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Traité de l'Amour de Dieu

     L’Amour de Dieu

Saint BERNARD de CLAIRVAUX

(vers 1132-1135)

 Lecture continue avec extraits choisis – DG 2018-2019 - © D.G -

     

 L’amour de Dieu … Voilà en effet le sujet le plus doux à goûter, le plus sûr à traiter et le plus utile à écouter…

1. Vous voulez apprendre de moi pourquoi et dans quelle mesure il faut aimer Dieu. Je vous réponds : la cause de notre amour de Dieu, c’est Dieu même ; la mesure, c’est de l’aimer sans mesure…

Il y a deux raisons d’aimer Dieu pour lui-même : d’abord parce que l’on ne peut rien aimer avec plus de justice ; ensuite parce que l’on ne peut rien aimer avec plus d’avantage...

Si donc, quand on cherche pourquoi aimer Dieu, on cherche son mérite, voilà le principal : Il nous a aimés le premier.
(1 Jn 4,10)

2.Dieu accorde aux hommes ... des bienfaits innombrables ... : le pain, le soleil et l'air. Je dis les principaux, en raison non de leur supériorité, mais de leur nécessité; car ils concernent le corps.
L'homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l'homme dépasse l'homme, c'est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu...
J'appelle vertu le fait qu'il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s'attacher fortement à lui après l'avoir trouvé.
L'homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l'homme dépasse l'homme, c'est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu...

J'appelle vertu le fait qu'il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s'attacher fortement à lui après l'avoir trouvé.

                        © D.G

 Triple grandeur de l’homme.

L’homme doit chercher ses biens les plus hauts en cette part de lui-même par laquelle l’homme dépasse l’homme, c’est-à-dire en son âme. Ces biens sont la dignité, la science et la vertu… J’appelle vertu le fait qu’il en vienne à rechercher sans paresse celui dont il tient son existence et à s’attacher fortement à lui après l’avoir trouvé.      
                       
          
 © D.G         

  Grandeur reçue de Dieu.

Quelle gloire y a-t-il à possèder un bien sans savoir qu’on le possède ? … Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1Co4,7) « Celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur »(1Co1,31), c’est-à-dire dans la vérité. Car « le Seigneur est vérité » (Jn 14,6).

4. Trois fautes à éviter

Il te faut savoir d’une part ce que tu es, et d’autre part ce que tu  ne l’es pas par toi-même ; tu éviteras ainsi ou de ne pas te glorifier du tout, ou de te glorifier vainement…
Il faut éviter avec grand soin cette ignorance qui nous ravalerait à nos propres yeux ; mais il faut se méfier tout autant, et même plus encore, de l’ignorance par laquelle nous nous surestimons…

[Plus grave encore est de] rechercher sa propre gloire à partir de biens qui ne sont pas à soi … Commis sciemment, c’est une usurpation au détriment de Dieu.

                              
© D.G

5. Quel homme, même sans la foi, peut ignorer que dans cette vie mortelle les biens nécessaires à son corps pour subsister, pour voir et pour respirer, ne lui sont fournis que par celui « qui donne la nourriture à toute chair » (Ps 135,25), « celui qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45)

7 – Au souvenir de ce verset : « Ma chair a refleuri, et de tout cœur je le célébrerai » (Ps27,7), elle désire joindre aux grenades de la passion, qu’elle a cueillies à l’arbre de la croix, les fleurs de la Résurrection, surtout pour que leur parfum engage son époux à revenir la voir plus fréquemment.

 Concentré extrême  du Cantique des cantiques , où à ses termes symboliques  se mêle admirablement la vie de Jésus

                                   © D.G

  8. Jésus réside volontiers, il réside assidûment en un lieu où la grâce de sa passion et la gloire de sa résurrection sont l’objet d’une méditation assidue.

  9. « Le Christ meurt pour nos péchés, il ressuscite pour notre justification » (Rm4,25), il monte au ciel pour notre protection, il envoie l’Esprit (Jn16,7) « pour notre réconfort » (Ac 9,31), et il reviendra un jour (Ac1,11) pour parachever notre salut. Dans sa mort, il a montré sa miséricorde, dans sa résurrection, sa puissance.

 10. Le réconfort de la mémoire
 
Le réconfort de la mémoire ne manquera pas aux élus auxquels n’est pas encore accordé le rassasiement complet de la présence…  « La mémoire est donc le lot des générations qui se succèdent » (Ps 144,4) ; la présence celui du Royaume des cieux…

 11 - « J’ai gardé la mémoire de Dieu et j’y ai trouvé ma joie » (Ps 76,4)…
Ceux qui cherchent la présence de Dieu et soupirent après elle ont à leur portée en cette vie sa douce mémoire, non pas cependant pour en être rassasiés, mais pour que soit aiguisé leur appétit de la nourriture qui peut les rassasier. (Mt 5,6)

 Et c’est non sans une même ardeur que Bernard plaint ceux qui s’écartent de la foi , aveuglés par les tentations du monde. Ce chapître 11 est remarquable et à méditer car ne croyons pas que notre posture par rapport à Dieu soit toujours parfaite. Saint Pierre le croyait et pourtant n’a-t-il pas renié Jésus trois fois ? On remarque une fois de plus que la parole de Bernard est étroitement tissée de citations bibliques.

 Malheur à toi « peuple stupide et insensé » (Deut.32,5-6), toi qui n’as pas envie de la mémoire et redoutes la présence … « Ô parole amère, ô langage dur » (Jn6,61) : « Allez maudits au feu éternel ! » (Mt25,41)… Beaucoup de gens « s’écartent vivement » de cette voix et « ils s’en retournent en arrière » (Jn6, 67)  « Cette parole est dure, qui peut l’écouter ? » (Jn6,61). C’est pourquoi la génération qui a manqué de droiture de cœur et dont l’esprit infidèle à Dieu préfère placer « son espérance dans des richesses incertaines » (1 Tim6,17) ne supporte pas d’entendre « parler de croix » (1Co1,10) et la mémoire de la passion lui semble trop lourde à porter…

                          
                         
 Biarritz © D.G

Saint Bernard compare ensuite la situation au terme de leurs vies de ceux « qui s’efforcent de plaire à Dieu » : « Quant à la génération des hommes droits, elle sera bénie. » (Ps111,2), « Venez les bénis de mon Père », et de ceux, « misérables esclaves » de Satan, qui ont manqué de droiture du cœur.

 12 -  Fidélité et bonheur de l’épouse du Christ

            
            Abbaye d'Orval   
© D.G      

 L’âme fidèle soupire avec ardeur après la présence et repose avec douceur dans la mémoire ; jusqu’au moment où elle se trouve en état de « contempler à visage découvert la gloire de Dieu. » (2Co 3,18)

 Saint Bernard, comme les Evangélistes d’ailleurs, nous aide à saisir cette dualité qui nous constitue en profondeur : La terre/le ciel , amour du prochain/amour de Dieu, la vie présente/la vie éternelle. L’un ne va pas sans l’autre et conditionne notre « repos » en Dieu.

 C’est vraiment ainsi que l’épouse du Christ, sa colombe (Ct 5,2), trouve pour elle en cette vie le repos, et « elle dort entre les deux héritages ». (Ps 67,14)

                           Resterez-vous au repos derrière vos murs
              quand les ailes de la colombe se couvrent d’argent,
              et son plumage de flammes d’or …. ?

13 -  Immensité de l’amour du Dieu-Trinité

         
         La Trinité -
         Caen – Abbatiale de l’Abbaye aux Dames 
© D.G

… Une miséricorde si grande et tellement imméritée, un amour si gratuit et prouvé de la sorte, une considération tellement inattendue, une bienveillance à ce point invincible, une douceur si étonnante…

Dieu aime, et il aime de tout lui-même, car c’est toute la Trinité qui aime, si pourtant on peut parler de « tout », à propos d’un sujet infini, incompréhensible ou, de toute manière, simple.

14 - Les bienfaits de Dieu, créateur et sauveur

              

             L’agneau pascal – 
            Rouen – Porte du Gros horloge  
© D.G

Il n’y a pas à s’étonner que l’incroyant, en raison d’une moindre connaissance de Dieu, lui montre moins d’amour… Alors qu’en sera-t-il pour moi qui considère mon Dieu non seulement comme celui qui m’a donné gratuitement la vie, s’en occupe avec largesse, me réconforte avec bonté, me dirige avec sollicitude, mais de plus me rachète aussi avec surabondance, me sauve, me comble et me glorifie pour toujours, comme il est écrit :

 «  Elle est abondante sa rédemption. » (Ps 129,7)

 «  Nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ qui transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps de gloire. » (Ph 3,20-21)

 «  Les souffrances de ce temps sont sans comparaison avec la gloire future qui se révèlera en nous. » (Rm 8,18)

 «  Notre épreuve actuelle est provisoire et légère : elle nous prépare, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, à nous qui considérons non pas les réalités visibles, mais les invisibles. » (2Co 4, 17-18)

 On peut, une fois encore, remarquer combien les écrits de Bernard s’appuient sur la Parole de Dieu. C’est sa connaissance remarquable des textes bibliques qui assure sa foi, qui en fait la charpente et le cœur. Il n’y a pas, pour nous,  d’autre chemin primordial si nous voulons nourrir notre foi.

Est-ce que j’ai en moi les mêmes convictions que saint Bernard ? 

15 – La reconnaissance de l’amour.
« Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits ? »
(Ps 115,12)
 
                
                Carmel de Plappeville (Moselle)

La raison et la justice naturelle incitent à se livrer entièrement à celui de qui on tient tout ce qu’on est, et insistent sur le devoir de l’aimer de tout soi-même. Mais la foi me prescrit d’autant plus l’obligation de l’aimer que je comprends mieux qu’il mérite d’être estimé plus que moi-même, mais en plus il s’est donné aussi lui-même…

 Pourquoi l’œuvre n’aimerait-elle point son artisan, si elle a la faculté d’aimer ? Et pourquoi pas de toutes ses forces, puisque sans sa faveur elle ne pourrait rien du tout ?... « Que rendrai-je donc au Seigneur pour tous les bienfaits dont il m’a comblé ? »

16 – Aimer Dieu sans mesure

             

 Passage, ô combien célèbre, qui nous révèle l’intensité de la foi de saint Bernard et la perception qu’il a de l’ amour infini de Dieu.

 « Dieu nous a aimés le premier » (1Jn 4,10), lui si grand, il nous a aimés tellement, gratuitement, des gens si petits. Eh bien ! Pour de tels gens, la mesure d’aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure. Puisque l’amour qui s’adresse à Dieu s’adresse à l’immensité, à l’infinité – car Dieu est infini et immense – quelle devrait donc être, je te le demande, la limite ou la mesure de notre amour ?

N’oublions pas que notre amour à nous n’est plus un versement gratuit mais le remboursement d’une dette. Nous sommes donc aimés par l’éternité, aimés par « la charité qui surpasse la science » (Eph. 3,19) ; aimés par Dieu « dont la grandeur est sans limite » (Ps 144,3), « dont la sagesse est sans mesure » (Ps 146,5), dont « la paix surpasse toute intelligence » (Ph 4,7; et en échange, nous allons offrir un amour mesuré ?

 « Je t’aimerai, Seigneur, ma force, mon soutien, mon refuge, mon libérateur » (Ps 17,2-3)… « Mon Dieu, mon secours » (Ps 17,3) je t’aimerai pour le don que tu me fais, et à ma mesure, bien au-dessous de ce que je dois, mais non pas certes au-dessous de ce que je peux. Bien que je ne puisse donner autant que je dois, je ne saurais aller au-delà de ce que je peux. Je pourrai davantage quand tu voudras bien me donner plus, jamais cependant autant que tu en es digne.

17 – Aimer Dieu à cause de lui ou pour nous ?

Ce n’est pas sans récompense qu’on aime Dieu, bien qu’on doive se garder de l’aimer en vue d’une récompense. La véritable charité … ne recherche pas son avantage (1Co 13,5). Elle est un attachement non un investissement… Le véritable amour se suffit à lui-même. Il a sa récompense qui n’est autre que l’objet aimé…

Le véritable amour ne recherche pas sa récompense, mais il la mérite. Oui, la récompense on la propose à qui n’aime pas encore, on la doit à qui aime, on l’accorde à qui persévère… Si [l’âme] cherche autre chose, sûrement ce n’est pas Dieu qu’elle aime.

                        

 L’amour pur peut être un but. On peut s’en approcher mais sans doute pas atteindre une totale abnégation. La jeune maman attend le sourire de son nouveau-né, la nouvelle épouse l’élan du cœur de son époux. Ce n’est que justice. Et quelle souffrance qu’un amour qui ne reçoit rien en retour !
Ce n’est donc pas une faiblesse chez l’homme que d’espérer l’amour de Dieu en réponse à sa quête.
Aimer l’autre avant tout pour le bien de celui qui est aimé. Le reste sera donné.
Aimer Dieu pour ce que la foi nous en fait entrevoir. Et donner aux autres, par notre témoignage, le goût de l’aimer aussi.

18 - L’insatiable convoitise humaine

 Nous avons tous très certainement au fond de nous le désir d’atteindre ce qu’il y a de mieux, mais notre liberté nous aveugle et nous perd …

           
              
    Jugement dernier – Conques (Aveyron)

 Quelque soit [la chose] dont on s’assure la possession, on n’en continue pas moins à désirer celles qu’on n’a pas et à soupirer sans répit après celles qui manquent encore. Il arrive ainsi que l’esprit vagabond se fatigue vainement à courir çà et là à travers les amusements variés et mensongers du monde, et s’épuise sans se rassasier…

 Tu prends le mauvais chemin et tu mourras bien avant que cette marche en rond te conduise au but souhaité.

 19 – Les créatures ou leur Créateur ?

 Il est naturel que [les impies] recherchent de quoi apaiser leur désir, mais leur folie est de rejeter avec mépris ce qui les rapprocherait de leur fin : je parle de fin, non pas d’épuisement mais d’achèvement. C’est pourquoi ils se hâtent non pas vers l’achèvement d’une fin bienheureuse, mais vers l’épuisement d’une peine perdue, ceux qui, trouvant leurs délices dans l’apparence des créatures plus que dans leur Créateur, désirent parcourir d’abord l’univers et faire l’expérience de chaque être avant de se soucier de parvenir au Seigneur même de l’univers.

                  

 Nous privilégions souvent un bonheur proche et qui sera peut-être source de soucis et sans fruit (« peine perdue »)  au détriment d’un bonheur qui s’éprouve dans la durée mais en sortira grandi. Saint Bernard parle ici du bonheur en Dieu , bien suprême. Mais ces choix nous les expérimentons souvent dans notre vie quotidienne. C’est humain mais nous sommes appelés à la sainteté.

 « Tu es le Dieu de mon cœur ; ma part, c’est Dieu pour toujours. » Ps 72,26

20 - Soumettre la convoitise au jugement de la raison.

Ceux qui prétendent obtenir la jouissance de tout ce qu'ils désirent, parcourent un long chemin, se donnent beaucoup de peine, mais en vain, et ne peuvent jamais obtenir la satisfaction de toutes leurs prétentions... "Vérifiez tout ce qui est bon, retenez-le" (1Th 5)...

 Ceux dont la raison ne précède pas la marche, courent sans doute, mais en-dehors de la route, et par suite, au mépris du conseil de l'Apôtre, "ils ne courent pas de manière à atteindre le but." (1Co 9,24)

21 - Dieu seul peut combler le coeur de l'homme - L'âme qui cherche Dieu

" Qui aime l'argent n'en sera pas rassasié"
(Eccl.5,9); mais "ceux qui ont faim et soif de la justice, eux seront rassasiés (Mt 5,6)... "Mon âme bénit le Seigneur, qui comble de biens ton désir." (Ps 102). Il comble de biens, il incite au bien, il garde dans le bien; il prévient, il soutient, il comble. C'est lui le principe de ton désir, c'est lui l'objet de ton désir.
                                               

22 -  L'âme qui cherche Dieu

 « Tu es bon Seigneur, pour l’âme qui te cherche » (Lam.3, 25). Que sera-ce donc pour celle qui te trouve ? Car voici la merveille : personne n’est capable de te chercher s’il ne t’a d’abord trouvé.

 On retrouve les mêmes propos :

-         chez Saint Augustin – 5ième s. : «  Car on le cherche pour le trouver d’une façon plus douce, et on le trouve pour le chercher avec plus d’avidité encore. »

-         chez Pascal – 17ème s.  : « Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé » - Pensée 736

                                                   

23 – Les degrés de l’amour

- Premier degré de l’amour : l’homme s’aime pour lui-même.

   ¤ Amour de soi.

       Avant tout, l’homme s’aime lui-même pour lui-même… un fait inhérent à la nature.

« Il ne faut rappeler à personne qu’il doit s’aimer » (St Augustin, note 2 p.118)

   Mais si cet amour naturel se met … à se déverser avec excès… aussitôt l’opposition d’un commandement réprime cet excès en disant : «  Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22,39)

     ¤ Amour du prochain.

         Que [l’homme] se permette tout ce qu’il veut à condition de se souvenir de l’obligation d’en accorder tout autant à son prochain… Alors ton amour sera à la fois équilibré et juste… C’est ainsi que l’amour charnel devient aussi social, quand il s’élargit en vue du bien commun.

 24 Au moment où tu partages avec ton prochain, il peut t’arriver de manquer même du nécessaire, alors que feras-tu ? Quoi sinon demander « en toute confiance » (Ac 4,29) « à celui qui donne à tous en abondance et sans reproche » (Jc 1,5), qui « ouvre la main et comble de bénédictions, tout ce qui vit » (Ps144,16) ?

 D’ailleurs, il dit : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Lc 12,31)

       25 – Aimer Dieu pour soi

 Il faut donc d’abord aimer Dieu pour pouvoir aussi aimer en Dieu le prochain (Mc 12,30-31)
 L’homme animal (1Co 2,14) et charnel, qui ne savait aimer personne en-dehors de lui, commence aussi d’aimer Dieu pour soi parce que, comme il en a fait souvent l’expérience, c’est bien en Dieu qu’il peut tout 
(Ph 4,13)du moins ce qu’il lui est utile de pouvoir – et que « sans Dieu il ne peut rien. » (Jn 15,5)

 On ne peut dire aimer Dieu sans s’aimer soi-même et aimer son prochain. Car « Dieu est l’auteur de tout bien » . Mais que penser des hommes qui aiment leur prochain sans aimer Dieu ? Nous en connaissons tous…

                                                      Abbaye d’Orval   

 26 – Sagesse

    © D.G 

 Il y a une sorte de sagesse à distinguer ce que l’on peut par soi-même et ce que l’on peut avec l’aide de Dieu, et à se garder de s’opposer à celui qui nous garde de tout mal. Mais si les épreuves s’abattent et se multiplient de manière à provoquer de fréquents retours à Dieu et à obtenir de Lui une libération aussi fréquente, ne faut-il pas que cet homme si souvent libéré s’amollisse de reconnaissance pour son libérateur, quand bien même il aurait une poitrine d’airain et « un cœur de pierre » (Ez 11,19), de sorte qu’il en aime Dieu, non plus seulement pour soi-même mais aussi pour Dieu ?

  Pour aimer Dieu de façon désintéressée, le goût de sa douceur constitue désormais un attrait plus fort que la nécessité de son aide… Celui qui rend grâce au Seigneur non parce qu’il est bon pour lui, mais parce qu’il est bon, celui-là aime vraiment Dieu pour Dieu et non pour soi-même… Voilà le troisième degré de l’amour où désormais on aime Dieu pour lui-même.

27 - L'homme s'aime pour Dieu.   

            
                             

 Cet amour est une montagne, et une haute montagne de Dieu. C'est bien "une montagne solide, une montagne fertile " (Ps 67,16). Qui gravira la montagne du Seigneur ? Qui me donnera des ailes de colombe ? Je m'envolerai et me reposerai." (Ps 54,7)

Dieu invisible ... comment l'imaginer ? Saint Bernard voit une haute montagne comme souvent évoquée dans la Bible. Rien à craindre sur cette solide montagne où poussent les bonnes semences. Osons-nous cette ascension ? Belle image aussi de la colombe, Esprit de Dieu, qui nous porte vers les cieux et le repos en Dieu. Si nous  pratiquons un peu la méditation silencieuse, voilà un bon support...                                                               

                                                                                                                                     

 L'extase

Quand [l'] âme se dirigera-t-elle tout entière vers Dieu pour "s'attacher à Dieu et devenir avec lui un seul esprit" (1Co6,17) ?... Se perdre en quelque sorte comme si on n'existait pas, ne plus avoir aucune conscience de soi-même, "être arraché à soi-même" (Ph2,7) et presque réduit à rien, tout cela appartient à la condition de l'homme céleste et non plus à la sensibilité de l'homme terrestre.

Saint Bernard traduit en mots puissants l'union mystique où l'homme ne s'appartient plus mais est tout à Dieu. Sans aucun doute, il parle d'expérience. Il souligne aussi, comme il le fera à de nombreuses reprises dans ses écrits, la fugacité de tels instants dont le priant a à peine le temps de prendre conscience.

"par moments... et pour un instant..."

On effleure à peine, brise légère,  une telle union céleste pour être aussitôt ressaisi par notre humanité et les "nécessités de la chair". 

Voilà [l'homme] obligé de revenir à lui, de retomber dans ses soucis et de s'exclamer à en faire pitié : "Seigneur, je souffre violence; interviens en ma faveur".(Is 38,14)

En méditant ce passage on peut à voir en tête la scène de la transfiguration en présence des disciples Pierre, Jacques et Jean. Scène éblouissante où il leur faudra rapidement revenir sur terre.

                                        

28 - L'amour exclusif de Dieu.

Notre joie ne sera pas tant d'apaiser nos besoins ni d'assurer notre bonheur, que de voir l'accomplissement de sa volonté en nous et par nous. C'est ce que nous demandons chaque jour dans la prière quand nous disons : " Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel " (Mt6,10)

" Quand viendrai-je me présenter devant la face de Dieu ? " (Ps 41,3) Seigneur mon Dieu, "mon coeur t'a dit : Ma face t'a cherché; Seigneur, je rechercherai ta face." (Ps 26,8) Crois-tu que je verrai ton temple saint ?" (Jonas 2,5)

Les psaumes nous offrent les plus belles prières à Dieu qui soient. N'hésitons pas les utiliser. On voit ici la passion et l'impatience du priant à rencontrer son Seigneur. Cherchons nous aussi le Seigneur !

29 - Le poids du corps.

...Il n'est pas possible de recueillir parfaitement en Dieu coeur, âme et forces et de les placer devant sa face, aussi longtemps qu'attentifs à ce frêle  corps accablé de misères et écartelés par lui, ils doivent assurer son service... Elle obtiendra facilement le suprême degré de l'amour quand elle s'élancera dans une course rapide et fervente vers "la joie de son Seigneur" (Mt 25,21), sans qu'aucune séduction charnelle ne la retarde ni qu'aucune importunité ne l'inquiète.

Ne nous laissons pas impressionner, ou plutôt décourager,  par le tempérament de feu de saint Bernard qui s'exprime avec radicalité tant face à nos "misères" que par rapport à la ferveur de sa foi et de son espérance. Mais ce sont aussi de telles personnalités qui nous aident à grandir dans la foi.  Bernard souligne  ici nos moyens limités dont il nous faut prendre conscience mais aussitôt, il nous encourage à courir vers la joie bien au-dessus de toute joie. On peut comprendre le choix radical des moines du Mont Athos (Grèce) par exemple, qui ont choisi de s'écarter du monde et de ses richesses pour consacrer leur vie à Dieu. C'est un chemin de foi parmi bien d'autres. A chacun sa vocation.

                

 30 -  L'importance du corps

Pour l'âme qui aime Dieu, son corps a de la valeur dans sa faiblesse, il en a après sa mort, il en a après sa résurrection. Dans le premier cas, il contribue au fruit de la pénitence (Mt 3,8); dans le second au repos; dans le dernier à son achèvement. C'est à bon droit que cette âme ne veut pas trouver sa perfection sans le corps, car elle comprend qu'en chacun de ces états il est à son service pour le bien.

On est bien loin du mépris du corps revendiqué à certaines périodes par l'Eglise. Corps et âme font un tout, de même que terre et ciel sont liés. Notre temps sur terre a toute sa valeur et son importance, même si nos "oeuvres" ne sont que peu de chose par rapport à la grâce de Dieu. De même  le temps du carême, coïncidant avec la venue du printemps, nous prépare à la fête de Pâques. Etre un dans le Christ, c'est non seulement nous ajuster à lui mais c'est aussi rendre notre vie cohérente : je fais ce que je dis, je vis ce que je crois.

32 - Le triple banquet de la sagesse.

Saint Bernard prend l'image du pain gagné "à la sueur de son front" (Gn3, 19) et celle du vin ,vin de l'amour bu après avoir mangé mais pas encore tout à fait pur, dilué "avec mon lait" dit la bien-aimée du Cantique.(5,1). L'âme enfin entrera toute entière en Dieu. 
                 

                         
 
Alors seulement elle est admise à la coupe de la Sagesse, dont on lit : "Comme elle est merveilleuse la coupe qui m'enivre !" (Ps22,5). pourquoi s'étonner désormais "qu'elle énivre à l'abondance de la maison de DIeu" (Ps 35,9), quand libérée de tout souci desoi,"elle boit", en toute sécurité, "le vin nouveau, sans mélange, avec le Christ "dans la maison de son Père " ? (Mt 26,29

 33C’est la Sagesse qui donne ce triple festin, où elle ne sert que les mets de la charité : elle nourrit ceux qui peinent, elle fait boire ceux qui reposent, elle enivre ceux qui règnent… On ne s’aime plus soi-même que par amour de lui, de sorte qu’il soit la récompense de ceux qui l’aiment, la récompense éternelle de ceux qui l’aiment éternellement. 


Les mots de saint Bernard sont très forts comme le sont ceux de toute passion. Et il n’y a pour lui rien de plus grand que l’amour de Dieu.

Pour achever ces méditations sur l’amour de Dieu, saint Bernard se souvient d’une lettre qu’il a adressée « aux saints frères de Chartreuse » (vers les années 1124-1125), sur le thème de la charité

34 – La vraie charité

On doit considérer comme charité véritable et sincère, comme « charité émanant d’un cœur pur, d’une conscience droite et d’une foi solide (1Tim 1,5), cette charité-là qui nous fait aimer le bien du prochain autant que le nôtre. Car celui qui préfère son avantage, ou qui même ne cherche que cela, donne la preuve de ne pas aimer chastement le bien, puisqu’il l’aime précisément pour soi-même et non pour le bien.

Esclave, mercenaire, fils ? Saint Bernard compare ensuite l’attitude humaine à trois types possibles . Celle de l’esclave qui craint pour soi, celle du mercenaire qui pense à soi. Ces deux-ci étant égocentriques ; ils agissent pour eux-mêmes et le fond de leur cœur n’en sera pas changé. Peur et convoitise sont des chaînes.

C’est la charité [sans tache] qui convertit les âmes et les fait agir de plein gré.

35 – La charité, loi du Seigneur

 … Tout son avoir est à Dieu… La loi sans tache du Seigneur c’est « la charité qui cherche non pas ce qui lui est utile, mais ce qui l’est au bien commun » (1Co 10,33).

Ne nous leurrons pas sur nous-mêmes. Il est bon d’être charitable mais je dois être au clair avec mes motivations. Ma charité est-elle totalement gratuite ou est-ce que j’en tire quelques profits ? (bonne conscience, orgueil…). Est-elle tournée vers moi, vers les autres, vers
Dieu ?
Les expressions "esclave" et "mercenaire" employées par saint Bernard nous semblent peut-être peu nous concerner. Mais... élargissons notre regard à l'actualité ....
Comment envisageons-nous l'avenir de l'Europe : avec incertitude et crainte ? (esclave) ou dans le repli sur nous-mêmes, prêts à tout pour préserver notre identité  (mercenaire) ?
  " Pourtant, un authentique sens de l'unité grandit quand il est possible de réaliser un partage des dons dans le respect de la diversité des pays et des régions." '
(Frère Aloïs, prieur de Taizé, cité dans La Croix du 23 avril 2019)

Quant à la situation actuelle de notre Eglise ? Sommes-nous tombés dans une défaite inéluctable ou entrés courageusement et solidairement  dans une espérance toujours vivante, confiants en la grâce de Dieu qui peut faire toutes choses nouvelles ?


                     
Saint Martin -- Pont-à-Mousson (54) ,église Saint-Martin 
© D.G

     On appelle « charité » à la fois Dieu et le « don de Dieu » (Eph 2,8)… Quand elle désigne celui qui donne, elle signifie la substance ; quand elle désigne le don, elle signifie une qualité. Voilà la loi éternelle qui crée et gouverne l’univers. Car tout sans exception a été fait par elle (Jn 1,3) « avec poids, mesure et nombre ». (Sg11, 21)  

La charité ou amour  place l’homme dans le domaine de la grâce divine et du salut. Dieu est amour, Dieu est charité et il a créé l’homme avec ce don, cette capacité à exprimer un amour désintéressé et bienveillant. Nous devenons ainsi participants à l’amour de Dieu qui va se manifester en de multiples réalités spirituelles (foi, espérance, conversion, justice…). Il nous faut bien évidemment accepter nos limites humaines tout en cherchant un accomplissement toujours plus grand. Ce perfectionnement que nous recherchons pour nous-mêmes est inséparable  de l’amour du prochain  (ou charité fraternelle)  qui ne doit pas se résumer à un devoir mais devenir un élan naturel et profond qui nous vient précisément du don de Dieu mis en nous.  (cf. Petit dictionnaire de théologie catholique – K. Rahner)                       

Cette conviction fondamentale que tout vient de Dieu ne nous est pas naturelle tant nous croyons en nos propres forces (ou en notre incapacité). Il nous faut davantage prier Dieu, mieux le connaître et mieux l’aimer pour saisir un peu à quel point nous lui sommes redevables. La lecture de la Parole de Dieu et la méditation quotidienne, l’Eucharistie devraient être notre nourriture comme l’eau et le pain.

36 – La loi de l’esclave et celle du mercenaire.

Selon saint Bernard, l’esclave n’aime pas Dieu et le mercenaire « aime davantage autre chose que Dieu ». Ce qui est impressionnant chez Bernard, c’est sa conviction que quelques soient nos pensées et nos actions, nous sommes « assujettis à la loi du Seigneur ». Même si notre vie est en contradiction avec Dieu, nous sommes dépendants de la loi divine.

L’éternelle justice divine veut que quiconque ne s’abandonne pas à la douce conduite de Dieu, subisse le châtiment d’être livré à sa propre conduite… et il n’a pas pu demeurer avec Dieu dans sa lumière, dans son repos, dans sa gloire…

« N’ayez de dette envers personne, sinon celle de l’amour mutuel » (Rm13,8). Ceux-là sans aucun doute « vivent en ce monde comme Dieu est » (1Jn4,17) : ce ne sont ni des esclaves, ni des mercenaires, ce sont des fils.

37Loi des fils

« Ce n’est pas pour les justes que la loi a été instituée (1Tim 1,9), c’est-à-dire qu’elle ne leur a pas été imposée contre leur gré, mais proposée à leur liberté avec autant de civilité qu’elle était inspirée par la douceur.

38 Ainsi la charité est une loi de bonté et de douceur.

Pendant des siècles, la loi de Dieu fut présentée aux chrétiens comme une épée suspendue au-dessus de leur tête, tels les péchés qualifiés de « mortels ». Si tu n’obéis pas à Dieu, tu iras en enfer. … Ici, où sont la liberté et la douceur ? Où est l’amour de Dieu ?

La loi de Dieu n’est en aucun cas « imposée », mais elle est « proposée » comme le souligne saint Bernard. Cette liberté que nous revendiquons aujourd’hui est évidemment à double tranchant. Elle me rend responsable de mes choix et de mes défaillances.

L’amour d’un père, d’une mère pour ses enfants peut se manifester parfois par certaines exigences mais c’est pour un bien. Si la confiance est là entre les uns et les autres, les exigences apparaîtront comme normales, juste retour d’un amour partagé.  Nous passons tous par les temps rebelles de l’adolescence mais la maturité venant, nous rendrons grâce d’être ainsi aimés.

                    
                                   La Cène – Abbaye de Tamié

 39 – Les quatre degrés de l’amour                                   

Saint Bernard résume ici, magnifiquement, dans ce passage, les étapes vers l’amour de Dieu. C’est très certainement aussi le cheminement, par l’expérience, qu’il en a eu. C’est la doctrine qu’enseigne Bernard.  Lui-même ne se sent pas pour autant arrivé au but : « Pour moi, je l’avoue, cela me semble impossible ».
Ceci dit l’expérience spirituelle et son évolution n’e sont pas toujours aussi tranchées et progressives. Plus que d’étapes ou de degrés, les propos de Bernard  mettent en évidence de quoi est tissé l’amour de Dieu. Dans notre vie personnelle, reconnaissons-nous ces cinq degrés qui peuvent certains jours nous apparaître infimes et d’autres éblouissants.

 « Puisque nous sommes charnels (Rm7,14)  et que nous naissons du désir  de la chair, il est inévitable que notre convoitise ou notre amour « commence par la chair »…. Car ce qui paraît en premier lieu, ce n’est pas l’être spirituel, mais l’être animal ; le spirituel ne vient qu’ensuite » (1Co 15,46). Et il faut que nous portions d’abord l’image de l’homme terrestre, puis celle de l’homme céleste (1Co 15, 49) . Donc, en premier lieu l’homme s’aime lui-même pour lui-même : il est chair et il ne peut rien goûter en-dehors de lui-même. Quand il voit qu’il ne peut subsister par lui-même, il commence à chercher Dieu par la foi (He 11,6). Et à l’aimer, comprenant que Dieu lui est nécessaire. Ainsi, dans ce second degré, l’homme aime Dieu, mais pour soi-même et non pour Dieu. Cependant, une fois que, par intérêt, il a commencé à le vénérer et à le fréquenter par la méditation, la lecture, la prière, l’obéissance, il entre dans sa familiarité ; peu à peu et graduellement Dieu se fait connaître et ensuite il communique la douceur de sa présence. Ainsi, pour avoir goûté combien le Seigneur est doux (Ps33,9), l’homme passe au troisième degré de sorte qu’il aime Dieu non plus pour soi-même mais pour Dieu. Bien sûr, on reste longtemps à ce degré, et je ne sais si un homme en cette vie arrive à atteindre parfaitement le quatrième degré, celui où l’homme s’aime uniquement pour Dieu.

40 – Le filet de la charité

 Saint Bernard utilise ici l’image des pêcheurs qui pêchent toutes sortes de poissons mais qui ne garderont que les bons. On peut se demander qui sont les « mauvais poissons ». En fait, le projet divin se place à un tout autre niveau qui devrait être celui de notre propre charité.

 La charité accueille en elle le malheur et le bonheur de tous ; et les faisant siens en quelque sorte, elle a pour habitude non seulement de « se réjouir avec ceux qui se réjouissent », mais aussi de « pleurer avec ceux qui pleurent ». [Dès qu’il parviendra au rivage, le filet de la charité] rejettera comme de mauvais poissons toutes les tristesses qu’elle a endurées, pour garder uniquement ce qui pourra plaire et être agréable

                                                                     

La joie parfaite

 Saint Bernard n’aborde pas ici avec précision la question de l’enfer sans le nier. Mais la joie parfaite des bienheureux est telle qu’elle n’envisage même plus la notion de miséricorde. La notion d’enfer s’efface.

 «  Chez toi, la demeure de ceux qui sont dans la joie ». (Ps 86,7)

 «  Leur joie sera éternelle ».(Is 61, 7)

                                                                       

DG -  © D.G

 

Mise à jour : Dimanche 8 Septembre 2019, 12:40
Denyse dans 03 - Saint BERNARD de CLAIRVAUX - Traité de L'AMOUR de DIEU (Extraits choisis) - Lu 4105 fois - Version imprimable
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