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Les Bénédictins

 LES BENEDICTINS

sous la direction de Daniel-Odon HUREL

Ed. Laffont, 2020, collection Bouquins
1343 p.

                        

 

Daniel-Odon Hurel est directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'histoire de la tradition bénédictine, en particulier du XVI ième au XIXieme siècle.

Ce titre fort général, « Les Bénédictins », peut laisser supposer au premier regard, comme contenu, un historique de cette famille religieuse complété sans doute par leur spiritualité ainsi que par leur actualité en 2020. Or, en fait, ce travail collectif, où différents auteurs, moines ou chercheurs, ont rédigé les chapitres, a choisi une trame particulière : c’est à partir de la Règle de saint Benoît que les auteurs vont successivement présenter les différents aspects de cette vie monastique autrefois et de nos jours. Cumul intéressant mais périlleux.

La Règle de saint Benoît, souvent commentée, à laquelle les moines ont promis obéissance et fidélité contient l’essentiel des engagements du moine : des détails les plus concrets au but essentiel poursuivi : la quête de Dieu. Cependant, pour qui voudrait découvrir « les bénédictins », comme l'annonce le titre, l’ensemble, volumineux (1343 p.), pourra sembler, en effet, un peu confus, faute de chronologie, du fait de passages historiques dispersés, de thèmes semblant arriver à l'improviste, et du fait des enjeux annoncés par le titre . Comme fil conducteur, s'appuyer sur la Règle qui, elle-même, si elle est un excellent outil, n’est pas un modèle de logique, ne facilite pas la compréhension pour un lecteur découvreur des bénédictins. Mais il faut persévérer dans la lecture... On ne gravit pas une montagne sans effort.

Ceci dit, pour qui connaît la vie monastique, cette approche via la Règle de saint Benoît est intéressante et souligne bien l’importance que les moines y attachent depuis des siècles. Dans leur vie, tout se tient : le travail, la prière, la liturgie, la vie fraternelle, le sommeil, les jours et les nuits…C'est un tissage quotidien sans cesse à remettre sur le métier.

Pour qui connaît la Règle de saint Benoît, ce livre est par contre de lecture aisée et on passe avec curiosité et intérêt d’un chapitre à l’autre sans se lasser, bien au contraire. C'est une sorte de puzzle qui se construit et qui ne donnera qu'à la fin de la lecture une vision d'ensemble.

Chaque chapitre de la Règle est pour les auteurs l'occasion non seulement de le commenter (un peu) mais surtout d'y développer un thème particulier de la vie bénédictine : les sortes de moines, la place de l'abbé, la liturgie, les psaumes, le chant grégorien, le quotidien...

Nous ne sommes, en aucun cas, sur le même registre que les commentaires plus spirituels de la Règle par Dom Delatte, abbé de Solesmes au début du XX°s., que ceux d'Adalbert de Vogüé moine de La Pierre qui Vire et d'Armand Veilleux, élu abbé de Scourmont en 1999, souvent cités par les auteurs de « Les bénédictins », ou celui de Dom Guillaume Jedrzejczak qui fut abbé du Mont-des-Cats (Sur un chemin de liberté). Tous des commentaires de référence.

              

Quand on songe au livre récent de Aquinata Bockmann publié en 2018 , dont le commentaire en 3 tomes suit au pied de la lettre la Règle de saint Benoît, on voit combien l’analyse de cet « outil » monastique, complémentaire de l’Evangile, peut être traité de façon très différente et inépuisable, suivant l’angle d’approche.

Mais on prend goût bien sûr à cette diversité qui permet de mieux connaître un grand ordre religieux sous tous ses angles.

C'est, au final, un livre remarquable, précis, presque technique, extrêmement documenté et qui, tel qu'il est conçu, n'a pas, il me semble, son équivalent. La qualité de la collection « Bouquins » dont la réputation n'est plus à faire, permet aussi une agréable lecture. Donc, à découvrir ! 

On apprécie aussi les larges citations appuyant le commentaire, les annexes à la fin du livre avec le texte latin de la Règle, les cartes, la bibliographie indicative...

Le titre du livre «  Les  Bénédictins » qui nous ouvre à un vaste monde ne recouvre d'ailleurs pas totalement le sujet traité puisque sont inclus cisterciens, olivétains, camaldules…., même si ceux-ci sont nés du tronc bénédictin. Ils partagent en effet la même Règle de saint Benoît mais n’ont pas tout à fait la même vie monastique ni la même histoire. Ils sont évoqués dans ce livre avec leur spécificité. Mais, au-delà des différences,  ce qui unit ces moines et moniales les uns et les autres, c'est bien l'Evangile et la Règle de saint Benoît, sujet premier de ce livre en tandem avec celui des bénédictins.

DG

Extraits

Comment célébrer les vigiles aux fêtes des saints. RB 14

Pourquoi commémorer et célébrer les saints ? … Smaragde au IXième siècle, insiste sur la date choisie pour honorer les saints en tant qu'anniversaire de la naissance au ciel des saints (leur mort) et donc leur absence terrestre. Au début du XVIIIième siècle, dom Calmet [ abbé de Senones] revient sur ce symbole que représente le choix de prendre la date de la mort, celle-ci étant la naissance à la vraie vie... La dévotion sanctorale est essentielle. Les fêtes des saints servent à honorer les saints et inciter les hommes à les imiter... Dans cette dynamique, il n'est pas surprenant que le calendrier monastique s'enrichisse peu à peu des saints issus de ce monde mais aussi de l'Eglise universelle. » (p.373-375)

De la tenue pendant la psalmodie. RB 19

« L'attention portée aux psaumes accorde l'esprit à la voix, la bouche chante ce que la pensée a considéré. Psalmodier n'est pas seulement dire les psaumes, mais garder la constante relation de la voix à l'esprit... Une psalmodie attentive est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante, le moine doit faire concorder son être le plus intérieur avec la parole sacrée. Ainsi en va-t-il ensuite de toute la liturgie qui ne lui est pas extérieure, mais ordonne, nourrit et conditionne sa vie monastique. »(p.440)

Des outils et des objets du monastère. RB 32

« Le chapitre 32 de la Règle bénédictine montre l'importance accordée par son rédacteur à l'organisation des choses matérielles. Rien de la vie quotidienne n'est laissé au hasard et sans doute avait-il compris par son expérience, qui parle certainement à travers ces lignes, l'importance d'encadrer les aspects matériels de la communauté dont le mauvais fonctionnement pouvait avoir des effets négatifs sur la vie spirituelle... Le vivre-ensemble d'une communauté sur la durée devra aussi sa qualité au déroulement sans accroc du temporel avant d'être un modèle d'amour évangélique. » (p.617)

« L'autarcie économique des monastères bénédictins du haut Moyen-Âge n'était pas seulement le résultat d'une objective prudence, mais bel et bien la traduction d'un souci d'autonomie réelle... pour éviter aux moines d'avoir à chercher au-dehors ce qui leur serait nécessaire... Bien qu'irréalisable dans son plein et entier idéal, l'autarcie demeure pour les monastères une tendance forte influencée aussi par les normes économiques de chaque époque. (p.619) »

Le réfectoire. RB 35

« Le réfectoire est un lieu régulier important, peut-être le plus important après l'église, car tous les moments du repas monastique sont réglés, contrairement au temps du sommeil qui ne peut qu'échapper au contrôle. Avec ses codes, ses procédures, sa part de lectio divina, le repas est aussi un moment chargé d'un symbolisme fort. Participer à la dernière Cène, n'est-ce pas un aspect primordial de l'imitation de Jésus-Christ, si chère aux moines ? » (p.670)

 

 

 

 

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Denyse dans 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Lu 263 fois - Version imprimable
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