Mardi 12 Août 2025
NOUVEAU BLOG LUTRIN
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Nouveautés ( juillet-août) :
- L'expérience spirituelle chrétienne et son discernement
Dominique SALIN
- "Célébration de la vie imparfaite - La voie de la fragilité"
Paolo SQUIZZATO
- "La sobriété, chemin de liberté"
Frère Patrice MAHIEU
- Saint Bernard : Sermon sur la Vierge Marie (fête de l'Assomption - 15 août)
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Denyse
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Mercredi 18 Décembre 2024
Histoire de la vie religieuse
ANNEE 2024
HISTOIRE DE LA VIE RELIGIEUSE
Daniel MOULINET
Ed. du Cerf, 2024
324 p.
Daniel MOULINET est prêtre du diocèse de Moulins, professeur d'histoire moderne et contemporaine de la Faculté de théologie de l'Université catholique de Lyon.
Daniel MOULINET déroule le récit de la vie religieuse essentiellement en France de façon précise et concise ne pouvant en 300 pages que résumer une histoire aussi riche et variée où se mêlent étroitement politique et religion. La lecture en est assez austère mais facile grâce à des chapitres bien titrés et , en fin de volume, un glossaire, une bibliographie très claire, un index des noms de personnes et un autre des ordres cités, ce qui est fort utile pour exploiter cette mine.
On va retrouver les grands ordres et congrégations : chartreux, bénédictins, cisterciens, franciscains, clarisses, dominicains, jésuites et nouvelles communautés, chacun ayant un charisme particulier. A travers cette diversité, on perçoit une grande ligne de fond où suivre le Christ est étroitement lié à la charité et la fraternité.
C'est un panorama assez extraordinaire qui nous est offert ici où la foi, la fidélité, la persévérance et aussi l'endurance des ordres et congrégations sont mis à rude épreuve à travers les siècles, les pouvoirs et les révolutions. On traverse des périodes où la vie religieuse est en pleine expansion comme au 12°s. ou au 19°s. et des périodes éprouvantes de contrainte et de confiscation.
Mais la foi en Dieu a une résistance hors du commun ( elle est divine!) et si de nos jours, elle connaît à nouveau des crises et de profondes remises en question et déstabilisations, il n'y a pas lieu de désespérer, elle saura trouver un nouveau souffle.
DG
Mise à jour : Mercredi 14 Mai 2025, 19:21
Denyse
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Jeudi 05 Décembre 2024
La mort n'est pas ce que vous croyez
La mort n'est pas ce que vous croyez
La joie d'espérer
Laurent STALLA-BOURDILLON
Ed. Desclée de Brouwer, 2024
258 p.
Voici un titre qui interpelle ! La mort n'est-elle pas la fin de tout ? Ce bout de la route qui nous est commun à tous, grands et petits, pauvres et puissants, auxquels même certaines personnes aspirent tant leur vie est rude, est-il vraiment sans issue, a-t-il gouverné nos vies ?
Le sous-titre « La joie d'espérer » annonce d'emblée que le passage par la mort est riche d'espérance et plus encore, il serait une joie...
Pourtant la nature devrait être déjà pour nous un indice d'espérance : hiver qui voit mourir les plantes et tomber les feuilles des arbres, se cacher certains animaux qui hibernent, tomber la nuit à peine l'heure du goûter passée. Et pourtant, à ces moments-là déjà nous sommes dans l'attente, dans l'espérance du réveil, du renouveau printanier. De même que le temps liturgique de l'Avent nous prépare au rappel d'un événement stupéfiant.
Laurent Stalla-Bourdillon, prêtre de l'archidiocèse de Paris, nous impressionne tout au long des pages de ce livre par sa certitude et par de courts chapitres à méditer lentement : il nous invite à entrer dans l'espérance et la confiance : notre vie sur terre nous prépare à une vie nouvelle et la mort est un passage qui ouvre sur une transformation que Jésus Fils de Dieu nous a annoncée par sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection.
« Je ne meurs pas, j'entre dans la Vie » a dit à ses sœurs sainte Thérèse de Lisieux au seuil de sa mort.
« Qu'y a-t-il donc dans le fait de mourir que nous ne voyons pas ? … qu'allons-nous devenir ? » (p.14) . « Quelles sont nos raisons de vivre ? » (p.18).
Certes, cela n'a rien d'évident et c'est la foi seule qui nous est proposée par la grâce de Dieu qui peut ouvrir nos âmes et nos cœurs à l'éternité. L'Eglise, avec ses hauts et ses bas très humains, mais aussi la Parole de Dieu sont là pour nous orienter, nous ouvrir à cette joie de percevoir un peu dès maintenant que notre vie terrestre est comme une terre qu'on travaille longuement, durement souvent, afin de lui permettre de porter des fruits dont nous avons déjà un avant-goût en particulier dans nos relations fraternelles avec les autres, dans nos combats pour la justice et la paix. « L'Eglise est un corps vivant, source de vie ».
La société nous pousse même aujourd'hui à être réduits en cendres le plus vite possible pour ne pas déranger (p.14). Ne sommes-nous qu'un corps sans âme puisque celle-ci est invisible ? Que faisons-nous de l'Esprit qui nous fait vivre ? D'où vient-il? « Qui suis-je ? Et si j'étais beaucoup plus que l'enfant de mes parents ? » (p.54)
C'est bien à la lumière de la Parole biblique, de la Parole de Dieu que le sens de nos vies s'éclaire.
L'auteur attire notre attention sur le fait que le monde est bien l'oeuvre d'un créateur, mais que cette œuvre sera accomplie par notre nécessaire participation. D'où l'importance de notre vie terrestre. Si nous le voulons bien.
La transgression fatale des personnages symboliques que sont Adam et Eve est à l'origine de notre aveuglement et de nos tentations de désobéissance à Dieu. Jésus est venu nous aider à retrouver une relation de confiance en l'amour de Dieu.
Quel est le sens de notre condition mortelle ? (p.77) Elle est la « promesse inouïe de connaître enfin qui est Dieu et qui nous sommes. » . C'est l'aspiration première des croyants, des moines et moniales. « Je veux voir Dieu » disait le Père carme Marie-Eugène. Alors qu'Abraham, nous dit la Bible, ne pouvait voir Dieu « que de dos » !
Nous ne voyons la mort que comme une « privation de vie » alors qu'elle est « le chemin d'accès à la Vie véritable » (p.79)
« Si, comme l'affirme la foi chrétienne, le Christ a vaincu la mort, la mort perd son titre de fin de vie. La mort n'est en rien une fin définitive pour l'homme. Si tous les hommes doivent mourir, ce n'est plus pour cesser de vivre, mais pour que, traversant la mort, ils puissent ressusciter et entrer dans un nouvel état du corps, immortel et incorruptible. » (p.117)
Ne soyons pas étonnés d'être dépassés par une existence qui ne dépend pas que de nous « et ne s'explique pas à la seule lumière de la raison humaine » (p.140) Cela nous demande une certaine humilité qui ne nous est pas naturelle !
L'auteur souligne également combien le principe de laïcité « prive les citoyens d'un horizon d'existence transcendant le temps et les limite seulement à un état du corps » et non de la personne.(p.191). Pour la société, par sa mort, le défunt n'est plus, il a disparu, il n'a plus aucune existence. La vie spirituelle est disqualifiée . « La vie des morts reste un tabou absolu » (p.192). L'Etat n'a pas de prise sur l'au-delà et en nie en quelque sorte l'existence dans le cœur et la pensée des citoyens.
« La mort nous prive seulement d'un état du corps pour nous disposer à accéder à un autre état du corps, l'état de ressuscité sur lequel la mort et la souffrance n'ont plus de pouvoir. Cela justifie toutes les chapelles et les cathédrales du monde. » (p.214) à l'heure où la foi chrétienne semble s'éroder gravement mais aussi où l'Eglise et l'Etat célèbrent aujourd'hui même la remarquable reconstruction de Notre-Dame de Paris par tant d'hommes, de femmes et de corps de métier.
« Oh! je voudrais qu'on écrive mes paroles, qu'elles soient gravées en une inscription,
avec un ciseau de fer et du plomb, sculptées dans le roc pour toujours!
Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant, que lui, le dernier, se lèvera sur la poussière.
Avec mon corps je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu.
Moi-même je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas. »
Livre de Job19, 23-27
DG
Mise à jour : Jeudi 5 Décembre 2024, 20:51
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Jeudi 14 Novembre 2024
La Prière de Jésus
LA PRIERE DE JESUS
selon les moines du Mont Athos
Jean-Claude LARCHET
Ed. Salvator 2024 – Voix de l'orthodoxie
237 p.
Jean-Claude Larchet , théologien orthodoxe et philosophe est bien connu entre autres pour ses livres sur le Mont Athos où il relate la vie particulière de moines orthodoxes dans le lieu retiré qu'est la Sainte Montagne au nord de la Grèce.
Ce livre sur la Prière de Jésus se concentre sur un point particulier de leur prière qui peut se résumer en quelques mots : « Seigneur Jésus, prends pitié de moi ». Pour les moines de l'Athos, en cette courte phrase tout est dit et c'est un élément capital de la tradition spirituelle byzantine. Il s'agit de murmurer ces mots à voix haute ou intérieurement du matin au soir et même la nuit. Tout en s'occupant à leurs diverses activités. C'est une façon de rester constamment en présence de Dieu, de ne pas laisser d'autres pensées inutiles envahir leur esprit.
Petite musique de fond qui habite l'esprit et le cœur du priant, sorte de compagnonnage permanent avec le Christ. Prière de Jésus appelée aussi prière du cœur que pratique le pèlerin russe dans un récit bien connu.
Le Mont Athos
Dans une première partie l'auteur explique la nature et le but de cette prière puis le contexte et les présupposés orthodoxes et enfin ses fruits.
« Attestée dès le 6°s., cette formule s'est peu à peu imposée jusqu'à devenir canonique dans la tradition spirituelle de l'Orient chrétien.... unissant à la demande de miséricorde (« aie pitié de moi »), la confession du Christ comme Dieu (« Seigneur ») et comme personne ayant une nature humaine et une nature divine (« Jésus-Christ »). (p.16)
« La Prière de Jésus en tant que formule courte, a plusieurs avantages : elle favorise la concentration... elle peut-être mémorisée facilement,.... il est facile de s'insérer dans les activités quotidiennes. » (p.19)
Les Pères athonites conseillent différentes gestuelles, éventuellement d'adapter la respiration . Mais la plus grande simplicité est de mise, seule la concentration est essentielle. S'y adapter peut prendre plusieurs années. Cela suppose contrôle et maîtrise de soi et de ses pensées, pénitence et humilité. Le but étant la purification de l'âme et trouver la paix en Dieu.
Dans une seconde partie est proposée une « petite philocalie athonique contemporaine de la prière du cœur ». L'auteur a sélectionné des enseignements de dix grands spirituels du Mont Athos du XX°siècle, de saint Silouane (1866-1938) à l'archimandrite Aimilianos, higoumène de Simonos-Pétra (1934-2019).
La prière de Jésus va prendre alors pour le lecteur une dimension hors-normes à la fois d'une grande simplicité, réduite à l'essentiel, mais pouvant faire entrer dans la prière de façon extraordinaire grâce aux conseils bienvenus de moines qui parlent d'expérience et avec la grâce de Dieu bien sûr. Une pratique monastique ouverte aux laïcs qui en connaissent eux aussi les bienfaits.
La composition de cet ouvrage avec sa succession d'enseignements correspond bien à cette prière répétitive et pourtant pleine de nuances et jamais lassante quand elle est bien comprise.
« Celui qui aime le Seigneur se souvient toujours de lui, et le souvenir de Dieu fait naître la prière. Si tu ne te souviens pas du Seigneur, tu ne prieras pas non plus. » (Saint Silouane p.53)
« Quand on dit la Prière de Jésus, il faut la dire lentement en donnant leur sens plein aux mots. Ne considérons rien d'autre mentalement, aucun mot, aucune figure, aucune image. » (Saint Ephrem de Katounakia, p.83)
« Ces paroles contiennent toute notre foi. En disant « Seigneur », nous croyons que nous sommes des serviteurs de Dieu et qu'il est notre seigneur, Cela honore Christ que nous le fassions notre seigneur, mais cela nous honore aussi, nous qui sommes les serviteurs d'un tel seigneur, qui est Dieu. Lorsque nous disons «Jésus » qui est le nom humain de Dieu, toute la vie terrestre du Christ de sa naissance à son ascension, nous vient à l'esprit. En disant « Christ » qui signifie oint de Dieu, roi des cieux et de la terre, nous confessons et croyons que Christ est notre Dieu, qui a tout créé et est dans les cieux et reviendra pour juger le monde. En disant « aie pitié de moi », nous supplions Dieu de nous envoyer son aide et sa miséricorde, car nous reconnaissons que sans l'aide divine nous ne pouvons rien faire. » (Archimandrite Ephrem p.188-189)
DG
Un autre livre de Jean-Claude Larchet :
Mise à jour : Vendredi 15 Novembre 2024, 18:08
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Lundi 04 Novembre 2024
Madelaine avant l'aube
Madelaine avant l'aube
Sandrine COLLETTE
Ed. JC Lattès, 2024
L'histoire se passe dans une campagne non précisée ni dans le temps ni par son lieu.
Quelques fermes isolées sont régies par des propriétaires terriens violents auxquels sont asservis des paysans dans une très grande pauvreté.
Le récit se focalise sur une famille nombreuse confrontée aux aléas climatiques qui entraînent de graves famines mais aussi soumise à la peur des maîtres qui ont sur les villageois tous pouvoirs en toute impunité.
Une petite fille affamée, Madelaine, sans doute orpheline et abandonnée, se réfugie au sein de cette maison. Enfant sauvage, insoumise presque guerrière et sans peur pour défendre sa vie, elle bouscule et fascine cette famille résignée.
L'histoire est prenante et d'une belle écriture âpre où la nature omniprésente conditionne en grande partie la vie de ces pauvres gens. C'est un roman de survie intemporel qui pourrait être médiéval, actuel ou d'anticipation. Cela en fait aussi sa force, dans cet univers sans horizon où va se soulever une infime révolte grâce à Madelaine. Et c'est tout l'art de Sandrine Collette, particulièrement attachée au charme de l'enfance qui ne connaît pas encore les limites et où se joue parfois l'avenir.
Un très beau livre.
DG
Mise à jour : Dimanche 10 Novembre 2024, 13:38
Denyse
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Samedi 26 Octobre 2024
L'épreuve de Dieu
L'EPREUVE DE DIEU
Peut-on encore prouver que Dieu existe ?
Emmanuel TOURPE
Ed. De l'Emmanuel, 2024
165 p.
Emmanuel Tourpe est docteur en philosophie, a été enseignant . Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont « A l'amour que vous aurez les uns pour les autres » (Artège 2024)
Ce livre d'Emmanuel Tourpe nous propose une synthèse des recherches sur la question de l'existence de Dieu. Ses mots sont clairs, précis, ce qui n'est pas si simple pour répondre à une telle question. Au fil de notre lecture, on s'attend presque, grâce à lui, à ne plus douter.
Il examine les arguments ainsi que les limites des différentes théories avancées au fil des siècles, évoquant les travaux de scientifiques, de philosophes, d'écrivains et de saints. Ce n'est pas négligeable.
Mais voici que la balle est renvoyée dans notre camp humain. « Dieu s'éprouve plus qu'il ne se prouve ». Ce qui rend les choses bien plus subjectives malgré le soutien de quelques arguments irréfutables. Quand le pape François nous invite par sa nouvelle encyclique « Il nous a aimés » (octobre 2024) à contempler le Coeur du Christ, c'est bien pour rencontrer Jésus dans une relation d'amour, seul véritable chemin que l'Evangile ne cesse de proclamer. Nous avons un sens spirituel qui a autant de valeur que nos cinq sens.
« Le silence dit tout. Le silence sait tout. Et de l'âme, hier désolée, part le chant d'un bonheur immense ». (Marie Noël , citée p.93)
La question du mal se pose évidemment . Dieu bon, Dieu Tout-Puissant ? Ce Dieu-là ne semble pas exister quand la vie nous confronte à tant de malheurs. Mais appréhender Dieu de façon raisonnable n'est pas la bonne voie. Comme le souligne l'auteur à plusieurs reprises, Dieu est bien au-delà , plus grand que grand, ayant fait le choix de nous laisser libres et coopérants à son œuvre créatrice. D'où cet objectif chrétien qui est de « consoler » Dieu de ce trop de confiance qu'il a mis en nous.
Bien des témoins , des saints connus et inconnus, ont fait cette expérience intérieure de la présence de Dieu . Pour eux le doute n'est plus permis : Dieu existe. » . « Les saints en sont la plus belle preuve ». (p.62)
DG
Extraits
« La preuve de Dieu, en effet, n'existe que dans l'épreuve de Dieu : l'éprouver en soi, l'affronter comme un défi. C'est le pari ultime ». (p.16)
« Pour un être humain déjà, nous savons à quel point la réalité de la personne dépasse ce que nous pensons connaître d'elle et la manière dont nous la jugeons. Combien plus pour Dieu ! » (p.27)... Il demeure toujours infiniment au-delà de notre expérience et de nos plus savants discours. » (p.34)
« Ce Dieu est un Etre personnel, créateur et conservateur de l'Univers, qui ne peut être défini que par des paradoxes. Il est à la fois simple et un, à la fois la source de toutes les différences et de toutes les ressemblances, à la fois infini et mesurant le fini, à la fois immuable et la racine de tout événement, à la fois intelligent et créateur de la matière, à la fois Toute-Puissance et laissant être et exister . » (p.48)
« Le mal lui-même est totalement insensé. Il est le non-sens même. Il a pour étalon le bien. C'est parce que nous sommes convaincus que l'être est bon, que le mal nous désespère. » (p.54)
« Pascal a raison : Il y a assez de lumière pour qui veut voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ne le veulent pas. » (p.156)
Denyse
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Samedi 19 Octobre 2024
Dieu au milieu des ruines
DIEU AU MILIEU DES RUINES
Eglantine GABAIX-HIALE
Ed. Mame 2024
121 p.
Eglantine GABAIX-HIALE a eu un parcours à la hauteur de son témoignage. Titulaire d'une maîtrise de philosophie, elle part trois ans au Moyen-Orient, travaille à l'hebdomadaire La Vie, puis à l'accueil de SDF pour le Secours Catholique, puis avec l'Oeuvre d'Orient. Elle part comme volontaire humanitaire, reporter de guerre en Egypte , en Syrie (coup de cœur!), au Liban, en Irak, en Iran...
Alors Dieu au milieu des ruines d'Extrême-Orient ? Elle ne le cherche pas, n'y croit guère mais elle l'aperçoit à travers les témoignages de vie de religieux et religieuses, en particulier celui des Petites Soeurs de Jésus, tout de joie et de simplicité au plus proche des pauvres. Elle est aussi sidérée par le courage , l'énergie, la solidarité de familles totalement démunies par les guerres impitoyables, les séismes, les persécutions. Elle est conquise par la foi ardente et active du Père Paolo, du Père Jacques (devenu Mgr Jacques Mourad , archevêque de Homs).
« J'ai eu beau chercher des explications rationnelles à leur sourire, leur courage, leur persévérance, leur légèreté, quelque chose m'échappe. Oui, la lumière déchire le noir, mais il y a autre chose. Comme une transparence, comme un insaisissable. » (p.18)
Il est bien difficile de proposer ici quelques extraits de ce document tant chaque passage mérite d'être lu. Par l'authenticité de ses mots, nous sommes touchés aussi par ces populations déchirées, condamnées à l'exil, à l'errance. La peur et l'horreur sont quotidiennes et toujours d'actualité.
Il y a des hommes sans état d'âme pour s'approprier par la violence un bout de terre ou le pouvoir.
Mais il y a aussi des cœurs fraternels qui soutiennent, consolent, oeuvrent à la moindre paix possible, en toute gratuité. Ils donnent leur vie soutenus bien souvent par leur foi. Et il n'est pas rare qu'un matin ils disparaissent enlevés, assassinés.
Quelques belles photos en noir et blanc illustrent ce livre attachant à la fois sobre et très saisissant. Nos vies en France semblent bien confortables à coté de celle d'Eglantine. Merci à elle de nous partager ses découvertes. Elle suscitera peut-être des vocations.
DG
« La Syrie meurt, Paolo. Elle meurt avec toi, en silence, et tu n'es plus là pour porter sa voix. Elle meurt de notre indifférence, de notre prudence, de nos lâchetés ; elle meurt de ses démons. Je ne sais pas porter le deuil d'un pays. Je ne sais pas porter le deuil d'un homme quand je n'ai pas vu de terre tomber sur son cercueil. » (p.30-31)
« J'ai vu un peuple s'embraser sur ses dépouilles et les corps mutilés. J'ai vu un peuple se lever les mains vides pour réclamer enfin la dignité qui lui était due. J'ai vu un peuple braver sa peur, ancrée pourtant depuis des années. Je n'ai rien dit mais j'ai espéré avec lui. » (p.33)
- Beyrouth 2020 . « C'est le signe de la présence du Seigneur ! » J'ai entendu ce témoignage des dizaines de fois. Là où j'aurais de mon côté, constaté cyniquement l'absence d'un dieu dans ce nouveau drame qui s'abattait sur le Liban, elles [les sœurs] voyaient le signe de sa présence dans tout ce que cela avait déclenché d'altruisme et d'entraide. » (p.62)
Mise à jour : Lundi 4 Novembre 2024, 17:18
Denyse
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Jeudi 17 Octobre 2024
La première histoire
LA PREMIERE HISTOIRE
Frédéric GROS
Ed. Albin Michel, 2024
201 p.
Cette « première histoire » se déroule dans les années 40 après J.C.
Paul et Barnabé, disciples de Jésus commencent leur mission d'annonce de la Bonne Nouvelle de l'Evangile à travers l'Anatolie. Ils y mettent beaucoup d'ardeur malgré les risques de persécution.
Une jeune fille, Théoklia, que sa riche famille de Konya en Turquie pousse au mariage, écoute les paroles de Paul . Elle est subjuguée, tant par le message chrétien ... que par Paul lui-même ! Elle veut le suivre contre vents et marées.
Sa foi serait-elle déjà plus forte que celle de Paul un peu déconcerté par l'ardeur de Théoklia ?
La jeune fille va connaître le rejet de sa famille, les persécutions, vivre d'extraordinaires miracles.
Cette histoire sous forme romancée mais aussi bien documentée, d'une lecture facile et agréable, est-elle authentique ? On fête sainte Thècle en Espagne le 23 septembre et son existence est historiquement attestée. Qu'importe. Sa vie reflète en tous cas, très certainement, l'ambiance de cette époque ardente et éprouvante vécue par les premiers chrétiens et si vitale pour l'avenir de cette jeune Eglise. Théoklia a été oubliée, peut-être volontairement « censurée par les autorités mâles » qui n'acceptaient guère que des femmes prétendent enseigner et baptiser: « la première martyre, celle qui leva le peuple des femmes, on l'a refoulée, occultée, dissimulée. » (p.198).
La fête de la Toussaint nous rappelle combien nous sommes redevables à ces innombrables disciples qui, à travers les âges, ont porté jusqu'à nous, parfois au prix de leur vie, le message de l'Evangile.
DG
Denyse
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Mercredi 09 Octobre 2024
Le Labyrinthe des égarés
LE LABYRINTHE DES EGARES
L'Occident et ses adversaires
Amin MAALOUF
Ed. Le Livre de poche, 2024
435 p.
En ces temps de conflits multiples à travers le monde, dont certains nous touchent de près, ce livre d'Amin MAALOUF nous offre une meilleure perception de leurs causes et conséquences et ainsi de comprendre pourquoi l'Occident se trouve aujourd'hui confronté à de nombreux rapports de force et de menaces.
L'auteur s'attache en particulier à l'observation de quatre pays :
-
le Japon qui fut le premier pays d'Asie à défier l'Europe et qui s'est développé à une vitesse stupéfiante,
-
la Russie et son effondrement qui cherche désormais coûte que coûte à s'imposer,
-
la Chine , son histoire et ses traditions complexes, qui défie le monde,
-
les Etats-Unis devenus, au fil des guerres, la première superpuissance planétaire.
Nous sentons bien actuellement, à travers l'actualité, la grande fragilité des relations entre pays, les énormes tensions sans cesse dans l'imminence du pire et cela malgré le désir de paix de la plupart des peuples.
On a pu être surpris par le déclenchement de la guerre en Ukraine, on ne l'est guère dans le conflit entre Israël et la Palestine. Les racines de ces douloureux bouleversements sont profondes et on peut comprendre après tant de désastres et tant de victimes, qu'il n'est pas si simple de se mettre autour d'une table pour négocier.
De nombreux documents sur ces sujets graves et sensibles sont disponibles en librairie avec des approches géographiques, historiques ou humaines.
Le livre d'Amin Maalouf n'est pas exhaustif et s'en tient à l'Histoire mais il a le mérite de nous donner un aperçu accessible de ces pays et des mécanismes et enjeux politiques auxquels doit se confronter l'Occident du XXI°siècle.
Nous nous sentons généralement impuissants face à de tels conflits mais nous avons le devoir de nous informer le plus objectivement possible afin de pouvoir, en connaissance de cause, apporter notre contribution à la paix par des paroles et par des actes si modestes soient-ils.
DG
Extrait
"Quand on se penche, comme je le fais dans ce livre, sur des siècles d'histoire tumultueuse entre l'Occident et l'Asie, il ne sert à rien de spéculer sur ce qui se passera dans un an, dans dix ans ou dans trente ans. Mieux vaut se borner modestement à apprendre, à observer, à réfléchir, en espérant que la sagesse finira par prévaloir, et qu'elle dissuadera les uns et les autres de marcher vers l'abîme." (p.315)
Mise à jour : Mercredi 9 Octobre 2024, 21:20
Denyse
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Mardi 01 Octobre 2024
Des femmes et des dieux
DES FEMMES ET DES DIEUX
Kahina BAHLOUL
Floriane CHINSKY
Emmanuelle SEYBOLT
Ed. Les Arènes, 2021 - Coll. Proche 277 p.
Les rencontres interreligieuses sont de nos jours assez fréquentes et c'est heureux. Ce qui est moins fréquent c'est de rencontrer autour d'une même table trois femmes ministres du culte : Floriane rabbin, Kahina imame et Emmanuelle pasteure.
A la suite d'une émission de radio où elles avaient été invitées, elles se sont revues, ont participé ensemble à leurs offices ou à des séminaires, partageant leurs joies, leurs difficultés, leurs questionnements. L'idée leur est venue d'écrire un livre à trois voix afin de partager plus largement leurs réflexions.
Un premier chapitre présente les trois parcours de ces femmes et l'origine de leur vocation.
Puis la question d'un patriarcat plurimillénaire est soulevé. C'est certainement pour la pasteure que l'accession au ministère pastoral a été le plus facile même s'il a fallu attendre 1966 pour une autorisation officielle. Mais dès le début de la Réforme « des femmes prêchaient et animaient des réunions de prière ». Cette mission étant toujours en réponse à un appel.
« Dans la tradition juive, une grande place est accordée à l'initiative individuelle,on trouve peu de hiérarchie ». L'ordination rabbinique assure cependant une certaine compétence et autorité lors de célébrations. .. « Actuellement le judaïsme français est en voie d'intégrer les évolutions récentes en matière d'égalité hommes-femmes »
Dans l'islam d'aujourd'hui, de jeunes prédicateurs fondamentalistes dénient à la femme tout rôle important dans la société et particulièrement dans le domaine religieux. Apparaît un désir d'entendre plus de femmes s'exprimer (islam libéral). D'ailleurs, dans le Coran, Marie occupe une place non négligeable.
Ce livre en forme de conversation va aborder les principaux piliers de ces trois religions, la question du féminisme, la place du corps, la part du divin, la question du sacré.
Cela donne un éclairage fort utile de nos jours sur les religions et ses diffèrentes approches et remet à leurs places des idées fausses.
L'approche féminine donne à ce document une couleur particulière où bien évidemment est mise à sa juste valeur la place de la femme dans le monde d'aujourd'hui.
DG
Denyse
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Dimanche 22 Septembre 2024
Jacaranda
JACARANDA
Gaël FAYE
Ed. Grasset 2024
281 p.
On n'a pas oublié le premier roman de Gaël Faye , « Petit pays » paru en 2016 et devenu célèbre tout autant que son auteur (voir recension sur ce blog), qui avait été couronné de treize prix littéraires.
Toujours sous forme de roman, Gaël Faye évoque avec art et douceur dans ce livre la tragédie vécue au Rwanda par les Tutsi massacrés par les Hutu, guerre ethnique effroyable qui a laissé pendant des années la population sans voix. Impossible de dire l'indicible.
Le jeune Milan qui n'a pas connu cette guerre est confronté au silence de son passé, de l'histoire de sa mère qui se tait. Il se rend à plusieurs reprises au Rwanda, là où vit sa famille qu'il ne connaît pas et dont il cherche à recueillir les témoignages. Mais pour ouvrir les cœurs et les blessures, Milan devra être patient, s'intégrer doucement, être rejeté parfois. Il rencontre la petite Stella cachée dans le jacaranda , son arbre fétiche. Et puis un jour, ce qui ne pouvait être révélé dans l'intimité, est proclamé lors d'un grand rassemblement où chacun revit l'insoutenable passé et d'une certaine façon s'en libère tant le désir d'apaisement est fort.
Le pays et ses habitants, génocidaires ou victimes, est en marche vers le pardon mais il faudra encore du temps pour que cicatrisent de telles souffrances.
DG
Extrait (p.126-127)
« Ceux qui nous tuaient étaient des gens que l'on connaissait, nos voisins, nos amis, nos collègues, nos élus. La première personne que j'ai vu mourir, c'était le vieux Berkimas qui vivait là-bas, près de la rivière. Il était assis dans l'herbe en train de prier. Quand ils l'ont aspergé d'essence et brûlé, il n'a pas bougé, il continuait de prier, assis au milieu de la cour. Puis j'ai vu Oncle Bertin et Tante Godelieve se faire découper à la machette... Il y avait des tueurs partout sur la colline, des barrages sur les pistes, des coups de sifflet, des chiens qui aboyaient. Ne sachant pas où aller, nous sommes retournés chez nous. La maison était en feu. »
Mise à jour : Vendredi 25 Juillet 2025, 14:56
Denyse
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REGLE de SAINT BENOÎT RB 66
REGLE de SAINT BENOÎT - Texte et commentaires
RB Prologue et ch. 1 à 65 : voir archives - rubrique 08
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RB 66 - Les portiers du monastère

© D.G
On placera à la porte du monastère un sage vieillard qui sache recevoir et rendre une réponse, et d’une maturité qui le préserve de l’oisiveté.
Le portier doit avoir son logement près de la porte, afin que ceux qui surviennent trouvent toujours quelqu’un pour leur répondre. Et aussitôt qu’on aura frappé ou qu’un pauvre aura appelé, il répondra Deo gratias , ou Benedicite . Puis, avec toute la mansuétude qu’inspire la crainte de Dieu, il répondra en hâte avec toute la ferveur de la charité.
Si le portier a besoin d’aide, on lui adjoindra un frère plus jeune.
Le monastère doit, autant que possible, être disposé de sorte que l’on y trouve tout le nécessaire : de l’eau, un moulin, un jardin et des ateliers pour que l’on puisse y exercer les divers métiers à l’intérieur même de la clôture. De la sorte les moines n’auront aucune nécessité de courir au dehors, ce qui n’est pas du tout avantageux pour leurs âmes.
Nous voulons que cette Règle soit lue souvent en communauté, afin qu’aucun frères ne s’excuse sous prétexte d’ignorance
On pourrait penser que la fonction de portier (comme l'est celle du concierge dans un immeuble) n'est pas très valorisante. Pourtant,on connaît des abbés de monastère devenu portier.
« Un sage vieillard » : souvent attribué à des moines d'un certain âge parce que ce travail ne demande pas d'efforts physiques, ce poste exige beaucoup de sagesse, de sens de l'observation, la possibilité de renseigner le tout-venant, de répondre au téléphone, d'accueillir qui se présente et de l'orienter...
« Maturité, mansuétude, charité... » Ce n'est pas donné à tout le monde. Il va rendre, par sa présence, de multiples services qui éviteront souvent de déranger un autre moine.
Quel accueil faisons-nous en ouvrant notre porte à quelqu'un qui frappe ou en répondant au téléphone ?
Bienveillance....
La devise des moines : accueillir toute personne comme le Christ.
« La rencontre de Dieu pour bien des hommes a commencé par la rencontre d'un homme rempli de Dieu... La douceur est une des caractéristiques du visage de Jésus dans sa Résurrection. Il se manifeste dans la sérénité, la paix, avec une tendresse accomplie envers ses apôtres et ses disciples... C'est de cette douceur-là qu'il s'agit en saint Benoît : pas seulement l'affabilité naturelle et acquise, pas seulement la réserve et le tact dus à la bonne éducation, mais un reflet du visage pacifiant de Jésus-Christ. » (p.643)*
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* Cf. Texte et commentaires de la Règle dans « Quel est l'homme qui désire voir des jours heureux » – P.Denis HUERRE Ed. Saint Léger 2023
Mise à jour : Dimanche 22 Septembre 2024, 11:29
Denyse
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