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Trois figures féminines dans la vie de saint Benoît

Frère Michael Davide SEMERARO

Vie monastique n°49 – Abbaye de Bellefontaine 2014
150 p.

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Habituée à lire régulièrement la Règle de saint Benoît plutôt que sa vie, parfois m’avait-elle semblé enjolivée de nombreux miracles pour traduire la sainteté et la perfection du « héros » comme il se doit dans une hagiographie, la curiosité m’a poussée à découvrir ce livre. Autant on a à dire (et à inventer aussi !) sur l’entourage féminin de Jésus, mais que pouvait-on bien écrire sur la vie de saint Benoît en-dehors d’évoquer sa sainte sœur Scolastique, moniale elle aussi ?

 Les premières pages du livre désarçonnent quelque peu parce qu’inattendues , parfois un peu complexes mais surtout donnant l’impression d’extrapolations mêlant psychologie , univers symbolique du 6° siècle où l’auteur semble vouloir exploiter au maximum les péripéties de la vie de saint Benoît réelles ou portées par la tradition .

Il faut, me semble-t-il, arrêter rapidement cette lecture pour revenir aux origines et relire en priorité le texte de base incontournable et unique sur ce sujet qu’est la vie de saint Benoît écrite une quarantaine d’années après la mort de Benoît par le Pape Saint Grégoire le Grand ( 540-604) grâce notamment aux témoignages de moines vivant encore et qui avaient connu Benoît mais écrite aussi sous l’inspiration du Saint-Esprit, comme nous le montre la fresque ci-dessous  du 13°s.(une tourterelle lui soufflant les mots à l'oreille) et qu’on peut voir à Subiaco (ph.2)

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 On peut apprécier lire le texte « Vie et miracles du Bienheureux Père Saint-Benoît » dans l’ancienne édition de la Source de 1962 (ph.1) . Elle a son charme, mais peut-être est-elle épuisée…

La biographie  de saint Benoît par le pape Grégoire le Grand (auteur parfois mis en doute)  est simple et sobre même si elle n’échappe pas au style hagiographique et anecdotique , mais elle est lumineuse et fortement évocatrice de la personnalité de saint Benoît et de ses mérites.

Pour rendre la narration plus vivante, Grégoire présente son texte sous forme d’un Dialogue  avec un certain Pierre qualifié de « diacre très cher ».

                        
                                  Saint Grégoire 1er

 Ce texte lu, nous pourrons alors revenir au livre qui nous intéressait : « Trois figures féminines dans la vie de saint Benoît »  et nous en saisirons mieux la démarche . Etait-ce consciemment celle de saint Grégoire ou celle de l’Esprit qui  lui a soufflé à l’oreille ? Dieu seul le sait… Nous faisons en tous cas un tout autre parcours qui, au fil des pages, élargit énormément l’horizon et devient passionnant. C’est l’itinéraire d’une vie humaine et spirituelle .

 - C’est d’abord le personnage de la nourrice qui accompagne les premiers pas et dont il va falloir peu à peu se séparer. Image de la grotte (et de l’utérus )  dont il faut sortir, du « cordon ombilical coupé » ; « rite initiatique [séparant l’adolescent ] du monde de l’enfance et du monde maternel. » (p.28)

«  Cet itinéraire nous aide à comprendre la dynamique de l’itinéraire mystique, humain et spirituel  de Benoît en le présentant non seulement comme un exemple, mais aussi comme un encouragement, une nécessité vitale. Au niveau spirituel, c’est une invite à cheminer et à s’élever en acceptant de ne pas retourner en arrière, mais d’aller toujours en avant, toujours au-delà. » (p.29)

- Puis la figure de la femme séduisante et tentatrice qui occupe les pensées du jeune Benoît rencontrant avec la violence d’un feu, le risque de la transgression. Désir de retourner dans le monde ou désir de Dieu, il va lui falloir choisir. Etape quasi incontournable qui va le faire grandir en humanité et s’affirmer . Sa Règle écrite des années plus tard saura nous dire où est son vrai bonheur : en Dieu.

«  Benoît ne sous-estime pas ce qui est en train de se passer. Il ne marchande pas avec ses émotions et avec sa tentation, mais il affronte le feu de la libido et l’intègre. Cela ne peut se faire qu’à travers la conscience de son humanité totale qui exige continuellement le tourment, dans sa chair, du choix entre le bien et le mal, entre bien et bien, entre bien et mieux (cf.Rm8, 1…) »

 - Enfin, la troisième figure féminine est particulièrement attachante, tenant en quelques pages ( Vie de saint Benoît : p.124-128, ch. 33 et 34) : il s’agit de sa  « sœur-épouse » Scholastique. « Elle lui ouvre la voie de la vraie connaissance, celle que donne l’amour et qui rendra les yeux du cœur de Benoît pareils à ceux d’un séraphin, selon la ressemblance originelle que Grégoire établit entre l’ordre angélique et les hommes.  » (p.116). Il faut relire ce merveilleux passage de saint Grégoire au ch. 34, où à la mort de sa sœur, il fait « porter son corps au monastère et le déposer dans le tombeau qu’il s’était préparé. Il arriva ainsi que ceux dont les âmes avaient été si parfaitement unies en Dieu, ne furent pas non plus séparées dans la tombe. »

Ce livre est finalement d’une grande richesse spirituelle à travers la vie de saint Benoît, si cher aux moines et moniales , ainsi qu’aux laïcs attachés aux spiritualités bénédictine et cistercienne, et qui lisent et méditent chaque jour un passage de la Règle de saint Benoît, règle pour laquelle ils ont fait vœu d’obéissance.

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 De nombreux livres (la liste est longue et facile à trouver)  fort intéressants (certains sont recensés sur ce blog) ont détaillé la vie de saint Benoît et son message ainsi que le sens de cette Règle et de son application pour aujourd’hui et pour tout homme. Prenez garde ! Quand on soulève le coin d’un voile, on peut se laisser saisir par un feu brûlant…

 DG.
*© D.G
15.10.2015

Denyse dans 03 - Saint BENOÎT - Lu 1155 fois - Version imprimable
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