Je m'envolerai et me reposerai." (Ps 54,7)

Dieu invisible ... comment l'imaginer ? Saint Bernard voit une haute montagne comme souvent évoquée dans la Bible. Rien à craindre sur cette solide montagne où poussent les bonnes semences. Osons-nous cette ascension ? Belle image aussi de la colombe, Esprit de Dieu, qui nous porte vers les cieux et le repos en Dieu. Si nous  pratiquons un peu la méditation silencieuse, voilà un bon support...                                                               

                                                                                                                                     

 L'extase

Quand [l'] âme se dirigera-t-elle tout entière vers Dieu pour "s'attacher à Dieu et devenir avec lui un seul esprit" (1Co6,17) ?... Se perdre en quelque sorte comme si on n'existait pas, ne plus avoir aucune conscience de soi-même, "être arraché à soi-même" (Ph2,7) et presque réduit à rien, tout cela appartient à la condition de l'homme céleste et non plus à la sensibilité de l'homme terrestre.

Saint Bernard traduit en mots puissants l'union mystique où l'homme ne s'appartient plus mais est tout à Dieu. Sans aucun doute, il parle d'expérience. Il souligne aussi, comme il le fera à de nombreuses reprises dans ses écrits, la fugacité de tels instants dont le priant a à peine le temps de prendre conscience.

"par moments... et pour un instant..."

On effleure à peine, brise légère,  une telle union céleste pour être aussitôt ressaisi par notre humanité et les "nécessités de la chair". 

Voilà [l'homme] obligé de revenir à lui, de retomber dans ses soucis et de s'exclamer à en faire pitié : "Seigneur, je souffre violence; interviens en ma faveur".(Is 38,14)

En méditant ce passage on peut à voir en tête la scène de la transfiguration en présence des disciples Pierre, Jacques et Jean. Scène éblouissante où il leur faudra rapidement revenir sur terre.

                                        

28 - L'amour exclusif de Dieu.

Notre joie ne sera pas tant d'apaiser nos besoins ni d'assurer notre bonheur, que de voir l'accomplissement de sa volonté en nous et par nous. C'est ce que nous demandons chaque jour dans la prière quand nous disons : " Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel " (Mt6,10)

" Quand viendrai-je me présenter devant la face de Dieu ? " (Ps 41,3) Seigneur mon Dieu, "mon coeur t'a dit : Ma face t'a cherché; Seigneur, je rechercherai ta face." (Ps 26,8) Crois-tu que je verrai ton temple saint ?" (Jonas 2,5)

Les psaumes nous offrent les plus belles prières à Dieu qui soient. N'hésitons pas les utiliser. On voit ici la passion et l'impatience du priant à rencontrer son Seigneur. Cherchons nous aussi le Seigneur !

29 - Le poids du corps.

...Il n'est pas possible de recueillir parfaitement en Dieu coeur, âme et forces et de les placer devant sa face, aussi longtemps qu'attentifs à ce frêle  corps accablé de misères et écartelés par lui, ils doivent assurer son service... Elle obtiendra facilement le suprême degré de l'amour quand elle s'élancera dans une course rapide et fervente vers "la joie de son Seigneur" (Mt 25,21), sans qu'aucune séduction charnelle ne la retarde ni qu'aucune importunité ne l'inquiète.

Ne nous laissons pas impressionner, ou plutôt décourager,  par le tempérament de feu de saint Bernard qui s'exprime avec radicalité tant face à nos "misères" que par rapport à la ferveur de sa foi et de son espérance. Mais ce sont aussi de telles personnalités qui nous aident à grandir dans la foi.  Bernard souligne  ici nos moyens limités dont il nous faut prendre conscience mais aussitôt, il nous encourage à courir vers la joie bien au-dessus de toute joie. On peut comprendre le choix radical des moines du Mont Athos (Grèce) par exemple, qui ont choisi de s'écarter du monde et de ses richesses pour consacrer leur vie à Dieu. C'est un chemin de foi parmi bien d'autres. A chacun sa vocation.

                

 30 -  L'importance du corps

Pour l'âme qui aime Dieu, son corps a de la valeur dans sa faiblesse, il en a après sa mort, il en a après sa résurrection. Dans le premier cas, il contribue au fruit de la pénitence (Mt 3,8); dans le second au repos; dans le dernier à son achèvement. C'est à bon droit que cette âme ne veut pas trouver sa perfection sans le corps, car elle comprend qu'en chacun de ces états il est à son service pour le bien.

On est bien loin du mépris du corps revendiqué à certaines périodes par l'Eglise. Corps et âme font un tout, de même que terre et ciel sont liés. Notre temps sur terre a toute sa valeur et son importance, même si nos "oeuvres" ne sont que peu de chose par rapport à la grâce de Dieu. De même  le temps du carême, coïncidant avec la venue du printemps, nous prépare à la fête de Pâques. Etre un dans le Christ, c'est non seulement nous ajuster à lui mais c'est aussi rendre notre vie cohérente : je fais ce que je dis, je vis ce que je crois.

32 - Le triple banquet de la sagesse.

Saint Bernard prend l'image du pain gagné "à la sueur de son front" (Gn3, 19) et celle du vin ,vin de l'amour bu après avoir mangé mais pas encore tout à fait pur, dilué "avec mon lait" dit la bien-aimée du Cantique.(5,1). L'âme enfin entrera toute entière en Dieu. 
                 

                         
 
Alors seulement elle est admise à la coupe de la Sagesse, dont on lit : "Comme elle est merveilleuse la coupe qui m'enivre !" (Ps22,5). pourquoi s'étonner désormais "qu'elle énivre à l'abondance de la maison de DIeu" (Ps 35,9), quand libérée de tout souci desoi,"elle boit", en toute sécurité, "le vin nouveau, sans mélange, avec le Christ "dans la maison de son Père " ? (Mt 26,29

 33C’est la Sagesse qui donne ce triple festin, où elle ne sert que les mets de la charité : elle nourrit ceux qui peinent, elle fait boire ceux qui reposent, elle enivre ceux qui règnent… On ne s’aime plus soi-même que par amour de lui, de sorte qu’il soit la récompense de ceux qui l’aiment, la récompense éternelle de ceux qui l’aiment éternellement. 


Les mots de saint Bernard sont très forts comme le sont ceux de toute passion. Et il n’y a pour lui rien de plus grand que l’amour de Dieu.

Pour achever ces méditations sur l’amour de Dieu, saint Bernard se souvient d’une lettre qu’il a adressée « aux saints frères de Chartreuse » (vers les années 1124-1125), sur le thème de la charité

34 – La vraie charité

On doit considérer comme charité véritable et sincère, comme « charité émanant d’un cœur pur, d’une conscience droite et d’une foi solide (1Tim 1,5), cette charité-là qui nous fait aimer le bien du prochain autant que le nôtre. Car celui qui préfère son avantage, ou qui même ne cherche que cela, donne la preuve de ne pas aimer chastement le bien, puisqu’il l’aime précisément pour soi-même et non pour le bien.

Esclave, mercenaire, fils ? Saint Bernard compare ensuite l’attitude humaine à trois types possibles . Celle de l’esclave qui craint pour soi, celle du mercenaire qui pense à soi. Ces deux-ci étant égocentriques ; ils agissent pour eux-mêmes et le fond de leur cœur n’en sera pas changé. Peur et convoitise sont des chaînes.

C’est la charité [sans tache] qui convertit les âmes et les fait agir de plein gré.

35 – La charité, loi du Seigneur

 … Tout son avoir est à Dieu… La loi sans tache du Seigneur c’est « la charité qui cherche non pas ce qui lui est utile, mais ce qui l’est au bien commun » (1Co 10,33).

Ne nous leurrons pas sur nous-mêmes. Il est bon d’être charitable mais je dois être au clair avec mes motivations. Ma charité est-elle totalement gratuite ou est-ce que j’en tire quelques profits ? (bonne conscience, orgueil…). Est-elle tournée vers moi, vers les autres, vers
Dieu ?
Les expressions "esclave" et "mercenaire" employées par saint Bernard nous semblent peut-être peu nous concerner. Mais... élargissons notre regard à l'actualité ....
Comment envisageons-nous l'avenir de l'Europe : avec incertitude et crainte ? (esclave) ou dans le repli sur nous-mêmes, prêts à tout pour préserver notre identité  (mercenaire) ?
  " Pourtant, un authentique sens de l'unité grandit quand il est possible de réaliser un partage des dons dans le respect de la diversité des pays et des régions." '
(Frère Aloïs, prieur de Taizé, cité dans La Croix du 23 avril 2019)

Quant à la situation actuelle de notre Eglise ? Sommes-nous tombés dans une défaite inéluctable ou entrés courageusement et solidairement  dans une espérance toujours vivante, confiants en la grâce de Dieu qui peut faire toutes choses nouvelles ?


                     
Saint Martin -- Pont-à-Mousson (54) ,église Saint-Martin 
© D.G

     On appelle « charité » à la fois Dieu et le « don de Dieu » (Eph 2,8)… Quand elle désigne celui qui donne, elle signifie la substance ; quand elle désigne le don, elle signifie une qualité. Voilà la loi éternelle qui crée et gouverne l’univers. Car tout sans exception a été fait par elle (Jn 1,3) « avec poids, mesure et nombre ». (Sg11, 21)  

La charité ou amour  place l’homme dans le domaine de la grâce divine et du salut. Dieu est amour, Dieu est charité et il a créé l’homme avec ce don, cette capacité à exprimer un amour désintéressé et bienveillant. Nous devenons ainsi participants à l’amour de Dieu qui va se manifester en de multiples réalités spirituelles (foi, espérance, conversion, justice…). Il nous faut bien évidemment accepter nos limites humaines tout en cherchant un accomplissement toujours plus grand. Ce perfectionnement que nous recherchons pour nous-mêmes est inséparable  de l’amour du prochain  (ou charité fraternelle)  qui ne doit pas se résumer à un devoir mais devenir un élan naturel et profond qui nous vient précisément du don de Dieu mis en nous.  (cf. Petit dictionnaire de théologie catholique – K. Rahner)                       

Cette conviction fondamentale que tout vient de Dieu ne nous est pas naturelle tant nous croyons en nos propres forces (ou en notre incapacité). Il nous faut davantage prier Dieu, mieux le connaître et mieux l’aimer pour saisir un peu à quel point nous lui sommes redevables. La lecture de la Parole de Dieu et la méditation quotidienne, l’Eucharistie devraient être notre nourriture comme l’eau et le pain.

36 – La loi de l’esclave et celle du mercenaire.

Selon saint Bernard, l’esclave n’aime pas Dieu et le mercenaire « aime davantage autre chose que Dieu ». Ce qui est impressionnant chez Bernard, c’est sa conviction que quelques soient nos pensées et nos actions, nous sommes « assujettis à la loi du Seigneur ». Même si notre vie est en contradiction avec Dieu, nous sommes dépendants de la loi divine.

L’éternelle justice divine veut que quiconque ne s’abandonne pas à la douce conduite de Dieu, subisse le châtiment d’être livré à sa propre conduite… et il n’a pas pu demeurer avec Dieu dans sa lumière, dans son repos, dans sa gloire…

« N’ayez de dette envers personne, sinon celle de l’amour mutuel » (Rm13,8). Ceux-là sans aucun doute « vivent en ce monde comme Dieu est » (1Jn4,17) : ce ne sont ni des esclaves, ni des mercenaires, ce sont des fils.

37Loi des fils

« Ce n’est pas pour les justes que la loi a été instituée (1Tim 1,9), c’est-à-dire qu’elle ne leur a pas été imposée contre leur gré, mais proposée à leur liberté avec autant de civilité qu’elle était inspirée par la douceur.

38 Ainsi la charité est une loi de bonté et de douceur.

Pendant des siècles, la loi de Dieu fut présentée aux chrétiens comme une épée suspendue au-dessus de leur tête, tels les péchés qualifiés de « mortels ». Si tu n’obéis pas à Dieu, tu iras en enfer. … Ici, où sont la liberté et la douceur ? Où est l’amour de Dieu ?

La loi de Dieu n’est en aucun cas « imposée », mais elle est « proposée » comme le souligne saint Bernard. Cette liberté que nous revendiquons aujourd’hui est évidemment à double tranchant. Elle me rend responsable de mes choix et de mes défaillances.

L’amour d’un père, d’une mère pour ses enfants peut se manifester parfois par certaines exigences mais c’est pour un bien. Si la confiance est là entre les uns et les autres, les exigences apparaîtront comme normales, juste retour d’un amour partagé.  Nous passons tous par les temps rebelles de l’adolescence mais la maturité venant, nous rendrons grâce d’être ainsi aimés.

                    
                                   La Cène – Abbaye de Tamié

 39 – Les quatre degrés de l’amour                                   

Saint Bernard résume ici, magnifiquement, dans ce passage, les étapes vers l’amour de Dieu. C’est très certainement aussi le cheminement, par l’expérience, qu’il en a eu. C’est la doctrine qu’enseigne Bernard.  Lui-même ne se sent pas pour autant arrivé au but : « Pour moi, je l’avoue, cela me semble impossible ».
Ceci dit l’expérience spirituelle et son évolution n’e sont pas toujours aussi tranchées et progressives. Plus que d’étapes ou de degrés, les propos de Bernard  mettent en évidence de quoi est tissé l’amour de Dieu. Dans notre vie personnelle, reconnaissons-nous ces cinq degrés qui peuvent certains jours nous apparaître infimes et d’autres éblouissants.

 « Puisque nous sommes charnels (Rm7,14)  et que nous naissons du désir  de la chair, il est inévitable que notre convoitise ou notre amour « commence par la chair »…. Car ce qui paraît en premier lieu, ce n’est pas l’être spirituel, mais l’être animal ; le spirituel ne vient qu’ensuite » (1Co 15,46). Et il faut que nous portions d’abord l’image de l’homme terrestre, puis celle de l’homme céleste (1Co 15, 49) . Donc, en premier lieu l’homme s’aime lui-même pour lui-même : il est chair et il ne peut rien goûter en-dehors de lui-même. Quand il voit qu’il ne peut subsister par lui-même, il commence à chercher Dieu par la foi (He 11,6). Et à l’aimer, comprenant que Dieu lui est nécessaire. Ainsi, dans ce second degré, l’homme aime Dieu, mais pour soi-même et non pour Dieu. Cependant, une fois que, par intérêt, il a commencé à le vénérer et à le fréquenter par la méditation, la lecture, la prière, l’obéissance, il entre dans sa familiarité ; peu à peu et graduellement Dieu se fait connaître et ensuite il communique la douceur de sa présence. Ainsi, pour avoir goûté combien le Seigneur est doux (Ps33,9), l’homme passe au troisième degré de sorte qu’il aime Dieu non plus pour soi-même mais pour Dieu. Bien sûr, on reste longtemps à ce degré, et je ne sais si un homme en cette vie arrive à atteindre parfaitement le quatrième degré, celui où l’homme s’aime uniquement pour Dieu.

40 – Le filet de la charité

 Saint Bernard utilise ici l’image des pêcheurs qui pêchent toutes sortes de poissons mais qui ne garderont que les bons. On peut se demander qui sont les « mauvais poissons ». En fait, le projet divin se place à un tout autre niveau qui devrait être celui de notre propre charité.

 La charité accueille en elle le malheur et le bonheur de tous ; et les faisant siens en quelque sorte, elle a pour habitude non seulement de « se réjouir avec ceux qui se réjouissent », mais aussi de « pleurer avec ceux qui pleurent ». [Dès qu’il parviendra au rivage, le filet de la charité] rejettera comme de mauvais poissons toutes les tristesses qu’elle a endurées, pour garder uniquement ce qui pourra plaire et être agréable

                                                                     

La joie parfaite

 Saint Bernard n’aborde pas ici avec précision la question de l’enfer sans le nier. Mais la joie parfaite des bienheureux est telle qu’elle n’envisage même plus la notion de miséricorde. La notion d’enfer s’efface.

 «  Chez toi, la demeure de ceux qui sont dans la joie ». (Ps 86,7)

 «  Leur joie sera éternelle ».(Is 61, 7)

                                                                       

DG -  © D.G

 

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Saint Bernard, dernier Père de l'Eglise - Thomas MERTON

 Saint Bernard, dernier Père de l’Eglise

 Thomas MERTON , moine cistercien

Editions Salvator 2014
137 p.

                    

 En 1953, à l’occasion du 8° centenaire de la mort de saint Bernard, le pape Pie XII , promulgue la célèbre encyclique « Doctor Mellifluus » qui veut rappeler l’apport extraordinaire de la vie et de la pensée de saint Bernard à l’Eglise toute entière.

« Le miel est dans la cire, comme la dévotion dans la lettre… La dévotion est comme un rayon de miel… » . Bernard mérite le titre de « Docteur Melliflue » car de la Parole de Dieu, il sait en faire couler le miel, le meilleur, le  sens spirituel…pas seulement pour lui-même mais pour faire pénétrer en nous cette loi spirituelle qu’est la loi du Christ. » (p.16)

Les supérieurs de Thomas Merton lui demandent alors de commenter cette encyclique dont il va faire  « une superbe méditation sur l’énigme de la sainteté. »(p.10 – Michel Cool)

Jeune moine cistercien américain, né en France, Thomas Merton produit cet essai peu banal, qui paraît dès 1954, commentant un texte papal et réfléchissant sur la vie d’un autre moine. Les éditions Salvator le réédite en cette année 2015, 9° centenaire de la fondation de l’abbaye de Clairvaux dans l’Aube où de nombreuses manifestations et colloques sont prévus tant à Clairvaux qu’à Troyes.*

« Un point commun unit les deux moines cisterciens pourtant si distants l’un de l’autre par l’histoire et la culture : c’est leur expérience commune de l’épreuve à concilier vocation contemplative et action temporelle… L’un et l’autre en ont fait leur combat spirituel… L’art du biographe n’est-il pas de se reflèter quelque peu dans le personnage qu’il décrit comme un jeu de miroir ? » (p.9-  Michel Cool)

                                      
      Eglise de Bouxières sous Froidmont (54) -
      Saint Bernard
( photo ne figurant pas dans le livre)
        
© Denyse Guerber 

Thomas Merton, dans cette biographie, va s’attacher davantage à l’esprit de saint Bernard qu’aux faits eux-mêmes

-         L’homme et le saint

C’est l’époque de la toute-puissance de l’abbaye de Cluny qui aurait pu peut-être convenir à un personnage tel que Bernard « mais il sentait obscurément qu’il était appelé à une grandeur qui dépasse la puissance. » (p.23)

« Sa réputation de mystique et d’ascète… fit qu’il devint, sans pouvoir l’éviter un grand homme d’Eglise, défenseur de l’autorité, de la loi, de la papauté, représentant de Dieu dans les affaires politiques et prêcheur de croisades. » (p.24)

« La grâce de Dieu, qui possèdait totalement cet homme frêle, mettait en feu les cœurs de ceux qui l’entendaient parler. » (p.26)

D’ailleurs son entrée à Cîteaux, en 1113, accompagné d’une trentaine de frères, remis sur pied l’abbaye en difficulté.

  Le témoignage des écrits.

«  Ses écrits les plus nombreux sont ses sermons, bien que les plus connus soient sans doute ses lettres. » (p.53)

Notamment « De la Considération » lettre célèbre (et toujours d’actualité pour qui a quelques responsabilités)  écrite à Eugène III, un de ses frères de Clairvaux devenu pape.

Ses écrits nous « transmettent une doctrine précise et cohérente » mais s’appuyant toujours sur l’expérience. Et c’est sans doute ce qui la rend si captivante, même si la lecture en est parfois un peu ardue.

« Elle nous dit comment discerner les visites du Verbe à l’âme, comment répondre à l’action de cet Esprit-Saint(p.55)

Son Traité sur les degrés de l’humilité (1119) est en lien étroit avec la Règle de saint Benoît qu’il avait en haute estime.

Le Traité Sur l’Amour de Dieu ( 1126-1127) souligne combien cet amour est puissant, insaisissable et qu’il n’a d’autre raison d’être que d’aimer Dieu, non pour nous-mêmes mais pour Dieu lui-même. « Aussi longtemps que l’homme n’aime point Dieu, il n’a pas commencé à vivre. » (p.59). « J’aime parce que j’aime ; j’aime pour aimer » écrit saint Bernard.

 Notre vie sur terre s’efforce de restaurer l’image divine que Dieu a mis en nous. Pour saint Bernard, " nous ne serons pleinement libres qu’au ciel. " (p.61)

 Les plus beaux textes de saint Bernard sont ses Sermons sur le Cantique. Tissé des textes bibliques (passionnante lecture qui nous renvoie sans cesse à la Parole de Dieu) ,  Bernard nous donne de son commentaire du Cantique des cantiques à la fois une lecture approfondie, mystique mais aussi toute orientée vers le vécu. Il se laisse emporter par mille digressions dont il s’excuse sans cesse , mais comment se limiter quand on a l’âme de saint Bernard dont l’amour pour Dieu est précisément «sans limites ».

 Les pages 83 à 108 sont les notes de Thomas Merton sur l’encyclique dont le texte intégral conclut l’ouvrage édité par les Editions Salvator.

«  L’encyclique présente saint Bernard comme Père et Docteur de l’Eglise…Elle rappelle que la doctrine du saint est une des sources les plus pures et les plus authentiques de la tradition catholique. » (p.84)

« Pour saint Bernard, l’amour, la ressemblance à Dieu qui nous rend sages comme il est sage, est plus qu’un simple désir de Dieu. La sagesse de l’amour est imprimée en nous par le désir qu’a Dieu de nous. » (p.88)

« Le savoir et l’amour sont  deux éléments essentiels à la vraie sagesse. » (p.90)

« C’est la charité, c’est l’amour de Dieu et des frères qui font du cistercien un vrai moine ; sans cela il n’est pas moine quand bien même il accomplirait à la perfection tout le reste. » (p.100)

 - Encyclique Doctor Mellifluus (p.109-133)

«  Cette haute doctrine mystique du Docteur de Clairvaux, qui dépasse tous les désirs humains et peut les combler, semble à notre époque être négligée et sacrifiée ou être oubliée de beaucoup qui, écartelés par les soins et les affaires  quotidiennes, ne cherchent et ne désirent rien d’autre que ce qui est utile et productif pour cette vie mortelle… C’est pourquoi nous pensons que ces pages du Docteur Melliflue doivent être méditées d’un esprit attentif… » (p.118)

« L’extrême douceur d’une telle méditation [ ne tient pas Bernard ] « enfermé dans les murs de sa cellule ‘qui est douce quand on y demeure’, mais partout où la cause de Dieu et de l’Eglise est en jeu, il accourt en hâte avec sa sagesse, sa parole et son activité… Il est à craindre, si la lumière de l’Evangile peu à peu diminue et faiblit dans les âmes, ou ce qui est pire, si elle est entièrement rejetée, que les bases mêmes de la société civile et domestique ne s’écroulent, à tel point que surviennent des temps pires encore et plus malheureux »
Pie XII

 Pour conclure cette nouvelle édition de 2014, on aurait pu souhaiter que la bibliographie qui s’arrête à 1954 soit complètée par quelques ouvrages sur saint Bernard, fondamentaux et plus actuels. Mais il est vrai qu’il est maintenant facile de trouver ces références ailleurs. Les ouvrages sur le sujet sont nombreux mais d’inégale qualité ou d’approches différentes. Mais ce petit livre tenait à être fidèle à l’original et c’est déjà une belle approche.

Pour se faire une idée plus juste, le mieux est évidemment de lire quelques textes bien choisis de saint Bernard. L’exercice n’est pas facile mais il est délicieux. Le bonheur, même là, se gagne par un certain effort.

Pour un premier florilège, on peut s’aider du livre « Entretiens », Saint Bernard de Clairvaux, un  homme d’aujourd’hui -  ( paru récemment aux Ed. du Signe en lien avec l'association Arccis qui a son siège à l'abbaye de Cîteaux )

On pourra le complèter par six livres assez différents dans leur approche (avis  personnel) :

-         Bernard de Clairvaux – Jean Leclercq (Ed.Desclée, 1989)

-         Les Moines blancs – Histoire de l’ordre de Cîteaux  - Marcel Pacaut (Ed. Fayard 1993)

-    Saint Bernard de Clairvaux – Pierre Aubé (Ed. Fayard 2003)

-         Sur les pas de Bernard de Clairvaux et des Cisterciens – Julien Frizot et Thierry Perrin (Ed. Ouest-France, 2006) – Belle iconographie.

-         L’Amour des lettres et le désir de Dieu – Jean Leclerc (Ed. du Cerf, 1956) est aussi une lecture  incontournable pour qui s’intéresse aux textes écrits à l’époque de saint Bernard. Plus difficile, mais passionnant.
 
                                           
- Bernard de Clairvaux - Introduction générale aux complètes - Histoire, mentalités, spiritualité - Ed du    Cerf, 2010 - Sources chrétiennes n°380
Pour les courageux, qui ont du temps... mais ils ne seront pas déçus.

DG

© Denyse Guerber

** Pour en savoir plus à ce sujet  on peut se reporter au site 

 http://2015.grangesaintbernard-clairvaux.fr/

       et

 www.clairvaux-2015.fr

 

 

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Mardi 17 Mars 2020

Le chrétien dans la désorientation du monde

 LIENS CISTERCIENS n°38/ mars 2020

                           

Dans la revue de ce trimestre, un article a retenu notre attention :

« Le chrétien dans la désorientation du monde »,

d'après une conférence (2018) de Dom Mauro-Guiseppe LEPORI, abbé général de l'Ordre Cistercien.

Notre monde est en effet plus que jamais désorienté. Le temps de crise actuel dû au coronavirus en est une preuve parmi bien d'autres.

Etre désorienté, c'est ne plus savoir où on va ni même peut-être pourquoi on est là. Dom Mauro ose avancer que nos guides eux-mêmes s'intéressent davantage « à la progression de leur propre pouvoir » plutôt « qu'au progrès du peuple. » Ne nous laissons donc pas manipuler, ni tromper par des satisfactions immédiates.

« Restez éveillés et priez en tout temps ainsi vous aurez la force d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. » (Lc 21, 34-36)

Donner un sens à sa vie ne doit pas reposer sur la crainte du jugement dernier, mais doit impacter toute notre vie.

« Le Christ est le destin de l'univers .» Notre rencontre avec lui coïncide avec notre engagement auprès des plus pauvres  et nous invite à considérer aussi les nouveaux besoins et nouvelles pauvretés. Ce n'est évidemment « pas seulement une loi à observer , mais une réalité à reconnaître »

Notre charité doit être à l'oeuvre dans l'instant présent mais aide à constituer aussi l'orientation même de l'Eglise vers son ultime destin. Quelle responsabilité !

Nous avons à vivre à l'image du Christ que Dieu a envoyé dans le monde, non pour le juger mais pour que, par lui, le monde soit sauvé (Jn3,16-17). Le chrétien est « la mémoire vive et reconnaissante du salut de tous. »

Cela ne suppose évidemment pas de nous mettre en avant, mais par notre témoignage d'être le Christ qui « aime au-delà de toute mesure ».

« Le Christ nous donne la puissance de la foi » mais elle est confiée aussi à notre liberté et donc à nos fragilités. « Le Christ , quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc18,8)

Jésus s'est-il demandé, au moment de sa Passion : est-ce que cela a servi que je vienne, que j'annonce l'Evangile, que je sois mort et ressuscité pour sauver le monde ?

Sans une foi active, nous découvrirons à terme que nous avons « avancé vers le néant, vers un échec final. »

« Notre foi mendie sans cesse pour que le monde s'ouvre à cette nouveauté, à cette justice, à ce bien pour tous, que Dieu seul peut donner. Ce bien, c'est Dieu lui-même, c'est son amour, sa présence, le don de son Esprit, le don de son Fils, le don de l'Eglise. »

Vivre notre foi c'est permettre « à la réalité accomplie du Ciel de se manifester sur la terre, de transfigurer la terre, de descendre sur la terre pour la sanctifier, la remplir de beauté, de sainteté, de la sainteté et de la gloire de Dieu. »

« Saint Benoît a transfiguré l'Europe de cette manière : avec des hommes et des femmes qui, vivant tout l'humain au service de Dieu, dans une obéissance qui demande dans chaque geste, dans chaque œuvre, dans chaque instant de la vie, que la volonté du Père se fasse sur la terre comme au Ciel, ont permis à Dieu d'exprimer sur la terre la réalité pleine et accomplie du Ciel...

Jésus le premier, « se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix (Ph 2,8), a rempli la terre de Ciel, de réalité accomplie selon la volonté et l'amour du Père. »

DG

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:34
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Mercredi 16 Octobre 2019

L'Amitié à l'épreuve de la diversité

 L’Amitié à l’épreuve de la diversité

Pierre le Vénérable – Bernard de Clairvaux

Correspondance

 Saint-Léger Editions, 2019

302 p.
                              

 

Ce livre est intéressant à plus d’un titre.

Avoir accès à la correspondance de saint Bernard de Clairvaux , c’est entrer dans son cœur un peu plus loin que par ses Sermons, c’est mieux le connaître dans ses états d’âme confrontés à des réalités qui le touchent de près, c’est être touchés par cette proximité.

Et que cette correspondance du 12ième siècle concerne deux amis, l’abbé bénédictin de Cluny, Pierre le Vénérable et l’abbé cistercien de Clairvaux , le grand saint Bernard, face à leurs conflits, est tout de même assez extraordinaire.

Est soulevée dans ces lettres la rivalité entre les deux abbayes ; c’est à qui applique le mieux la Règle objet de leurs divergences qui mettent effectivement leur « amitié à l’épreuve de [leur] diversité ». Pierre va se défendre mot à mot du bon usage que ses moines font de la Règle de saint Benoît, nous instruisant ainsi de leurs pratiques.

Autre sujet, parmi d’autres, de discorde : la nomination d’un évêque au diocèse de Langres qui n’échappe pas aux manipulations politiciennes et de pouvoir : c’est d’abord un moine de Cluny qui est envisagé puis un moine de Clairvaux…

Ces duels blessent leur amitié, la mettent en cause. L’amitié de Pierre pour Bernard souffre, doute mais tient bon. Les paroles échangées sont fortes, même si Bernard garde un peu ses distances.

La vie monastique de saint Bernard, on le sait, n’est pas dans les nuages et on aime le voir, ici, confronté à ses forces et ses faiblesses. Comme nous tous.

 On apprécie aussi l’introduction (70 p.) ainsi que les présentations de chaque lettre,  par le Père Christophe Vuillaume, osb, qui resitue le contexte de l’époque et les caractères de Pierre et Bernard.

Cela éclaire bien notre lecture de ces lettres passionnées et passionnantes.

 DG

Extraits.

 (Pierre à Bernard)

-          Est-ce se croire et se proclamer le dernier de rabaisser ce que font les autres, de s’exalter, de mépriser les autres, de se prendre pour quelqu’un, alors que l’Ecriture prescrit, dîtes : « Nous sommes des serviteurs inutiles » (Lc17,10)  - p.85

-          Vous vous montrez dans ce costume de couleur insolite et pour vous distinguer de tous les moines du monde, vous vous affichez en  habit blanc au milieu des habits noirs. (p.85)

-          Mon âme s’est attachée à toi et ne peut plus s’arracher à l’affection que je te porte… Plût à Dieu qu’elle demeure aussi en toi, cette amitié que le Christ a fait naître…(p.174)

 (Bernard à Pierre)

-   Quel honneur pour moi d’avoir non seulement une place dans ta mémoire, mais aussi dans ton cœur ; Je me glorifie d’avoir ce privilège d’être aimé de toi. Je me nourris aux abondantes délicatesses de ton cœur. Mais plus encore je me glorifie dans les tribulations (Rm5,3), si je suis digne de souffrir ainsi pour l’Eglise…Car pour avoir été ensemble à la peine, nous le serons dans la consolation (2 Co1,7).

Mise à jour : Dimanche 20 Septembre 2020, 16:49
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Vendredi 16 Décembre 2016

Sagesse cistercienne

 Sagesse cistercienne

 900 ans de fécondité spirituelle

 Dom Olivier QUENARDEL
 Abbé de Cîteaux

Ed. Médiaspaul 2016
219 p.

                               


Dom Olivier Quenardel est entré à l’abbaye de Cîteaux en 1967 et il en est le Père Abbé depuis 1993.

Ce livre rassemble des conférences et articles récents abordant sous diffèrents angles un « thème commun, celui de la "sagesse cistercienne" , autre nom de la flamme qui habitait [les] saints fondateurs de Cîteaux. »

 Y trouverons-nous des règles de sagesse adaptables à nos vies quotidiennes ? Sans doute pas au sens où nous l’entendons habituellement car cette « sagesse » est plutôt folie aux yeux des hommes.  Mais comme toutes les spiritualités chrétiennes, cette sagesse nous ramène à l’essentiel : l’amour de Dieu. Ensuite, chacun tente de répondre à l’appel qui est le sien.

Cette sagesse n’est pas innée, même si elle tient de la grâce de Dieu. Elle demande un apprentissage qui est, en particulier, celui de la lecture de la Parole de Dieu qui va (r)éveiller le désir de chercher vraiment Dieu, « de goûter comme le Seigneur est bon , et de répandre par toute [la] vie la bonne odeur du Christ. » (p.17)

L’auteur nous présente en quelques pages très claires et instructives le monde cistercien français de 1850 à nos jours avec ses bas et ses hauts, les difficultés mettant chacun à l’épreuve de sa foi et bien souvent la faisant se raffermir. L’entraide monastique, bien développée aujourd’hui, en est un fruit face aux difficultés nouvelles. Dom Olivier souligne en particulier l’intérêt de la mixité des rencontres intermonastiques, encore  inconcevables au début du XX° siècle.

L’élan missionnaire se ralentit mais par contre la RGM (Réunion Générale Mixte) reconnaît « depuis 2002, l’existence d’une expression laïque du charisme cistercien dans ce que vivent aujourd’hui les groupes de laïcs rattachés à plusieurs des monastères de l’Ordre ». On peut même préciser, et cela ce n’est pas l’auteur qui le dit, que le premier groupe de laïcs cisterciens en responsabilité s’était constitué de façon spontanée avec les trois branches de l’ordre : ordre cistercien, ocso et bernardines. Une belle unité pleine de promesses que Dom Bernardo Olivera, ancien Abbé Général ocso, avait appréciée en son temps.

« On peut se risquer à dire que la présence au sein de la Famille cistercienne d’une telle laïcité devrait être stimulante et salutaire aussi bien pour le renouveau des communautés monastiques que pour la communion cistercienne tant désirée. » (p.52)

 Puis l’auteur évoque l’histoire propre à l’abbaye de Cîteaux, lieu des origines, lieu-source qui fêta en 1998, telle une « nouvelle Pentecôte » la grâce du neuvième centenaire, rassemblant en ses murs 800 moines et moniales. Une vraie Famille, comme elle aime désormais s’appeler à l’initiative du pape Léon XIII en 1902 mais surtout dans une Lettre de Jean-Paul II à la Famille cistercienne » en 1998. Tout ce chapitre est fort intéressant concernant l’actualité, la réalité et la fragilité de l’Ordre tout entier.

                         

 Les conférences suivantes, datant de 2010, abordent un autre domaine plus spirituel, (encore qu’il ne faut pas séparer Marthe de Marie vivant toutes deux dans la même maison !) et peut-être plus difficile à suivre si on n’est pas familier des rites monastiques, notamment celui du « lavement des pieds ». Le réactualisant dans sa communauté, Dom Olivier nous entraîne longuement  et passionnément vers l’invicem (traduit par « mutuellement ») , autrement dit vers le haut lieu des relations fraternelles où nous sommes appelés , laïcs ou moines, à témoigner de l’amour de Dieu en nous et en nos frères. On reproche souvent à l’Eglise ses relations pyramidales dont elle a encore bien du mal de se défaire. Le lavement des pieds nous rappelle que la principale mission du chrétien est de se faire serviteur, ce qui n’est pas s’abaisser mais aimer.

 Les chrétiens « devraient être en première ligne de cette révolution de l’amour dont le Nouveau Testament clame qu’il n’est pas seulement de l’ordre du don mais de l’ordre de l’échange où l’amour reçoit autant qu’il donne. » (p.78)

 Dans la suite du livre (conférence de 2015), Saint Bernard est à l’honneur, ce qui est bien normal quand on sait l’importance qu’attachent à ce grand saint fondateur de Clairvaux, moines, moniales et laïcs cisterciens.

Bernard de Clairvaux a un langage qui « réveille à la manière des prophètes » et continue d’entraîner les hommes d’aujourd’hui sur un « chemin de sainteté ». Sa sagesse et sa flamme intérieure (et extérieure !) gardent toute leur force de séduction appelant à la conversion du cœur.

« Sur le chapitre de la miséricorde, il y a entre François de Rome [le Pape François] et  Bernard de Clairvaux une forme d’ecclésiologie nuptiale qui les rapproche …l’un de l’autre ». (p.127)
La dévotion de Saint Bernard (et des cisterciens) à Marie est aussi évoquée notamment en citant le sermon splendide du « Missus est » : « Si se lèvent les vents des tentations, si tu cours aux écueils des épreuves, regarde l’étoile, appelle Marie… » (p.138)

 Puis un  septième chapitre nous retrace l’histoire et l’oeuvre de sainte Gertrude d’Helfta, qu’affectionne particulièrement Dom Olivier qui illustre sa conférence de quelques passages écrits par cette femme mystique dont la « sainteté n’était pas acquise au départ ». Elle fut très interpellée par la communion sacramentelle et sa préparation. Son approche tout en  « finesse et justesse théologique », dans son sens profond, demeure très actuelle. « Rien de plus concret pour elle que cette christologie eucharistique qui se joue dans le corps à corps de  la célébration liturgique. »(p.159)

 Dans une conférence de 2012 et en toute logique, est abordée la Règle de saint Benoît où « la liturgie tient une place de première importance » tant elle est pour Benoît « en lien direct avec la vie ordinaire » avec la clé principale de lecture qui est « l’amour du Christ préféré à tout. » (p.171)

 En mai 2014, à l’abbaye de Pontigny, Dom Olivier donne une conférence sur « Ora et labora » (= Prie et travaille)  et plus précisèment sur « l’expérience concrète de la tradition cistercienne et son vécu aujourd’hui à Cîteaux » (p.185 et suiv.). La vie cistercienne ne se résume pas à prier et à la contemplation. Elle cultive plutôt un « art de vivre "sous le regard de Dieu" toujours et partout ». Les Constitutions de l’Ordre révisées, actualisées en 1990 soulignent le souci du concret et l’articulation entre travail et prière. Y sont explicités notamment la vigilance du cœur (garde du cœur) et le silence, bien sûr.

Ce livre s’achève sur la « filiation spirituelle ». « Nous ne sommes pas tous parents mais nous sommes tous enfants » (p.199)

 «  …Incompréhensible mystère ! Celui qui t’a créé est maintenant créé en toi, et comme si c’était trop peu que tu l’aies pour Père, il veut encore que tu lui sois une mère ! "Quiconque fait la volonté de mon Père est mon frère, ma sœur, ma mère"… Ouvre à la parole de Dieu ton oreille pour entendre. Elle est la voie de l’Esprit qui fait concevoir en pénétrant jusqu’au sein de ton cœur. »  (Guerric d’Igny, 1er Sermon pour l’Assomption – cité p.216-217)

DG
12 / 2016

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:55
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Mardi 31 Mai 2016

Tibhirine, l'héritage

 Tibhirine, l’héritage

 Préface du Pape François

Direction d’ouvrage : Christophe Henning
Bayard Editions, 2016
177 p.

                        

 Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines cisterciens du monastère de Tibhirine (Algérie) étaient enlevés. Deux mois plus tard, leur mort était annoncée par le groupe islamique armé (GIA).

Seules les têtes des moines furent rendues et très rapidement on s’interrogea sur les véritables auteurs de ces assassinats et sur les pourquoi, comment et quand . Vingt ans plus tard, malgré les moyens mis en œuvre mais aussi à cause de nombreuses réticences diplomatiques et politiques, on n’en sait guère plus. La justice poursuit son travail et les sept moines reposent dans le jardin de ce monastère qu’ensemble ils avaient décidé de ne pas quitter par solidarité avec le peuple algérien.

Le livre ne retrace pas du tout, ou très peu, ce qui s’est passé. Bien d’autres livres, documents, BD et le célèbre film « Des hommes et des dieux » l’ont fait de façon très complémentaires.

                    

Dans ce livre , 11 « héritiers », aux personnalités et regard diffèrents évoquent l’aujourd’hui de Tibhirine, dans leur cœur et sur place. Le lecteur revit ainsi ce chemin pascal des moines et surtout ses fruits actuels qui, dans l’efficacité et la discrètion, concordent si bien avec les orientations actuelles de l’Eglise et de certains états vers un apaisement des relations du christianisme et de l’islam dans une coexistence fraternelle et respectueuse en Algérie mais aussi aux quatre coins du monde.

                 *     

 - Dans le prologue, c’est le Pape François qui prend la parole : « A Tibhirine se vivait le dialogue de la vie avec les musulmans : nous, chrétiens, nous voulons aller à la rencontre de l’autre, quel qu’il soit, pour nouer cette amitié spirituelle et ce dialogue fraternel qui pourront vaincre la violence… C’est tout simple et si grand : à la suite de Jésus, faire de notre vie  un ‘ je t’aime’.

- Christophe Henning, journaliste a signé plusieurs ouvrages à propos de Tibhirine, notamment avec Jean-Marie-Lassausse, « Le jardinier de Tibhirine » (Bayard 2010) qui a reçu le Prix de littérature religieuse 2011.

                          *       

 «  Les liens si forts tissés entre les moines et le village se sont renoués, grâce à la présence du père Jean-Marie Lassausse, prêtre et agronome : la terre de Tibhirine porte du fruit au sens propre (fruits du verger, légumes, miel… » . (p.14)

- Le Cardinal Philippe Barbarin s’est rendu à Tibhirine en 2007 : « D’où vient cette clarté mystérieuse ? … Dans la tragédie du Golgotha, ce qui se voit le plus ce n’est pas la violence d’une condamnation, mais la victoire incroyable d’un amour qui est allé jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême. » (p.34)

- Le Frère Jean-Pierre Schumacher , 92 ans, a échappé à l’enlèvement de 1996. Il vit aujourd’hui à Midelt au Maroc .

«  [Notre] présence, si petite soit-elle, est le symbole du possible « vivre ensemble » entre des communautés de culture et de foi différentes, dans le plus grand respect de chacun… Comment être chrétien sans respecter la foi de l’autre, mon frère en humanité ? » (p.45)

- Mgr Claude Rault est responsable du diocèse de Laghouat dans le Sahara depuis 2004.

Il est fondateur avec Christian de Chergé du Ribât-el-Salâm  - le lien de la paix- lieu de dialogue islamo-chrétien. Les rencontres ont eu lieu au monastère jusqu’à l’enlèvement des moines. Les voisins qui n’avaient pas de lieu de prière sont venus eux aussi prier dans l’un des locaux du monastère mis à leur disposition. Au moment du ramadan, le jeûne était partagé.
«  … admiration pour ces hommes qui avaient fait le choix de mener une existence de pauvreté et de prière au milieu d’une population elle aussi très pauvre et isolée. » (p.52)

                                       *   

 - Dom Jean-Pierre Flachaire, responsable du prieuré Notre-Dame de l’Atlas à Midelt au Maroc  évoque le quotidien de leurs journées à Midelt, leur proximité avec leurs amis musulmans. Le monastère est l’héritier direct de Tibhirine dont la communauté a été officiellement transférée au Maroc.

- Le Père Jean-Marie Lassausse , prêtre de la Mission de France est depuis 2001, responsable du site du monastère. Le connaissant un peu ainsi que son action, , je peux affirmer qu’il poursuit auprès de la population un travail admirable , celui du « vivre ensemble »  inauguré à cet endroit par les moines, aidant au développement des villages et des personnes malgré les difficultés politiques toujours omniprésentes.

 " Mon seul désir est de faire de cette terre irriguée par le sang des sept frères une terre de rencontre entre croyants différents, dans le total respect de chacun. La communauté des frères est le modèle qui nous guide. La terre est le support, à la fois économique mais aussi social, culturel, religieux de notre présence fragile… Osons vivre ensemble pour chasser la peur de la différence et construire ensemble des passerelles de fraternité…" (p.108.110)

-  Leïla Tennci, philosophe, chercheuse à l’université d’Oran (Algérie ) n’a pas connu personnellement les moines mais s’est recueillie près des sept tombes. Elle a vécu très douloureusement la mort d’amis algériens et celle de Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné le 1er août 1996 .

              *   

- Mgr Jean-Paul Vesco, avocat, puis élu en 2010 prieur provincial des Dominicains de France est, en 2012, nommé évêque d’Oran.
« Impératif de recherche de la vérité [Qui as-tué les moines ?] et respect du choix libre des moines de partager le destin de leurs voisins jusqu’à prendre sur eux l’injustice qui pourrait leur être faite. » (p.135)

« Que ma communauté, mon Eglise, ma famille…sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat. Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. » Christian de Chergé, cité p.135)

- Marc Trévidic, vice-président du tribunal de Lille. En charge du dossier Tibhirine, toujours en cours.
« Il est difficile de croire quand l’homme est capable du pire au nom d’une religion. Mais la vie des moines, elle, me fait croire en Dieu. » (p.153)

- Dom Thomas Georgeon, moine à Notre-Dame de la Trappe (Orne). Il est postulateur de la cause de béatification des martyrs d’Algérie.
« Qui connaissait Tibhirine avant les tragiques évènements des années 1990 ? Qui ne connaît pas Tibhirine aujourd’hui ? Que s’est-il passé, au-delà des faits, pour que leur témoignage touche les cœurs et les âmes bien au-delà des frontières de l’Eglise et ce, de manière durable ?... Cette fidélité, cette persévérance, deux vertus qui ont la vie dure dans nos sociétés, ont profondément questionné le cœur de l’opinion. »(p.161)

Entre les chapitres, s’intercalent aussi de courts textes « testaments  spirituels» de Christian de Chergé, de Frère Christophe, de Frère Michel et Frère Luc.

 Le livre s’achève par quelques mots de François Cheng de l’Académie française :
« Quand survient le terrible, nous devrions être prêts , le sommes-nous ?... Nous n’avons pas choisi de mourir en martyrs. Nous avons simplement choisi d’aimer. » (p.169-170)

 Présentation et extraits choisis : DG
 01.06.2016

* recension sur ce blog, rubrique "07 Livres"

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:50
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Samedi 21 Mai 2016

Dieu est amitié

 Dieu est amitié
 La spiritualité d’Aelred de Rievaulx

  Xavier MORALES

  Editions Salvator, 2016 – Petite bibliothèque monastique

  139 p.
                 * 

Un moine cénobite (qui vit en communauté) en choisissant de donner, par amour, sa vie à Dieu choisit en même temps de « vivre avec le maximum d’intensité » sa relation à Dieu et sa relation avec ses frères.

Aelred, abbé de Rievaulx dans le Yorkshire, au 12°s., âge d’or de la vie monastique (c’est aussi l’époque de saint Bernard), fut tout au long de sa vie, un « homme d’unité et de communion ». Il a écrit, entre autres, un traité sur l'amitié spirituelle qui n'a rien perdu de son actualité.

« La communauté monastique ne lie ses membres ni par les liens du sang, ni par les intérêts du commerce, ni par les affinités électives…[Elle] tente de vivre l’expérience de l’amitié en toute liberté, en toute gratuité. Sous le regard de Dieu. » (p.8)

Relations auxquelles en fait nous sommes tous appelés sous des modes différents.
« N’ayons 
pas peur de la tendresse ! » souligne le pape François. Pour ce qui devrait aller de soi, cette réflexion du pape fit cependant choc, surtout dans les milieux religieux. Un grand vent frais !

L’amour de Dieu n’est pas un amour désincarné et abstrait. Dieu est amitié. C’est-à-dire que nous entrons là dans une relation incarnée, affective, aussi concrète que nos amitiés de tous les jours. (p.14)

Nous avons souvent vu la religion comme une obéissance à des commandements, comme une

contrainte. L’auteur développe ici en quoi la relation à Dieu est joie et liberté. Comme tout amour véritable mais avec une autre dimension. Les valeurs de l’amitié donnent dans une certaine mesure une plus grande liberté relationnelle que l’amour.

L’amour est en recherche de perfection ; ce qui peut expliquer en partie les déceptions menant au divorce. « L’amitié elle, accepte les limites, les limitations, les partialités » (p.66) .

D’une certaine façon, l’amitié nous serait-elle plus accessible que l’amour ?

Dire que Dieu est amitié rend la relation à Dieu plus gratuite, moins exclusive, ce qui n’empêche en rien l’intensité. « Dieu ne veut pas que nous ayons besoin de lui ; il veut tout smplement que nous l’aimions. » (p.89)

 « L’amitié est un accord des sentiments (consensio) au sujet des choses humaines et des choses divines, accompagné de bienveillance et d’estime (caritas) » (Cicéron , cité p.19)

L’auteur (et Aelred) développe l’origine de l’amitié, la diffèrence entre amitié et amour.

Le philosophe Aristote est convaincu que la sociabilité de l’homme est plus une tendance naturelle qu’un besoin. Nous désirons vivre ensemble… mais non sans mal.

 «  Plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. » (Pape François, Laudato Si – cité p.44)

« Aimer jusqu’au bout, c’est aimer jusqu’à accepter que l’autre ne nous aime pas. » (p.111)

La vie éternelle sera une vie bienheureuse où l’amitié s’étendra alors à tous. (p.119)

 L’auteur, dans son épilogue, anticipe la critique qui nous vient aux lèvres en le lisant : Xavier Morales à l’école d’Aelred de Rievaulx porte très (trop) haut les valeurs qu’implique une amitié véritable . Il y en a de toutes simples et belles, accessibles à tous. Et il ne va pas de soi non plus qu’avoir un ou des (vrais) amis nous mène directement à Dieu. Le sujet peut être fort bien traité sans qu’aucune référence ne soit faite à Dieu.

Il n’en reste pas moins qu’on peut dire malheureux l’homme qui est seul , sans amis.

Heureux par contre celui qui connaît l’amitié car le sachant ou non, il touche là au cœur de l’homme cette valeur essentielle qui dépasse tout autre bien périssable et qui est le moteur de nos vies : aimer et être aimé…

Dieu est notre plus grand ami. Mais le croyons-nous ?

 Ce livre nous conduit bien évidemment à découvrir : « L’Amitié spirituelle » de  Aelred de Rievaulx – Vie monastique n°30 – Abbaye de Bellefontaine, 1994

                                    *     

 DG- 2016
*© D.G

 

 

 

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:51
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Jeudi 17 Mars 2016

L'Abbaye de Clairvaux (BD)

L’Abbaye de Clairvaux
Le corps et l’âme
Didier CONVARD – Eric ADAM – Denis BECHU
Ed. Glénat, 2015 BD – 47 p.

                        

Cette BD a été éditée en 2015 à l'occasion du 9° centenaire de la fondation de l'abbaye de Clairvaux par saint Bernard .
Elle vient de recevoir le prix Gabriel , décerné par le CRIABD - Belgique


Il n’est jamais simple de réaliser une BD historique de qualité. Il faut bien connaître son sujet, se faire accompagner par quelques spécialistes historiens et archivistes et surtout , malgré une vie à multi-facettes comme l’est celle de saint Bernard de Clairvaux, en tirer le suc, l’essentiel.

Les auteurs de cette BD « L’Abbaye de Clairvaux » , à travers leurs images et leurs textes, parviennent à bien nous faire entrer dans l’ambiance de l’époque médiévale, dans la rudesse des conditions de vie… et de mort. Il ne s’agit pas tant de l’histoire d’une abbaye (titre plus attractif ?) que de celle d’un homme, d’un moine hors du commun Bernard, charismatique avant l’heure, dont on fête cette année le 9° Centenaire de la fondation de son abbaye à Clairvaux dans l’Aube. A sa mort en 1153, 350 abbayes cisterciennes étaient nées à travers l’Europe et Clairvaux comptait plus de 500 moines ! Cet album retrace avec justesse, autant qu’il est possible en ces quelques pages, l’évolution de la construction de ce célèbre monastère et comment Bernard réussit à transformer, séduire les cœurs, non pour lui-même mais pour Dieu, par son exemple, son courage, l’amour de ses frères et en particulier des plus pauvres qu’il remettait « debout » par des actions valorisantes et adaptées à chacun.
Au fil de l’histoire, quand on connaît un peu les écrits de saint Bernard, on retrouve, glissés dans les dialogues ce qui fit la valeur de Bernard : une foi chevillée au corps d’un grand mystique mais aussi homme de terrain, grand orateur, sollicité par les rois et les papes. Est très bien évoquée aussi la faiblesse physique du saint meneur d’hommes auxquels il savait avec humilité et ardeur faire appel en respectant aussi leur liberté. « C’est dans ma faiblesse que je suis fort … », disait saint Paul, car il ne comptait pas tant sur lui que sur Dieu. Une bonne BD, pleine d’action, qui peut séduire les lecteurs de tous âges et leur donner envie d’en savoir plus sur la vie de saint Bernard de Clairvaux.

Les biographies (simples) de Saint Bernard sont nombreuses. On peut cependant conseiller pour une première approche :
- Sur les pas de Bernard de Clairvaux et des cisterciens – J.Frizot et T. Perrin – Ed Ouest-France 2006
Et pour découvrir un peu ses lettres remarquables : - Lettres d’humanité – Saint Bernard de Clairvaux – Ed. du Cerf, 1996 – Coll. Foi Vivante

D.G

Mise à jour : Dimanche 20 Septembre 2020, 17:00
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Mercredi 23 Septembre 2015

Méditer avec saint Bernard

Lode Van Hecke

 Une pensée par jour

 Introduction et florilège rassemblé par LODE VAN HECKE 

 Editions Salvator 2015
 380 p.

                       

 Sans être fan de vies de saints, livres qu'on croit à tort avoir un contenu désuet, le croyant chrétien qui s’appuye sur la Parole de Dieu, ne doit pas oublier que celle-ci s’incarne au quotidien dans notre humanité : vies d’hommes célèbres contemporains tels le Pape ou Sœur Emmanuelle mais aussi, peut-être cette catéchiste ou notre voisin de palier. Leurs simples paroles peuvent bousculer nos vies vers une plus grande proximité de Dieu et de nos frères. Petites graines semées,  elles vont nous habiter, nous guider, nous inviter à être nous aussi de petites étoiles divines, des témoins de l’Invisible.

 De nombreuses publications, sur le principe du calendrier,  nous invitent à contempler une œuvre d’art par jour, à lire une pensée apaisante ou humoristique ou à découvrir chaque matin un paysage extraordinaire vu du ciel .
Parmi tant de choix possibles qui vont éclairer un peu notre journée  un livre vient à point nous proposer « une pensée par jour » sélectionnée parmi les nombreux écrits de  saint Bernard de Clairvaux.

Lode Van Hecke, Père Abbé de l’abbaye d’Orval en Belgique, spécialiste de saint Bernard en bon cistercien qu’il est, chercheur de Dieu comme le sont les moines mais aussi comme l’est sûrement tout chrétien (soyons optimistes !)  nous offre dans un livre très accessible une belle anthologie : « Méditer avec saint Bernard ».

Bien que sorties de leur contexte, ces petites phrases quotidiennes nous interpellent, nous transmettent l’expérience spirituelle de ce grand saint homme (peut-être pas plus parfait que nous mais aimant Dieu passionnément) qui " nous introduit au coeur du mystère chrétien là où l’essentiel de la foi n'est pas seulement compris mais aussi goûté" , note Dom Lode (p.6)
« Son cœur rencontre notre cœur, …  et saint Bernard montre la place du désir et de l’affectivité dans une recherche de Dieu qui intègre tout l’être humain. » (p.8)

 Les références précisées à chaque citation nous invitent à retrouver aisèment ce florilège dans son contexte. Quelques clics sur internet et nous y sommes.

Par ex. pour trouver tous les écrits de saint Bernard

Taper : Sermons saint Bernard de Clairvaux
           puis www.JesusMarie.com

 DG

 Extraits

 18 février

« J’ai cherché, dit l’Epouse, celui que mon cœur aime. Oui, c’est bien à cette recherche que t’invite la tendresse prévenante de celui qui, le premier, t’a cherchée et aimée. Tu ne le chercherais pas, s’il ne t’avait d’abord cherchée ; tu ne l’aimerais pas, s’il ne t’avait d’abord aimée. » Sermon sur le Cantique des cantiques 84, 4

 25 septembre

« Si quelqu’un désire voir Dieu dans l’avenir, il faut sans aucun doute que, dans le présent, il commence par écouter Dieu. »
   Sermons divers 77

Mise à jour : Dimanche 20 Septembre 2020, 16:14
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Vendredi 10 Juillet 2015

 Introduction à la vie priante

Dom Olivier QUENARDEL, Abbé de Cîteaux

Entretiens avec Véronique Dufief 

Préface du Frère Aloïs, Prieur de Taizé.

 Ed. L’Echelle de Jacob, 2011

223 p.

                    

Entré à Cîteaux, abbaye de moines trappistes, depuis près de 50 années, Dom Olivier Quenardel en est le Père Abbé depuis 1993.

               
                 Abbaye Notre-Dame de Cîteaux (Côte d’Or)

 Les livres sur l’initiation à la prière sont innombrables et de tous styles. Celui-ci sous forme d’interview en rend la lecture plus fluide , et par le témoignage d’une longue vie où la prière est la clef de voûte rayonnante , nous permet d’entrer dans une façon de penser et de vivre à la fois peut être très différente de la nôtre mais en même temps qui nous est offerte presque comme une évidence.

Quand on connaît un  peu Dom Olivier, on sait combien son visage et sa parole s’émerveillent toujours en citant la Parole de Dieu, en la transmettant, en l’éclairant. Avec le même enthousiasme qu’un époux parle de son épouse bien-aimée qui est tout pour lui et qui donne couleur à toute sa vie.

D’ailleurs de nombreux passages sont illustrés de souvenirs de jeunesse qui l’ont marqué durablement. A la fin du document , une table des citations est appréciable.

 - Prière, silence et poésie

 
La vie monastique est nourrie 7 fois par jour de la prière des psaumes, poèmes de louange, d’adoration, de supplication, d’interrogation. Pour le moine, « c’est toute la vie qui devient prière » dynamisée, vivifiée par cette source intarissable . La poésie nous donne parfois les mots qui nous manquent pour exprimer « l’insondable »
qu’est Dieu. Et nous sommes à l’image de Dieu qui continue de nous façonner si nous le laissons œuvrer en nous.

« Le silence nous plonge dans l’adoration » (p.19) tout comme nous restons muets parvenus au sommet d’une montagne et contemplant la beauté de la création… après une rude ascension.

Pour entrer dans la prière, Dom Olivier insiste sur l’importance de notre consentement profond qui vient de notre conviction d’être aimé de Dieu.

« Consentir, donner son plein accord au Mystère de Jésus, le Christ… Tout est là. C’est là tout le sens de notre vie. » (p.27)

                                                                             
                  Saint Benoît

 Et la Règle de saint Benoît donne au moine les outils pour avancer ensemble. Benoît parle même d’armes. Les combats peuvent être rudes, nous le savons bien tous.

Dieu n’attend pas de nous des prières bien faites même si un bon apprentissage peut aider. Mais ne tombons pas dans « le perfectionnisme de la forme » (p.32)

Quelques conseils cependant peuvent être bienvenus : «  Lire à voix haute… S’appliquer à écrire aussi… Calligraphier… » (p.44). Mais on peut ajouter chanter, broder, planter…

« Il prie deux fois celui qui chante bien. » (p.49)

L’amour d’un  père ou d’une mère pour son enfant n’attend pas de grands discours, mais un cœur joyeux d’être aimé et de rendre la pareille avec les petits moyens qui sont les siens.

Chacun ses moyens . Pensons à l’histoire du pharisien et du publicain. Dieu préfère toujours le pauvre. Que serait un amour qui n’attend rien de l’autre ?

 -         La prière et le désir.

Le début du livre nous a déjà bien fait saisir que la prière n’est pas un rite vide, sans répercussion sur tout le reste de notre vie. Elle porte fruits. De même la vraie prière que Dieu aime ne peut naître sans notre désir profond de rencontrer le Seigneur. « Présence douce et captivante » (p.64).  Notre cœur n’adhère vraiment qu’à ce que nous désirons. C’est vrai pour la prière comme de bien d’autres choses.

Sont évoquées les Béatitudes, divine réponse à nos cris. Le désir est inséparable du manque.

« Une seule chose te manque, dit Jésus au jeune homme riche, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras  un trésor dans le ciel ; puis, viens, suis-moi » (Mc10,17-22 – p.71)

Avec Jésus (tout comme dans l’engagement du mariage d’ailleurs), il faut « oser prendre un autre chemin, aller vers de nouveaux horizons, purifier son cœur, simplifier son esprit. » (p.71)

Saint Paul, « homme de feu, saisi par le Christ,… nous invite à désapprendre pour courir mieux, pour mieux saisir le Christ. » (p.72)

Désirer n’incite pas à tomber dans l’excès « où on a vite fait de s’égarer … D’où l’importance d’avoir un bon maître… quelqu’un à qui parler en confiance. »

« Quelqu’un qui est à soi-même son propre maître, se fait le disciple d’un sot. » (Saint Bernard de Clairvaux, Lettres – cité p.74).

            
                Saint Bernard –Broderie sur chasuble
                Abbaye d’Orval

 Reconnaissons notre fragilité et attention à notre ego ! La Bible nous en offre de multiples exemples.

A ce propos, tout comme Benoît dans sa Règle, Dom Olivier Quenardel appuie ses propos en se référant aux textes bibliques car c’est bien sur eux que se fonde sa foi. C’est une piste à suivre pour nous aussi et on peut se réjouir des groupes bibliques qui naissent un peu partout dans nos paroisses ou communautés.

Le manque de désir (acédie) quand il devient grave a aussi un autre nom celui de dépression. Le monde d’aujourd’hui en sait quelque chose. Il rejoint étrangement (mais ce n’est pas le Père Olivier qui le dit) l’absence de désir chez l’enfant trop gâté qui a tout sans avoir le temps de rien désirer. Le désir a quelque chose même de plus intense que la possession. Et avec Dieu, ne nous étonnons donc pas de notre désir inépuisable. « Je veux voir Dieu » écrivait le Père Marie-Eugène, célèbre carme. (Editions du Carmel, 1998).

« Comment faire face ? En demeurant fidèle aux pratiques habituelles de notre vie… en trouvant des moyens pour se détendre. » Ce que ne savent plus faire les nombreux couples qui se séparent au moindre accroc. « La guérison est dans la fidélité » (p.89). C’est vrai aussi pour la prière.

La fidélité, la conversion nécessiteront certains renoncements, c’est vrai. Entrer dans la vie religieuse, comme dans certaines vies professionnelles très prenantes, comme dans la construction d’une famille,  nécessitent des renoncements parfois très lourds. Mais notre vrai moteur, c’est d’abord l’amour. Ceux qui ont choisi  l’argent ou le pouvoir courent à leur perte.

Phrase désabusée d’un ouvrier ces jours derniers à la TV : «  Notre patron, ce qui l’intéresse, ce n’est pas nous, c’est le cours de la bourse ! ».

 Dans son encyclique écologique «  Laudato, si’ » (= Loué sois-tu !), le Pape François insiste bien sur ce recentrage urgent et indispensable de la création toute entière dont l’homme fait partie.

            
              Le Pape François

 Prière et désert.

Avec le désert, nous retrouvons le silence et le désir. Le désert , lieu de l’illimité, de la faim et de la soif, a toujours attiré l’homme dès les débuts du monachisme. Un peu comme les retraitants qui viennent aujourd’hui nombreux dans les monastères même si leurs motivations sont très diverses.

Voyez comment sont très souvent retranchés au fond d’une vallée, cachés au bout d’une route improbable, de nombreux monastères. On pense à la « claire vallée » de Clairvaux (Aube) dont on fête cette année le 9° centenaire de la fondation de l’abbaye, et à ces forêts, évoquées par saint Bernard, « qui parlent mieux que les livres ».

            Vivre à Dieu seul

Et se tenir en sa présence,

            Tout quitter pour atteindre la paix

            Choisir le silence…                                   -Hymne monastique,   CFC- cité p.114-

             

Abbaye de Fontenay

 Le chartreux donne le témoignage de l’absolu de Dieu en vivant totalement retiré, mais il n’est pas ermite (vocation rare et risquée) et en Chartreuse,  une place est aussi donnée à la vie communautaire. Dieu n’est-il pas Trinité ?

Notre capacité à pratiquer la vie fraternelle est un signe qui ne trompe pas. Quelle chance d’avoir des frères, des sœurs pour nous soutenir , nous encourager, nous relever, nous permettre aussi de manifester notre charité, d’être « lumière ».

La nuit est aussi une forme de désert en contraste avec le jour. La nuit qui seule peut permettre aux bergers et aux mages de voir l’Etoile. « La nuit … moment privilégié…pour ceux qui s’aiment. » (p.123)

La prière au pied de Jésus, comme l’amour humain, peuvent connaître des périodes d’aridité … mais au fond « la prière nous est toujours donnée » (p.129) et comme dirait encore saint Bernard « c’est nous qui n’y sommes pas ».

Une expression de Dom Olivier qui peut nous parler aussi : « Le moine n’en est plus à se tâter pour savoir si, oui ou non, il va aller à la messe ou aux vêpres. Il s’est engagé par amour , et donc il y va. » (p.139)

Epuisée par les tâches de la journée, la maman n’a pas toujours envie de raconter encore une histoire à son enfant avant de dormir . Et pourtant elle y va. Quel doux et précieux moment …

 - Prière et communion

               
       
       Fra Angelico – La Crucifixion (1442) – Couvent Saint Marc- Florence

 «  S’il y en a un qui se donne tout à tous, c’est bien Jésus…On comprend pourquoi un Fra Angelico, dans l’impressionnante Crucifixion de la capitulaire du couvent saint Marc, à Florence, regroupe au pied de la Croix, non seulement la Vierge Marie, saint Jean et Marie-Madeleine, mais aussi saint Augustin, saint Benoît, saint Bernard, saint François, saint Dominique et d’autres encore. A quelques siècles qu’ils appartiennent, tous les membres du Corps du Christ deviennent contemporains les uns des autres par le seul Jésus-Christ, Notre Seigneur. » (p.167)

« Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu… Par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l’activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour. » (Ep 4, 7…16- cité p.168)

 Invicem (= les uns les autres) et solatium (= réconfort, consolation) sont les deux piliers du service fraternel conçu  par saint Benoît et qui tiennent à cœur au Père Abbé de Cîteaux . Il y a depuis longtemps initié le rameau de laïcs cisterciens qui l’a pris comme berger.

 « Eviter tout ce qui peut nuire à la paix de l’âme et engendrer la tristesse… Chacun est appelé à devenir pour ses frères un consolateur, … un homme de réconfort. » (p.170)

             A la mesure sans mesure
             De ton immensité

            Tu nous manques, Seigneur.
            Ta place reste marquée
            Comme un grand vide, une blessure…


            Dans le tourment de ton absence,
            C’est toi déjà, Seigneur,
            qui nous as rencontrés.

            Tu n’es jamais un étranger
            mais l’hôte plus intérieur
            qui se révèle en transparence.

                        Hymne CFC – cité p.189-190
DG.

epuis longtemps                                                                    Photos personnelles-Ne figurent pas dans le livre

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:42
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