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La Route du sel - Fr. Olivier Quenardel

 Revue Collectanea cisterciensia  2017 – 4

 La route du sel.
Jalons pour une théologie de la vie cistercienne.

 Fr. Olivier QUENARDEL, ocso – Abbé de Cîteaux.

 Conférence  donnée au Collège des Bernardins à Paris le 9 mars 2017

 Quoi de plus caché que le sel dans un plat cuisiné ? Quoi de plus fade qu’un repas sans sel ?
 Mettre du sel dans sa vie, c’est lui donner de la couleur, du goût, un sens, des joies.
 La messe est un repas, l’Evangile une nourriture. Sont-ils pour nous sans goût ou savoureux ? Inutiles ou indispensables  ?
Cette route du sel, des Rameaux à Pâques, que propose le Père Abbé de Cîteaux, est effectivement délicieuse pour qui sait y mettre bien ses pas. Elle est un chemin d’humilité choisi par Jésus assis sur un âne à l’entrée de Jérusalem. Un chemin emprunté aussi par saint Benoît (6°s.) qui guide ses frères à la lumière de l’Evangile et de sa Règle.

Fr. Olivier Quenardel nous invite sur un chemin cistercien proposé en 5 étapes :

 - Les Rameaux : l’humanité de Dieu manifestée dans l’humanité du Christ.
Au 12ième s., époque de saint Bernard de Clairvaux qui écrit le « Traité de l’Amour de Dieu » et le « Cantique des cantiques » , « on se plaît de plus en plus à contempler l’humanité du Christ… » qui, se faisant l'un de nous, va reconduire « l’homme jusqu’au cœur de [la] Divinité ».
« C’est au banquet de l’amour que Bernard et tous les grands maîtres cisterciens invitent leurs disciples. »

- Jeudi saint : le signe auquel on reconnaîtra les disciples du Seigneur.
Deux gestes particuliers, pour faire ce que Jésus a dit et fait, marquent cette journée :

~  la fraction du pain : « geste du salut par le haut » (la bouche et la foi) , habituel aussi pour les croyants allant à la messe. Celle-ci est généralement quotidienne pour les religieux, ce qui ne lui enlève rien de sa valeur et de sa force.
~ le lavement des pieds : « geste du salut par le bas » humble, fort, très fraternel, qui manifeste le service et la charité que nous nous devons les uns aux autres.
Un peu abandonné, ce geste est remis en valeur notamment à l’abbaye de Cîteaux.

                   
                   Abbaye de Sept-Fons (Allier)

-         Vendredi saint : manifester le Christ dans sa contemplation sur la montagne.

Jésus meurt . « Là, il n’y a plus de mots à dire

                 
                         Emblème des chartreux 
             « La Croix demeure tandis que le monde tourne »
                         Chartreuse de Sélignac (Ain)

 Configurés au Christ, les moines donnent ici tout leur sens à leurs vœux et comportements monastiques : «  l’obéissance, la stabilité, la pauvreté, la chasteté, l’humilité, le silence, le vœu de conversion des mœurs, sont comme les clous qui nous fixent à la croix du Christ. »
Sel dans la pâte diversement parfumé, secrète fécondité de la vie contemplative, monastique ou non.

-         Samedi saint : mystérieuse fécondité apostolique

Tout comme on voit précédemment la complémentarité, l’inséparabilité de la contemplation et de l’action, ici Dom Quenardel souligne les deux faces de la vie du Christ, comme celles du chrétien : une face visible, lumineuse, diurne et une face invisible comme la prière de nuit, comme le grain tombé en terre qui mûrira.
Quelque soit notre vocation, nous n’avons pas à opposer contemplation et action ou à valoriser l’une plus que l’autre. Il n’y a pas d’action chrétienne possible sans contemplation :

«  La prière, pour le chrétien, tient lieu de forteresse d’où il devrait sortir comme saint Antoine et son fort, rayonnant de grâce et de vérité. »

-         Le saint Jour de Pâques : ne rien préférer à l’œuvre de Dieu.

             
             
  Abbaye d’Orval (Belgique)

 La Règle de saint Benoît est un outil, une école d’art appliqué pourrait-on dire, très concrète (objets du monastère, services, lectures…). Treize chapitres concernent en particulier  l’art de célébrer la liturgie des heures. Mais il revient toujours à l'essentiel :

RB 4, 21 : « Ne rien préférer à l’amour du Christ »

RB 43, 3 : « Que rien ne soit préféré à l’Oeuvre de Dieu »

RB 72, 10 : « Que [les moines] ne préfèrent absolument rien au Christ lequel nous conduise tous ensemble à la vie éternelle. »

Sans doute plus facile à dire qu’à faire, mais notre vie terrestre est un chemin, une ascension…

 Fr Olivier, dans sa conclusion, récapitule de façon extrêmement claire les propos qu’il vient de développer soulignant la continuelle tension vers Dieu, où sont à maintenir les deux rènes de la contemplation et de l’action. Une tension dans la joie et la louange exprimées par le chant monastique s’unissant « à la voix des anges et de tous les saints pour clamer la gloire de Dieu. »

 DG
© D.G – Photos ne figurant pas dans la revue

 

Denyse dans 04 -TELEOBJECTIF sur l'actualité chrétienne (presse et revues chrétiennes et monastiques) - Lu 236 fois - Version imprimable
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