Mardi 06 Janvier 2026
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Mise à jour : Samedi 17 Janvier 2026, 19:19
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Jeudi 05 Décembre 2024
La mort n'est pas ce que vous croyez
La mort n'est pas ce que vous croyez
La joie d'espérer
Laurent STALLA-BOURDILLON
Ed. Desclée de Brouwer, 2024
258 p.
Voici un titre qui interpelle ! La mort n'est-elle pas la fin de tout ? Ce bout de la route qui nous est commun à tous, grands et petits, pauvres et puissants, auxquels même certaines personnes aspirent tant leur vie est rude, est-il vraiment sans issue, a-t-il gouverné nos vies ?
Le sous-titre « La joie d'espérer » annonce d'emblée que le passage par la mort est riche d'espérance et plus encore, il serait une joie...
Pourtant la nature devrait être déjà pour nous un indice d'espérance : hiver qui voit mourir les plantes et tomber les feuilles des arbres, se cacher certains animaux qui hibernent, tomber la nuit à peine l'heure du goûter passée. Et pourtant, à ces moments-là déjà nous sommes dans l'attente, dans l'espérance du réveil, du renouveau printanier. De même que le temps liturgique de l'Avent nous prépare au rappel d'un événement stupéfiant.
Laurent Stalla-Bourdillon, prêtre de l'archidiocèse de Paris, nous impressionne tout au long des pages de ce livre par sa certitude et par de courts chapitres à méditer lentement : il nous invite à entrer dans l'espérance et la confiance : notre vie sur terre nous prépare à une vie nouvelle et la mort est un passage qui ouvre sur une transformation que Jésus Fils de Dieu nous a annoncée par sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection.
« Je ne meurs pas, j'entre dans la Vie » a dit à ses sœurs sainte Thérèse de Lisieux au seuil de sa mort.
« Qu'y a-t-il donc dans le fait de mourir que nous ne voyons pas ? … qu'allons-nous devenir ? » (p.14) . « Quelles sont nos raisons de vivre ? » (p.18).
Certes, cela n'a rien d'évident et c'est la foi seule qui nous est proposée par la grâce de Dieu qui peut ouvrir nos âmes et nos cœurs à l'éternité. L'Eglise, avec ses hauts et ses bas très humains, mais aussi la Parole de Dieu sont là pour nous orienter, nous ouvrir à cette joie de percevoir un peu dès maintenant que notre vie terrestre est comme une terre qu'on travaille longuement, durement souvent, afin de lui permettre de porter des fruits dont nous avons déjà un avant-goût en particulier dans nos relations fraternelles avec les autres, dans nos combats pour la justice et la paix. « L'Eglise est un corps vivant, source de vie ».
La société nous pousse même aujourd'hui à être réduits en cendres le plus vite possible pour ne pas déranger (p.14). Ne sommes-nous qu'un corps sans âme puisque celle-ci est invisible ? Que faisons-nous de l'Esprit qui nous fait vivre ? D'où vient-il? « Qui suis-je ? Et si j'étais beaucoup plus que l'enfant de mes parents ? » (p.54)
C'est bien à la lumière de la Parole biblique, de la Parole de Dieu que le sens de nos vies s'éclaire.
L'auteur attire notre attention sur le fait que le monde est bien l'oeuvre d'un créateur, mais que cette œuvre sera accomplie par notre nécessaire participation. D'où l'importance de notre vie terrestre. Si nous le voulons bien.
La transgression fatale des personnages symboliques que sont Adam et Eve est à l'origine de notre aveuglement et de nos tentations de désobéissance à Dieu. Jésus est venu nous aider à retrouver une relation de confiance en l'amour de Dieu.
Quel est le sens de notre condition mortelle ? (p.77) Elle est la « promesse inouïe de connaître enfin qui est Dieu et qui nous sommes. » . C'est l'aspiration première des croyants, des moines et moniales. « Je veux voir Dieu » disait le Père carme Marie-Eugène. Alors qu'Abraham, nous dit la Bible, ne pouvait voir Dieu « que de dos » !
Nous ne voyons la mort que comme une « privation de vie » alors qu'elle est « le chemin d'accès à la Vie véritable » (p.79)
« Si, comme l'affirme la foi chrétienne, le Christ a vaincu la mort, la mort perd son titre de fin de vie. La mort n'est en rien une fin définitive pour l'homme. Si tous les hommes doivent mourir, ce n'est plus pour cesser de vivre, mais pour que, traversant la mort, ils puissent ressusciter et entrer dans un nouvel état du corps, immortel et incorruptible. » (p.117)
Ne soyons pas étonnés d'être dépassés par une existence qui ne dépend pas que de nous « et ne s'explique pas à la seule lumière de la raison humaine » (p.140) Cela nous demande une certaine humilité qui ne nous est pas naturelle !
L'auteur souligne également combien le principe de laïcité « prive les citoyens d'un horizon d'existence transcendant le temps et les limite seulement à un état du corps » et non de la personne.(p.191). Pour la société, par sa mort, le défunt n'est plus, il a disparu, il n'a plus aucune existence. La vie spirituelle est disqualifiée . « La vie des morts reste un tabou absolu » (p.192). L'Etat n'a pas de prise sur l'au-delà et en nie en quelque sorte l'existence dans le cœur et la pensée des citoyens.
« La mort nous prive seulement d'un état du corps pour nous disposer à accéder à un autre état du corps, l'état de ressuscité sur lequel la mort et la souffrance n'ont plus de pouvoir. Cela justifie toutes les chapelles et les cathédrales du monde. » (p.214) à l'heure où la foi chrétienne semble s'éroder gravement mais aussi où l'Eglise et l'Etat célèbrent aujourd'hui même la remarquable reconstruction de Notre-Dame de Paris par tant d'hommes, de femmes et de corps de métier.
« Oh! je voudrais qu'on écrive mes paroles, qu'elles soient gravées en une inscription,
avec un ciseau de fer et du plomb, sculptées dans le roc pour toujours!
Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant, que lui, le dernier, se lèvera sur la poussière.
Avec mon corps je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu.
Moi-même je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas. »
Livre de Job19, 23-27
DG
Mise à jour : Jeudi 5 Décembre 2024, 20:51
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Jeudi 14 Novembre 2024
La Prière de Jésus
LA PRIERE DE JESUS
selon les moines du Mont Athos
Jean-Claude LARCHET
Ed. Salvator 2024 – Voix de l'orthodoxie
237 p.
Jean-Claude Larchet , théologien orthodoxe et philosophe est bien connu entre autres pour ses livres sur le Mont Athos où il relate la vie particulière de moines orthodoxes dans le lieu retiré qu'est la Sainte Montagne au nord de la Grèce.
Ce livre sur la Prière de Jésus se concentre sur un point particulier de leur prière qui peut se résumer en quelques mots : « Seigneur Jésus, prends pitié de moi ». Pour les moines de l'Athos, en cette courte phrase tout est dit et c'est un élément capital de la tradition spirituelle byzantine. Il s'agit de murmurer ces mots à voix haute ou intérieurement du matin au soir et même la nuit. Tout en s'occupant à leurs diverses activités. C'est une façon de rester constamment en présence de Dieu, de ne pas laisser d'autres pensées inutiles envahir leur esprit.
Petite musique de fond qui habite l'esprit et le cœur du priant, sorte de compagnonnage permanent avec le Christ. Prière de Jésus appelée aussi prière du cœur que pratique le pèlerin russe dans un récit bien connu.

Le Mont Athos
Dans une première partie l'auteur explique la nature et le but de cette prière puis le contexte et les présupposés orthodoxes et enfin ses fruits.
« Attestée dès le 6°s., cette formule s'est peu à peu imposée jusqu'à devenir canonique dans la tradition spirituelle de l'Orient chrétien.... unissant à la demande de miséricorde (« aie pitié de moi »), la confession du Christ comme Dieu (« Seigneur ») et comme personne ayant une nature humaine et une nature divine (« Jésus-Christ »). (p.16)
« La Prière de Jésus en tant que formule courte, a plusieurs avantages : elle favorise la concentration... elle peut-être mémorisée facilement,.... il est facile de s'insérer dans les activités quotidiennes. » (p.19)
Les Pères athonites conseillent différentes gestuelles, éventuellement d'adapter la respiration . Mais la plus grande simplicité est de mise, seule la concentration est essentielle. S'y adapter peut prendre plusieurs années. Cela suppose contrôle et maîtrise de soi et de ses pensées, pénitence et humilité. Le but étant la purification de l'âme et trouver la paix en Dieu.
Dans une seconde partie est proposée une « petite philocalie athonique contemporaine de la prière du cœur ». L'auteur a sélectionné des enseignements de dix grands spirituels du Mont Athos du XX°siècle, de saint Silouane (1866-1938) à l'archimandrite Aimilianos, higoumène de Simonos-Pétra (1934-2019).
La prière de Jésus va prendre alors pour le lecteur une dimension hors-normes à la fois d'une grande simplicité, réduite à l'essentiel, mais pouvant faire entrer dans la prière de façon extraordinaire grâce aux conseils bienvenus de moines qui parlent d'expérience et avec la grâce de Dieu bien sûr. Une pratique monastique ouverte aux laïcs qui en connaissent eux aussi les bienfaits.
La composition de cet ouvrage avec sa succession d'enseignements correspond bien à cette prière répétitive et pourtant pleine de nuances et jamais lassante quand elle est bien comprise.
« Celui qui aime le Seigneur se souvient toujours de lui, et le souvenir de Dieu fait naître la prière. Si tu ne te souviens pas du Seigneur, tu ne prieras pas non plus. » (Saint Silouane p.53)
« Quand on dit la Prière de Jésus, il faut la dire lentement en donnant leur sens plein aux mots. Ne considérons rien d'autre mentalement, aucun mot, aucune figure, aucune image. » (Saint Ephrem de Katounakia, p.83)
« Ces paroles contiennent toute notre foi. En disant « Seigneur », nous croyons que nous sommes des serviteurs de Dieu et qu'il est notre seigneur, Cela honore Christ que nous le fassions notre seigneur, mais cela nous honore aussi, nous qui sommes les serviteurs d'un tel seigneur, qui est Dieu. Lorsque nous disons «Jésus » qui est le nom humain de Dieu, toute la vie terrestre du Christ de sa naissance à son ascension, nous vient à l'esprit. En disant « Christ » qui signifie oint de Dieu, roi des cieux et de la terre, nous confessons et croyons que Christ est notre Dieu, qui a tout créé et est dans les cieux et reviendra pour juger le monde. En disant « aie pitié de moi », nous supplions Dieu de nous envoyer son aide et sa miséricorde, car nous reconnaissons que sans l'aide divine nous ne pouvons rien faire. » (Archimandrite Ephrem p.188-189)
DG
Un autre livre de Jean-Claude Larchet :

Mise à jour : Vendredi 15 Novembre 2024, 18:08
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Samedi 26 Octobre 2024
L'épreuve de Dieu
L'EPREUVE DE DIEU
Peut-on encore prouver que Dieu existe ?
Emmanuel TOURPE
Ed. De l'Emmanuel, 2024
165 p.
Emmanuel Tourpe est docteur en philosophie, a été enseignant . Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont « A l'amour que vous aurez les uns pour les autres » (Artège 2024)
Ce livre d'Emmanuel Tourpe nous propose une synthèse des recherches sur la question de l'existence de Dieu. Ses mots sont clairs, précis, ce qui n'est pas si simple pour répondre à une telle question. Au fil de notre lecture, on s'attend presque, grâce à lui, à ne plus douter.
Il examine les arguments ainsi que les limites des différentes théories avancées au fil des siècles, évoquant les travaux de scientifiques, de philosophes, d'écrivains et de saints. Ce n'est pas négligeable.
Mais voici que la balle est renvoyée dans notre camp humain. « Dieu s'éprouve plus qu'il ne se prouve ». Ce qui rend les choses bien plus subjectives malgré le soutien de quelques arguments irréfutables. Quand le pape François nous invite par sa nouvelle encyclique « Il nous a aimés » (octobre 2024) à contempler le Coeur du Christ, c'est bien pour rencontrer Jésus dans une relation d'amour, seul véritable chemin que l'Evangile ne cesse de proclamer. Nous avons un sens spirituel qui a autant de valeur que nos cinq sens.
« Le silence dit tout. Le silence sait tout. Et de l'âme, hier désolée, part le chant d'un bonheur immense ». (Marie Noël , citée p.93)
La question du mal se pose évidemment . Dieu bon, Dieu Tout-Puissant ? Ce Dieu-là ne semble pas exister quand la vie nous confronte à tant de malheurs. Mais appréhender Dieu de façon raisonnable n'est pas la bonne voie. Comme le souligne l'auteur à plusieurs reprises, Dieu est bien au-delà , plus grand que grand, ayant fait le choix de nous laisser libres et coopérants à son œuvre créatrice. D'où cet objectif chrétien qui est de « consoler » Dieu de ce trop de confiance qu'il a mis en nous.
Bien des témoins , des saints connus et inconnus, ont fait cette expérience intérieure de la présence de Dieu . Pour eux le doute n'est plus permis : Dieu existe. » . « Les saints en sont la plus belle preuve ». (p.62)
DG
Extraits
« La preuve de Dieu, en effet, n'existe que dans l'épreuve de Dieu : l'éprouver en soi, l'affronter comme un défi. C'est le pari ultime ». (p.16)
« Pour un être humain déjà, nous savons à quel point la réalité de la personne dépasse ce que nous pensons connaître d'elle et la manière dont nous la jugeons. Combien plus pour Dieu ! » (p.27)... Il demeure toujours infiniment au-delà de notre expérience et de nos plus savants discours. » (p.34)
« Ce Dieu est un Etre personnel, créateur et conservateur de l'Univers, qui ne peut être défini que par des paradoxes. Il est à la fois simple et un, à la fois la source de toutes les différences et de toutes les ressemblances, à la fois infini et mesurant le fini, à la fois immuable et la racine de tout événement, à la fois intelligent et créateur de la matière, à la fois Toute-Puissance et laissant être et exister . » (p.48)
« Le mal lui-même est totalement insensé. Il est le non-sens même. Il a pour étalon le bien. C'est parce que nous sommes convaincus que l'être est bon, que le mal nous désespère. » (p.54)
« Pascal a raison : Il y a assez de lumière pour qui veut voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ne le veulent pas. » (p.156)
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Samedi 19 Octobre 2024
Dieu au milieu des ruines
DIEU AU MILIEU DES RUINES
Eglantine GABAIX-HIALE
Ed. Mame 2024
121 p.
Eglantine GABAIX-HIALE a eu un parcours à la hauteur de son témoignage. Titulaire d'une maîtrise de philosophie, elle part trois ans au Moyen-Orient, travaille à l'hebdomadaire La Vie, puis à l'accueil de SDF pour le Secours Catholique, puis avec l'Oeuvre d'Orient. Elle part comme volontaire humanitaire, reporter de guerre en Egypte , en Syrie (coup de cœur!), au Liban, en Irak, en Iran...
Alors Dieu au milieu des ruines d'Extrême-Orient ? Elle ne le cherche pas, n'y croit guère mais elle l'aperçoit à travers les témoignages de vie de religieux et religieuses, en particulier celui des Petites Soeurs de Jésus, tout de joie et de simplicité au plus proche des pauvres. Elle est aussi sidérée par le courage , l'énergie, la solidarité de familles totalement démunies par les guerres impitoyables, les séismes, les persécutions. Elle est conquise par la foi ardente et active du Père Paolo, du Père Jacques (devenu Mgr Jacques Mourad , archevêque de Homs).
« J'ai eu beau chercher des explications rationnelles à leur sourire, leur courage, leur persévérance, leur légèreté, quelque chose m'échappe. Oui, la lumière déchire le noir, mais il y a autre chose. Comme une transparence, comme un insaisissable. » (p.18)
Il est bien difficile de proposer ici quelques extraits de ce document tant chaque passage mérite d'être lu. Par l'authenticité de ses mots, nous sommes touchés aussi par ces populations déchirées, condamnées à l'exil, à l'errance. La peur et l'horreur sont quotidiennes et toujours d'actualité.
Il y a des hommes sans état d'âme pour s'approprier par la violence un bout de terre ou le pouvoir.
Mais il y a aussi des cœurs fraternels qui soutiennent, consolent, oeuvrent à la moindre paix possible, en toute gratuité. Ils donnent leur vie soutenus bien souvent par leur foi. Et il n'est pas rare qu'un matin ils disparaissent enlevés, assassinés.
Quelques belles photos en noir et blanc illustrent ce livre attachant à la fois sobre et très saisissant. Nos vies en France semblent bien confortables à coté de celle d'Eglantine. Merci à elle de nous partager ses découvertes. Elle suscitera peut-être des vocations.
DG
« La Syrie meurt, Paolo. Elle meurt avec toi, en silence, et tu n'es plus là pour porter sa voix. Elle meurt de notre indifférence, de notre prudence, de nos lâchetés ; elle meurt de ses démons. Je ne sais pas porter le deuil d'un pays. Je ne sais pas porter le deuil d'un homme quand je n'ai pas vu de terre tomber sur son cercueil. » (p.30-31)
« J'ai vu un peuple s'embraser sur ses dépouilles et les corps mutilés. J'ai vu un peuple se lever les mains vides pour réclamer enfin la dignité qui lui était due. J'ai vu un peuple braver sa peur, ancrée pourtant depuis des années. Je n'ai rien dit mais j'ai espéré avec lui. » (p.33)
- Beyrouth 2020 . « C'est le signe de la présence du Seigneur ! » J'ai entendu ce témoignage des dizaines de fois. Là où j'aurais de mon côté, constaté cyniquement l'absence d'un dieu dans ce nouveau drame qui s'abattait sur le Liban, elles [les sœurs] voyaient le signe de sa présence dans tout ce que cela avait déclenché d'altruisme et d'entraide. » (p.62)
Mise à jour : Lundi 4 Novembre 2024, 17:18
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Jeudi 17 Octobre 2024
La première histoire
LA PREMIERE HISTOIRE
Frédéric GROS
Ed. Albin Michel, 2024
201 p.

Cette « première histoire » se déroule dans les années 40 après J.C.
Paul et Barnabé, disciples de Jésus commencent leur mission d'annonce de la Bonne Nouvelle de l'Evangile à travers l'Anatolie. Ils y mettent beaucoup d'ardeur malgré les risques de persécution.
Une jeune fille, Théoklia, que sa riche famille de Konya en Turquie pousse au mariage, écoute les paroles de Paul . Elle est subjuguée, tant par le message chrétien ... que par Paul lui-même ! Elle veut le suivre contre vents et marées.
Sa foi serait-elle déjà plus forte que celle de Paul un peu déconcerté par l'ardeur de Théoklia ?
La jeune fille va connaître le rejet de sa famille, les persécutions, vivre d'extraordinaires miracles.
Cette histoire sous forme romancée mais aussi bien documentée, d'une lecture facile et agréable, est-elle authentique ? On fête sainte Thècle en Espagne le 23 septembre et son existence est historiquement attestée. Qu'importe. Sa vie reflète en tous cas, très certainement, l'ambiance de cette époque ardente et éprouvante vécue par les premiers chrétiens et si vitale pour l'avenir de cette jeune Eglise. Théoklia a été oubliée, peut-être volontairement « censurée par les autorités mâles » qui n'acceptaient guère que des femmes prétendent enseigner et baptiser: « la première martyre, celle qui leva le peuple des femmes, on l'a refoulée, occultée, dissimulée. » (p.198).
La fête de la Toussaint nous rappelle combien nous sommes redevables à ces innombrables disciples qui, à travers les âges, ont porté jusqu'à nous, parfois au prix de leur vie, le message de l'Evangile.
DG
Denyse
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Mardi 01 Octobre 2024
Des femmes et des dieux
DES FEMMES ET DES DIEUX
Kahina BAHLOUL
Floriane CHINSKY
Emmanuelle SEYBOLT
Ed. Les Arènes, 2021 - Coll. Proche 277 p.
Les rencontres interreligieuses sont de nos jours assez fréquentes et c'est heureux. Ce qui est moins fréquent c'est de rencontrer autour d'une même table trois femmes ministres du culte : Floriane rabbin, Kahina imame et Emmanuelle pasteure.
A la suite d'une émission de radio où elles avaient été invitées, elles se sont revues, ont participé ensemble à leurs offices ou à des séminaires, partageant leurs joies, leurs difficultés, leurs questionnements. L'idée leur est venue d'écrire un livre à trois voix afin de partager plus largement leurs réflexions.
Un premier chapitre présente les trois parcours de ces femmes et l'origine de leur vocation.
Puis la question d'un patriarcat plurimillénaire est soulevé. C'est certainement pour la pasteure que l'accession au ministère pastoral a été le plus facile même s'il a fallu attendre 1966 pour une autorisation officielle. Mais dès le début de la Réforme « des femmes prêchaient et animaient des réunions de prière ». Cette mission étant toujours en réponse à un appel.
« Dans la tradition juive, une grande place est accordée à l'initiative individuelle,on trouve peu de hiérarchie ». L'ordination rabbinique assure cependant une certaine compétence et autorité lors de célébrations. .. « Actuellement le judaïsme français est en voie d'intégrer les évolutions récentes en matière d'égalité hommes-femmes »
Dans l'islam d'aujourd'hui, de jeunes prédicateurs fondamentalistes dénient à la femme tout rôle important dans la société et particulièrement dans le domaine religieux. Apparaît un désir d'entendre plus de femmes s'exprimer (islam libéral). D'ailleurs, dans le Coran, Marie occupe une place non négligeable.
Ce livre en forme de conversation va aborder les principaux piliers de ces trois religions, la question du féminisme, la place du corps, la part du divin, la question du sacré.
Cela donne un éclairage fort utile de nos jours sur les religions et ses diffèrentes approches et remet à leurs places des idées fausses.
L'approche féminine donne à ce document une couleur particulière où bien évidemment est mise à sa juste valeur la place de la femme dans le monde d'aujourd'hui.
DG
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Lundi 16 Septembre 2024
Ce lieu en nous que nous ne connaissons pas
Ce lieu en nous que nous ne connaissons pas
A la recherche du royaume
Marie BALMARY
Ed. Albin Michel, 2024
184 p.
Marie Balmary est psychanalyste et a écrit de nombreux ouvrages tels Freud et la face cachée du père, Le Moine et le Psychanalyste.
Comme c'est souvent le cas lorsqu'on approche un texte biblique dont la traduction est au plus près de l'hébreu ou du grec, un horizon inattendu s'ouvre à nous quant à notre compréhension de la Parole de Dieu.
C'est bien l'exercice qu'a pratiqué dans ce livre, l'auteur qui aime scruter intensément les récits bibliques afin d'en approcher le sens véritable, les liens avec d'autres textes et surtout chercher à accorder le plus parfaitement possible les paroles et les actes de Moïse, de Jésus, de Marie...
Que d'interprétations malheureuses et de détournements moralisateurs enracinés depuis des siècles ont donné de Dieu un visage qu'il n'a pas ! Y compris dans le « Notre Père ».
Nous allons cheminer avec Marie Balmary à travers quelques textes bien connus, risquer des impasses, avancer encore et vérifier la concordance entre ce qui est dit, ce qui se passe et qui sont vraiment Jésus et Dieu.
La parabole dite des « talents » que l'auteur nous décrypte nous fait découvrir sous un jour nouveau ces trois serviteurs devenus des héritiers et qui ont a gérer non pas un prêt , comme l'un d'eux le croit, mais un don. Pour aboutir à cette conclusion qui peut bousculer certains croyants : nous ne sommes pas au service de Dieu mais bien ses fils et filles héritant de dons divins avec la liberté de les développer ou non.
Le maître lorsqu'il est de retour ne vient pas récupérer ce qu'il a donné (ce qui est donné est donné) mais écouter simplement ce que chacun a fait de son bien et se réjouir avec eux de leurs actions et de leur croissance. Tout comme il va se désoler à propos de celui qui l'a craint au lieu de lui faire confiance .
Par ses réflexions faites avec un groupe, l'auteur cherche à briser des éléments d'une foi mal comprise (mal enseignée ?) pour lui redonner tout son éclat en lui révélant la bonté de Dieu qui aime l'homme et en faisant de lui non pas un esclave mais un héritier actif et confiant.
On peut voir ici une certaine redécouverte de nous-mêmes, « ce lieu en nous que nous ne connaissons pas » par rapport à Dieu et à nos frères.
D'autres thèmes sont abordés pas toujours convaincants ou trop ardus.
Celui de l'Eucharistie nous offre une vue assez innovante, par rapport au dogme, à propos de ce qui se passe effectivement au moment où le pain et le vin « deviennent » Corps et Sang du Christ ou plutôt en quoi ce sommet liturgique nous implique et nous engage.
DG
Extraits
Les noces de Cana
« A Cana, l'évangéliste ne nous raconte pas ce qui est humainement possible, il nous fait changer d'étage et nous emmène dans la force mystérieuse des relations, l'endroit où le savoir cesse, où il s'agit d'une toute autre dimension, celle de la relation de confiance. » (p.21)
Le jeune homme riche
Ce que tu as, vends... donne...
« Jésus charge-t-il le jeune homme d'une charge supplémentaire, extrême ? Ou bien, à la manière juive, lui donne-t-il cette injonction paradoxale, pour une épreuve qu'il n'a pas encore passée, celle de la liberté ou éventuellement celle de la transgression... L'homme ne pourra pas renoncer à ses biens par la seule soumission. Heureusement ! En lui, il y aura un refus. Il reculera devant cette nouvelle version du sacrifice. Pour la première fois de sa vie, il désobéira... enfin ! Pour la première fois, il a accès à un sentiment personnel : la tristesse de ne pas se sentir parfait, peut-être. » (p.112-113)
Denyse
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Jeudi 11 Juillet 2024
Par la force des arbres
PAR LA FORCE DES ARBRES
Edouard CORTES
Editions des Equateurs, 2020
142 p.
Toison d'or du livre d'aventure
le livre la bande dessinée
L'auteur,40 ans, dans une passe difficile, ne voit d'apaisement possible que dans la construction d' une cabane dans un grand chêne du Périgord Noir, où il séjournera durant trois mois.
Il ne s'agit pas pour lui de vivre en homme des bois : il a ce qui lui faut de nourriture, un peu de lecture, un confort minimal. Ce printemps en altitude et dans le silence des bois va surtout lui offrir une lecture de la nature qui ne se trouve dans aucun guide ou encyclopédie.
« J'ai supprimé mes comptes sur les réseaux sociaux... laissé mon téléphone à la maison, pris mon couteau et suis parti en forêt. »
Il va trouver l'apaisement au rythme lent de ses journées animées seulement par la vie de son arbre, de quelques passages d'animaux qu'il observe et avec lesquels, devenu comme l'un des leurs, il noue de petits liens familiers.
Nous partageons avec plaisir et une certaine envie cette aventure simple mais qui demande pourtant courage et renoncement pour, à partir d'une vie déconnectée d'un monde stressant, approcher l'essentiel que la nature enseigne.
Edouard Cortès a entrepris « une métamorphose à l'ombre des forêts » et a puisé dans la force des arbres l'énergie nécessaire pour se relever et poursuivre sa route.
Une très belle version de cette aventure est racontée en BD.
DG
Extraits
- « Cette cabane est réussie, plus encore que je ne l'ai rêvée. Je suis un artisan étonné de ce qui jaillit de ses mains. Les branches m'ont guidé. La cabane a poussé avec l'arbre. On grandit quand on crée quelque chose qui nous dépasse. » (p.38)
- « J'entends le chant des sources, je pense comme un arbre, converse avec le lézard ou le hanneton, salue d'un geste le renard. J'effleure l'écorce lisse d'un hêtre comme une peau. Et je lis dans une feuille de tilleul, poinçonnée par une chenille, le premier vol d'un papillon. » (p.47)
- « J'ai résolu pour quelques mois le dilemme de l'homme moderne : celui d'avoir de quoi vivre mais de ne plus avoir le temps de vivre. Je me suis accordé du temps. Mon temps libre m'offre de l'être. » (p.54)
- « Le geai élève des chênes, les fourmis élèvent des pucerons, les pucerons boivent la sève, les fourmis chassent les parasites des oiseaux, les oiseaux mangent les glands, les pucerons, les fourmis. Tous s'entraident et se dévorent. Tout se lie en un nœud complexe et harmonieux où vie et mort ne font qu'un. Tout est tragique et grandiose dans les infimes symbioses du vivant. La forêt me donne un joyeux vertige. Observant les petites choses sans pouvoir tout comprendre, je me sens minuscule parmi ces choses immenses. » (p.64)
Denyse
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Vendredi 28 Juin 2024
Les abeilles grises
LES ABEILLES GRISES
Andreï KOURKOV
Ed. Liana Kevi, 2022
440 p.
Andrei KOURKOV est un célèbre écrivain ukrainien d'expression russe.
Seuls habitants d'un petit village de la zone grise, no man's land coincé entre l'armée ukrainienne et les séparatistes prorusses, Sergueïtch et Pachka s'associent malgré leurs opinions divergentes vis-à-vis du conflit. Apiculteur passionné, Sergueïtch attend le printemps pour déplacer ses six ruches dans un lieu plus calme dans l'ouest de l'Ukraine.
Dans ce roman qui se situe en 2017, l'auteur évoque donc la survie d'un homme, jeune retraité, confronté à une certaine solitude pas très loin du front et des combats. La guerre n'est pas le sujet de ce récit, mais relate la grande simplicité de vie de cet homme qui, malgré les difficultés, sait apprécier les moments heureux. A coté de Pachka, demeuré lui aussi au village, dont il a bien été obligé de se faire un « ami-ennemi », les meilleures compagnes de Sergueitch sont ses abeilles qu'il surveille avec attention en ce début de printemps. Il va même les emmener « en vacances » sur un terrain favorable au butinage, ce qui va l'obliger à une expédition à risque, les contrôles militaires étant nombreux et suspicieux. Même au milieu des douces prairies fleuries de l'Ukraine de l'ouest et du silence des montagnes de Crimée, l'oeil de Moscou reste grand ouvert...
C'est un beau roman touchant, triste et pourtant paisible, plein d'humanité dans un contexte difficile où la « zone grise » de la résidence de Sergueitch le laisse dans l'incertitude de l'avenir y compris pour ses abeilles, image pour lui d'une société communiste presque idéale. Hier était-il meilleur qu'aujourd'hui ? Y aura-t-il un happy end ?
DG
Extraits
- L'air s'emplirait d'un doux et plaisant bourdonnement, familier et pacifique, que la paix de l'homme qui aime les abeilles rend plus discret encore, rend intime et domestique . Et alors peu importe qu'on entende ici et là des coups de feu. L'important, ce serait le printemps, la nature qui s'emplit de vie, de ses bruits, de ses odeurs, de ses ailes, grandes et petites. (p.80)
- Sergueïtch pensa qu'en ce qui le concernait, il n'avait aucun besoin d'en recevoir [de courrier]. Sauf à la rigueur pour lire le journal. Mais il y avait bien dix ans qu'il n'était plus abonné à rien. Autrefois, il regardait les nouvelles à la télé. Et puis les nouvelles avaient été coupées en même temps que le courant. Aujourd'hui, il avait l'impression de ne plus en avoir vraiment besoin de ces nouvelles. Qu'est-ce qu'elles changeraient ? (p.144)
- « Pour moi, ces deux habitants de Mala Starogradivka sont à la fois morts et vivants. Dans ma mémoire, ils subsistent comme les deux derniers « optimistes prudents » du Donbass. Je les qualifie d'optimistes parce qu'ils étaient persuadés que s'ils quittaient le village, personne n'y reviendrait après la guerre... Bien des villages resteront en ruine. Les terres qui jouxtent la Russie sont jonchées de mines et d'obus non explosés. La mort est partout, au sens propre comme au sens figuré. L'histoire du « miel du Donbass » ne se répétera certainement jamais. »
Postface de l'auteur – juillet 2023 – p.440
Mise à jour : Jeudi 11 Juillet 2024, 16:22
Denyse
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Samedi 01 Juin 2024
Comment çà va pas ?
Comment çà va pas ?
Conversations après le 7 octobre
Delphine HORVILLEUR
Ed. Grasset 2024
149 p.
L'attaque d'Israël par le Hamas le 7 octobre 2023 a frappé le monde de sidération. Delphine HORVILLEUR, rabbin de l'Association Judaïsme en mouvement, en a été particulièrement touchée
4° de couverture :
« Dans la stupeur, elle écrit alors ce petit traité de survie qui interroge ses fondements existentiels. Le texte est composé de dix conversations, réelles ou imaginaires : avec sa douleur, avec ses grands-parents, avec la paranoïa juive, avec Claude François, avec les antiracistes, avec Rose, avec ses enfants, avec ceux qui lui font du bien, avec Israël, avec le Messie.
Sa manière si particulière d'entrelacer l'intime et l'universel, l'exégèse des textes sacrés et l'analyse de la société, la gravité et l'humour, transforme progressivement le déchirement en réparation, la fièvre en force et le doute en espoir.Une lumière dans la nuit pour tous ceux qui refusent de se laisser déshumaniser par la haine. »
On a déjà beaucoup aimé un des précédents livres de Delphine Horvilleur ,Vivre avec nos morts, recensé sur ce blog.
Ce livre-ci séduit moins donnant parfois une impression de bavardage inutile . Ce style de « conversations » est plutôt un soliloque à thèmes qui rend l'ensemble un peu décousu. Ceci dit, les sujets abordés nous rejoignent par leur actualité notamment celle du judaïsme mais aussi tout simplement sur la vie et la mort, sur la nature humaine qui nous déconcerte souvent mais en laquelle on continue d'espérer.
DG
Extrait
" Depuis le 7 octobre, il fait si noir. Pourtant, dans cette obscurité, clignotent des chants et des gens, des voix et des rencontres précieuses. Des êtres qui étaient là avant moi, dans la nuit de ma préhistoire. Je veux croire qu'avec eux, l'aube surgira plus vite." (p.123)
Denyse
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Jeudi 30 Mai 2024
Règle de saint Benoît ch. 43-44-45-46-47-48-49
Sommaire
- Les chapîtres précédents sont à chercher dans la rubrique "Archives"
RB 43. Ceux qui arrivent en retard à l’Œuvre de Dieu ou à la table - RB 45. Ceux qui se trompent à l’oratoire
- RB 46 - Ceux qui font des fautes en autre chose
- 47. Le signal pour indiquer l’heure de l’Œuvre de Dieu
- 48. Le travail manuel de chaque jour
- RB 49. L’observance du Carême
REGLE DE SAINT BENOÎT - Texte et commentaires

La Règle a été conçue par saint Benoît pour des communautés monastiques. Mais que nous soyons religieux ou laïcs dans le monde cette Règle peut être pour nous une aide précieuse pour avancer dans l'esprit de l'Evangile. Nous en proposons ici un commentaire un peu actualisé.
Les chapîtres précédents sont à chercher dans la rubrique "Archives"
RB 43. Ceux qui arrivent en retard à l’Œuvre de Dieu ou à la table
À l’heure de l’office divin, dès le signal entendu, on laissera là tout ce qu’on a en mains, et on accourra en toute hâte, avec gravité néanmoins, afin de ne pas alimenter la dissipation. Que rien donc ne soit préféré à l’Œuvre de Dieu....

Impressionnant chapitre 43 d'une discipline extrême qui peut choquer. Il faut imaginer aussi, à l'époque de saint Benoît des communautés nombreuses où un certain nombre de règles sont nécessaires pour que les différentes activités (office, travail, repas, sommeil...) se vivent dans le calme et soient bien coordonnées. Les négligences ou dissipations de quelques-uns peuvent semer le désordre.
Comme à l'école, il suffit d'un perturbateur pour que toute la classe s'en ressente.
Saint Benoît insiste donc en détail ( voir texte complet) sur toutes les occasions de dysfonctionnement et les pénitences qu'elles impliquent. Il en va de l'harmonie de la communauté dont le but premier est « que rien ne soit préféré à l'Oeuvre de Dieu ».
Il peut nous arriver d'avoir des journées très « dissipées », incohérentes. Une certaine discipline est nécessaire pour que notre vie ne se dilue pas en futilités.
« Nos faiblesses nous offrent la possibilité de faire un pas en avant, de nous convertir...et de travailler efficacement au Règne de Dieu. » (p.472)
« Autre domaine où nous avons à discipliner notre volonté : la tentation de vouloir trop en faire : pour d'excellents motifs parfois, mais qui ne sont pas entièrement purs de recherche de soi. Le critère : qu'est-ce que Dieu me demande à l'instant présent ? »* (p.473)
RB 44 . Ceux qui ont été excommuniés : comment ils doivent réparer
Celui qui, pour des fautes graves, aura été excommunié de l’oratoire et de la table se tiendra prosterné devant la porte de l’oratoire, à l’heure où l’on y célébrera l’Œuvre de Dieu. Il ne dira rien, se contentant de demeurer étendu, la face contre terre, aux pieds de tous ceux qui sortent de l’oratoire. Et il continuera de faire ainsi, jusqu’à ce que l’Abbé juge qu’il a satisfait. Alors, sur l’ordre de l’Abbé, il viendra se jeter à ses pieds et à ceux de tous les frères, afin qu’ils prient pour lui.

« Excommunié » = retiré de la vie commune. C'est bien là la conséquence d'une faute car souvent elle pénalise d'autres personnes. Nos fautes peuvent déranger l'autre, le blesser, lui nuire. C'est en fait nous-mêmes qui, par notre attitude, nous mettons à part. Rester « devant la porte de l'oratoire » concrétise cette coupure avec Dieu qu'est la faute.
Nos lenteurs, nos doutes, nos absences retardent l'avancée du Règne de Dieu et donc de tous. Nous devons en prendre conscience. C'est sur cela que saint Benoît insiste. Il ne punit pas, il aide le frère à s'amender et à grandir Ce n'est pas facile , devant tous, de reconnaître ses erreurs. Cela demande de l'humilité. Aimés de Dieu, nous ne sommes pas jugés mais pardonnés pour continuer à avancer en paix.
« Chaque instant peut être pour nous une sorte de recommencement absolu dans notre vie avec Dieu... La joie de Dieu, nous ne la connaissons que là, dans la découverte que nous sommes pardonnés. »* (p.481)
RB 45. Ceux qui se trompent à l’oratoire
Lorsque quelqu’un se trompe dans la récitation d’un psaume, d’un répons, d’une antienne ou d’une lecture, s’il ne s’en humilie pas sur place et devant tout le monde, en donnant satisfaction, il sera soumis à une correction plus sévère ; cela pour n’avoir pas voulu corriger par un acte d’humilité la faute qu’il a commise par sa négligence.
Les enfants, pour ces sortes de fautes, seront frappés de coups de bâton.
Comme dans les chapitres précédents, la Règle de saint Benoît ne tolère pas que le frère ne reconnaisse pas ses erreurs. L'erreur est souvent cause de négligence mais elle est excusable. Ce qui ne l'est pas c'est le manque d'humilité. Reconnaître ses fautes, et particulièrement devant les autres, n'est pas facile mais cela évite peut-être de se l'entendre dire en face ou le murmure des frères.
Se reconnaître pauvre, fragile est pourtant une façon d'avoir conscience de ce que nous sommes et si possible de nous améliorer, d'être davantage conforme à ce que Dieu attend de nous. Pour notre bonheur et celui de l'humanité. Si chacun y mettait un peu du sien, le monde serait plus beau.
« Pour découvrir l'amour du Christ, pour avoir accès auprès de Dieu, il nous faut perdre la face à nos propres yeux. Se présenter à Dieu comme des pauvres. L'acquisition de cette pauvreté, qui est simplicité, humilité, se fait au jour le jour par l'expérience de nos limites, de nos faiblesses, et en même temps de la miséricorde divine. Réparer courageusement sans dépit, sans amertume ; ne pas se scandaliser des faiblesses des autres. Qu'on sente en tous un désir de mieux faire ; ne pas nous lasser d'avoir toujours à recommencer. Ne pas prendre prétexte de notre médiocrité pour cesser tout effort : cela, c'est de l'orgueil. Mais nous y remettre toujours, non pas, par une intention secrète, pour nous réhabiliter aux yeux des autres et à nos yeux, mais par amour pour Dieu, le regard fixé sur le Sauveur.* (p.483)

RB 46 - Ceux qui font des fautes en autre chose
Lorsque quelqu’un, dans un travail à la cuisine, au cellier, dans un atelier, à la boulangerie, au jardin, dans l’exercice d’un métier, en quelque lieu que ce soit, fait une faute, brise ou perd quelque chose, ou commet un délit quelconque, s’il ne vient pas aussitôt de lui-même en donner satisfaction et s’en accuser devant l’Abbé et la communauté, et qu’on vienne à le connaître par un autre, il sera soumis à une correction plus sévère.
Mais s’il s’agit d’un péché secret de l’âme, il s’en ouvrira seulement à l’Abbé ou aux anciens dotés d’esprit, qui savent guérir leurs propres blessures et celles d’autrui sans les découvrir ni les divulguer.
Les fautes en lien avec la prière et l'oratoire sont considérées comme graves. Mais ne sont pas non plus sans importance celles du quotidien et en particulier celles qu'on dissimule. L'objectif est toujours que celui qui a failli retrouve la paix du cœur.
Quand on reconnaît ses erreurs et qu'on en est pardonné par un frère, une sœur et par Dieu, on repart le cœur plus léger. La faute est derrière nous et sans aucun doute nous rend plus attentifs .
Avec le Christ, nous sommes sur un chemin de perfection qui n'est pas un but en soi mais de trouver le bonheur.
« Le Christ nous a choisis. Il a choisi des hommes et non des héros. Il ne s'agit donc pas d'acquérir une sainteté idéale à la force du poignet, mais de répondre à la pensée du Christ sur nous ; lui ouvrir notre cœur ; ne pas nous lasser de revenir à Lui, quelques soient les faiblesses et les chutes. Croire qu' Il peut tout en nous »*(p.484)
47. Le signal pour indiquer l’heure de l’Œuvre de Dieu
La charge d’annoncer l’heure de l’Œuvre de Dieu, tant de jour que de nuit, incombera à l’Abbé(avec les moyens de l’époque, il n’était pas facile de compter les heures, d’autant que leur longueur variait d’un jour à l’autre). Il s’en chargera lui-même, ou la confiera à un frère si ponctuel que tout s’accomplisse aux heures régulières.
Ceux qui en auront reçu l’ordre entonneront, à leur rang après l’Abbé, les psaumes et les antiennes. Personne n’aura la présomption de chanter ou de lire s’il ne peut remplir cette fonction de manière à édifier ceux qui l’écoutent, mais le fera avec humilité, gravité et crainte, et après en avoir reçu l’ordre de l’Abbé.
La ponctualité, l'obéissance et l'humilité sont au cœur de ce chapitre où les rendez-vous avec Dieu , le temps de la prière sont prioritaires. Nous sommes généralement ponctuels à nos rendez-vous, à notre travail, à la sortie de l'école. Quelle est donc l'heure quotidienne de notre rendez-vous quotidien avec Dieu ?
On sait très bien que tout laxisme à ce sujet entraîne souvent un délaissement progressif. On ne boit plus à la source et notre foi va se dessécher. Passe-t-on une journée sans manger ?

KIEV © D.G © D.G
« Chaque fois que sonne l'oeuvre de Dieu, c'est une anticipation de ce moment essentiel où se réalise la Pâque du Seigneur, la rencontre définitive de Dieu... Prenons toujours mieux la mesure de la dimension surnaturelle de notre vie, de l'irruption de l'éternité dans le temps que nous vivons et qui ne prend de sens que par elle.. C'est en ce sens qu'il faut « être à l'Heure » ! * (p.490)
48. Le travail manuel de chaque jour
L’oisiveté est ennemie de l’âme. Les frères doivent donc consacrer certaines heures au travail des mains et d’autres à la lecture des choses divines. C’est pourquoi nous croyons devoir régler comme il suit ce double partage de la journée. (reprenant la tradition biblique, la journée est découpée en douze heures de durée variable, de l'aube au crépuscule – où la première heure correspond de nos jours à six heures du matin).

Monastère cistercien de Munkeby (Norvège)
La fromagerie.
Saint Benoît va développer largement ce sujet du travail manuel des moines qui est, particulièrement pour les cisterciens, un aspect important de leur choix de vie. Il combat absolument l'oisiveté . La vie monastique est très programmée, organisée, rythmée par les sept offices quotidiens ; S'y intercalent les temps de travail indispensables au bon fonctionnement économique du monastère, les temps de prière personnelle, de lectio divina, les temps de repas et de repos. La réunion dans la salle du chapitre est aussi quotidienne où l'abbé commente un chapitre de la Règle et donne des informations diverses. A quoi s'ajoutent ponctuellement des rencontres avec des laïcs, des conférences à entendre ou à donner etc...
Dans la vie active du monde, nous n'avons donc rien à envier aux moines qu'on pourrait croire mener une vie bien tranquille. Mais ce qui en fait la particularité, c'est la recherche d'équilibre entre action et prière. Quant à la relation à Dieu, un moine disait : « Pour moi, il n'y a plus de différence : Dieu est présent sans ma vie dans mes actions comme dans l'Eucharisite, la prière ou le silence. Il est toute ma vie. »
« Le critère... n'est pas de faire le plus de choses possible ; il est d'être dans la volonté de Dieu, de remplir généreusement le programme de Dieu, qui ne nous demande jamais plus que nous ne pouvons faire. »* (p.493)
La suite de chapitre est extrêmement détaillée et rigoureuse dans les consignes , Saint Benoît étant toujours soucieux du respect de chacun. On peut être frappé par ce mode de vie très encadré qui laisse peu de place aux aspirations personnelles mais il est à replacer dans le contexte de l'époque médiévale. Cependant, aujourd'hui encore la fidélité à la Règle dans les monastères reste forte même si quelques adaptations sont nécessaires et bienvenues.
On retiendra ce passage bien connu :C’est alors qu’ils sont véritablement moines, vivant du travail de leurs mains, comme nos Pères et les Apôtres. Que tout se fasse cependant avec mesure, par égard pour les faibles.
« C'est à la lumière de l'Evangile que prend tout son sens notre travail d'hommes. Il n'est pas un à-côté imposé par les nécessités, en marge d'une activité supérieure que constituerait notre vie de prière, liturgique et personnelle. Il nous insère, comme la prière, à la mesure même de l'authenticité de notre vie de prière, dans l'Oeuvre du Christ créateur et sauveur, en qui se rejoignent et s'unifient la vie du monde et la vie de Dieu. » * (p.499)
RB 49. L’observance du Carême
La vie d’un moine devrait être, en tout temps, conforme à l’observance du Carême. Néanmoins, comme cette perfection est le fait d’un petit nombre, nous recommandons aux frères de vivre en toute pureté ces jours du Carême, et d’effacer en ces saints jours toutes les négligences des autres temps. Nous le ferons dignement, si nous nous préservons de toute sorte de vices, si nous nous appliquons à la prière avec larmes, à la lecture, à la componction du cœur et à l’abstinence.
Donc, en ces jours, ajoutons quelque chose à la tâche ordinaire de notre service : oraisons particulières, abstinence de nourriture et de boisson. Ainsi, chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit, quelque chose au-dessus de la mesure qui lui est prescrite, c’est-à-dire qu’il retranchera à son corps sur la nourriture, la boisson, le sommeil, la conversation et la plaisanterie, et qu’il attendra la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel.
Néanmoins, chacun soumettra à son Abbé ce qu’il veut offrir, et n’agira qu’avec sa prière et son agrément ; car ce qui se fait sans la permission du père spirituel sera mis au compte de la présomption et de la vaine gloire, et non du mérite. Que tout se fasse donc avec l’assentiment de l’Abbé.
Pour le chrétien, chaque jour est vécu dans l'union à Dieu. Le temps du Carême met encore davantage l'accent sur nos efforts pour nous conformer à l'attente de Dieu. Repérer là où dans notre vie, il y a un peu de négligence pour la surmonter, prier davantage, être plus fraternel etc...
Le but n'est pas le sacrifice mais bien d'être toujours plus à la suite du Christ qui nous mène à Dieu.
Des efforts dans de petites choses nous aideront à en faire dans de plus grandes, à apprendre aussi à renoncer au superflu pour tendre vers l'essentiel. « Dans la joie de l'Esprit-Saint » !
"Le renoncement allège l'âme, lui rend sa virginité, sa limpidité, sa légèreté surnaturelle. La joie du carême, c'est la joie de donner... Le carême nous fait entrer dans ce désert où peut se nouer le coeur à coeur avec Dieu." * (p.511)
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* Cf. Texte et commentaires de la Règle dans « Quel est l'homme qui désire voir des jours heureux » – P.Denis HUERRE Ed. Saint Léger 2023 Traduit en français par Germain Morin de l’abbaye de Maredsous1944 - Révisé sur la traduction de Philibert Schmitz de la même abbaye , 2023
Mise à jour : Jeudi 30 Mai 2024, 12:32
Denyse
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