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Histoire du livre et de l'édition

 HISTOIRE DU LIVRE ET DE L'EDITION
 Yann SORDET

  Ed. Albin Michel, 2021

  798 p.

                                                   

Yann SORDET est conservateur général des bibliothèques, directeur de la Bibliothèque Mazarine et rédacteur en chef de la revue Histoire et civilisation du livre.


Les documents sur l'histoire du livre sont innombrables mais celui-ci qui vient d'être publié va très certainement devenir une référence sur le sujet : un auteur particulièrement qualifié, 798 pages d'une étude exhaustive de l'histoire générale du livre, de l'invention de l'écriture à la révolution numérique.

Sans doute faut-il avoir à-priori un certain goût pour les livres pour oser aborder cette somme à la fois très claire (la table des matières détaillée le prouve) et extrêmement documentée. Mais l'auteur a l'art de relier les étapes fondamentales aux petits détails et précisions qui rendent cette analyse particulièrement signifiante.

Les interactions entre les différents acteurs du secteur (copistes, éditeurs, auteurs, graveurs, lecteurs, imprimeurs, bibliothécaires) sont abordées et particulièrement intéressantes.

Lourd entre les mains, on pourrait peiner un peu devant ce texte qu'on ne peut se permettre de survoler. En effet, on se prend vite au jeu de cette aventure du livre et de l'édition, car c'en est une, qui justifie bien qu'on ait reconnu aujourd'hui le caractère essentiel des livres et des libraires.

Dans une première partie, l'auteur relate l'histoire du livre manuscrit : naissance de l'écriture, les supports (papyrus, parchemin, papier) , l'évolution des écritures, en quoi le développement du monachisme (20 pages sur le manuscrit médiéval) puis des universités ont créé de nouveaux besoins.

La deuxième partie est dans une suite logique : l'invention de l'imprimé : Gutenberg, les nouvelles techniques, les contraintes et opportunités marchandes notamment, le livre et le pouvoir soulevant la question de la censure. Un chapitre intéressant développe ce qu'est ce nouvel outil qu'est l'objet livre mis en page, illustré , coloré, relié.

La troisième partie fait entrer le livre dans l'Histoire en en soulignant les enjeux et les pouvoirs à la Renaissance, la Réforme, la période humaniste à travers pamphlets, lettres, ouvrages scientifiques ainsi que l'édition musicale et même la danse.

En quatrième partie, s'amorce la librairie de l'âge classique avec la naissance de la presse, de l'image populaire, des dictionnaires et bibliothèques.

En cinquième et sixième partie, avec la Révolution, le livre connaît de nouvelles tensions économiques et techniques. L'auteur aborde ensuite la dynamique des inventions avec la mécanisation croissante, la photographie, la liberté de la presse, les livres de voyages, le prix du livre...

La septième et dernière partie : avec les temps modernes, c'est l'évolution des techniques et de l'information, le temps de l'informatisation des procédés et d'une nouvelle politique du livre.

Avec l'époque contemporaine, sont évoqués les nouveaux acteurs, la situation des librairies, livres de poche et livres jeunesse, et bien sûr le numérique et l'édition.

Ce bref panorama souligne toute la richesse de cette étude qui, malgré son angle très spécialisé, nous touche cependant de près et même au quotidien ( journaux, liberté de la presse, librairies...)

Quelques pages en couleur bienvenues illustrent aussi ce livre remarquable.


4° de couverture -
Histoire du livre et de l'édition de l'invention de l'écriture à la révolution numérique, l'ambitieuse synthèse de Yann Sordet, richement documentée et illustrée, retrace les grandes étapes et révolutions de l'histoire du livre, à travers sa production, son économie, sa circulation et sa régulation, mais aussi ses usages, formes et mutations majeures - expansion du codex au début de l'ère chrétienne, mise au point de la typographie en Europe au XVe siècle, invention des périodiques au début du XVIIe , engagement de la librairie dans la société de consommation et mondialisation du marché de l'édition depuis le XIXe , dématérialisation des procédés au XXe siècle... Cette vaste enquête embrasse ainsi l'ensemble de la production écrite, quelles que soient sa vocation - pédagogie, savoirs, combat, culte, information - et ses formes - succès de librairie parfois planétaires, almanachs, publications éphémères et imprimés du quotidien -, tout en interrogeant une ambiguïté fondatrice : à la fois objet manufacturé et produit marchand, le livre est aussi un bien symbolique, une oeuvre à la valeur identitaire forte. Elle porte enfin une grande attention à la diversité des acteurs de cette histoire générale du livre et de l'édition - auteurs, législateurs, copistes, artistes enlumineurs ou graveurs, imprimeurs-libraires puis éditeurs, mais aussi lecteurs, collectionneurs, bibliothécaires - et à leurs interactions.


Extraits d'un interview de l'auteur ( 2021) -
site Librairie Mollat

La plus ancienne écriture est l'écriture cunéiforme. Les nécessités marchandes ont obligé au développement de l'écriture (d'abord des jetons en argile avec signes). Il y a même eu des doutes sur la légitimité de l'écriture d'où différents procès de l'écriture (déjà évoqués par Platon ) car elle présente un risque. Va-t-elle diminuer le travail de mémoire ? Est-ce un bien que le livre puisse être consulté par tous publics ?

Les étapes de l'édition.

3 étapes.

1- Dans les grandes ville d'Europe occid.entale, au 12-13°s : naissance des premières universités .Besoin de livres (pédagogie, sciences). Apparition de nouveaux métiers : le scriptorium assurait autrefois la production de manuscrits. Les libraires apparaissent pour répondre à ces besoins qui produisent les livres, les corrigent, les illustrent, les vendent.

2/ Apparition de l'imprimerie à Mayence (caractères mobiles) au 14°s.  De nouvelles compétences techniques sont nécessaires (caractères métalliques  avecGutenberg) compétences financières (J. Schutz) et compétences artistiques de la forme de la lettre avec Peter Schoeffer (15°s.)

3/ Fin du 18°s-début 19° – Invention de l'éditeur au sens moderne du terme  et commercialisation du livre . Début des chaînes de fabrication. L'éditeur va miser sur l'offre plutôt que sur la demande. C'est une sorte de pari.

Le support est important  en vue de la meilleure conservation du livre. Aujourd'hui : dématérialisation du support. On compose un livre en mobilisant différents supports. Mais le parchemin continuera d'être employé après l'invention de l'imprimerie qui utilise aussi le papier. (les livres liturgiques mélangeaient papier et impression sur parchemins ornés)

Les procès- Au début du 15°s., on critique le papier qui est trop fragile. Les actes royaux continuent d'être imprimés sur support de parchemin pour préserver leur conservation.

La censure

- A postériori : elle interdit certains textes et les fait détruire. Phénomènes récurrents dès le 13°s. (interdiction de certains textes d'Aristote) –

- A priori : autorisation préalable exigée pour tous livres imprimés. La période de la Réforme conduit à des contrôles stricts pour éviter certaines diffusions. Le pouvoir royal seul donne l'autorisation jusqu'en 1789 (abolition de la censure) . Napoléon a un peu rétabli cette censure.

Aujourd'hui, la question se pose encore de la légitimité de certaines publications.

Depuis les années 60, la troisième révolution du livre, c'est le livre de poche.

La mise sur le marché actuelle de livres entièrement dématérialisés n'a pas beaucoup perturbé la diffusion du livre papier. Guère plus de 8 à 10% de l'ensemble de l'édition, en particulier très peu dans certains secteurs comme celui des livres d'art.

DG

Denyse dans 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits...2016-2021 - Lu 79 fois - Version imprimable
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