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Promenades au pays de l'écriture

 Promenades au pays de l'écriture
 Armando PETRUCCI

 Ed. Zones sensibles, 2019
 135 p.

                        

 Armando Petrucci (1932-2018) était un paléographe italien (étude des écritures manuscrites du passé) et professeur d'université. Au début de ce livre, qui en est à sa neuvième édition, l'auteur consacre quelques pages aux principes et à la méthode de paléographie mais il va ensuite évoquer surtout les « changements radicaux qui ont scandé l'histoire des textes écrits ».

Petrucci a , au cours de sa carrière, parfaitement traité de la paléographie et il pense qu'à ce niveau tout est dit. Il veut dans ce livre soulever, à propos de l'écriture, d'autres questions auxquelles les spécialistes savent moins bien répondre : « Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Qui ? Pourquoi ?

 « Ce livre s'intéresse à l'histoire des témoignages écrits entendus au sens le plus large : des livres (manuscrits ou imprimés) aux documents,... des inscriptions aux lettres, des graffitis aux comptes, des écrits publicitaires aux feuilles volantes, des journaux aux écritures informatiques. » (p.19)

 Et sa promenade va nous faire traverser les siècles par des allers et retours de l'Antiquité à aujourd'hui, avec un regard sur l'écrit qui «  alternant réflexions et exemples, se présente comme une invitation à considérer les témoignages écrits – isolés ou en série, anciens ou récents, élégants ou relâchés, publics ou privés, exposés à la vue de tous ou cachés – comme autant d’épisodes d’un des chapitres les plus riches et les plus passionnants de l’histoire de l’humanité : celui de ses expressions écrites. »

 L'histoire des écritures est inséparable de celles des sociétés. Il y a un véritable élargissement de perspective. « L'analyse des formes graphiques, telle que la pratiquait Petrucci, permet de comprendre les structures sociales, les rapports de pouvoir, les niveaux de culture, la vie quotidienne des hommes et des femmes du passé . »

Promenade qui nous invite, à Rome notamment, à observer les monuments et leurs inscriptions, les boutiques, les changements. Parmi de multiples exemples, l'auteur évoque cette épicière du 16ième siècle qui savait tenir ses livres de compte ( par nécessité de travail) mais ne savait pour autant pas écrire puisqu'illettrée.

 LES CHAPITRES

avec quelques passages particuliers, mais tout est intéressant...

     1 - Lieux et espaces

    Durant le haut Moyen-Âge occidental, au temps des monastères tels Saint-Gall ou le Mont-Cassin, les lieux de production se confondaient avec ceux de conservation et d'usage. Au 12ième – 13ième siècles avec l'émergence de la culture scolastique universitaire, les lieux se dissocièrent (bibliothèques, librairies, notariats, chancellerie pontificale...). Le Vatican continua à conserver ses archives à l'inverse de la République italienne qui décentralisa. Aujourd'hui, l'informatique modifie radicalement ces cadres, voire même les font disparaître.

    2. Écrire ou pas

    L'histoire de la culture écrite souligne l'histoire de l'inégalité graphique présente aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. « L'écriture est une des expressions les moins égalitaires, celle dont l'usage est le moins uniformément réparti dans la société » (G.R. Cardona, cité p.34). Il y a les lettrés, les alphabétisés (avec bien des degrés), les semi-alphabétisés, les analphabètes.

    L'auteur observe sur de nombreux documents « la souffrance d'écrire [qui] correspond à la souffrance de la vie. » (p.45)

    3. Pouvoir ou liberté

    Au 16ième et 17ième siècles, la diffusion des textes, malgré les progrès techniques, fut maltraitée par « la censure, qu'elle ait été préventive ou répressive » (p.53). Tels les livres mis à l'index par l'Eglise. La liberté de la presse attendra 1789 mais encore est loin d'être universellement appliquée de nos jours.
    4. Typologies et fonctions

    L'auteur évoque les origines de l'écriture, leurs influences les unes sur les autres, certaines disparitions, les tentatives inabouties de faire passer un langage oral (de populations africaines par exemple) à l'écrit. Avec aussi ce constat que « les écritures aujourd'hui en usage apparaissent résolument imperméables les unes aux autres, souvent – si ce n'est surtout- pour des raisons idéologiques et politiques liées à des questions de prestige et d'identité nationale. » (p.62)

     Nous laissons le lecteur découvrir la suite , tout autant passionnante et d'une lecture aisée :

    5. Techniques et modalités
    6. Écrire à…
    7. Textes écrits, perdus, retrouvés
    8. Conserver la mémoire

 Une bibliographie en fin de volume et classée par chapitre invite évidemment à aller plus loin, ce que le lecteur ne manquera certainement pas de faire après une telle promenade initiatique au pays de l'écriture.

 DG

Denyse dans 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Lu 109 fois - Version imprimable
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