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Lundi 25 Avril 2016

La République, l'Eglise et l'Islam

 Une révolution française

Rachid BENZINE – Christian DELORME

Editions Bayard, 2016

189 p.

                         

 Voici un  livre relativement court qui aborde trois grands thèmes et c’est une prouesse de gérer aussi clairement ces sujets que l’actualité rend brûlants et sources de nombreuses et graves  polémiques. Rachid Benzine est islamologue et enseignant ,  Christian Delorme est prêtre catholique du diocèse de Lyon. Spécialistes tous deux de l’islam en particulier, les analyses qu’ils nous proposent sont le résultat d’un travail commun de vingt ans .

En près de cinquante ans, l’islam est devenu la deuxième religion de notre pays et associée à bien d’autres paramètres nouveaux, elle a contribué en effet  à une véritable « révolution française » qui nous touche dans notre quotidien , nous déconcerte et  nous incite à la réflexion et au discernement.

Pas à pas, grâce au talent des auteurs, nous comprenons mieux combien s’entrecroisent ces trois domaines, comment on peut expliquer les positions des uns et des autres d’une façon finalement assez logique y compris les ghettos des banlieues et les drames qui s’y déroulent.

 Rien de compliqué dans cette lecture mais au contraire un bel éclairage sur les enjeux de notre vie quotidienne d’aujourd’hui. Bilan fait,  vient le temps des questions (nombreuses !)  du comment vivre ensemble en paix et en harmonie dans le respect mutuel. C’est un objectif ambitieux mais qui doit être posé afin que s’amorcent une vraie prise en compte en particulier des populations en réelle souffrance.

Après la séparation de l’Eglise et de l’Etat au début du XX°siècle, vue comme une solution d’apaisement, après une orientation vers une laïcité radicale qui ne tient même plus compte de nos racines, s’ouvre peut-être à notre époque une nouvelle étape multiculturelle à condition que le respect de l’autre soit dans chaque camp une valeur primordiale.

« Cette pluralité des espaces nous apparaît comme un phénomène réjouissant…Seule la rencontre des gens, seule la circulation de la parole entre eux, permet de faire tomber les murs, les préjugés, les peurs, les mépris voire les haines. » (p.173)

 Extraits

- Ne pas vouloir ou ne pas savoir reconnaître cette réalité du poids colonial (ou du poids de l’esclavage) sur les relations « interethniques »…à l’intérieur de notre société, ne peut que conduire à plus de malentendus, plus de frustrations, plus de conflits. Pour soigner nos blessures ou nos maladies, il faut les diagnostiquer, les regarder en face. Or, nous sommes enfermés dans une culture néo-coloniale ou post-coloniale dont nous n’avons pas encore la volonté de sortir. (p.74)

- Il y a un contentieux colossal entre le monde arabe et les pays occidentaux qui n’a pas cessé de s’aggraver depuis un siècle. (p.80)

- L’idéologie de Daech est redoutable. Il s’agit d’un fascisme nouveau, qui s’exprime en particulier par le fait que ses dirigeants mettent en spectacle leurs crimes et qu’ils diffusent leur propagande avec une cruauté affichée, voulant effacer toute compassion, c’est-à-dire ce qui constitue le socle de l’identification à l’humanité. Une idéologie malheureusement attirante pour certains jeunes, qui peuvent trouver une jouissance à se sentir craints à défaut d’avoir pu (ou su) se faire aimer et respecter. (p.108)

- Connaître au moins un peu le contenu de ce que croient les uns ou les autres, et comprendre les rites et les obligations qui vont avec, sont de nos jours, des exigences vitales pour l’apprentissage et la réussite du « vivre ensemble ». (p.151)

 DG

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:52
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Vendredi 22 Avril 2016

L'Islam

 L’Islam

 Michel REEBER

 Ed. Milan « Les Essentiels » 2013
 82 p.

               

 Voici un petit livre fort intéressant , très attrayant de par sa présentation et plus qu'utile par les temps qui courent.

Une série d’onglets de couleurs diffèrentes partage le livre en cinq grands thèmes :

-         Mohammed en son temps

-         Coran, Hadîth et droit islamique

-         Foi, rites et piliers de l’islam

-         Morale, institutions et fonctions

-         Branches, courants et nouveaux défis

A l’intérieur de ces thèmes, un chapitre très dense par double page illustrée, colorée avec têtes de  paragraphes très lisibles. Un résumé de quelques lignes conclut chaque chapitre.

Cette simplification qui n’empêche pas la précision, et cette lisibilité ne sont pas un luxe car elles aident grandement à entrer dans ce domaine complexe de l’islam, de ses fondements, ses piliers, ses exigences, son vocabulaire, son évolution jusqu’à nos jours.

Une relecture sera sans doute nécessaire mais la facilité de consultation de ce livre nous y encourage.

Ce petit ouvrage est une belle réussite et nous invite à aller plus loin. D’ailleurs un dernier chapitre « Approfondir » nous donne sous forme d’étude statistique un panorama international de l’islam, une carte, un glossaire, une chronologie et bien sûr une bibliographie elle aussi découpée en thèmes bien pratiques.

 Dans la même collection : la philosophie, la psychanalyse, le cinéma, le bouddhisme…

Extraits

 p.70-71

-     En France : estimation pour 2010 : 63,7 millions d’habitants dont 4,7 millions de musulmans soit 7,5 %

      En 2013 : 2200 mosquées recensées en France

-          Dans le monde : 6 895 890 000 habitants

~ Chrétiens : 31,5%

~ Musulmans : 23,2 %

~ Hindous : 15 %

~ Bouddhistes : 7,1 %

~ Aucune religion : 16,31 %

 p.22 : Thèmes majeurs du Coran

            ~ Le Dieu unique se manifeste par des signes explicites.

            ~ Il trace une voie aux hommes en promulgant une loi religieuse (sourates du Coran)

~ Il rétribuera les hommes selon leurs actes, en toute justice et miséricorde… Les uns   hériteront du jardin paradisiaque tandis que les égarés connaîtront la fournaise de l’enfer.

 p.67 : Les nouveaux partenariats.

            Alors que se multiplient les tensions, les discriminations, les provocations entre communautés (souvent liées au contexte des crises internationales) et que de nouvelles campagnes de prosélytisme outrancier  se répandent, de nouveaux partenariats s’établissent entre les religions : colloques, groupes de réflexion,rassemblements, publications, émissions diffusées grâce à tous les médias, échanges interreligieux. Un nouveau climat permet de créer des centres de rencontre, de formation et de recherches communs.

 p.66 : Apport décisif du Concile Vatican II

            L’Eglise catholique s’est prononcée officiellement pour le dialogue interreligieux en 1965 : « L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. »

(Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate)

DG

 

 



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Mardi 29 Septembre 2015

Petite introduction à l'islam

  Pierre CLAVERIE

  Ed. du Cerf, 2010
  109 p.

                                       

 Pierre Claverie est né en 1938 en Algérie. Après une formation chez les Dominicains, il retourne dans son pays comme responsable du Centre d’études diocésain de langue et de pastorale (1973-1978) avant d’être nommé évêque d’Oran en 1981. Fortement engagé dans le dialogue islamo-chrétien, il meurt assassiné le 1er août 1996.

 Beaucoup d’entre nous ont souvent de l’islam une vue partielle, tronquée, déformée, recueillie souvent à la suite d’évènements tragiques qui ne donnent que rarement un regard d’ensemble de la foi islamique. Depuis ces dernières années, nous avons un peu progressé dans la connaissance de ces croyants dont la foi est belle et profonde. Nous avons aussi été heurtés par des gestes extrêmes et violents mais où ne se retrouvent absolument pas la majorité des musulmans croyants et pratiquants.

Cette « Petite introduction à l’islam » de Pierre Claverie est un livre précieux pour une découverte simple et précise. Chaque page est importante.  Les bases de l’histoire de la foi islamique nous sont données ainsi que les points essentiels de cette religion et de sa pratique.

Neuf têtes de chapitres précisent bien les domaines abordés : une communauté, un livre, un prophète, une foi, une loi, une morale, une famille, une Cité, une mystique.

On ne peut que recommander vivement ce livre solide et simple d’accès. Notre regard sur l’islam peut en être changé et de ce fait nous inviter à en savoir un peu plus. Le chrétien ne peut éluder cette connaissance indispensable pour une meilleure compréhension des évènements actuels et tout simplement pour une meilleure ouverture du cœur prêt à l’écoute véritable et au dialogue.

                                        *   *   *          
LES GRANDES LIGNES de ce livre sont bien difficiles à résumer tant tout ce qu’écrit Pierre Claverie est important. Et il mérite un large écho.

Extraits

 
L’islam apparaît d’abord comme une communauté (p.11) : 800 millions d’adeptes dans plus de 50 pays. Communauté rassemblée autour de son Livre : le Coran représentant la voix même de Dieu qui manifeste ainsi sa présence et sa volonté.

L’homme musulman se définira par son obéissance à Dieu et toute la vie sociale du musulman doit en porter la trace et en multiplier les rappels. D’où la voix du muezzin appelant à la prière cinq fois par jour , les inscriptions coraniques, le ramadan…

L’islam, comme toutes les religions, et peut-être plus que toute autre, assure au croyant une grande sécurité et la certitude de détenir la vérité. «  Il n’y a qu’un seul Dieu et Mohammed est son prophète. »

                    1 -* 

Le Livre (p.21…) est souvent mis à la place d’honneur dans la maison . Il a également une place centrale dans le cœur des croyants qu’il a pénétré dès l’enfance .

Coran signifie «  proclamation, prédication ». Il est Parole et ne prend sa signification et sa force que dans la proclamation. Psalmodier le Coran revient à se mettre en présence de Dieu.

Le Coran se présente comme l’achèvement des Ecritures antérieures, la Torah de Moïse et l’Evangile de Jésus, reprenant nombre de personnages bibliques et se les appropriant. C’est évidemment une difficulté majeure touchant le dialogue islamo-chrétien.

 Un prophète. (p.31…)

L’Arabie est un carrefour commercial , culturel et religieux. La Mecque en est le symbole avec ses quatre routes caravanières : vers la Syrie, vers le Yémen, vers l’Ethiopie et vers la Perse, et avec sa Kaaba, sanctuaire aux multiples idoles et à la pierre noire.

La piété musulmane va s’emparer de la vie et de l’œuvre du Prophète dont elle va faire « l’Homme parfait », l’Envoyé de Dieu, objet d’une vénération populaire profonde bien que lui-même ne se dise qu’un homme reconnaissant ses limites.

Vers l’âge de 40 ans, Mohammed faisait retraite dans une grotte près de La Mecque. Une nuit de l’année 610, il reçoit la Révélation apportée par Gabriel.  «  O Mohammed, tu es l’Envoyé de Dieu ». Cette voix l’interpelle à trois reprises et se fera entendre pendant plus de vingt ans avec des périodes de silence accablant. De 612 à 622, Mohammed va annoncer avec assurance cette Parole nettement prophétique à La Mecque rencontrant cependant un entourage plutôt hostile. Il se réfugie à  Médine et de 622 (an 1 de l’islam)  à 632, la communauté s’élargit et se structure. Mohammed rentre à La Mecque, impose sa foi, détruit les idoles de la Kaaba. Le Prophète devient chef d’un peuple. Il meurt en 632. Par crainte de voir la Révélation s’altérer ( elle était surtout transmise par voie orale), le 3° successeur du prophète, le calife Othman, établit la version officielle (vers 650) version qui s’imposera vers le 10°siècle : 114 sourates dans un ordre de longueur décroissante et qui se suivent sans logique apparente. La prédication sert plus à frapper qu’à raisonner et convaincre. Certains passages sont obscurs et nécessitent des éclaircissements (Hadith).

Nous ne pouvons douter de la sincérité de son expérience religieuse, ni qu’il ait conduit des multitudes sur la voie de l’adoration du Dieu unique, Créateur, Juge Miséricordieux et Maître de tout. Nous lui reconnaissons aussi, dans sa psychologie, des traits analogues aux prophètes de l’Ancien Testament et à Jésus dont son message est très souvent l’écho.

                2 - *         

 Une foi. (p.43…)

Islâm signifie « se remettre à », « s’abandonner ». La religion musulmane se présente comme la voie de ceux qui s’abandonnent à Dieu, l’Unique. Cette foi s’exprime, en adhérant à la communion islamique,  par un certain nombre de lois et de prescriptions qui traduisent concrètement l’abandon et rendent effective la remise de soi du croyant entre les mains de son Dieu.

La foi est de l’ordre du témoignage et de l’attestation. Pour devenir musulman, il suffit de prononcer devant des témoins habilités la double attestation : « Il n’y a de divinité que Dieu et Mohammed est son prophète ». L’islam est la rénovation de ce pacte originel inscrit dans le cœur de tout homme. L’Islam est la religion de l’Absolu.

Dieu est Créateur , Tout-Puissant et pourtant proche « plus près de lui [de l’homme]que sa veine jugulaire (Coran 50, 16).

Dieu est Miséricordieux pour qui s’égare. Dieu est aussi le Juge de l’Heure du jugement dernier où seront élus ceux qui n’ont pas failli à leur vocation de témoins. Pesés dans la Balance, ils entreront dans les Demeures par le pont étroit « fin comme un cheveu, tranchant comme une lame de sabre » (adage populaire). Ils seront alors comblés de toutes les joies du corps et de l’esprit. Et regardant le Seigneur (Coran 75, 23), ils rayonneront de sa lumière.

 La Fâtiha, aussi utilisée que le Notre Père des chrétiens est en forme de prière de louange :

                        « Louange à Dieu, Souverain de l’Univers,

                                 Le Clément, le Miséricordieux,

                                 Souverain du Jour du Jugement,

                             C’est Toi que nous adorons,

                     C’est Toi dont nous implorons le secours,

                            Dirige-nous sur la Voie droite,

                    La Voie de ceux que tu combles de ta grâce,

                           Ceux qui n’encourent pas ta colère,

                                 Et ne s’égarent pas. » Amen.

 Une Loi. (p.53…)

La Loi musulmane n’est pas seulement une loi religieuse et morale, touchant les rites et les conduites des personnes. Elle englobe la totalité des comportements personnels et collectifs

et des structures sociales nécessaires à la constitution et à l’existence de la communauté.

Les docteurs de la Loi se sont employés à codifier de plus en plus strictement le champ des initiatives du croyant et ne laissent que peu de place à la créativité.

 Cinq obligations :

-         La confession de foi (double attestation)

-         La prière rituelle cinq fois par jour, le musulman se tournant vers La Mecque et s’associant à l’universelle prosternation.

-         L’impôt : pas seulement une aumône mais un geste concret qui traduit à la fois l’origine divine de tout bien créé et la solidarité dans la communauté, mettant la propriété privée à sa juste place. Il a aussi une fonction purificatrice et réparatrice.

-         Le Jeûne du mois de ramadhân, rappel d’une nécessaire ascèse dans l’usage des biens de ce monde et d’une participation volontaire aux souffrances de ceux qui ont faim et dont il faut garder le souci. Vécu comme un mois pour Dieu et pour la communauté. Les impératifs de la vie actuelle n’en facilitent pas toujours les exigences.

-    Le pèlerinage à La Mecque : obligatoire pour ceux qui en ont les moyens. Il rappelle le souvenir d’Abraham. « Nous voici devant Toi, ô Seigneur, nous voici devant Toi. »

 Le mot de jihâd ou guerre sainte évoque davantage l’effort que la guerre même si aux origines de l’islam le combat par les armes défendait « les droits de Dieu et les droits des hommes. ».

Aujourd’hui, il exclut en principe toute guerre de conquête ou de domination. Le combattant du jihâd, le mujâhid, offre sa vie et s’expose à mourir en martyr-témoin en combattant pour l’indépendance, le développement, la justice sociale ou, plus personnellement, pour la fidélité et la vérité.

 Une morale. (p.63…)

Le Coran reste l’unique et inimitable critère de distinction entre le bien et le mal.

La morale musulmane se présente comme une science du comportement harmonieux et équilibré, du juste milieu ne rejetant aucune des richesses et des jouissances que procure la vie mais en en usant avec mesure.
La liberté consistera pour l’homme à user de sa capacité à faire le bien ou le mal.

 Une famille.(p.73)

L’islam est un fait communautaire et créateur de communauté confronté à la modernité et il évolue avec les impératifs du siècle. La figure du père est décisive  dans cette organisation sociale  . Les revendications actuelles des femmes, de la jeunesse sont graves et touchent au principe même du droit musulman par essence immuable. Alors, trouver un juste milieu ?

 Une Cité. (p.83…)

La Loi règle aussi bien les conduites personnelles que les rapports sociaux et de multiples formes de pouvoir se partagent le monde musulman. Mais les aspirations profondes convergent toutes vers la réalisation de cette Cité idéale.

« Celui qui obéit au Prophète, obéit à Dieu » (Coran 4, 80)

        3 - *  

 Une mystique. (p.93…)

Un besoin de dépassement des règles trop étroites et contenant mal l’élan intérieur qui porte le croyant à tout donner pour sa foi et son Dieu va s’exprimer dans le courant mystique : le soufisme. Une grande ferveur imprégnait déjà la communauté primitive et contenait en germe le soufisme.

Le premier soufi est Hasan al-Basri (1er siècle de l’Hégire) . On lui attribue ce texte :

«  Du moment que la préoccupation dominante, en mon cher serviteur, devient celle de se souvenir de Moi, je lui fais trouver son bonheur et sa joie à se souvenir de Moi. Et alors il me désire et Je le désire. Et lorsqu’il Me désire et que Je le désire, Je lève les voiles entre Moi et lui, et je deviens un ensemble de repères devant ses yeux. De tels hommes ne M’oublient pas , lorsque les autres oublient. »

Après l’école de Basra, ce fut au 3°s. de l’Hégire, l’école de Bagdad qui fut la plus célèbre avec Maarouf dont la vocation était de « prendre sur soi toute la tristesse du monde ».

Tout l’effort du soufi doit être de retrouver cette déclaration d’amour anticipée, cette pure parole d’acquiescement à la Volonté divine, en se soumettant à une purification progressive et implacable de tout son être.

« Je suis devenu Celui que j’aime et Celui que j’aime est devenu moi. Nous sommes deux esprits « infondus » en un seul corps. Aussi me voir, c’est Le voir et Le voir, c’est nous voir. »

Cette véhémence attira une opposition violente de juristes et de politiques qui prononcèrent des condamnations à mort, ce qui entraîna dans le soufisme une certaine discipline du secret, d’où son caractère longtemps ésotérique. Au 12°s. la voie et l’enseignement du soufisme sont reconnus comme une connaissance religieuse légitime. Des confrèries pénètrèrent tout le monde musulman méditerranéen, de l’Egypte au Maghreb et à l’Andalousie où l’islam se diffusa dans le peuple. Ce soufisme populaire dégénèra au 14°s. Le soufisme reste encore aujourd'hui une tradition vivante du vivre ensemble.

 Texte mystique. (p.103)

 «  De même que le souffle de l’Esprit-Saint insufflé en Marie lui a fait concevoir l’enfant divin, de même lorsque la Parole de Dieu pénètre dans le cœur de quelqu’un et que l’inspiration divine emplit son cœur et son âme, sa nature est telle qu’alors est produit en lui un enfant spirituel ayant le souffle de Jésus qui ressuscite les morts. » (Rumi)

 D.G

*
© Denyse Guerber

Photos et petite bibliographie ne figurant pas dans le livre de Pierre Claverie

1Le Coran – Versets choisis et présentés par Omar Benaïssa – Librio, 2003

2Mahomet le Prophète – Gabriel Mandel Khân – Ed. Acropole, 2002 (pour adultes, très belle iconographie)

3Le Coran raconté aux enfants – Myriam Daridan, ill. de Mahi – Ed. Les Portes du Monde, 2002

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:40
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Dimanche 26 Avril 2015

Le prêtre et l'imam

Entretien avec Antoine d’Abbundo

 Christophe ROUCOU – Tareq OUBROU

Préface du cardinal Jean-Louis Tauran

Ed. Bayard 2013

183 p.

                       

 Christophe Roucou est prêtre de la Mission de France et dirige depuis 2006 le Service national pour les relations avec l’Islam de la Conférence des évêques de France.

Tareq Oubrou est grand imam de Bordeaux et vit en France depuis 34 ans.

 Il est évident aujourd’hui que nous avons le devoir de nous informer d’urgence et davantage sur les autres religions que nous critiquons si facilement alors que nous n’en connaissons pas vraiment les fondements et les réalités de vie. Incompréhensions mutuelles, inquiétudes alimentées par les médias qui en abusent, il est temps d’entrer vraiment en dialogue non pour chercher à trouver qui détient la vérité, non pour convaincre, mais simplement pour entrer dans l’écoute de l’autre. Une écoute vraiment accueillante qui nous ouvre à des richesses méconnues et  à nos diversités culturelles qui devraient nous aider à mieux vivre ensemble.

Le style de ce livre sous forme de questions-réponses en rend la lecture facile même si l’ensemble apparaît un peu décousu comme peut l’être une conversation à bâtons rompus.

Les cinq grandes têtes de chapitres soulignent tout de même la progression de l’échange :

1. Deux apôtres en dialogue – 2. Un seul Dieu, un même Dieu ? – 2. Vivre ensemble : un risque ou une chance ? – 4. Désaccords cordiaux – 5. Promouvoir la rencontre

Les multiples questions en caractères gras permettent aussi de revenir facilement en arrière, de relire certains passages, de mieux comprendre.

Les questions traitées sont hautement d’actualité et rien n’est éludé.

 D.G

 Extraits

 - La prière nourrit le dialogue et l’oriente vers la vérité, le chemin qui mène à Dieu passe par l’homme et le plus grand service que nous pouvons rendre à nos frères en humanité, c’est de faire le bien, de se comporter en croyants crédibles, capables d’aimer même son ennemi et de servir tous les hommes. ( Cardinal J.L. Tauran – p.11)

 - Dialogue : le mot est à la mode. Ne peut-on vivre une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans sans être « obligés » de dialoguer ?

C. R : Quelle relation voulons-nous vivre ? Mon souci est de ne pas en rester à la tolérance, mais de passer de la tolérance au respect et de la coexistence à la rencontre… Dialoguer, c’est accepter que la parole de l’autre me touche et que la mienne puisse le toucher…

T.O : Dialoguer, c’est prendre le risque de relativiser ses convictions, de sortir de l’absolutisme et du confort qu’offre la cohérence de son propre système… Il ne faut pas avoir peur de découvrir la part de vérité de l’autre. (p.29)

  - Un islam qui fait peur, un islam stigmatisé… Nos compatriotes seraient-ils racistes ? Est-ce la faute aux médias ?

T.O : Indéniablement, un certain discours médiatique alimente le climat anxiogène et suscite le sentiment de rejet. La logique des médias est de parler de ce qui ne fonctionne pas. Cela provoque des effets de loupe sur des évènements minoritaires et l’on finit par croire qu’ils sont la règle… Cela ne touche pas que les musulmans. Si un catholique isolé dérape, c’est toute l’Eglise qui est mise au ban des accusés. La religion, l’économie, la politique : tout y passe… (p.123)

 - Dans ce monde de troubles et de violences, comment faire pour que le « vivre ensemble » devienne une chance et non un risque ?

C.R : L’ignorance nourrit la peur. Pour vivre ensemble, il faut donc apprendre à se connaître. Pour cela il faut se croiser, se rencontrer, développer les occasions d’échanges, multiplier les voyages pour découvrir l’autre et casser les préjugés. Il faut faire des choses ensemble . (p.144-145)

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:45
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