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John Bradburne - Une Vie

 John Bradburne - Une vie

 Didier RANCE
 Ed. Salvator, 2019 - 173 p.

                   
 
                                                       
Didier RANCE a été pendant près de trente ans au service des chrétiens persécutés au sein de l'Aide de l'Eglise en détresse (AED). Il s'intéresse beaucoup à la vie des saints et martyrs et ses publications en témoignent. Il vit à Nancy et il est diacre. Plutôt qu'une lecture critique et des extraits du livre comme habituellement sur ce blog, est proposé exceptionnellement ci-dessous un large résumé de la vie de John Bradburne d'après le livre "John Bradburne, une vie." Avec l'accord,  et certaines précisions de l'auteur, que je remercie.

John Randal Bradburne est né en 1921 en Angleterre d'un père ecclésiastique anglican et d'une mère originaire d'Inde. D'une fratrie de cinq, les enfants vivent librement à la campagne, John ayant une prédilection (qui lui restera) à grimper aux arbres. Sa petite enfance est heureuse. Mais en 1929, il entre comme interne dans une école qui se trouve à une centaine de kilomètres de chez lui; il est au désespoir. A 12 ans, il est devenu un "vrai sauvageon". Il se passionne pour la littérature, le théâtre, la musique, pratique le rugby mais sans briller particulièrement. Ce qu'il préfère c'est "s'installer au sommet d'un grand pin de trente mètres pour admirer la campagne alentour et la mer..." . John est plutôt indifférent à la foi chrétienne mais "cache une peur étrange et morbide de la mort". 

En 1939, à 18 ans, il est enrôlé pour partir à la guerre. John participe à de violents combats en Malaisie et Birmanie, puis embarque pour Bombay. Ses excentricités déconcertent ses amis. Atteint de paludisme, rapatrié sur Sumatra, il est entre la vie et la mort. Il a comme une vision d'un au-delà. Rétabli, "le désir de Dieu le travaille désormais, qui s'exprime d'abord dans l'admiration de la nature et le silence". Avec son ami catholique Dove, il discute de religion et se considère comme fermement anglican. John traverse une période orientale où il s'intéresse aux mantras répétitifs puis envisage une carrière ecclésiastique anglicane. En 1943, il intègre à nouveau les champs de bataille en Inde contre les Japonais. Dans un courrier à ses parents, John précise qu'il veut se donner à Dieu seul, qu'il ne lit que la Bible. Sur la guerre, pas un mot. Il la vit dans une sorte d'inconscience. En 1945, un navire le ramène en Europe...
La période de 1945-1962 est pour John celle d'un vagabond qui ne sait que chercher : Dieu ? le mariage ? un travail ? Avec l'aide de quelques amis et une visite à l'abbaye bénédictine de Buckfast, il cherche à mieux connaître la religion catholique mais s'alarme de contrarier sa famille. Maladroit, gaffeur, il conquiert son entourage par sa gentillesse et son humour.

En 1947, John est reçu dans l'Eglise catholique et fait sa première communion. Il espère que sa fin sur terre sera celle d'un martyr. Il se pose la question d'une vie monastique puis enseigne dans une école de garçons avec qui il a un bon contact. Il écrit des poèmes, découvre saint François d'Assise , accompagne son ami John Dove à Lourdes où il est très impressionné. Il fait un essai infructueux à la Chartreuse de Parkminster. Se sentant une vocation envers Israël, Il part vers Jérusalem via Rome. Il va découvrir Nazareth, Tibériade...Comme il l'écrira, il s'en remet à Dieu pour tout, ne se souciant guère du lendemain. Il fait de petits travaux de cueillette, de jardinage. On lui propose de rejoindre les Pères de Sion. Pour étudier, il doit rejoindre Louvain mais n'arrive pas à s'adapter et veut retourner en Terre Sainte. Il se rend à pied en Italie et s’y arrête.  En 1952, il arrive à Assise et met ses pas dans ceux de François, va à la messe et joue de la flûte pour gagner quelques lires. Sa bonté, sa simplicité, sa pauvreté étonnent. Il multiplie les petits travaux ici et là. Il vit une année entière dans la tribune d’orgue d’une Église et devient un dévot de la Vierge Marie. Il est heureux et conscient de ses faiblesses. Bien des gens voient déjà en lui un saint. En 1953, son père décède et John rentre en Angleterre, voudrait à nouveau être admis à l'abbaye de Buckfast mais son originalité laisse les moines sceptiques. John s'installe alors chez des amis dans une cabane au fond de leur jardin.  Puis dans un grenier et repart en mendiant. Il prie, il chante, cueille des fruits, marche en forêt. Il connaît aussi des périodes de grand désarroi. Il est incapable de se fixer et donne bien des soucis à ceux qui l'hébergent. En août 1962, il part pour l'Afrique où il rejoint son ami John Dove , missionnaire en Rhodésie  qui espère lui confier quelques services. Mais malgré une réelle bonne volonté, John n'a aucun sens pratique. Que faire de lui ?

Un franciscain, le père Gildea, l'emmène avec lui dans sa mission. Il a remarqué que " John a l'art de mettre toujours les autres à la première place, de distinguer ce qu'ils ont de meilleur et de le souligner." John se fait vite des amis parmi les Africains. La prière et la contemplation sont toujours premières pour lui tout en voulant se rendre utile au dispensaire, ce dont il n'est guère capable. Il a besoin de solitude. Et ce qui compte d'abord pour lui, ce sont les pauvres pour qui il est prêt à tout. Il commence à être connu des médias. Pour ne pas être envahi, il accueille une colonie d’abeilles dans sa chambre et cela éloigne les gêneurs ! Il repartira à Londres, puis à Jérusalem où il chante les Lamentations de Jérémie devant le Mur, à Rome, en Lybie et revient à Salisbury. Il a une grande dévotion à Marie.  Fin 1968, il apprend qu'il y a une colonie de lépreux dans le pays, à Mtemwa . Il en est très perturbé. Il s'y rend avec une amie et ce qu'ils y "découvrent est effroyable : des hommes et des femmes aux visages et aux membres que la maladie a déformés... la crasse...des plaies non soignées..." 
Pour John, c'est insoutenable et il veut rester là au milieu des lépreux. C'est un appel de Dieu très fort. On confie à John la responsabilité du centre, à l'exception des questions médicales. Sur ce lieu, tout est à faire y compris apprivoiser les lépreux habitués à être traités comme des animaux.John connaît, dans ses débuts à Mtemwa, une des périodes les plus heureuses de sa vie. Il est désormais les "yeux, les mains, les oreilles de ceux qui en manquent", écrit-il. Ses journées sont bien remplies à un rythme immuable où alternent les temps des offices et l'aide aux malades (repas, distribution de médicaments, soins, aménagements) . Toujours avec le sourire  et bonne humeur. Le dimanche, il anime le service dominical dans la nouvelle chapelle. Sa joie et son exubérance frappent ses visiteurs. Il est envisagé que  son action s'étende à toute la Rhodésie. "En fait, John a réalisé son rêve : être à la fois ermite et poète pour Dieu seul, et serviteur des plus pauvres des pauvres, la nuit dans la prière, le jour dans le Centre pour lépreux."

Il connaît aussi des oppositions et il est contraint, à la grande tristesse de ses amis lépreux, de quitter le Centre. Il s'installe sous tente au bord de l'eau et se remet à écrire des poèmes – des centaines, surtout religieux. Abandonnés à leur sort, l'état des lépreux se dégrade. John se sent impuissant et tombe dans une profonde dépression. Comment aider ses amis, jusqu'où aimer ses ennemis ?
En 1976, la guérilla aggrave les souffrances locales : malnutrition, menaces , assassinats, massacres de missionnaires. En 1977, John Dove revêt son ami de l'habit franciscain. John Bradburne rayonne de joie. Il peut aussi reprendre son travail au service des lépreux. Fin 1977, la guerre redouble. Les visites de quelques amis courageux cessent et John est plus seul que jamais. En 1978, il tombe malade; hospitalisé à Salisbury, il est entre la vie et la mort mais se rétablit à la surprise des médecins. Contre avis médical, il est de retour à Mtemwa. Son amie Luisa Guidotti, consacrée et médecin, qui vient toutes les semaines soigner les lépreux au Centre, est assassinée (son procès en béatification est aujourd'hui bien avancé).

Menacé, John ne se résoud pas à quitter Mtemwa. Il est cependant de plus en plus anxieux et demande aux lépreux de prier pour lui. Le dimanche 2 septembre 1979, John est enlevé par des mujibhas qui l'emmènent à pied à une dizaine de kilomètres. Il est épuisé et demande si c'est là qu'ils vont prier. On se moque de lui, on l'entrave dans une case vide. Le lendemain, les mujibhas l'emmènent dans une grotte. Sur le chemin, John tombe à genoux et prie. Le 4 septembre, le commandant de la zone « juge » John, le sachant pourtant inoffensif. Il décide de le relâcher mais lui demande de partir... en Chine, et donc d’abandonner les lépreux de Mtemwa. John refuse : c'est ici qu'on a besoin de lui. Son sort est scellé.  Il repart avec un groupe de paysans accompagné de deux jeunes guérilleros. L'un d'eux attire John à l'écart et "vide dans son dos le chargeur de sa kalachnikov". John s'effondre. Terrorisés, les paysans veulent cacher le corps, mais d'étranges manifestations lumineuses et un oiseau blanc qui plane dans le ciel les font fuir. Le Père David Gibbs de la mission d'All Souls va à la découverte du corps, le transporte jusqu'à Mtoko et célèbre une messe pour John. Le lendemain, le Rhodesia Herald publie un long article élogieux  sur "John Bradburne, missionnaire laïc, assassiné par les terroristes".

Le lundi 10 septembre 1979, à la cathédrale du Sacré-Coeur, Africains et Européens, archevêques, évêques, prêtres sont rassemblés pour les funérailles de John. Un évènement insolite (du sang qui coule du cercueil) oblige la réouverture du cercueil. Une soeur fait remarquer qu'on a oublié de revêtir John de son habit franciscain. Un habit de l'Ordre est apporté, on en revêt le corps et le cercueil est refermé. Un clin d'oeil de Dieu ?
Le 30 avril 2019, la Conférence épiscopale du Zimbabwe a décidé d'ouvrir la cause de béatification de John Bradburne.

                               

Après son John Bradburne, le Vagabond de Dieu (512 pages, Salvator, 2012), qui a obtenu le Grand Prix Catholique de Littérature en 2013, Didier Rance nous offre ici une Vie brève de cette figure inoubliable. 
                                                                                
D.G
 

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