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Traité de l'Amour de Dieu

 L’Amour de Dieu

Saint BERNARD de CLAIRVAUX

(vers 1132-1135)

 Lecture continue avec extraits choisis – DG 2018 - © D.G -

     

 L’amour de Dieu … Voilà en effet le sujet le plus doux à goûter, le plus sûr à traiter et le plus utile à écouter…

1. Vous voulez apprendre de moi pourquoi et dans quelle mesure il faut aimer Dieu. Je vous réponds : la cause de notre amour de Dieu, c’est Dieu même ; la mesure, c’est de l’aimer sans mesure…

Il y a deux raisons d’aimer Dieu pour lui-même : d’abord parce que l’on ne peut rien aimer avec plus de justice ; ensuite parce que l’on ne peut rien aimer avec plus d’avantage...

Si donc, quand on cherche pourquoi aimer Dieu, on cherche son mérite, voilà le principal : Il nous a aimés le premier. (1 Jn 4,10)

2.Dieu accorde aux hommes ... des bienfaits innombrables ... : le pain, le soleil et l'air. Je dis les principaux, en raison non de leur supériorité, mais de leur nécessité; car ils concernent le corps.
L'homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l'homme dépasse l'homme, c'est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu...
J'appelle vertu le fait qu'il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s'attacher fortement à lui après l'avoir trouvé.
L'homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l'homme dépasse l'homme, c'est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu...

J'appelle vertu le fait qu'il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s'attacher fortement à lui après l'avoir trouvé.

                        © D.G

 Triple grandeur de l’homme.

L’homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l’homme dépasse l’homme, c’est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu… J’appelle vertu le fait qu’il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s’attacher fortement à lui après l’avoir trouvé.      
                       
          
 © D.G         

  Grandeur reçue de Dieu.

Quelle gloire y a-t-il à possèder un bien sans savoir qu’on le possède ? … Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1Co4,7)… « Celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur »(1Co1,31), c’est-à-dire dans la vérité. Car « le Seigneur est vérité » (Jn 14,6).

4. Trois fautes à éviter

Il te faut savoir d’une part ce que tu es, et d’autre part ce que tu  ne l’es pas par toi-même ; tu éviteras ainsi ou de ne pas te glorifier du tout, ou de te glorifier vainement…
Il faut éviter avec grand soin cette ignorance qui nous ravalerait à nos propres yeux ; mais il faut se méfier tout autant, et même plus encore, de l’ignorance par laquelle nous nous surestimons…

[Plus grave encore est de] rechercher sa propre gloire à partir de biens qui ne sont pas à soi … Commis sciemment, c’est une usurpation au détriment de Dieu.

                              
© D.G

5. Quel homme, même sans la foi, peut ignorer que dans cette vie mortelle les biens nécessaires à son corps pour subsister, pour voir et pour respirer, ne lui sont fournis que par celui « qui donne la nourriture à toute chair » (Ps 135,25), « celui qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45)

7 – Au souvenir de ce verset : « Ma chair a refleuri, et de tout cœur je le célébrerai » (Ps27,7), elle désire joindre aux grenades de la passion, qu’elle a cueillies à l’arbre de la croix, les fleurs de la Résurrection, surtout pour que leur parfum engage son époux à revenir la voir plus fréquemment.

 Concentré extrême  du Cantique des cantiques , à ses termes symboliques où se mêle admirablement la vie de Jésus

                                   © D.G

  8. Jésus réside volontiers, il réside assidûment en un lieu où la grâce de sa passion et la gloire de sa résurrection sont l’objet d’une méditation assidue.

  9. « Le Christ meurt pour nos péchés, il ressuscite pour notre justification » (Rm4,25), il monte au ciel pour notre protection, il envoie l’Esprit (Jn16,7) « pour notre réconfort » (Ac 9,31), et il reviendra un jour (Ac1,11) pour parachever notre salut. Dans sa mort, il a montré sa miséricorde, dans sa résurrection, sa puissance.

 
10. Le réconfort de la mémoire
 Le réconfort de la mémoire ne manquera pas aux élus auxquels n’est pas encore accordé le rassasiement complet de la présence…  « La mémoire est donc le lot des générations qui se succèdent » (Ps 144,4) ; la présence celui du Royaume des cieux…

 11 - « J’ai gardé la mémoire de Dieu et j’y ai trouvé ma joie » (Ps 76,4)…
Ceux qui cherchent la présence de Dieu et soupirent après elle ont à leur portée en cette vie sa douce mémoire, non pas cependant pour en être rassasiés, mais pour que soit aiguisé leur appétit de la nourriture qui peut les rassasier. (Mt 5,6)

 Et c’est non sans une même ardeur que Bernard plaint ceux qui s’écartent de la foi , aveuglés par les tentations du monde. Ce chapître 11 est remarquable et à méditer car ne croyons pas que notre posture par rapport à Dieu soit toujours parfaite. Saint Pierre le croyait et pourtant n’a-t-il pas renié Jésus trois fois ? On remarque une fois de plus que la parole de Bernard est étroitement tissée de citations bibliques.

 Malheur à toi « peuple stupide et insensé » (Deut.32,5-6), toi qui n’as pas envie de la mémoire et redoutes la présence … « Ô parole amère, ô langage dur » (Jn6,61) : « Allez maudits au feu éternel ! » (Mt25,41)… Beaucoup de gens « s’écartent vivement » de cette voix et « ils s’en retournent en arrière » (Jn6, 67)…  « Cette parole est dure, qui peut l’écouter ? » (Jn6,61). C’est pourquoi la génération qui a manqué de droiture de cœur et dont l’esprit infidèle à Dieu préfère placer « son espérance dans des richesses incertaines » (1 Tim6,17) ne supporte pas d’entendre « parler de croix » (1Co1,10) et la mémoire de la passion lui semble trop lourde à porter…

                          
                         
 Biarritz © D.G

Saint Bernard compare ensuite la situation au terme de leurs vies de ceux « qui s’efforcent de plaire à Dieu » : « Quant à la génération des hommes droits, elle sera bénie. » (Ps111,2), « Venez les bénis de mon Père », et de ceux, « misérables esclaves » de Satan, qui ont manqué de droiture du cœur.

 12 -  Fidélité et bonheur de l’épouse du Christ

            
            Abbaye d'Orval   
© D.G      

 L’âme fidèle soupire avec ardeur après la présence et repose avec douceur dans la mémoire ; jusqu’au moment où elle se trouve en état de « contempler à visage découvert la gloire de Dieu. » (2Co 3,18)

 Saint Bernard, comme les Evangélistes d’ailleurs, nous aide à saisir cette dualité qui nous constitue en profondeur : La terre/le ciel , amour du prochain/amour de Dieu, la vie présente/la vie éternelle. L’un ne va pas sans l’autre et conditionne notre « repos » en Dieu.

 C’est vraiment ainsi que l’épouse du Christ, sa colombe (Ct 5,2), trouve pour elle en cette vie le repos, et « elle dort entre les deux héritages ». (Ps 67,14)

                           Resterez-vous au repos derrière vos murs
              quand les ailes de la colombe se couvrent d’argent,
              et son plumage de flammes d’or …. ?

13 -  Immensité de l’amour du Dieu-Trinité

         
         La Trinité -
         Caen – Abbatiale de l’Abbaye aux Dames 
© D.G

… Une miséricorde si grande et tellement imméritée, un amour si gratuit et prouvé de la sorte, une considération tellement inattendue, une bienveillance à ce point invincible, une douceur si étonnante…

Dieu aime, et il aime de tout lui-même, car c’est toute la Trinité qui aime, si pourtant on peut parler de « tout », à propos d’un sujet infini, incompréhensible ou, de toute manière, simple.

14 - Les bienfaits de Dieu, créateur et sauveur

              

             L’agneau pascal – 
            Rouen – Porte du Gros horloge  
© D.G

Il n’y a pas à s’étonner que l’incroyant, en raison d’une moindre connaissance de Dieu, lui montre moins d’amour… Alors qu’en sera-t-il pour moi qui considère mon Dieu non seulement comme celui qui m’a donné gratuitement la vie, s’en occupe avec largesse, me réconforte avec bonté, me dirige avec sollicitude, mais de plus me rachète aussi avec surabondance, me sauve, me comble et me glorifie pour toujours, comme il est écrit :

 «  Elle est abondante sa rédemption. » (Ps 129,7)

 «  Nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ qui transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps de gloire. » (Ph 3,20-21)

 «  Les souffrances de ce temps sont sans comparaison avec la gloire future qui se révèlera en nous. » (Rm 8,18)

 «  Notre épreuve actuelle est provisoire et légère : elle nous prépare, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, à nous qui considérons non pas les réalités visibles, mais les invisibles. » (2Co 4, 17-18)

 On peut, une fois encore, remarquer combien les écrits de Bernard s’appuient sur la Parole de Dieu. C’est sa connaissance remarquable des textes bibliques qui assure sa foi, qui en fait la charpente et le cœur. Il n’y a pas, pour nous,  d’autre chemin primordial si nous voulons nourrir notre foi.

Est-ce que j’ai en moi les mêmes convictions que saint Bernard ? 

15 – La reconnaissance de l’amour.
« Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits ? » (Ps 115,12)
 
                
                Carmel de Plappeville (Moselle)

La raison et la justice naturelle incitent à se livrer entièrement à celui de qui on tient tout ce qu’on est, et insistent sur le devoir de l’aimer de tout soi-même. Mais la foi me prescrit d’autant plus l’obligation de l’aimer que je comprends mieux qu’il mérite d’être estimé plus que moi-même, mais en plus il s’est donné aussi lui-même…

Pourquoi l’œuvre n’aimerait-elle point son artisan, si elle a la faculté d’aimer ? Et pourquoi pas de toutes ses forces, puisque sans sa faveur elle ne pourrait rien du tout ?... « Que rendrai-je donc au Seigneur pour tous les bienfaits dont il m’a comblé ? »

16 – Aimer Dieu sans mesure

             

 Passage, ô combien célèbre, qui nous révèle l’intensité de la foi de saint Bernard et la perception qu’il a de l’ amour infini de Dieu.

 « Dieu nous a aimés le premier » (1Jn 4,10), lui si grand, il nous a aimés tellement, gratuitement, des gens si petits. Eh bien ! Pour de tels gens, la mesure d’aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure. Puisque l’amour qui s’adresse à Dieu s’adresse à l’immensité, à l’infinité – car Dieu est infini et immense – quelle devrait donc être, je te le demande, la limite ou la mesure de notre amour ?

N’oublions pas que notre amour à nous n’est plus un versement gratuit mais le remboursement d’une dette. Nous sommes donc aimés par l’éternité, aimés par « la charité qui surpasse la science » (Eph. 3,19) ; aimés par Dieu « dont la grandeur est sans limite » (Ps 144,3), « dont la sagesse est sans mesure » (Ps 146,5), dont « la paix surpasse toute intelligence » (Ph 4,7; et en échange, nous allons offrir un amour mesuré ?

 « Je t’aimerai, Seigneur, ma force, mon soutien, mon refuge, mon libérateur » (Ps 17,2-3)… « Mon Dieu, mon secours » (Ps 17,3) je t’aimerai pour le don que tu me fais, et à ma mesure, bien au-dessous de ce que je dois, mais non pas certes au-dessous de ce que je peux. Bien que je ne puisse donner autant que je dois, je ne saurais aller au-delà de ce que je peux. Je pourrai davantage quand tu voudras bien me donner plus, jamais cependant autant que tu en es digne.

17 – Aimer Dieu à cause de lui ou pour nous ?

Ce n’est pas sans récompense qu’on aime Dieu, bien qu’on doive se garder de l’aimer en vue d’une récompense. La véritable charité … ne recherche pas son avantage (1Co 13,5). Elle est un attachement non un investissement… Le véritable amour se suffit à lui-même. Il a sa récompense qui n’est autre que l’objet aimé…

Le véritable amour ne recherche pas sa récompense, mais il la mérite. Oui, la récompense on la propose à qui n’aime pas encore, on la doit à qui aime, on l’accorde à qui persévère… Si [l’âme] cherche autre chose, sûrement ce n’est pas Dieu qu’elle aime.

                        

 L’amour pur peut être un but. On peut s’en approcher mais sans doute pas atteindre une totale abnégation. La jeune maman attend le sourire de son nouveau-né, la nouvelle épouse l’élan du cœur de son époux. Ce n’est que justice. Et quelle souffrance qu’un amour qui ne reçoit rien en retour !
Ce n’est donc pas une faiblesse chez l’homme que d’espérer l’amour de Dieu en réponse à sa quête.
Aimer l’autre avant tout pour le bien de celui qui est aimé. Le reste sera donné.
Aimer Dieu pour ce que la foi nous en fait entrevoir. Et donner aux autres, par notre témoignage, le goût de l’aimer aussi.

A suivre...

 

Mise à jour : Dimanche 15 Juillet 2018, 11:26
Denyse dans 03 - Saint BERNARD de CLAIRVAUX - Traité de L'AMOUR de DIEU (Extraits choisis) - Lu 437 fois - Version imprimable
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