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Dimanche 14 Juin 2020

La Pentecôte

 LA PENTECÔTE
 LIVRE DES ACTES DES APÔTRES 2, 1-13

01 Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble.

02 Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière.

03 Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux.

04 Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

05 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel.

06 Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient.

07 Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?

08 Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ?

09 Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie,

10 de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage,

11 Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

12 Ils étaient tous dans la stupéfaction et la perplexité, se disant l’un à l’autre : « Qu’est-ce que cela signifie ? »

13 D’autres se moquaient et disaient : « Ils sont pleins de vin doux ! »                    


                                            

 

Trois parties * :
- v.1-13 : la venue de l'Esprit remplissant les disciples et l'interrogation des Juifs
- v.14-41 : le discours de Pierre à l'auditoire juif
- v.42-47 : la première communauté chrétienne

v.1 - Entrée en matière solennelle, comme souvent dans l'Evangile quand s'annonce un événement important. La référence à la fête juive de la Pentecôte relie ce passage au récit de l'alliance au Sinaï. Qui va recevoir l'Esprit ? « Tous ensemble » insiste sur l'unité du groupe . Pas seulement les douze apôtres mais toute la communauté croyante. Marie, la mère de Jésus, et ses frères étaient présents.

v.2 – Bruit, violent coup de vent évoquant le « Souffle » venant du ciel donc expérience indicible. Jésus est monté au ciel mais les cieux ne sont donc pas fermés. Ce qui arrive est inexprimable et Luc utilise des métaphores et des comparaisons.

v.3 – Après le bruit, la vision de langues de feu (comme du feu). Jean-Baptiste avait prophétisé un baptême dans l'Esprit-Saint et le feu. Le feu est caractéristique des manifestations de Dieu comme au Sinaï (Exode 19,18). On peut noter aussi que les langues « se partagent », ce qui suppose une origine commune et une communication à chacun.

v.4 – le vent devient le souffle, les langues de feu des langages variés. Chacun comprend l'autre. Ce n'est pas une réalité objective mais une signification de ce qui arrive. C'est ainsi que doit être annoncée la Bonne Nouvelle, dans le don de l'Esprit et compréhensible par tous .

Pierre le redira, comme l'avait d'ailleurs annoncé le prophète Joël : Ce qui s'est donné à voir et à entendre est bien la manifestation eschatologique de l'Esprit.
(L'eschatologie est le discours sur la fin du monde ou la fin des temps.  )
Le cercle de ceux qui reçoivent le don de l'Esprit-Saint va s'élargir à tous ceux qui le désirent, y compris les païens.

La communauté chrétienne commence bien à la Pentecôte et non avec la naissance ou le début de mission de Jésus.

v.5 – Dans ce début des Actes, seule la maison d'Israël (Ac2,36) est destinataire de la Parole. Les personnages qui vivent cette pentecôte sont des juifs pieux même si les v.9-11 soulignent la diversité de l'auditoire. Cependant une étape importante sera franchie lors de l'évangélisation des païens.

v.6 – On peut noter que la voix entendue (théophanie : voix de Dieu) rassemble la foule mais aussi la jette dans la confusion. On retrouve ici ces paradoxes fréquents dans l'Evangile. Il y a également ce passage de « parler » à « entendre » et surtout dans sa propre langue. Le message peut être compris.

v.7-8 – Ceux qui parlent sont galiléens, du pays de Jésus. Ils sont reconnus à leur accent comme Pierre, lors du reniement a été trahi par sa voix.

v.9-11 – Cette liste présente une analogie avec le dénombrement de juifs répandus à travers le monde (diaspora). La parole de l'Evangile a vocation à être entendue de tous les peuples de tous pays, mais les juifs d'abord, les païens ensuite (Ac10, Rm1,16).

On est toujours dans une perspective eschatologique et vers la venue du Règne de Dieu, ultime merveille.

v.12-13 – Mais la réalité s'impose : la division des auditeurs à l'écoute de la prédication chrétienne (thème typiquement de saint Luc)

Malgré leur  « stupéfaction et leur perplexité », certains s'interrogent et restent ouverts.

D'autres « se moquent » et ne voient rien de divin dans tout cela.

Ce sont deux réactions que nous connaissons bien face à un événement insolite, comme on peut l'être, par exemple lors d'un rassemblement charismatique qui déconcerte.

Entendre parler de la résurrection de Jésus fut tout aussi déstabilisant. Cela reste vrai aujourd'hui.          

Pour en savoir plus ... *

                        

D'origine païenne, la fête de la Pentecôte est une fête agricole où l'on célébrait la fin de la moisson des blés. (Ex 23,16 ; 34,22), d'où le nom de « fête de la moisson » (Exode 23,16) ; son rituel se lit dans le Lévitique (23,15-21). Elle doit avoir lieu cinquante jours après la Pâque, également fête agricole.

Ce ne sera pas aussitôt que cette fête sera rattachée à l'histoire du salut. Elle est d'abord une fête de l'Alliance. Ce n'est qu'au 2°s.,que les sages vont commémorer le don de la Loi au Sinaï (Chavouot). On n'en est pas encore, au temps des Actes, à opposer le don de la Loi au peuple juif et le don de l'Esprit à la communauté chrétienne.

Mais il est intéressant de relire la théophanie d'Exode 19 aux manifestations bien proches de celles de la Pentecôte.La voix divine est bien destinée à être entendue de tous, proches et lointains.

Lien également avec le récit de la tour de Babel : d'abord c'était « une seule voix pour tous » (Gn11,1) mais l'orgueil des hommes fera disparaître rapidement cette langue commune : «  Descendons et confondons leur langue afin que nul ne puisse entendre la voix de son voisin » (Gn17).
Les Actes des apôtres (Ac2) affirme tout à la fois que la Parole de Dieu est une et que chacun l'entend dans sa langue maternelle. L'islam est aux antipodes de cette conception ; il critique précisément ce qui caractérise le christianisme : le fait que chacun des apôtres parlait dans la langue du peuple auquel il était destiné.

L'Esprit-Saint.

Dans saint Jean, c'est le soir même de la découverte du tombeau ouvert que le Ressuscité souffla sur eux et leur dit : »Recevez l'Esprit-Saint » (Jn20,22), alors que Luc dans les Actes situe cette réception de l'Esprit après la fin des expériences pascales (Ac1,6-11)

Pour Jean, comme pour Paul, l'Esprit est à l'origine de la foi. Jésus « a remis l'Esprit » en mourant sur la croix.

Pour Luc, l'Esprit est donné à ceux qui croient et qui reçoivent le baptême. Il donne la force de témoigner dans un monde hostile. Grâce à lui, Pierre prononcera le premier discours missionnaire.

Saint Luc a très probablement composé lui-même la totalité du récit, à partir de sa tradition évoquant les grandes manifestations de Dieu dans l'Ancien Testament et notamment le don de la Torah au Sinaï. On peut penser que Luc a rattaché la date de la fête juive de la Pentecôte au moment des moissons, comme marquant le moment où les apôtres mirent des juifs, rassemblés à Jérusalem, en face de la proclamation chrétienne.Et il met en scène la survenue de l'Esprit par des signes visibles et audibles. Le parler en langues signifie qu'il s'agit d'une communication universelle. On peut envisager aussi l'infinie diversité des interprétations qui procède de l'inépuisable Parole de Dieu.
Le groupe des douze apôtres au parler galiléen qui le liait étroitement à Jésus devient « le noyau de l'Eglise universelle » (D. Marguerat – La première histoire du christianisme p.157-158).

Lecture des Pères de l'Eglise

Le Livre des Actes est fort peu commenté par les Pères.

Vers l'an 400, Jean Chrysostome qui rédige une cinquantaine d'homélie sur les Actes, remarque que le livre est quasi ignoré des fidèles.

« Qu'était-ce cette Penrecôte ? C'était l'époque où il fallait porter la faucille dans les moissons... Le temps était venu de lancer la faux de la parole évangélique, de recueillir la moisson, l'Esprit lui-même prend son essor pareil à une faux tranchante. (Homélie 4 sur les Actes, 1)

Le chiffre 7

Symbolisme du 7 et du 7X7 : du 8° et du 50°jour qui fait entrer dans une vie nouvelle. 50 marque donc aussi la rémission des péchés.

Les 50 jours, les 50 deniers (Lc7,41) , le Ps 50 : le nombre s'accorde à la miséricorde et au pardon.

Le jour de la Pentecôte les disciples s'étaient rassemblés dans « la chambre haute ».

«  Il n'est pas possible de participer à l'Esprit-Saint si l'on habite pas dans la chambre haute de cette vie. » (Grégoire de Nysse- Homélie pour la Pentecôte)

Isaïe ( Is10,17) montre que le Saint-Esprit n'est pas seulement lumière mais feu (« la lumière d'Israël deviendra un feu » - Ex3,2-6). Dans les Actes des Apôtres, quand le saint Esprit descend sur les fidèles, il fut vu sous l'aspect de feu. Quel est donc ce feu ?... Ce feu qui rend meilleures les bonnes actions, en fait comme de l'or, et qui consume les péchés comme s'ils étaient de la paille. Tel est l'Esprit-Saint qui est appelé face du Seigneur, feu et lumière. » (Ambroise de Milan – Homélie sur le Saint-Esprit)

Pour Origène et Léon le Grand , c'est le même Esprit-Saint qui fut dans les patriarches et les prophètes et qui par la suite, fut donné aux apôtres. Mais de l'AT au NT, il y a un degré plus élevé de la puissance de l'Esprit. Les avis, à cette époque, restent partagés. Divinité de l'Esprit ? Inséparabilité du Père, du Fils et de l'Esprit ?

« Chacun d'eux parlait les langues de tous les peuples, et l'unité de l'Eglise se trouvait figurée par toutes ces langues. Nous avons ici un symbole de l'unité de l'Eglise répandue par tout l'Univers . »

(St Augustin, 2°sermon pour la Pentecôte)

Ascension et Pentecôte n'ont que lentement et diversement émergé de la cinquantaine pascale comme des fêtes distinctes.

 * cf. "Le récit de la Pentecôte" - Cahiers Evangile n°124 - Ed.du Cerf

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Dimanche 03 Mai 2020

L'ASCENSION

 L'ASCENSION DU SEIGNEUR

De Saint Luc - Actes des Apôtres 1, 1-11

                          

      L'Ascension - Musée d'Echternach - Image médiévale  @ DG 

L'Ascension est un thème qui se trouve déjà dans la mythologie gréco-romaine (Hercule, Romulus) et les apothéoses d'empereurs romains : monter aux cieux, c'est symboliquement rejoindre le domaine divin. Il est possible que l’auteur des Actes s’inspire d’une tradition populaire faisant un parallèle avec les assomptions respectives de Moïse ou d’Isaïe

Dans l'Ancien Testament,  le prophète Elie est monté au ciel sur un char de feu. (2Rois)


Luc est le seul parmi les évangélistes à raconter cet épisode qui constitue la fin de son évangile.

"Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux, et fut enlevé au ciel."Lc24,51

et inaugure Les Actes des Apôtres , ce qui a amené des chercheurs à postuler que les deux documents n’en constituaient originellement qu’un seul.

 Après sa Passion, Jésus s'est montré vivant à ses Apôtres et pendant quarante jours, il leur est apparu, a mangé avec eux et leur a parlé du Royaume de Dieu.

Après le compagnonnage de trois années, la détresse face à la mort de Jésus, le bouleversement de la Résurrection et des apparitions/disparitions, les disciples ne mesurent toujours pas ce qui se passe. Et on les comprend. Ils espèrent à nouveau en la toute puissance de Dieu qui se manifesterait par une royauté terrestre.

" Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ?"

Nos vues bien trop étroites ne sont pas celles de Dieu.

Porteurs de tous ces évènements et alors que Jésus ne sera définitivement plus visible à leurs yeux, ils vont avoir à faire face à leur mission de témoins.

La royauté du Christ n'est pas de ce monde et les délais d'un autre avènement ne sont pas fixés. L'homme a encore du chemin à faire pour être prêt à entrer dans ce royaume-là.

Mais après tant d'aventures communes, d'émotions, de merveilles, d'interrogations, Jésus n'abandonne pas ses amis qu'il a initié à l'amour du Père.

" Vous allez recevoir une force, celle du saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors, vous serez mes témoins..."

C'est clair : nous ne pourrons être témoins du Christ sans la force de l'Esprit qui nous est donné. Force cachée en nous capable de nous transformer, de nous faire agir avec l'esprit du Christ. Habités par ce souffle (c'est littéralement le sens du mot "esprit") d'amour semé en nous dès l'origine et rénové par la Résurrection, nous devenons plus que des prophètes. Nous sommes porteurs du Dieu Vivant en nous et chargés de l'annoncer à tous les hommes. C'est le temps de l'Eglise.

" Allez donc !, dit Jésus, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du saint-Esprit." (Mt 28,18)

Soyez sans crainte ! N'ayez pas peur ! " Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde."

Après ces paroles, " ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée."

Langage imagé : l'élévation n'est sûrement pas physique, comme elle fut souvent représentée. "Elévation, nuée, ciel" : des mots pour dire la montée, l'entrée de Jésus dans la gloire de Dieu.

Face à cette nouvelle et définitive disparition, les disciples sont comme sidérés. Suivre le Christ, c'est sans cesse s'ajuster à lui, aux évènements. Ce n'est pas regarder en arrière avec nostalgie, ce n'est pas regarder vers le ciel. C'est vivre au présent enracinés dans la Tradition et la Parole vivante et portés par la promesse d'un accomplissement total.

La fête de l'Ascension célèbre la résurrection, non seulement comme le passage de la mort à la vie, mais comme la glorification de l'humanité de Jésus à la droite du Père.

Notre vie chrétienne, au quotidien, lie visible et invisible. Situation, il faut le reconnaître pas toujours évidente, mais que notre foi et notre expérience nous font peu à peu découvrir. Et notre regard change, s'élargit, s'épanouit en des dimensions indicibles.

La croix est à la fois verticalité, élévation de Jésus vers son Père et horizontalité de notre mission sur terre. Notre vie chrétienne est au coeur de la croix, à l'intersection du monde et du ciel, pleinement engagée sur terre mais aussi totalement attirée vers Dieu par le Christ qui nous précède.

Quelle espérance !

" Frères, que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment. Qu'il ouvre votre coeur à sa lumière, pour vous faire comprendre l'espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l'héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu'il déploie pour nous, les croyants." Saint Paul - Eph.1, 17-19

                          

Les apôtres recevront l'Esprit-Saint le jour de la Pentecôte.

"L'Esprit-Saint est donné à tout baptisé... L'Eglise est le "Temple" de l'Esprit-Saint... Certes, l'Esprit est présent dans le monde entier et à l'oeuvre dans toute la création, mais de façon discrète et bien souvent, difficile à reconnaître . (Catéchisme pour adultes- 286)

Nous en reparlerons à la Pentecôte.

Mise à jour : Lundi 1 Juin 2020, 12:50
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Vendredi 10 Avril 2020

EVANGILE selon saint MARC (texte et commentaires)

 En ce temps de Carême et de confinement...

Réflexions en lisant l'Evangile de saint Marc
(à partir du ch. 14)     
@ DG

                         LE  TEMPS DE LA PASSION

                     
                              

  - Les chefs complotent contre Jésus. (Mc 14, 1-2)

On était à deux jours de la fête de la Pâque et des pains sans levain . Les chefs des prêtres et les maîtres de la loi cherchaient un moyen d'arrêter Jésus en cachette et de le mettre à mort. Ils se disaient en effet : «  Nous ne pouvons pas faire cela pendant la fête, sinon le peuple risquerait de se soulever. »

                                     

Ainsi s'ouvre, brièvement, le récit qui va nous conduire à la Passion de Jésus. Chez Marc, il occupe deux chapitres entiers, c'est dire l'importance que cette période terrible a occupé dans l'esprit des disciples. Car souvenons-nous, l''évangile de Marc, vraisemblablement cautionné par Pierre, a été écrit a posteriori et procède à une relecture des faits afin d'en conserver la mémoire.

Cet évangile, le plus ancien, est aussi le plus court mais le plus vivant et le plus simple dans sa lecture. Chaque évangéliste a sa façon d'être porte-parole : selon son style, ses informations, son auditoire et bien sûr selon ce que lui inspire l'Esprit-Saint.

 A quelques jours de la grande fête de la Pâque dont on peut imaginer le côté festif, se trame déjà le complot des juifs pour se débarrasser de Jésus, à leurs yeux trop populaire et dérangeant. On peut souligner que ce sont « les chefs des prêtres et les maîtres de la loi » (les pharisiens, les scribes) qui sont les meneurs. Ils sentent leur pouvoir menacé.

Une vraie stratégie se met en place en vue d'éliminer discrètement voir secrètement Jésus et tenir compte d'un peuple en effervescence toujours susceptible de se retourner contre le pouvoir.

 Imaginons ce contexte loin d'être paisible où Jésus sait très bien désormais ce qu'il est appelé à vivre. Dans le monde d'aujourd'hui, bien des chrétiens engagés ont conscience des risques qu'ils encourent en soutenant les plus pauvres. Mais leur foi en Dieu est leur force et leur espérance.

A notre petite mesure, quelles sont nos responsabilités, civiques comme chrétiennes, en ce temps de confinement dû au coronavirus ? Respectons les consignes sanitaires mais aussi soyons solidaires, fraternels. Associons aussi nos prières à celles de l'Eglise.

« Restez chez vous... et portez-vous bien ! » est la nouvelle devise de la France toutes religions et non-croyances confondues.

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  Une femme met du parfum sur la tête de Jésus (Marc 14, 3-9)

 Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête.

Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ?

 On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient.

 Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi.

 Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.

 Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.

 Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »

                      
    Jésus chez Simon
– Neuilly en Donjon (Allier)
    Portail roman de l'église @ DG

 A travers cette scène bien connue où une femme verse du parfum sur la tête de Jésus, est raconté un geste prophétique anticipant l'embaumement de Jésus.

L'histoire se passe à Béthanie, un petit village proche de Jérusalem. La femme, anonyme, transgresse plusieurs usages : l'interdiction d'aborder un homme en public et un geste de gaspillage évidemment mal interprété. Par ce geste, la femme rend hommage à Jésus qui y voit une belle preuve d'amour. Les personnes assistant à cet événement sont indignées et allèguent habilement le souci des pauvres. Quelle hypocrisie !

L'interprétation de Jésus à ce beau geste est sans doute incompréhensible aux personnes qui l'entourent. Quel ensevelissement ? De quoi parle-t-il ? Quel honneur pourtant quand on pense à la mise à mort misérable que va connaître Jésus.

Pour l'évangéliste Marc, une conclusion qui lui tient à cœur, s'impose : la Bonne Nouvelle «  sera proclamée dans le monde entier . On racontera.... » . On retrouve ici le but des Evangiles : assurer la transmission d'une histoire vraie et d'un message qui va enraciner la foi des chrétiens pour des siècles.

 Oui, aujourd'hui encore, on se souvient de ce geste de foi dérangeant, humble et passionné.

Gestes humbles aussi des moines, moniales et laïcs décorant de fleurs une église en vue d'une célébration. C'est bien le Seigneur qu'on honore. Gestes pleins de sens lors de l'encensement d'un défunt où on respecte et honore aussi le corps de celui ou celle qui nous quitte.

Dans nos vies, il y a une multitude de gestes possibles ( un petit cadeau, un courrier, une aide...) pour nous aussi annoncer la Bonne Nouvelle .

En nos temps difficiles actuels où les vies des malades et soignants en particulier sont menacées, on constate une multitude de gestes de solidarité, de soutien dans ce combat pour la vie. On peut en être heureux et espérer qu'au-delà d'une période de crise, on en gardera les bienfaits.

Jésus mort et ressuscité nous montre le chemin à suivre.

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Judas veut livrer Jésus aux chefs des prêtres (Mc 14, 10-11)

 Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.

À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.

                
Le baiser de Judas - Cathédrale de Bourges

Judas est l'un des douze apôtres. Toujours cité en dernier. Nous savons que les chefs des prêtres cherchent à arrêter Jésus sans ameuter la foule. Sachant où est Jésus, Judas va leur indiquer, moyennant finances, un moyen de le saisir.

Comment comprendre cette trahison de Judas qui, avec les autres apôtres, suit Jésus depuis des mois ?

L'Ecriture en avait parlé. Déterminisme ? Fallait-il que l'Ecriture s'accomplisse ? Jésus aussi savait : « L'un de vous me trahira ». Cependant, on ne peut imaginer que Judas ait été contraint par Dieu à jouer ce rôle. C'est plutôt Satan qui s'est emparé de son esprit. Comme il le fait avec nous à la moindre occasion. L'argent était-il la faiblesse de Judas ? Il était d'ailleurs l'économe de leur petite communauté. On peut penser plutôt qu'au fil de son compagnonnage avec Jésus, Judas sentait arriver la déception face à celui en qui il avait cru, mis ses espoirs. Un doute terrible s'est emparé de lui : il avait cru en la divinité du Christ, à sa royauté mais il constatait à la veille de la passion, que Jésus semblait n'avoir plus aucun pouvoir, que tout était perdu pour lui et ses disciples. Et quand Jésus va parler d'offrir sa chair et son sang, discours peu clair pour ses proches, Judas perd pied. Croît-il encore qu'un miracle de son maître va couper court à son marchandage avec les prêtres ? Sorte de provocation ? Quand le sort tragique de Jésus sera conclu, Judas mesura toute l'horreur de son geste.

Saint Matthieu précisera : « il alla se pendre. »

On sait combien peut nous affecter une déception : un ami en qui on avait cru, une préférence donné dans notre travail à quelqu'un d'autre, des circonstances qui font que nos projets s'écroulent... Ne méprisons pas Judas. Ayons pitié de lui. Et soyons vigilants afin de ne pas nous laisser piéger par Satan, ou par le déguisement qu'il prend pour nous tenter et gagner la partie.

Satan a dû se frotter les mains en voyant Jésus sur la croix. Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il fallait que Jésus passe par cette mort pour connaître la résurrection et nous en ouvrir les portes.

En ce jour, 25 mars, fête de l'Annonciation, relisons le beau passage de saint Luc (Lc 1, 26-38) qui raconte l'annonce à Marie, par un ange, de la naissance prochaine de Jésus. Confiance et interrogations de Marie dont la foi dépasse le possible. «  Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe comme tu l'as dit ».

           Et je salue ce Dieu

Qui pour nous déchiffrer

Endossa notre chair

           Et s'arrima au temps.

Andrée Chedid, Territoires du souffle (1999), p. 161

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Jésus prend le repas de la Pâque avec ses disciples (Mc 14,12-21)

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »

 Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”

Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »

Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

 Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »

 Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? »                           

 Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.

 Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »

                                            

Le repas de la Pâque juive, toujours pratiqué aujourd'hui, réactualise la sortie d'Egypte qui libéra le peuple d'Israël de l'esclavage. Il est vraisemblable que Jésus et ses disciples étaient venus à Jérusalem pour participer à cette fête. Ils cherchent un lieu pour partager le repas mais Jésus, mystérieusement, sait à qui s'adresser. Réalité historique ou non, c'est bien Jésus qui prend en main les événements. Ce qu'il désire surtout ce jour-là, c'est rassembler ses amis autour de lui pour un dernier repas fraternel et aussi pour leur laisser des signes qui le garderont présent parmi eux après sa mort.

Jésus va brutalement casser une ambiance sans doute festive lorsqu'il déclare : Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. Jésus sait. Mais on est surpris de l'interrogation des disciples : Serait-ce moi ? Chacun doute-t-il de sa capacité à suivre Jésus jusqu'au bout ? Saint Matthieu précise que même Judas a des doutes sur sa propre trahison. C'est tout du moins ce qu'il dit. Sans le nommer , Jésus le désigne cependant clairement. Et souligne qu'il n'y a pas pire destin que de trahir son Seigneur.

Comme pour Jésus (ou Judas), la vie nous malmène parfois et nous pousse à des choix qu'on n'aurait peut-être pas faits en temps paisible. Face à certaines difficultés, nous choisissons parfois le mensonge et la fuite, comme Pierre qui reniera Jésus. Face à notre confinement, on peut accuser le pouvoir d'avoir fait de mauvais choix et comme cela arrive déjà de porter plainte en cherchant des coupables. Alors que pour certains d'entre nous, du temps nous est donné, essayons de regarder ce qui est positif, comme la solidarité, le travail sans compter du personnel soignant, l'hommage qui leur est fait.
Lors de l'audioconférence qui a eu lieu lundi 23 mars entre Emmanuel Macron et les représentants des religions, de loges maçonniques et d'associations laïques, retenons cette phrase du grand maître du Grand Orient de France : «  Il faut maintenant se poser la question de comment en sortir différents et meilleurs ».

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La Sainte Cène (Mc 14, 22-26)

 Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »

 Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.

 Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.

 Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. 

                               
                      La Cène – Enluminure du 11°s. - Echternach, musée de l'abbaye  @ DG

Nous avons ici, avec les paroles de Jésus, le moment fondateur de l'Eucharistie, point culminant de la messe chrétienne, qui fait précisément mémoire de ce jeudi saint.

Lors des repas, il est d'usage pour les Juifs de partager le pain et le vin. Mais ce soir-là, pour Jésus qui sait l'imminence de sa mort, ce repas évoque le banquet final du royaume.

Il inaugure aussi une nouvelle alliance de Dieu avec l'humanité.  Jésus, conscient de l'angoisse qui monte en lui et en ses disciples, veut leur communiquer son indéfectible confiance en Dieu et la certitude de rester pour toujours liés à eux. L'esprit du Christ, serviteur et sauveur, va se transmettre ainsi de générations en générations qui se consacreront avec foi, humblement mais avec ardeur à ouvrir des chemins au Royaume de Dieu.

Le service du Royaume de Dieu auquel est appelé chaque chrétien est donc lié à l'expérience fraternelle d'un repas. Il n'est pas étonnant que le temps du repas dans les monastères soit considéré comme un temps liturgique.
On remarque, en ces jours de confinement, que le temps du repas peut être un moment fort, plus rituel. Un temps de partage et d'écoute. Un temps où sont évoqués les événements du jour dans la localité où nous vivons ou dans le monde et de s'y associer par la pensée, la prière ou par la décision de participer à la hauteur de ses moyens à l'aide sanitaire et sociale. Dans sa douleur, le monde d'aujourd'hui est plus beau parce que plus solidaire.

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Jésus annonce que Pierre le reniera (Mc 14,27-31)

Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.


                         

                        Saint Pierre @ DG

 Jésus se doute bien que pour les disciples aussi l'épreuve ne va pas être facile. Et l'évangéliste fait le lien avec un passage de l'Ecriture  évoquant un berger attaqué et ses moutons qui s'enfuient. (Livre de Zacharie ch.13) Mais la foi de Pierre n'est pas encore vaincue par la peur et il n'imagine pas « tomber ». Sa protestation est sincère et il se croit fort. Les disciples, malgré les avertissements de Jésus, ne réalisent pas encore ce à quoi ils vont être confrontés. Ce n'est sans doute pas un hasard, si le récit de la Cène est précédé par la trahison de Judas et suivie par le reniement de Pierre.

 L'alternance des paroles de Jésus et de Pierre souligne bien le contraste entre ce que vit Jésus, qui voit le fond de notre cœur, et l'attitude du disciple dont la foi est bien réelle mais la fragilité aussi.

On ne peut jeter la pierre à Pierre. Quand le courage nous a-t-il manqué pour aller jusqu'au bout de nos engagements ? Qu'est-ce qui nous a fait craquer ?

Dieu connaît notre faiblesse humaine et à l'avance nous pardonne en nous aidant à nous relever.

Demandons aux martyrs connus et inconnus de soutenir nos efforts et notre foi.

Prions pour tous les hommes et femmes prêts à donner leur vie pour en sauver d'autres.

                   Le Seigneur est ma lumière et mon salut

                       de qui aurais-je crainte ?

                  Le Seigneur est le rempart de ma vie

                      devant qui tremblerais-je ?
                                                                                  Ps 27
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Jésus prie à Gethsémani (Marc 14, 32-42)

lls parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.

Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »

Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.

Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »

Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?

Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »

De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles.

Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.

Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.

Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »

           
  Le Jardin des Oliviers - Eglise de Figeac (Lot) - @ DG

 Jésus est à Gethsémani, au jardin des Oliviers. Il a souhaité emmener avec lui ses plus proches amis pour le soutenir dans l'épreuve. Il a peur de ce qui l'attend ; il est abattu par cette fin de mission qui semble un désastre. Par trois fois, il demande à Pierre , Jacques et Jean de rester éveillés à ses cotés.

Mais un profond sommeil les écrase. C'est seul que Jésus, prie le Père, et choisit de rester fidèle au projet de Dieu pour le salut des hommes.

Saint Marc raconte cet épisode douloureux alors que les disciples dorment. Il n'y a donc pas eu de témoins pour voir et entendre ce que vivait Jésus. Cependant, on ne doute pas un instant de la réalité des états d'âme de Jésus qui nous rejoint, en tant qu'homme, dans sa souffrance et sa peur et qui finit, par obéissance et amour, à faire ce que Dieu attend de lui. Il n'a plus besoin de la présence des disciples car Dieu l'habite tout entier.

 On est infiniment touchés par l'angoisse de Jésus, par sa solitude et son sentiment d'échec. Par sa prière à Dieu. Jésus entre en tentation, confrontation entre humanité et divinité. « Abba », c'est-à-dire « papa ». Quelle proximité ! Jésus doit lutter lui aussi pour accepter ce destin incompréhensible.

Quant aux disciples, (quant à nous dans l'épreuve) ils sont bien aux côtés de Jésus mais ils ne veillent pas, ils ne sont pas prêts à l'action car (Marc les excuse en quelque sorte), ils ne comprennent pas ce qui se passe : « ils ne savaient que lui répondre ». Anxieux peut-être aussi, ils fuient dans le sommeil. Et ce n'est pas sans une triste ironie qu'à la fin Jésus leur dit qu'il n'a plus besoin d'eux.

Nous avons nous aussi à être vigilants dans l'accompagnement de nos proches, des malades, des pauvres. L'insistance, par trois fois, de Jésus pour réveiller ses amis, souligne bien notre inertie.

On peut d'autant plus se réjouir quand, dans le cas de la pandémie actuelle, on voit des hommes et des femmes voir comme une évidence d'être aux côtés de ceux qui souffrent ou meurent.

Le personnel d'un EHPAD décide de rester 2H sur 24, le temps qu'il faudra, avec les pensionnaires isolés de leurs familles.Mesure de sécurité sans doute mais aussi d'humanité.

 « Notre Père qui es aux cieux... ne nous laisse pas entrer en tentation... »

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L' arrestation de Jésus (Marc 14, 43-52)

 Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens.

Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »

À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa.

Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent.

Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.

Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »

Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.

Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter.

                     

Le baiser de Judas – 12°s. Saint-Martin de Zillis (Suisse)

 Quelques jours plus tôt, Jésus avait chassé les marchands du Temple. S'en prendre au Temple était inconcevable pour les Juifs. C'est sans doute une conspiration des grands prêtres et des scribes avec à leur tête le grand prêtre Caïphe, l'homme fort de Jérusalem, qui va précipiter l'arrestation de Jésus.

 Les soldats romains n'interviennent pas à cet instant.

 Le baiser de Judas, s'il est authentique, est terrifiant, comme une double trahison. Un disciple (Pierre peut-être) s'oppose en tranchant l'oreille d'un serviteur. Jésus, avec une certaine sérénité, intervient contestant d'être arrêté comme un bandit. Il a toujours été pacifique. Mais sa parole reste choquante pour les agresseurs : comment les Ecritures pourraient-elles s'accomplir en la personne de ce trouble-fête ? C'en est trop ! Jésus est arrêté …. et les disciples s'enfuient. Quelle déroute !

 Marc conclut cette sombre page par une anecdote . Etait-ce Marc lui-même qui se met en scène ? On pense plutôt à une portée symbolique : ce jeune homme vêtu d'un drap et qui échappe à l'arrestation, c'est Jésus lui-même sorti du tombeau, Jésus ressuscité.

 En lisant et méditant l'arrestation de Jésus,on imagine sans peine le pourquoi des réactions des uns et des autres. Les responsables juifs de Jérusalem craignent pour leur pouvoir, les disciples pour leur vie. La vie de Jésus semble avoir peu de poids dans cette arrestation motivée par une perturbation possible en cette fête de la Pâque. Pour Judas, c'est la déception et l'appât du gain. Et pour les disciples, c'est l'instinct de survie qui les fait fuir. Ceux-ci n'ont pas perdu leur foi en Jésus. Mais ils sont faibles face au danger.

 Nous sommes face à l'arrestation d'un innocent. L'amour semble vaincu par les armes ou la fuite.

 L'amour, dans nos vies, n'est pas toujours vainqueur et il faut parfois « boire la coupe jusqu'à la lie », mourir à soi-même avant de se relever plus fort. Il en est ainsi des martyrs dont la foi a tenu bon jusqu'au bout. Mais sans aller jusque là, laissons-nous interpeller par l'arrestation de Jésus et par l'abandon des disciples, par cet homme anonyme qui s'interpose...

Portons aussi avec le Christ son angoisse, sa solitude mais aussi son obéissance à une mission qui le rend fort, celle de Fils de Dieu.

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Jésus devant le Conseil supérieur (Marc 14, 53-65)

 

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.

Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.

Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.

De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.

Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :

«Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »

Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.

Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »

Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »

Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »

Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.

Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.

                                       
                                     Jérusalem - Jardin des Oliviers      @ DG              

La scène est disposée. Jésus est devant Caïphe, le grand prêtre, et son conseil. Un peu plus loin, Pierre est assis avec des gardes autour d'un feu.

Il est peu probable qu'un tel conseil se réunisse ainsi de nuit. Mais il faut précipiter les choses et le jugement de Jésus fut sans doute sommaire. On ne connaît pas la réalité historique de ce procès. Ce qui importe ici à l'évangéliste Marc, c'est la déclaration de Jésus sur son identité.

Marc, voulant souligner l'innocence de Jésus, montre d'abord l'embarras de Caïphe qui ne trouve pas de motifs pour condamner à mort Jésus. Les faux témoignages ne prouvent rien non plus. Certains se souviennent soudain de l'intervention de Jésus devant le Temple où il chassa des marchands et aurait dit qu'il détruirait le Temple et le rebâtirait en trois jours.

Ce passage est clair pour les disciples qui ont connu la résurrection (souvenons-nous que le texte de Marc a été écrit dans les années 60). De même le silence de Jésus face à ses accusateurs fait référence au prophète Isaïe (Is 53,7). Oui, Jésus accomplit les Ecritures et c'est important pour les premiers chrétiens.

Ce jour-là, pour la première fois, Jésus revendique son titre de Fils de Dieu. Au seuil de sa mort, Jésus fait toute la lumière sur ce qu'il est. Il est d'origine divine. L'indignation de Caïphe est alors à son comble devant un tel blasphème. Dans l'Ancien Orient, déchirer ses vêtements est signe d'indignation. Ce que fait Caïphe. Nul ne le sait encore : cette déchirure peut symboliser que c'est Jésus qui devient désormais le vrai Grand Prêtre d'un monde nouveau.

Jésus est condamné à mort après un simulacre de justice.

Une telle scène n'est pas sans évoquer les simulacres de procès qui ont lieu de nos jours dans certains pays autoritaires. Le but n'étant pas de rendre la justice mais de supprimer ce qui gêne le pouvoir. Jésus n'a pas choisi sa mort mais il a toujours choisi de défendre la cause des pauvres, des persécutés. Et le voici l'un d'eux. C'est jusqu'à cet abaissement-là « que lui de condition divine » ne profita pas de sa puissance divine, mais « s'anéantit lui-même » (Philippiens 2) accepta les conditions dramatiquement humaines et humiliantes de sa mort.

Dieu nous aime d'un amour sans limite et quand Jésus dit « Qui me voit, voit le Père » nous avons par la mort de Jésus la preuve de cet amour de Dieu pour l'humanité.

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Pierre renie Jésus (Marc 14, 66-72)

 Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.

 Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »

 Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.

 La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »

 De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »

 Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »

Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.

                      

         « Un coq chanta » - Abbaye de Tamié

 Ce passage de l'évangile de Marc est un des plus saisissant. Il souligne la solitude de Jésus dans sa Passion et la foi souvent misérable de l'homme.

 La réaction de Pierre est infiniment proche de nos faiblesses. Pauvre Pierre, si fougueux sur les pas de Jésus, si sûr de sa foi et de sa fidélité ! Ce soir-là, il était même resté proche, autour du feu, à quelques distances de Jésus jugé devant Caïphe. Il a suffi d'un coup d'oeil d'une servante observatrice pour que sa vaillance s'effondre, lâchement.

  Qui de nous n'a jamais cherché à échapper à une épreuve par le silence ou la fuite ?

 Jésus connaît le fond de notre cœur. Il avait même prévenu Pierre à propos du coq , petit signe irréfutable que Jésus nous connaît bien plus que nous-mêmes. Pas un seul apôtre n'est resté à ses côtés. « Les disciples l'abandonnèrent et s'enfuirent tous » (v.50)

 « Pierre fondit en larmes ». On aime ce Pierre fort et vulnérable , qui se repentit et à qui il sera beaucoup pardonné et beaucoup confié. Mais on entend déjà le cri de Jésus sur la croix : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

              Serais-je prêt à risquer ma vie pour suivre le Christ ?

          Pitié pour moi, mon Dieu dans ton amour,

           dans ta grande tendresse, efface mon péché.

           Lave-moi tout entier de ma faute,

           purifie-moi de mon offense.

          Oui, je connais mon péché,

           ma faute est toujours devant moi.

           Contre toi seul, j'ai péché,

           ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.

           Mais tu cherches au fond de moi la vérité,

           dans le secret tu m'apprends la sagesse...

         
           Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu …

           rends-moi la joie d'être sauvé

                                                Ps. 50
DG  -  @ DG

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Jésus devant Pilate (Marc 15, 1-5)

Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.

Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »

Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.

Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.

Le Conseil suprême conduit Jésus à Pilate car seule l'autorité romaine a le pouvoir d'exécuter un condamné. L'accusation de s'être proclamé « roi des Juifs » est suffisante pour mériter la peine de mort, d'où la question de Pilate. Ce qui avait mis en colère les Juifs était que Jésus se prenne pour Dieu, ce qui laisserait indifférent Pilate. Alors que « roi des Juifs » est pour Pilate une menace politique d'autant qu'on dit de Jésus qu'il trouble l'ordre public.

Jésus ne confirme pas vraiment ce que dit Pilate et les prêtres « multiplient contre lui les accusations ».

Pilate, qui n'ignore sans doute pas le complot, insiste et encourage Jésus à se défendre.

Jésus demeure silencieux car il sait que plus rien n'empêchera sa mise à mort.

«  Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche ; comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir... » (Isaïe 53,7).

Une fois de plus, pour l'évangéliste Marc, les Ecritures s'accomplissent.

- On retrouve ici le lien fréquent que font les évangélistes entre Ancien et Nouveau Testament. Lequel éclaire l'autre ? Les prophètes avaient-ils eu de réelles intuitions en annonçant un Messie souffrant ? Ou la relecture de la vie de Jésus par les premiers chrétiens leur fait-il trouver des similitudes dans l'Ancien Testament ?
On a quelquefois des prémonitions qui se trouvent confirmées par les faits...
L'important est de reconnaître ce lien indubitable entre l'avant , le pendant et l'après Jésus. C'est une seule histoire , l'histoire du peuple de Dieu, notre histoire qui se poursuit encore aujourd'hui où pour nous, l'Evangile a toujours quelque chose à nous dire et induit (ou non) les comportements de ceux qui croient en Jésus-Christ.

- La mort, quelle qu'elle soit, est un passage difficile. D'autant plus difficile quand on se sent seul, c'est le cas de Jésus. Ce sont les cas évoqués aussi, en cette pandémie du printemps 2020, où tant de familles souffrent de la solitude qui s'impose à leurs proches qui décèdent dans le confinement. Dans la foi, au seuil de la mort , cela peut être vécu avec une certaine sérénité, une acceptation de ce qui n'est qu'un passage vers le Royaume de Dieu. Mais les conditions de fin de vie y sont pour beaucoup. Et pour Jésus, on ne peut pas dire que ce passage lui a été facilité. 

Une approche chrétienne de la mort est particulièrement bien évoquée dans le très beau livre :

  • « Un temps pour mourir - Derniers jours de la vie des moines » (Nicolat Diat – Fayard 2018)

                                            
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Jésus est condamné à mort (Marc 15, 6-15

A chaque fête de la Pâque, Pilate libérait un prisonnier, celui que la foule demandait. Or, un certain Barabbas était en prison avec des rebelles qui avaient commis un meurtre lors d'une révolte. La foule se rendit donc à la résidence de Pilate et tous se mirent à lui demander ce qu'il avait l'habitude de leur accorder. Pilate leur répondit : " Voulez-vous que je vous libère le roi des Juifs ?". Il savait bien en effet, que les chefs des prêtres lui avaient livré Jésus par jalousie. Mais les chefs des prêtres poussèrent la foule à demander que Pilate leur libère plutôt Barabbas. Pilate s'adressa de nouveau à la foule : "Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ?" Ils lui répondirent en criant : "Cloue-le sur une croix !" Pilate leur demanda : " Quel mal a-t-il donc commis ?" Mais ils crièrent encore plus fort : "Cloue-le sur une croix !" Pilate voulut contenter la foule et leur libérer Barabbas; puis il fit frapper Jésus à coup de fouet et le livra pour qu'on le cloue sur une croix.

        
  La flagellation   - Abbaye de Tamié 


 
La flagellation fait partie, à cette époque, du rituel  de l'exécution.  Cet épisode est considéré comme un fait historique.

Ce supplice est si dur que parfois les condamnés en meurent. On imagine donc l'épuisement de Jésus au moment de porter sa croix.
Pilate tente par trois fois de dissuader le peuple de crucifier Jésus car rien ne justifie à ses yeux un châtiment aussi sévère. Mais il finira par céder à la pression.

Nous  avons là sous les yeux la condamnation d'un innocent, d'un homme bon qui a donné sa vie à transmettre un message de foi, d'espérance et d'amour.

Peut-être avons-nous   dans nos mémoires d'autres faits contemporains similaires ?
On pense aux 7 moines trappistes de l'Atlas qui furent assassinés... à un prêtre africain tué ces jours derniers, à tant de chrétiens d'Orient mort pour leur foi ...
Oui, le Christ a tout connu de notre vie d'homme : le meilleur dans ses relations familiales et amicales , mais le pire aussi.

           " Notre Père ...pardonne-nous nos offenses,
 comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés..
."

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Les soldats se moquent de Jésus (Marc 15, 16-20)

Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde,

 ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.

Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »

Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.

Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier,

                     

Après avoir été flagellé, Jésus est maintenant tourné en dérision. Les soldats se moquent de ce roi qui semble si peu glorieux. On l'affuble d'un manteau de pourpre et d'une couronne, signes royaux.
Méchanceté, humiliation.

Ces soldats pensent que Jésus ne vaut rien et qu'ils peuvent tout se permettre contre lui. Les apparences sont souvent trompeuses...

Saint Marc souligne avec force les épreuves que subit Jésus et qui au long des siècles donneront courage à tous les martyrs.

Dieu ne veut ni le mal ni la souffrance mais il nous montre ce jour-là qu'il les partage. Ce sera jusqu'à la mort.

Il n'est pas vain de partager dans nos pensées et nos prières les souffrances du monde. Elles peuvent changer le cours des choses. Non pas de façon miraculeuse, mais parce qu'une prière sincère surtout si elle s'associe à d'autres (« là où deux personnes sont réunies en mon nom, je suis au milieu d'eux »), elle peut être puissante et efficace. Elle peut aussi faire « boule de neige », orienter des comportements et des actions bien concrètes.

En cette période d'épidémie, on peut constater combien les actions de quelques-uns sont des témoignages de fraternité et de solidarité qui en entraînent d'autres et sont d'une grande efficacité.

Puissions-nous sortir meilleurs de ces semaines de confinement , qui plus est pour nous chrétiens qui les vivons en cette Semaine Sainte.

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Jésus est cloué sur la croix (saint Marc 15, 21-32)

 Ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.

 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).

 Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.

 Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.

 C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.

 L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».

 Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

 Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »

 De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !

Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

                       
                    Chemin de croix - Abbaye de Gorze (57)                      

Le récit de Marc est sobre, précis. Il relate les douloureuses étapes de la passion de Jésus. Celui_ci est tellement épuisé qu'un passant, Simon, est réquisitionné. Le lieu dit Golgotha est situé hors les murs de Jérusalem, près d'une porte de la ville. Les poteaux de la crucifixion sont installés, bien en vue. Les vêtements de Jésus sont partagés entre les légionnaires. C'est leur droit mais cela correspond aussi à un verset du psaume 22, 19 : « Ils se partagent mes habits, ils tirent au sort mes vêtements. »

Et puis, ce sont les railleries, le mépris, le rappel du motif de la condamnation (« détruire le Temple ») et une dernière tentation diabolique pour Jésus : échapper à la mort.

Dernier espoir peut-être aussi pour ses compagnons qui peut-être observaient l'événement de loin....

 Nous voici donc au pied de la croix, cette croix avec Jésus crucifié comme toutes ces croix omniprésentes dans le monde chrétien devant lesquelles on passe bien souvent avec indifférence.

Croix de nos églises, croix des chemins, croix des cimetières, croix des hôpitaux, croix des monastères, croix au bout d'une chaînette d'or, croix des artistes, croix rénovées, croix détruites, croix abandonnées...

«  Dis, maman, pourquoi il y a un monsieur sur la croix ? »

       
        
                 
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 La mort de Jésus (Marc 15, 33-41

Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.

Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »

L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »

Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.

Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.

Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

                                    

Saint Marc jalonne avec précision le déroulement du temps de l'agonie, qui coïncide aussi avec le temps des heures liturgiques (none, sexte...), la neuvième heure correspondant à 3h de l'après-midi.

Le dernier cri de Jésus a-t-il été un cri de désespoir : « Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

Des témoins ont pensé qu'il appelait le prophète Elie (Eloï), selon une prière juive qui accompagnait les mourants. Ou bien Jésus évoque-t-il le psaume 22 :

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

   Pourquoi restes-tu si loin,

   sans me secourir, sans écouter ma plainte ? »

A bout de force, ne pouvant plus respirer, Jésus expire.

Un officier romain, un païen, prononce alors la plus forte profession de foi de l'évangile de Marc : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! »

Le Fils de Dieu est reconnu au moment où il meurt sur la croix. Seul.

L'évocation du rideau du temple qui se déchire , tout comme l'obscurité qui se fait sur toute la terre, ne sont pas des faits historiques mais portent une forte symbolique. Dieu qui meurt c'est la nuit pour la terre. Le rideau qui se déchire, c'est celui du temple qui n'a plus lieu d'être comme l'a annoncé Jésus. Par la vie et le mort de Jésus, Dieu et son salut sont accessibles désormais partout et pour tous.

Des femmes, amies ou disciples de Jésus, ont observé les événements de loin, bouleversées sans doute par tant de haine, d'injustice, de douleurs. Dès qu'elles le pourront, maternellement et en pleurs, elles vont intervenir près du tombeau où Jésus sera déposé.

 Quand on assiste aux derniers moments d'une personne en fin de vie et que l'agonie est éprouvante, on souhaite que tout cela finisse, que cette personne trouve enfin la paix.

Les femmes qui observent l'agonie et la mort de Jésus doivent pour lui, et pour elles aussi, aspirer à la fin de l'épreuve.

En ce vendredi saint, où tous ces événements nous reviennent, souvenons-nous de ce que Jésus a enduré pour nous : la traversée de la mort pour nous ouvrir la porte du royaume de Dieu.

Comme l'officier romain, certains d'entre nous, le reconnaissent pour ce qu'il est vraiment. D'autres restent aveuglés ignorants, méprisants parfois. C'est notre choix, notre histoire aussi qui peut ne pas nous avoir préparé à cette reconnaissance.

Nos vies ont parfois ce goût amer de l'échec, de l'abandon, de la solitude.

Alors, retenons cette parole du pape François :

 «  Espérer, ce n'est pas être convaincu que les choses vont s'améliorer, mais plutôt que tout ce qui arrive a un sens à la lumière de Pâques ». 

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Jésus est mis au tombeau (Marc 15, 42-47)

Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat,

Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.

Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.

Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.

Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.

Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

               
                Pieta – Eglise de Coubisou (Aveyron)

Le sabbat , jour de repos total, va commencer. Il ne faut pas tarder pour s'occuper du corps de Jésus avant la nuit. Avec la démarche de Joseph d'Arimathie, un membre du Conseil qui a condamné Jésus mais qui n'a pas dû adhérer au verdict, se trouve confirmés officiellement la mort et la mise au tombeau de Jésus. Celle-ci va se faire à la hâte.

Les gestes de ce Joseph, simples, efficaces, ont aussi quelque chose d'attentionnés, de respectueux qui impressionne, contrastant avec tout ce que Jésus vient de vivre. Cet acte religieux d'un homme juste et bon est souligné par les quatre évangiles.

Pendant la crucifixion, des femmes observaient la scène de loin. Lors de la mise au tombeau, elles sont toujours là. Avec discrétion. Témoins irremplaçables qui vont assurer par leur témoignage les fondements de notre vie chrétienne.

Nous revivons en ce Vendredi Saint les souffrances et la mort de Jésus. Puis la paix enfin et le repos du tombeau.

On peut y associer les milliers de morts vécues par les victimes du coronavirus dont on prit soin jusqu'au bout, les soignants , mais aussi vécues dans une certaine solitude loin de leurs proches, y compris lors des funérailles.

La mort n'est pas que dans les hôpitaux ou les maisons de retraite, elle est aussi sur le terrain des guerres qui persistent, parmi les réfugiés, les abandonnés (SDF et morts de la rue).

Ce vendredi-là des années 30 à Jérusalem, on est face à un désespoir total.

Mais non...

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La résurrection de Jésus (Marc 16, 1-8)

 Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus.

 

De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil.

 

Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

 

Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande.

 

En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur.

 

Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé.

 

Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

                              

Nous sommes le dimanche matin qui est, comme le précise saint Marc, le premier jour de la semaine. Et il ajoute « de grand matin, dès le lever du soleil ». On sait que le lever du soleil symbolise chaque jour la résurrection du Christ, lumière des nations.

Un étonnant et superbe spectacle s'offre ensuite aux femmes ...et à nous : la pierre roulée (c'est déjà un miracle en soi) et ce jeune homme vêtu de blanc dont l'aspect insolite fait peur aux trois femmes. Cela suggère presque une première apparition de Jésus

Ce qu'elles entendent ensuite a de quoi les sidérer et les effrayer plus encore !

Ce messager de Dieu les envoie aussitôt en mission, car une telle nouvelle ne doit pas attendre. Les voilà porteuses d'un message bouleversant qui les dépasse ( « elles étaient hors d'elles-mêmes ») , qui les paralyse et les laisse sans voix. On repense à la scène de la transfiguration de Jésus. La peur et le silence sont des réflexes bien compréhensibles quand on est confronté à une vérité qui défie la raison.

Le crucifié est ressuscité ! Jésus est vivant !

On ne peut inventer un tel événement, personne y croirait !

A ceci près, que saint Marc ne nous fait pas ici un reportage en direct mais rend un témoignage de foi longuement mûri (40 années).

 C'est là que se termine abruptement l'évangile de Marc . La suite est un ajout d'une autre plume pour une finale plus heureuse.

 A chacun d'entre nous désormais de faire ou de parfaire sa propre expérience de foi en Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité.

                            


 DG -
 @ DG

Mise à jour : Dimanche 3 Mai 2020, 11:50
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Dimanche 06 Octobre 2019

Les Pères de l'Eglise

 PRESENCE de SAINT BERNARD

 n°107-108   2e et 3e trimestre 2019

Bulletin de la Grange  Saint Bernard de Clairvaux

             LES PERES de L’EGLISE

                              

La Revue consacre cette fois-ci ses pages à un seul thème : les Pères de l’Eglise.

 L’auteur, Pierre-Alban Delannoy, nous propose des informations particulièrement claires et méthodiques qui permettent un beau tour d’horizon et une bonne initiation.

    -         Qui sont les Pères de l’Eglise ?

Dans la tradition juive , ce sont d’abord des ancêtres, spécialement ceux qui ont vécu dans les grands moments de l’histoire d’Israël.  Ce sont aussi les patriarches de la Genèse : Abraham, Isaac et Jacob. Dans la Bible, les prophètes font souvent référence aux pères. Puis il y a les sages qui vont lire la Torah et chercher à la comprendre.

Dans la Tradition chrétienne, le terme de père est utilisé pour désigner des chrétiens qui ont une autorité pastorale sur une ou plusieurs communautés. Ainsi les pères abbés et mères abbesses des monastères. On parle aussi des pères du désert qui donnent leur vie à Dieu en vivant très pauvrement au désert.

Les Pères de l’Eglise sont les fondateurs de l’Eglise dans la lignée des apôtres. Ils ont consacré leurs efforts à comprendre le message des évangiles, à l’expliquer, le transmettre et le mettre en actes au sein des communautés chrétiennes.

   -         Qu’est-ce que la patristique ?

L’élaboration de concepts, de dogmes, de pratiques constitue le socle du christianisme, la Tradition, qui est complémentaire des Ecritures, à peu près comme pour les Juifs, le Talmud l’est de la Torah.

Ces connaissances permettent, notamment en périodes de contestation, de s’appuyer sur des données sûres, mises par écrit.

L’intérêt pour l’Eglise primitive revient actuellement, non pour un retour au passé, mais ces écrits sont considérés comme toujours vivants, même s’il faut les actualiser. La patristique est une sorte de banque de données vivante et toujours créatrice.

      -   Trois parcours pour découvrir les Pères de l’Eglise.

Trois itinéraires : pensée pastorale, lutte contre les hérésies,  vie chrétienne à partir desquels l’auteur sélectionne et présente des Pères avec leurs caractéristiques : Clément de Rome, Ignace d’Antioche, saint Bernard, saint Irénée, Origène, saint Basile, saint Grégoire de Nysse…

 Et en conclusion, l’homélie prononcée à Clairvaux par Mgr Marc Stenger, pour la saint Bernard, le 20 août 2019.

« [Saint Bernard] reconnaît en lui [Jésus, le Verbe incarné], le Fils de Dieu dans sa majesté et honore en même temps sa proximité qui le touche au cœur… Verbe tant désiré et contemplé. Bernard, un saint, qui nous montre le chemin du quotidien. »

et pour en savoir plus, à lire aussi :

                             

 

La lecture de ces pages nous invitera très certainement à approfondir notre connaissance de ces Pères de l’Eglise, admirables chercheurs, témoins et passeurs d’une foi vivante, réfléchie, portée par la grâce et l’Esprit.

DG

Mise à jour : Dimanche 6 Octobre 2019, 18:39
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Dimanche 29 Septembre 2019

La flamme de la Charité

 La flamme de la charité.

Lettre de Pentecôte 2019

 Mauro-Guiseppe LEPORI

 Revue de spiritualité monastique - Collectanea Cisterciensia 2019/2

                   

L’année 2019 fête le 9ième centenaire de la Charte de Charité , « texte essentiel dans la construction de l’édifice cistercien »,  qui est l’occasion d’un colloque international au Collège des Bernardins à Paris , les 16 et 17 octobre 2019.

Le point central de cette Charte : la charité.

Dom Mauro, abbé général de l’Ordre cistercien depuis 2010, pose aux cisterciens et à ceux qui leur sont proches des questions essentielles :

«  Vivons-nous notre vocation à la lumière de la charité ? La vivons-nous avec amour ? Est-ce que nous marchons ensemble dans la charité ? Sommes-nous unis par la charité ? Vivons-nous l’appartenance à l’Ordre en tant que communion de charité ? » (p.116)

Prière, travail, repos, relations humaines habitent la vie monastique mais « la tiédeur est la tentation dans laquelle nous glissons le plus facilement, parce qu’on perd la ferveur dans l’Esprit-Saint…. ». Rappelons-nous l’enthousiasme de nos engagements d’autrefois …

Se rassembler pour en parler est important car cela « permet de garder vivante, entre nous et en nous, la flamme de l’amour du Christ ».

Vrai pour les moines comme pour tout chrétien. Car ce qui compte, ce n’est pas tant ce que nous faisons pour Dieu ou pour les autres, mais bien le feu intérieur que le Christ a allumé en nous et qui rayonne autour de nous.

Etre un avec le Christ : voilà le sens de notre vie, dans un amour sans limite.

« La grâce d’être unis au Christ est tout, et elle nous rend capables de tout ce que Dieu veut de nous. La communion avec le Christ est la grâce toujours accordée, toujours renouvelée…Tout devient grâce, même la tâche la plus lourde, même l’épreuve la plus pesante. » (p.120)

Si notre charité devient notre œuvre personnelle, il y a de grands risques qu’elle soit vouée à l’échec.

« La Charte de charité, comme la règle de saint Benoît, insiste pour que nous nous unissions avant tout au corps ecclésial formé par notre charisme, que nous ne négligions pas la priorité qui revient à notre communauté et à la ‘communauté de communautés’ que forme notre Ordre et toute la Famille cistercienne. Elle nous enseigne  à nous rencontrer, à travailler ensemble, à nous corriger mutuellement avec miséricorde, et à toujours tendre à une communion de prière qui nous accueille dans chaque communauté comme si elle était la nôtre. » (p.122)

 DG


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Lundi 23 Septembre 2019

Nouveaux territoires de l'oecuménisme

 Nouveaux territoires de l’œcuménisme

 Déplacements depuis 50 ans et appels pour l’avenir

 Institut Supérieur d’Etudes Œcuméniques

 Ed. du Cerf, 2019
                                                                         

 Cet ouvrage constitue le témoignage écrit de l’expérience vécue par près de 350 participants du Colloque des Facultés  que l’ISEO (Institut Supérieur d’Etudes Oecuméniques) a organisé en mars 2018.

Il est structuré en cinq grandes parties :

-         Un bilan des cinquante dernières années.

-         Quelques interpellations que les Eglises reçoivent du monde contemporain.

-         Une présentation des accélérateurs et des freins du travail œcuménique.

-         Une exploration des nouveaux territoires du dialogue œcuménique.

-         Quelques appels pour l’avenir. 

 Les sujets sont traités par 24 intervenants de différentes Eglises chrétiennes. La lecture de ce livre cependant très clair, demande un certain effort d’attention, mais au fil des pages, beaucoup d’informations se recoupent et nous tracent un portrait de l’œcuménisme aujourd’hui. C’est une préoccupation pour nos Eglises qu’on ne devrait pas considérer comme en option. « Que tous soient Un » est en effet un des points essentiels du message évangélique.

 1- L’Eglise orthodoxe, et le Patriarcat œcuménique en particulier, est une pionnière du mouvement œcuménique. D’abord en 1902 puis en 1920 leurs encycliques sont comme une invitation prophétique du Conseil œcuménique des Eglises qui vit le jour en 1948. Cette orientation devint plus active encore au moment de Vatican II. L’unité visible de l’Eglise sembla palpable en 1964 avec la rencontre historique au Mont des Oliviers du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras.

En 1979, le pape Jean-Paul II inaugura avec le patriarche œcuménique Dimitrios, le dialogue théologique entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe afin de pouvoir arriver à restaurer la communion ecclésiale entre ces deux Eglises.

Les dialogues menés avec les Eglises issues de la Réforme ont rencontré des difficultés mais entre elles, ces Eglises se reconnaissent mutuellement comme étant des expressions authentiques de l’unique Eglise du Christ sans prétendre qu’il n’en est pas de même pour d’autres traditions.

 Les échanges s’orientent surtout vers ce qui unit plutôt que ce qui sépare. L’expression « unité dans la diversité réconciliée » souligne ces efforts d’autant qu’il fallait surmonter les condamnations intervenues au 16ième siècle.

Plusieurs initiatives communes récentes entre le pape François et le patriarche œcuménique Bartholomée témoignent d’un véritable « œcuménisme d’action ».

On remarque cependant une certaine « fatigue œcuménique » actuelle, les Eglises se contentant de ce qui a été atteint. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut plus vivre comme avant.

 2- On peut distinguer trois grandes étapes dans les relations catholiques-évangéliques en France : la concurrence hostile (19ième s.), la cohabitation méfiante (jusqu’aux années 1960), puis l’émulation fraternelle. Malgré un « lourd héritage à surmonter », cette évolution est due au progrès de l’œcuménisme des théologiens avec l’effacement des préjugés, au défi posé par la sécularisation, à la recrudescence des persécutions anti-chrétiennes, à la montée de l’islam et à un désir de vie plus authentique et plus fidèle au Christ.

De nombreux groupes interconfessionnels de prière se sont développés ainsi que des lectures partagées de la Bible. L’évangélisation se traduit aussi par des temps forts, des rencontres musicales, littéraires et sur le net (ex. site « Chrétiens aujourd’hui »).

Dans un cadre interreligieux, donc plus large que l’œcuménisme, Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, est intervenu intitulant son message par "Allez vers la paix - Un chemin possible" .

Il évoque Nostra Ætate ,déclaration révolutionnaire,  du concile Vatican II, promulguée en 1965,  sur les relations de l'Église catholique avec les religions non chrétiennes (judaïsme, islam, bouddhisme, hindouisme et autres religions). Son message est toujours actuel. D’autres documents iront dans ce sens réalisés par le rabbinat français et co-écrit par le Pasteur François Clavairoly.

 « Je reste convaincu que chacun dans sa foi a besoin de l’éclairage que porte un autre pour savoir exactement qui nous sommes, non pas en réaction mais pour une forme d’élévation, de confrontation qui nous oblige à épurer notre réflexion et nos actions. »  (H.Korsia – p.95)   

 Il faut accepter nos différences. Elles ne doivent plus empêcher de cheminer ensemble. Le cardinal Kurt Koch souligne que « les nombreuses rencontres, les différents entretiens et les visites réciproques ont fait naître entre les différentes Eglises un réseau de relations amicales, qui représente un fondement solide pour les dialogues œcuméniques ». (p.104)

L’Eglise catholique partage avec les Eglises orthodoxes une importante base commune de convictions de foi (mystère de l’Eglise, Eucharistie..) et le dialogue œcuménique a commencé par consolider ce fondement de foi commun.

 Avec la Fédération luthérienne mondiale , une plus grande communion a été atteinte par la Déclaration commune sur la Doctrine de la Justification, signée en 1999. Méthodistes, réformés puis anglicans y ont adhéré par la suite. Ce consensus a permis en 2017 une commémoration commune du début de la Réforme, il y a cinq cents ans.
 
Il faut noter une croissance exponentielle du pentecôtisme et de sa dimension charismatique traduisant davantage un esprit de communauté qu’une organisation hiérarchique. Y sont sensibles bien de nos contemporains et l’Eglise catholique devrait s’en inspirer.

Il y a une multiplicité croissante des différentes conceptions du but de l’œcuménisme.

« On est uni sur la nécessité de l’unité et désuni sur son contenu. » (Evêque P.W Scheele)

« L’Eglise catholique, ainsi que l’Eglise orthodoxe, restent attachées à l’objectif initial commun de l’unité visible dans la foi, les sacrements et les ministères ecclésiaux. Par contre, un certain nombre d’Eglises et de communautés ecclésiales issues de la Réforme ont en grande partie abandonné cette conception de l’unité de l’Eglise et l’ont remplacée par le postulat de la reconnaissance mutuelle des différentes réalités ecclésiales en tant qu’Eglises et donc en tant que parties de l’unique Eglise de Jésus-Christ… Les chrétiens doivent avoir le courage et l’humilité de regarder en face le scandale toujours présent d’une chrétienté divisée et de retrouver l’unité perdue de l’Eglise. » (Cardinal Kurt Koch)

Mouvement de prière tout d’abord, le mouvement œcuménique a été ensuite un mouvement de conversion ou il ne s’agit pas tant de convertir les autres que de se convertir soi-même, de percevoir ses faiblesses et ses déficits et de les reconnaître avec humilité dans l’esprit évangélique. L’œcuménisme est aussi un mouvement missionnaire car les chrétiens sont appelés à témoigner de l’Unité entre eux.

 3- Les accélérateurs et les freins du dialogue œcuménique.

Le choix des livres bibliques, la traduction des textes, les méthodes de lecture sont sources de division.  Quelle joie quand catholiques et orthodoxes ont pu dire ensemble le Notre Père (1966) ! Ces difficultés s’expliquent par le fait qu’il est normal d’avoir des approches humaines différentes d’une réalité divine .  « La Bible est pleinement humaine et pleinement divine. » (Valérie Duval-Poujol)

L’unité se vit dans la diversité et non dans l’uniformité. Le texte de la Création dans la Genèse souligne bien nos diversités. Et Dieu trouve cela très bon !

Une lecture commune de la Bible doit favoriser l’unité car c’est bien la volonté de Dieu, c’est un don de Dieu. Mais cette unité reste à construire. Il nous faut apprendre à écouter la Parole de Dieu (sacramentalité de la Parole, soulignée par Benoît XVI en 2008). Le renouveau du dialogue entre Juifs et chrétiens ont ouvert des champs nouveaux dans les études et recherches bibliques.

 La vie sacramentelle.

L’étude de la liturgie, en s’appuyant plus sur les convergences que sur les divergences, constitue un terrain favorable pour faire progresser la connaissance des différentes confessions chrétiennes.

La Parole de Dieu est inséparable de l’Eucharistie . Nombre de Pères de l’Eglise anciens en témoignaient déjà. La fréquentation des Ecritures tout comme la réception de l’Eucharistie demandent le même respect car il s’agit là, pour les croyants, de deux manières, différentes et complémentaires de rencontrer Dieu lors des assemblées.

 Souffrir de l’absence de souffrance face à la division des chrétiens.

Sommes-nous affectés, chacun dans nos Eglises, par nos séparations, nos divisions ?

 «  Je crois qu’il faut nous en tenir à l’idée première du mouvement œcuménique, qu’il appartient à la nature même du peuple de Dieu de vivre comme une famille réconciliée, et par conséquent unie, et qu’il appartient à son témoignage de présenter au monde  l’image d’une nouvelle humanité qui ne connaît aucun mur de séparation à l’intérieur de sa propre vie. Même la meilleure coopération et le dialogue le plus intense ne peuvent remplacer la pleine communion fraternelle en Christ. » (W.A Visser’t Hooft , pasteur et théologien réformé néerlandais - cité p.181)

 Cinq orientations communautaires au service de l’unité visible (proposées par la Communauté du Chemin Neuf lors du Chapitre Général d’août 1995)

-         S’engager à prier chaque jour pour l’unité des chrétiens.

-         Visiter et connaître les différentes Eglises chrétiennes de sa région en participant de temps à autre à leur célébration.

-         Lorsque nous arrivons (un responsable surtout)  dans une nouvelle région ou un nouveau pays, ne pas se présenter seulement aux autorités de sa propre Eglise mais également à celles des autres Eglises.

-         Travailler les textes et les documents œcuméniques des Eglises.

Depuis peu, on expérimente aussi l’urgente nécessité d’un approfondissement des sources juives de notre foi.

-         Etre attentifs, lors de rencontres, aux besoins liturgiques et spirituels des participants d’une tradition autre que catholique. Célébrations liturgiques adaptées aux participants.

-  « Le Christ t’a choisi pour être dans l’Eglise un signe de l’amour fraternel »
   (Intervention de Frère Richard, Communauté de Taizé)

   Le souci de l’unité des chrétiens était au cœur de la démarche de Frère Roger. Mais il insistait surtout sur la vocation à l’unanimité. La communauté ne     prétend  pas à réaliser l’unité de l’Eglise mais à en être un signe.

«  Notre quiétude à considérer comme normal l’état actuel de séparation des chrétiens nous conduira à des abîmes. » (Frère Roger – A la joie, je t’invite – cité p.195)

 4 – Quels sont les nouveaux territoires du dialogue œcuménique ?

- Le dialogue islamo-orthodoxe.

Lors de la Conférence mondiale de la paix du Conseil des Sages musulmans au Caire en avril 2017, le patriarche Bartholomée a rappelé que la crédibilité des religions dépend aujourd’hui

de leur attitude à l’égard  de la protection de la liberté et de la dignité de l’homme, ainsi que de leur contribution à la paix.

On constate au cours des dialogues islamo-orthodoxes une méconnaissance mutuelle et une crainte de perte d’identité.

« L’ignorance est une maladie, mais une maladie qui se soigne. »

Le dialogue ne peut ignorer la théologie. Mais le but principal de ce dialogue entre orthodoxes et musulmans est d’améliorer la perception de l’autre, visant notamment à la délivrance de la vision négative du passé et à l’abandon des images hostiles et des préjugés qui se sont progressivement enracinés. (p.211).

- Le ministère des femmes.

Le Conseil Œcuménique des Eglises (COE) eut le courage entre 1948 et 1982, de s’engager pour les femmes.

Dans l’Eglise orthodoxe, l’ordination sacerdotale demeure fermée pour les femmes. L’argument est typologique : hommes et femmes sont ontologiquement différents par décision divine et selon l’ordre de la création, les ministères se réfèrent à ces différences fondatrices. Seul un homme peut représenter le Christ.

C’est également la pensée de l’Eglise catholique.

 Dans la Communion anglicane, au Canada on ordonna des femmes diacres en 1969, prêtres en 1975, évêques en 1994. Dans les Eglises luthériennes et réformées, les situations d’exception et les besoins des paroisses menèrent souvent à la reconnaissance des dons des femmes. Les Eglises luthériennes insistent sur la liberté accordée par l’Evangile, dans une culture nouvelle, de changer les traditions en fonction des nécessités des temps.

La crainte est-elle : si tout est changeable que devient la Tradition ?


5 – Quels appels pour l’avenir ?

- La sagesse du différend – Tendre vers le consensus en temps de crise.

Meurig Williams, archidiacre en France pour l’Eglise d’Angleterre souligne la complexité d’une confédération de quarante-cinq Eglises régionales et nationales autonomes et très diverses et ne disposant d’aucun magistérium central. La liberté est de mise, chacun étant dans une quête individuelle. Ce qui engendre cependant une grande tension .

Par contre dans les Eglises asiatiques et africaines, l’interdépendance est vitale.

Mais les différends constituent une dimension nécessaire à la quête de la vérité et de l’unité. Cela implique aussi de laisser une certaine latitude de pensée à chacun. Il va y avoir, dans toutes les Eglises,  recherche d’un consensus qui n’est jamais un point final.

Un exemple de la mise en pratique de ce processus est la Déclaration commune sur la Doctrine de Justification des luthériens et des catholiques romains (1999).

On peut prendre la belle image d’une « vie polyphonique » (cf.Dietrich Bonhoeffer) qui peut parler aux musiciens et chanteurs.  Il y a une mélodie préexistante, héritage de la tradition, correspondant à l’amour de Dieu portant toute la création, sur laquelle se greffent d’autres voix qui vivent en liberté et créativité mais aussi en harmonie les unes avec les autres.

 « [Sur la voie polyphonique de la vie], c’est la voix de l’Eglise qui se fait entendre à travers le chant commun. Ce n’est pas toi qui chantes, c’est L’Eglise ; mais comme membre de l’Eglise, tu peux avoir part à son chant. C’est ainsi que tout vrai chant en commun…doit servir à élargir nos horizons spirituels, nous amener à reconnaître notre petite communauté comme un membre de la grande chrétienté sur terre et à prendre rang librement et joyeusement, avec notre chant plus ou moins faible et bon, dans le chant de l’Eglise. » ( Dietrich Bonhoeffer, Life Together – cité p.249)

 Cela trouve un puissant écho dans la tradition bénédictine et semble fidèle à l’esprit de la Règle de saint Benoît, qui permet à un individu de devenir une part d’un tout plus vaste, avec tous ses défauts, ses dons, ses échecs et ses accomplissements. Mais ce parcours se fait en lien avec les autres, l’isolement étant toujours l’exception. Il est bon de prier ensemble, travailler ensemble, manger ensemble, étudier, débattre et argumenter ensemble.

 - La mission des Eglises après la colonisation : quels chemins de vie ?

Jean-Claude Girondin, pasteur, résume parfaitement en quelques pages, les problèmes graves nés du colonialisme.

La mémoire de la colonisation européenne outre-mer, surtout au 16ième et 19ième siècles reste vive et sensible. L’Etat a instauré un rapport de domination desservant son unique intérêt, allant même jusqu’à ignorer l’homme, quantité négligeable .

 Le colonialisme considère qu’il est de son devoir, en tant qu’homme blanc et civilisé d’aller apporter la civilisation à des « races inférieures » (Tahar Ben Jelloun).

La traite, l’esclavage et la colonisation, qui ont nié l’identité et la dignité africaines, ont laissé des séquelles psychosociologiques lourdes dans la mémoire des peuples anciennement colonisés et dans les relations entre les peuples. Et le poids de ce passé continue de peser aujourd’hui :  perte de l’estime de soi, complexe d’infériorité, ressentiment historique et parfois désir de vengeance. Une autre conséquence du colonialisme, c’est l’émergence du nationalisme exacerbé.

La mission prophétique de l’Eglise aujourd'hui est avant tout une mission de guérison, de libération et de réconciliation. L’espérance peut y fleurir. Concernant le futur, les Eglises ont à aider à construire une culture de paix et à célébrer la diversité culturelle dans tous les domaines de la vie de nos sociétés  et de nos Eglises.

« Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5,9)

  - L’œcuménisme en train de se faire.

Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval au Québec a étudié « l’œcuménisme en train de se faire » dans trois lieux particuliers : à l’Armée, dans les milieux santé et en milieu carcéral . Il semble que la logique administrative prédomine (motifs économiques et organisationnels) et que la quête de l’unité n’est pas déterminante. Nouveaux contextes, arrivée progressive des laïcs dans la fonction, partage des locaux de prière engendrent de nouvelles dynamiques interconfessionnelles. Nouveaux territoires de l’œcuménisme ? Pas sûr. « Les traditions religieuses se plient-elles à des logiques mondaines ? » Seule une impulsion spirituelle œcuménique pourrait redonner des couleurs réellement religieuses à cette évolution. « De plus, des développements prévus en fonction d’une fin peuvent provoquer des effets inattendus. On pourrait donc recueillir des fruits œcuméniques sur ces tiges qui étaient conçues à partir d’autres logiques et en fonction d’autres objectifs. » (p.288)

 Voilà une remarque d’espérance et de foi que ne renierait pas l’Evangile.

Mgr Didier Berthet*, dans sa conclusion à ce colloque, rappelle que « notre mission commune est de toujours servir et raviver ce désir d’unité, parce que le chemin vers l’unité ne s’accomplit qu’à partir d’un désir vrai, sincère et actif ».

                                             *  *  *

_DG_________________________________________

* Evêque de Saint-Dié, président du Conseil des évêques catholiques de France pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme.

 

                                            

 

 

 

 

   

 

 

                   

 

Mise à jour : Mardi 1 Octobre 2019, 17:51
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