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Tibhirine, l'héritage

 Tibhirine, l’héritage

 Préface du Pape François

Direction d’ouvrage : Christophe Henning
Bayard Editions, 2016
177 p.

                        

 Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines cisterciens du monastère de Tibhirine (Algérie) étaient enlevés. Deux mois plus tard, leur mort était annoncée par le groupe islamique armé (GIA).

Seules les têtes des moines furent rendues et très rapidement on s’interrogea sur les véritables auteurs de ces assassinats et sur les pourquoi, comment et quand . Vingt ans plus tard, malgré les moyens mis en œuvre mais aussi à cause de nombreuses réticences diplomatiques et politiques, on n’en sait guère plus. La justice poursuit son travail et les sept moines reposent dans le jardin de ce monastère qu’ensemble ils avaient décidé de ne pas quitter par solidarité avec le peuple algérien.

Le livre ne retrace pas du tout, ou très peu, ce qui s’est passé. Bien d’autres livres, documents, BD et le célèbre film « Des hommes et des dieux » l’ont fait de façon très complémentaires.

                    

Dans ce livre , 11 « héritiers », aux personnalités et regard diffèrents évoquent l’aujourd’hui de Tibhirine, dans leur cœur et sur place. Le lecteur revit ainsi ce chemin pascal des moines et surtout ses fruits actuels qui, dans l’efficacité et la discrètion, concordent si bien avec les orientations actuelles de l’Eglise et de certains états vers un apaisement des relations du christianisme et de l’islam dans une coexistence fraternelle et respectueuse en Algérie mais aussi aux quatre coins du monde.

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 - Dans le prologue, c’est le Pape François qui prend la parole : « A Tibhirine se vivait le dialogue de la vie avec les musulmans : nous, chrétiens, nous voulons aller à la rencontre de l’autre, quel qu’il soit, pour nouer cette amitié spirituelle et ce dialogue fraternel qui pourront vaincre la violence… C’est tout simple et si grand : à la suite de Jésus, faire de notre vie  un ‘ je t’aime’.

- Christophe Henning, journaliste a signé plusieurs ouvrages à propos de Tibhirine, notamment avec Jean-Marie-Lassausse, « Le jardinier de Tibhirine » (Bayard 2010) qui a reçu le Prix de littérature religieuse 2011.

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 «  Les liens si forts tissés entre les moines et le village se sont renoués, grâce à la présence du père Jean-Marie Lassausse, prêtre et agronome : la terre de Tibhirine porte du fruit au sens propre (fruits du verger, légumes, miel… » . (p.14)

- Le Cardinal Philippe Barbarin s’est rendu à Tibhirine en 2007 : « D’où vient cette clarté mystérieuse ? … Dans la tragédie du Golgotha, ce qui se voit le plus ce n’est pas la violence d’une condamnation, mais la victoire incroyable d’un amour qui est allé jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême. » (p.34)

- Le Frère Jean-Pierre Schumacher , 92 ans, a échappé à l’enlèvement de 1996. Il vit aujourd’hui à Midelt au Maroc .

«  [Notre] présence, si petite soit-elle, est le symbole du possible « vivre ensemble » entre des communautés de culture et de foi différentes, dans le plus grand respect de chacun… Comment être chrétien sans respecter la foi de l’autre, mon frère en humanité ? » (p.45)

- Mgr Claude Rault est responsable du diocèse de Laghouat dans le Sahara depuis 2004.

Il est fondateur avec Christian de Chergé du Ribât-el-Salâm  - le lien de la paix- lieu de dialogue islamo-chrétien. Les rencontres ont eu lieu au monastère jusqu’à l’enlèvement des moines. Les voisins qui n’avaient pas de lieu de prière sont venus eux aussi prier dans l’un des locaux du monastère mis à leur disposition. Au moment du ramadan, le jeûne était partagé.
«  … admiration pour ces hommes qui avaient fait le choix de mener une existence de pauvreté et de prière au milieu d’une population elle aussi très pauvre et isolée. » (p.52)

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 - Dom Jean-Pierre Flachaire, responsable du prieuré Notre-Dame de l’Atlas à Midelt au Maroc  évoque le quotidien de leurs journées à Midelt, leur proximité avec leurs amis musulmans. Le monastère est l’héritier direct de Tibhirine dont la communauté a été officiellement transférée au Maroc.

- Le Père Jean-Marie Lassausse , prêtre de la Mission de France est depuis 2001, responsable du site du monastère. Le connaissant un peu ainsi que son action, , je peux affirmer qu’il poursuit auprès de la population un travail admirable , celui du « vivre ensemble »  inauguré à cet endroit par les moines, aidant au développement des villages et des personnes malgré les difficultés politiques toujours omniprésentes.

 " Mon seul désir est de faire de cette terre irriguée par le sang des sept frères une terre de rencontre entre croyants différents, dans le total respect de chacun. La communauté des frères est le modèle qui nous guide. La terre est le support, à la fois économique mais aussi social, culturel, religieux de notre présence fragile… Osons vivre ensemble pour chasser la peur de la différence et construire ensemble des passerelles de fraternité…" (p.108.110)

-  Leïla Tennci, philosophe, chercheuse à l’université d’Oran (Algérie ) n’a pas connu personnellement les moines mais s’est recueillie près des sept tombes. Elle a vécu très douloureusement la mort d’amis algériens et celle de Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné le 1er août 1996 .

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- Mgr Jean-Paul Vesco, avocat, puis élu en 2010 prieur provincial des Dominicains de France est, en 2012, nommé évêque d’Oran.
« Impératif de recherche de la vérité [Qui as-tué les moines ?] et respect du choix libre des moines de partager le destin de leurs voisins jusqu’à prendre sur eux l’injustice qui pourrait leur être faite. » (p.135)

« Que ma communauté, mon Eglise, ma famille…sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat. Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. » Christian de Chergé, cité p.135)

- Marc Trévidic, vice-président du tribunal de Lille. En charge du dossier Tibhirine, toujours en cours.
« Il est difficile de croire quand l’homme est capable du pire au nom d’une religion. Mais la vie des moines, elle, me fait croire en Dieu. » (p.153)

- Dom Thomas Georgeon, moine à Notre-Dame de la Trappe (Orne). Il est postulateur de la cause de béatification des martyrs d’Algérie.
« Qui connaissait Tibhirine avant les tragiques évènements des années 1990 ? Qui ne connaît pas Tibhirine aujourd’hui ? Que s’est-il passé, au-delà des faits, pour que leur témoignage touche les cœurs et les âmes bien au-delà des frontières de l’Eglise et ce, de manière durable ?... Cette fidélité, cette persévérance, deux vertus qui ont la vie dure dans nos sociétés, ont profondément questionné le cœur de l’opinion. »(p.161)

Entre les chapitres, s’intercalent aussi de courts textes « testaments  spirituels» de Christian de Chergé, de Frère Christophe, de Frère Michel et Frère Luc.

 Le livre s’achève par quelques mots de François Cheng de l’Académie française :
« Quand survient le terrible, nous devrions être prêts , le sommes-nous ?... Nous n’avons pas choisi de mourir en martyrs. Nous avons simplement choisi d’aimer. » (p.169-170)

 Présentation et extraits choisis : DG
 01.06.2016

* recension sur ce blog, rubrique "07 Livres"

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:50
Denyse dans 04 - Saint BERNARD - Spiritualité cistercienne - Lu 774 fois - Version imprimable
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