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La Règle de saint Benoît - Pierre Alban Delannoy

 La Règle de saint Benoît

Chemin de vie pour les laïcs

 Pierre-Alban DELANNOY

Albin Michel, 2015

219 p.

                         * 
                             2015

 Pour celui ou celle qui goûte régulièrement la Règle de saint Benoît , un commentaire de cette Règle intéresse toujours suivant le style de l’auteur ou l’approche qui en est faite. Certains articles trop pointus peuvent nous laisser aussi  parfois un peu désemparés.
Dans ce livre de P.A. Delannoy, rien de tel. On est tout de suite conquis. Comme la Règle elle-même, ce document s’adresse autant à des débutants qu’à de grands usagers comme les moines.

   *    *     
             1985                                   1984   

Ce qui frappe le plus, me semble-t-il, et qui fait la qualité de l’ouvrage, c’est de la part de l’auteur, une longue et minutieuse fréquentation de ce chef d’œuvre qu’est la Règle et qui derrière une certaine simplicité apparente, un pointillisme qui peut sembler d’un autre temps,P.A Delannoy écoute la Règle avec le soutien de l’Esprit-Saint qui lui ouvre d’autres portes, et éclaire le sens profond qui, comme les textes bibliques d’ailleurs, reste caché  aux personnes qui pensent avoir tout compris dès la première lecture. Il va nous falloir accepter que ce que nous saisissons un jour soit toujours partiel…

 Et c’est sans doute pour cela qu’avant d’entrer dans une pratique, sur ce « chemin de vie pour les laïcs », l’auteur prend son temps pour redire ce qu’est la RB, son contexte, son usage monastique, son constant réajustement pour qu’elle continue à être vraiment vivante. Dans cette première partie (jusqu’à la p.130) , on se nourrit vraiment des qualités de ce texte, on goûte une approche un peu différente et particulièrement claire des liens qui existent nécessairement entre les décisions de saint Benoît et le contexte de son époque. C’est évidemment capital pour bien comprendre le message et aussi la nécessité d’un réajustement constant qui ne met pas en question les fondements de la Règle mais la rend vivable et efficace pour aujourd’hui.

« Benoît nous remet la Règle entre les mains en disant qu’elle est un ouvrage intermédiaire, qu’elle est le prolongement d’autres livres, d’autres Règles, et qu’elle est faite pour être poursuivie, amendée, transformée…(p.28)

  *    
        1995                                              
2006

On en arrive à l’expérience particulière de la Grange de Clairvaux par rapport à cette Règle : un travail de longue haleine basé sur le partage, la méditation, la concertation et modestement l’adoption de « petites règles » auxquelles les membres du groupe s’engagent chacun à son rythme, sans pression mais avec la volonté d’avancer, de faire le point face à soi-même et devant ses frères. On sait combien les petites choses quotidiennes peuvent être occasion d’humilité, de fraternité, de progrès spirituels si on accepte de croire qu’on ne peut pas grand-chose sans Dieu… et sans ses frères .

La Grange réinvente, expérimente en quelque sorte l’usage de la RB à sa mesure, sans hâte excessive parfois mauvaise conseillère. Ils construisent eux aussi leur « nouveau monastère ».

Le grand rassemblement prochain d’août 2015 va sans doute demander beaucoup d’énergie à l’équipe de La Grange qui invite à Clairvaux  et la solidarité fraternelle qui se joue là, le témoignage qu’elle porte,  n’est pas négligeable. Puis les jours ordinaires reprennent leur cours et ont aussi leurs exigences et leurs joies. C’est notre lot à tous de vivre quelques grands moments de foi au milieu d’une multitude d’instants bien plus discrets .

 Je ne partage pas toujours les vues de l’auteur quant à l’histoire de La Grange à une certaine époque (1998-2006) et parler par exemple « d’aliénation » (p.137) des membres avant les années 2008 qui se seraient contentés de commentaires tout faits sans réfléchir par eux-mêmes, sans en tirer « des enseignements directement applicables pour leur vie » est quelque peu injuste. Leur pratique actuelle de la lectio divina telle qu’elle est évoquée p.171 avait déjà il y a 10 ans la même volonté d’écoute et de respect de l’autre ainsi que le souci de le mettre en œuvre aussi à tous moments de nos journées communes et au quotidien.

Comme eux, ces groupes étaient en recherche, moins avancés qu’eux dans leur orientation de vie de laïcs cisterciens sur ce lieu particulier et c’est bien normal. Tant de projets furent sur l’établi  et le travail manuel ne manquait pas non plus. Les choix actuels de La Grange ne sont d’ailleurs pas ceux de tous les groupes loin de là ; cela aussi est normal.
Le lieu particulier d’Outre-Aube, grange de l’abbaye de Clairvaux où vivait  saint Bernard :  grande maison, la main à la pâte où chacun a travaillé depuis tant d’années permettent aujourd’hui ce qui s’y vit d’original. C’est une chance ou plutôt un plant qui pousse après bien des labours.  Mais le propos de la deuxième partie de ce livre aura peut-être un peu de mal à être en phase avec ce que vivent la majorité des groupes qui se retrouvent régulièrement mais épisodiquement. Le but n’étant pas, pour la majorité, de vivre ensemble en continu et de reproduire en quelque sorte une vie monastique couleur laïc.
Mais peut-être d’autres groupes seront appelés à une démarche semblable. On peut le souhaiter.Mais je ne pense pas que ce sera l'option de la majorité malgré les liens étroits et fraternels qui les lient tous à leurs communautés monastiques respectives.

«  Chacun d’eux sent la nécessité de se joindre à une communauté parce que celle-ci apparaît comme le moyen de continuer plus intensément la conversion personnelle qui l’a  retourné, de fournir le soutien et l’aide à la réalisation de celle-ci … » Et « l’empreinte de la communauté » demeure même quand chacun a regagné son lieu de vie.  « Vie communautaire explicite…(temps passé ensemble)… vie communautaire implicite…qui se prolonge dans la vie personnelle. » (p.142)

Je pense que c’est dans le cas de cette problématique d’une vie « mixte » que résident surtout la difficulté de faire vraiment communauté et la grande différence avec la vie monastique dans ce qu’elle a de radical.

J’ai souvent eu l’impression qu’à La Grange on s’efforçait très sincèrement de vivre en frères, mais hors ces murs-là, nos vies quotidiennes intéressaient-elles vraiment nos « frères » ? J’en doute. Discrétion ? pudeur ? Peut-être… Et en face, une écoute trop souvent superficielle, ce qui ne facilite pas l’échange . Nous étions un peu dans une bulle régénérante mais un peu utopique. Laïcs cisterciens, nous ne vivons pas vraiment ensemble et, tout en semblant proches, nous sommes en fait très loin les uns des autres quand on se rencontre un jour par mois ou un week-end par trimestre . Ce fut mon expérience mais je ne doute pas qu'il y ait  des groupes où l’équilibre du partage est meilleure.

J’ai entendu des moines regretter aussi cette trop grande réserve entre eux qui peut nuire à une vraie vie fraternelle. Comment s’aimer si on  se connaît peu , si on se méprend sur le silence de l’un et le bavardage de l’autre ? Mais avec les temps actuels plus permissifs, les relations s’améliorent. Avec ses risques aussi.

L’expérience de La Grange est particulière, belle, dérangeante, possible ailleurs (des formes de béguinages naissent en France par exemple et c’est fort intéressant) mais la réalité de vie de la majorité des groupes de laïcs cisterciens ne peut se permettre de tels engagements communautaires, ce qui n’empêche pas le charisme cistercien d’y souffler.

Par contre l’approche de la Règle et sa mise en pratique telle que l’évoque P.A Delannoy, par des laïcs sensibles à la spiritualité cistercienne, est bien analysée et tout à fait souhaitable . Elle peut nous toucher aussi individuellement. Le chrétien est plus que jamais appelé à vivre au cœur du monde dans un vivre ensemble qui n’a pas forcément les attraits particuliers d’une communauté réglée sur le même diapason où déjà là, c’est bien difficile de vivre en harmonie !

Autant l’Evangile est le Chemin, la Vérité et la Vie pour tous chrétiens, autant la Règle de saint Benoît, « petite Règle pour débutants » n’est pas forcément « chemin de vie » pour tous les laïcs. Elle en est un parmi d’autres.

Mais on peut à juste titre espérer, comme le souligne le P. Armand Veilleux dans son livre « Les moines ont-ils un avenir » que le dynamisme des laïcs d’aujourd’hui, dont certains sont appelés à vivre en communauté, est un sang neuf , un renouveau pour notre Eglise qui peut redonner goût à la vie monastique,  la sauvegarder, la bousculer (étrange renversement des situations) en laissant l’Esprit-Saint nous éclairer peu à peu sur la volonté de Dieu qui nous surprendra toujours.

                      *   
                             2013

Si nous regardons en arrière, nous voyons l’évolution et les constantes formidables que vivent les communautés de croyants. Mais notre vie à nous est courte, comment pourrions-nous imaginer ce qu’il adviendra de l’Eglise dans les siècles à venir ?

Comme Jésus l’a promis, un jour viendra qui nous rassemblera tous dans une fraternité sans nuages. Nos « petits pas de conversion » nous y préparent.

La  belle page 192 évoquant l’enfant qui apprend à marcher les yeux dans les yeux de ses parents, en confiance, ou Pierre marchant sur les eaux en regardant Jésus souligne combien « répondre à un appel que l’on a entendu c’est tendre son regard vers celui qui a appelé. »

                * 
                    Abbaye de Fontfroide

 En tous cas, la lecture de ce livre sur La Règle de saint Benoît met bien les choses au clair tant du coté de ce qu’a voulu dire Benoît que de sa mise en pratique humble mais exigeante, chemin sûr qui demande une pratique régulière et persévérante acceptant les chutes, le brouillard mais gardant toujours confiance. « Ecoute » est bien le mot-clé. Il faut admettre qu’ on ne sait pas bien ce qu’il y a au bout de la route mais la joie de la foi au présent nous en donne un avant-goût.

« Faire l’œuvre de Dieu (ou laisser œuvrer Dieu en soi), c’est faire advenir ici et maintenant, en ce monde limité, quelque chose de l’illimité de Dieu. » (p.196)

 D.G

 *© Denyse Guerber

 La revue Collectanea Cisterciensia  publie ce mois-ci la présentation de ce volume par deux moines, un bénédictin et un cistercien. Un bon signe de qualité pour P-A Delannoy.

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Denyse dans 03 - Saint BENOÎT - Lu 1406 fois - Version imprimable
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