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Habiter ensemble - Adalberto MAINARDI

Habiter ensemble. Le lieu monastique entre Orient et Occident

Adalberto MAINARDI, moine de Bose (Italie)

Collectanea Cisterciensia – Revue de spiritualité monastique

Tome 82 - 2020 - 4 - p.410 - 419

Tome 83 - 2021 - 1 - p.6 -14

        

 

Recension de l'article et réflexions personnelles pour une lecture utile à tous

 « Dieu fait habiter dans une maison ceux qui ont un objectif unique. » (Ps 68,7)

 Les moines ne sont pas des extraterrestres et le lieu monastique, comme tout lieu quelque soit sa particularité, habite le monde à l'intérieur de l'histoire humaine. On peut le caractériser par quatre moments essentiels, quatre verbes : habiter, travailler, veiller, accueillir.

 1- Habiter

La recherche d'un lieu isolé, non fréquenté, voire inhabitable, semble favorable à une nouvelle fondation monastique.On peut s'en étonner. En fait, ce contexte menait les moines d'Orient comme d'Occident à découvrir que ce non-habitable, ce lieu étranger habite déjà la profondeur de notre cœur. A l'extérieur de soi-même comme à l'intérieur, il va falloir découvrir, épurer et , question d'équilibre et d'unification de soi, il est nécessaire d'y oeuvrer à ces deux niveaux pour devenir vraiment soi-même. Les travaux d'irrigation, de défrichage, d'assainissement des marécages (Cîteaux, Clairvaux...) à l'époque médiévale sont la face matérielle d'un travail également intérieur.

On peut regarder dans nos rues les maisons individuelles, leurs jardins, leurs intérieurs et à partir de là imaginer un peu la vie intérieure des habitants...

Quelle image ma maison me renvoie-t-elle de moi-même ?

 But à très très long terme : retrouver l'intégrité de l'Eden. Dur labeur ! Redoutable face à face !

Où est l'ennemi ? A l'extérieur ou à l'intérieur ?

De même, chercher à s'unifier – sur le plan affectif, psychologique, spirituel – c'est aussi travailler à une unité plus large, à une communion avec tout et tous.

La sauvegarde de la Création dans notre « maison commune » qui est la Terre (Pape François) ne commence-t-elle pas au soin que nous prenons de notre environnement le plus proche ?

 Cependant, l'essentiel est ailleurs. Bienfaits inattendus du confinement ?

«  Ce que la solitude et le silence du désert apportent d'utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent, qui en ont fait l'expérience. » (Lettres des premiers chartreux)

L'affluence étonnante, par contraste avec les églises désertées, dans les hôtelleries monastiques pour y trouver silence et recueillement souligne l'aspiration de l'homme, dans sa vie agitée, à trouver une autre respiration, un autre rythme, un certain repos et peut-être à se trouver lui-même.

 Dans l'histoire du monachisme, sur le long terme, à travers crises et renaissances, se retrouve également un constant retour vers les origines, souvent vers la Tradition du monachisme orthodoxe et la quête de plus d'authenticité et de simplicité.

La recherche de stabilité en un lieu est importante pour assurer un enracinement dans la patience et la persévérance.

C'est bien l'une des grandes difficultés actuelles nuisant à un bon équilibre de vie : séparation des couples, enfants tiraillés entre père et mère, familles recomposées, déménagements, changement de travail... et insatisfaction permanente.

Comment dans de tels contextes se retrouver soi-même ?

 2 - Travailler

 « L'oisiveté est l'ennemie de l'âme. » (Règle de saint Benoît 48,1)

 Pour ne pas se perdre dans des idées parfois illusoires, le travail n'est pas seulement un gagne-pain mais une collaboration à l'oeuvre créatrice de Dieu. On revient à l'idée de sauvegarde de la Création, mais même si elle n'est pas directement en jeu, et quelque soit notre travail, y compris bénévole, celui-ci assure notre survie (situation critique des chômeurs), équilibre nos « cogitations ». C'est aussi une « occasion de partage concret et quotidien des biens » (Enzo Bianchi).

 Mais le temps de travail a ses limites, souligne A. Mainardi, auteur de cet article. Pour le moine en particulier, le temps est rythmé aussi par la prière, par la lecture méditée (lectio divina). [D'où] les réflexions sur le loisir créatif de la sociologie du travail dans l'ère post-moderne.

 Nous avons connaissance de familles qui ont su trouver un bel équilibre de vie, moyennant un revenu moindre mais suffisant, entre vie personnelle, familiale, travail, partage. C'est une réussite et un vrai bonheur pour tous. Et d'un grand bien éducatif et citoyen pour les enfants.

 3 – Veiller : Habiter le temps.

 Dans la règle de saint Benoît, la journée des moines est rythmée par la prière : «  Sept fois par jour, j'ai dit ta louange. » (Ps 118, 164)
Sans un engagement continu dans la prière et dans la lecture de l'Ecriture, il n'est pas possible de connaître véritablement Dieu (Anastase le Sinaïte).

Origène écrit : « Si tu ne viens pas chaque jour aux puits, si tu ne puises pas l'eau chaque jour, non seulement tu ne pourras pas donner à boire aux autres, mais tu souffriras aussi toi-même la soif de la parole de Dieu. « Celui qui a soif, qu'il vienne et qu'il boive » (Jn 7,37)

 Habiter le temps signifie se laisser habiter par l'attente, discerner dans le présent les semences de l'avenir. « Les justes posséderont la terre [la vie éternelle] et toujours l'habiteront .» (Ps 37,29)

 L'Orient, lieu de l'aurore, d'où provient la lumière du jour , figure du retour glorieux du Christ (Mt 24,27) trouve son incarnation dans l'espace orienté des églises.

Il est important d'avoir une vie orientée : tel un pèlerin, nous ne sommes que de passage sur la terre à la recherche de l'absolu et notre vie intérieure elle-même doit être orientée.

L'accueil de l'hôte, de l'étranger qui peut arriver à l'improviste, est essentiel car il peut être porteur d'un futur que nous ignorons encore.

L'étranger, porteur de bénédictions dans toute la tradition antique et biblique, s'est transformé en une obscure menace. Il peut nous déstabiliser, nous fragiliser dans nos certitudes.

 L'écoute de l'autre et le dialogue sont essentiels. Le mouvement oecuménique, longtemps braqué sur ses positions, fait aujourd'hui cet effort d'écoute de l'autre afin de mieux le connaître. Sans renier ce qu'il croit, chacun estime l'autre et y puise aussi des valeurs qui peuvent l'enrichir et l'aider à s'approcher de la Vérité. La démarche récente du pape François en Irak en est un beau témoignage.

 Quand nous voyageons « à l'étranger », dans un pays dont nous ne connaissons pas la langue, nous apprécions d'être accueillis, bienvenus. Comment accueillons-nous l'étranger, le migrant, le SDF ?

Nous sommes en quelque sorte aussi des étrangers sur la terre, car notre vraie patrie, c'est le Ciel, près de Dieu. C'est le chemin suivi radicalement par les moines à travers leur renoncement, leur détachement volontaire des biens de la terre en vue de vivre dès à présent au service de Dieu.

Souvenons-nous de ces pèlerins d'Emmaüs qui cheminaient aux cotés d'un étranger qui, assis à leur table et partageant leur pain, se révéla être Jésus ressuscité !

 Les Pères du désert fuyaient le monde mais l'histoire du monachisme montre d'extraordinaires occasions d'hospitalité et d'accueil réciproque des diverses traditions liturgiques et culturelles.

 En ces temps où l'Eglise est à l'épreuve, l'hospitalité monastique attire des personnes de tous bords.
Qui que tu sois, si tu n'en as pas encore fait l'expérience, n'hésite pas à goûter ces lieux particuliers riches de spiritualité et de paix.

De même, les nombreux pèlerins qui sillonnent les routes de pèlerinage manifestent bien que nous sommes des êtres en chemin. En recherche de quoi ? De qui ?


Selon une formule bien connue et très juste spirituellement, nous sommes appelés
à vivre le « déjà » [aujourd'hui] de la présence du Règne comme promesse, et le « pas encore » d'être des migrants vers la Jérusalem céleste. 

Denyse dans 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits...2016-2021 - Lu 268 fois - Version imprimable
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