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L'Evangile célébré

 L’Evangile célébré

Enzo BIANCHI - Goffredo BOSELLI

 Ed.Lessius (Jésuites), 2018
 231 p.

                                    

 Enzo BIANCHI  est fondateur de la célèbre  communauté de Bose en Italie. Goffredo BOSELLI, moine de Bose, est docteur en théologie. Il est responsable de la liturgie dans son monastère.

 D’une lecture qui demande une certaine attention - le sujet est d’importance – ce livre soulève des questions graves et d’actualité. Face à nos églises désertées, à la grande majorité d’hommes et de femmes qui se disent croyants mais non pratiquants (nous verrons que tout espoir n’est pas perdu !) , les auteurs estimant que la liturgie est « la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien » (Sacrosanctum concilium,14), se pose une question essentielle : la liturgie est aujourd’hui en souffrance, quelle est sa crédiblité, sa vitalité, son sens ?

Malgré une réforme liturgique plutôt bien accueillie, à la suite de Vatican II, il y eut ensuite une stagnation et même un désir de retour au passé . Et nous assistons désormais à une nette séparation entre la foi, la croyance en Dieu et la participation à la liturgie.

 Dans leur église de Bose où il y a deux espaces bien définis) est  signifiée la valeur équivalente de l’autel de la parole et de celui de l’Eucharistie. « Le Christ, réellement présent dans les espèces du pain et du vin, est présent analogiquement dans la Parole proclamée dans la liturgie. » (Benoît XVI, Verbum Domini, 56).
Tout  comme les moines ont revendiqué en son temps et à juste titre, une « fidélité inventive », l’Eglise doit tenir ensemble une double fidélité au Christ historique et à l’homme d’aujourd’hui. Elle doit « être à la lumière évangélique fidèle au temps dans lequel elle vit »

 Les auteurs ne craignent pas d’évoquer le langage liturgique souvent indéchiffrable pour un grand nombre de personnes alors que la liturgie est faite pour que Dieu et l’assemblée entrent en communication, soient présents l’un à l’autre. Il nous faut oser inventer d’autres façons de communiquer, d’être témoins. « Seule une liturgie sachant accueillir la fragilité de la foi sera évangélisatrice » (p.177)

Si vous n’êtes pas mes témoins, je n’existe pas en quelque sorte  fait dire à Dieu la Tradition hébraïque. La mémoire de Dieu, son existence dans le monde est confiée aux vivants… 

Deux grand thèmes fort intéressants sont développés aussi sous cet angle liturgique : belle lecture de l’épisode des Pélerins d’Emmaüs, « chemin de foi et chemin d’humanisation ».

Quant à la notion bien connue du « déjà là » et du « pas encore », elle trouve toute sa place dans ce positionnement difficile que Dieu attend du chrétien.

 Ce livre parfaitement bien intitulé « l’Evangile célébré » , au vocabulaire un peu technique parfois, éclaire d’une lumière très actuelle les difficultés de l’Eglise aujourd’hui, dans sa pratique liturgique en particulier et dans sa transmission de la foi. Les auteurs, à qui on peut faire toute confiance (ce sont de vrais pratiquants !) recentrent bien le but et les caractéristiques de la liturgie, les mettent bien en valeur et ouvrent quelques portes vers un chemin d’espérance qui est bien celui d’Emmaüs !

    Extraits 

         La liturgie est un Evangile en acte : ce qui s’y passe doit donc être entièrement justifié dans l’Evangile. (p.11)

 
L’originalité du culte chrétien est « d’être essentiellement l’annonce de la Bonne Nouvelle à la communauté réunie en assemblée et son accueil par cette part de la communauté qui répond »(J.Ratzinger) Donc, Parole de Dieu adressée à l’Eglise et parole de l’Eglise adressée à Dieu. (p.17)

          L’année liturgique doit amener le croyant à habiter le temps, à l’organiser, à le mettre à son service pour pouvoir se sanctifier lui-même, afin de faire du temps, donc de sa propre vie, l’instrument de l’alliance avec Dieu. (p.47)

        Ce n’est aucunement pour nous libérer de nos péchés, ou pour quelqu’autre motif, que Notre Seigneur est mort, mais uniquement afin que le monde ressente l’amour de Dieu pour sa création. (Isaac de Ninive) p.68)

 Nous sommes non pas dans une logique de la possession mais du partage, non pas de la consommation mais de la communion, non pas de l’instantanéité mais de l’attente. (p.73)

      Nous accèdons à la pleine humanité quand nous pouvons donner et recevoir, quand nous sommes reconnus et acceptés pour ce que nous sommes. (p.93)

 Nos gestes accomplis dans la liturgie doivent être des gestes du Christ, inspirés par lui, autrement dit des gestes que le Christ accomplirait aujourd’hui, des gestes qu’il pourrait reconnaître comme siens. (p.110)

          Pour acheminer les communautés chrétiennes à la recherche d’une toujours plus grande humanité dans leur liturgie, il faut faire en sorte que les croyants assidus comme occasionnels, par l’humanité de la parole et du geste liturgique, entrent en contact et fassent l’expérience de l’humanité de Dieu révélée dans l’humanité de Jésus-Christ.(p.132)

       Notre religion n’est pas celle d’une « parole écrite et muette mais de la parole incarnée  et vivante » (Bernard de Clairvaux – Super missus est 4,11) p.160

 « La Parole éternelle s’est faite petite – si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire. Elle s’est faite enfant, afin que la Parole devienne pour nous saisissable. »
(Benoît XVI – Homélie pour la Nativité du Seigneur , 2006)

Emmaüs représente un véritable itinéraire de maturation humaine. On y retrouve l’expérience de la désillusion, la recherche de sens, le chemin, le dialogue, la souffrance et la mort, la tombée de la nuit avec ses ténèbres et ses peurs, l’hospitalité, le partage du pain, l’ouverture des yeux qui est reconnaissance, compréhension et retour à la relation abandonnée. Emmaüs est donc à la fois un chemin de foi et un chemin d’humanisation comme doit l’être l’expérience liturgique… qui est toujours in itinere [un itinéraire].(p.172)

 Il est nécessaire d’avoir aujourd’hui une liturgie qui ne se limite pas à célébrer des vérités et à proclamer des certitudes, mais qui sache aussi prendre en considération celui qui vit l’inquiétude de la foi au point de connaître aussi le doute et l’obscurité... La liturgie doit savoir être une réalité évangélisatrice pour une génération de croyants présentant une faible capacité de foi, ce qui n’est pas absence de foi ou peu de foi mais faiblesse de la foi. Seule une liturgie sachant accueillir la fragilité de la foi sera évangélisatrice, en ce qu’elle saura écouter comme Jésus, et interpréter l’appel que le père du jeune épileptique lui adresse : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (Mc9,24) -  (p.177) 

Célébrer entre le « déjà là » et le « pas encore ».
Ce positionnement demande au chrétien de rester fidèle à la terre, solidaire avec la fréquentation des hommes et, en même temps, de rester dans l’attente de l’accomplissement du salut.(p.193)… L’humanité est toujours plus attentive à ce qu’elle possède, à ce qui se voit, à ce qui apparaît et donc s’impose. Le « déjà là » l’emporte nettement, alors que le « pas encore » le Royaume de Dieu, la vié éternelle, les réalités ultimes et invisibles sont dévalorisés. (p.194)

Tout le monde peut à présent le voir : on se dit chrétiens sans croire à la résurrection de Jésus, sans appartenir à l’Eglise, sans vivre dans la communauté chrétienne, sans essayer de vivre une vie morale conforme à l’Evangile ; on se prétend catholiques sans être chrétiens. (p.195). Le langage liturgique est aussi un réel obstacle : Certains textes sont pour la plupart des gens, impénétrables, indéchiffrables. Dans un monde sécularisé, il faut rechercher des formes inédites de langage liturgique, des expressions nouvelles pour dire la foi aujourd’hui, adaptées à la culture, à la sensibilité, au langage et au mode d’expression del’homme et de la femme contemporains. (p.215)

DG

 

Denyse dans 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Lu 410 fois - Version imprimable
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