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Pérégrinations (1723-1747)

 PEREGRINATIONS (1723-1747)

 Vassili GRIGOROVITCH-BARSKI

 Editions des Syrtes, 2019
 548 p.

                           

« Marcher inlassablement, dormir à même le sol, ne pas manger à sa faim, invoquer Dieu dans la tempête, s'effondrer, tomber malade, se faire rouer de coups et déposséder par des brigands, apprendre les langues étrangères, s'ouvrir au monde, s'instruire, se découvrir soi-même par la même occasion... tel fut le quotidien du voyageur au long cours Vassili Barski, de 1723 à 1747. » (Introduction - p.7)

Ce récit écrit au jour le jour, par ce pèlerin né à Kiev (Ukraine) , n'est pas banal. Pendant 24 ans, Barski va en effet voyager à travers l'Europe et le Proche-Orient, à pied et sans bagage, s'en remettant à l'aumône pour survivre et à la bienveillance de chrétiens pour l'héberger.

Son but essentiel est de découvrir tous les monastères et lieux saints  qui sont sur sa route et de le vivre avec foi.
Mais il observe aussi avec précision la nature environnante, les hommes, les monuments religieux ou profanes qu'il décrit avec une minutie extrême, de la même façon qu'il tient ses cahiers chaque jour s'adressant à un futur lecteur. Il compte d'ailleurs rapporter toutes ses observations dans son pays d'origine. De toute expérience, il rend grâce à Dieu.

On est réellement touché par sa foi profonde qu'il faut aussi replacer dans le contexte de son époque. L'église orthodoxe est en position de faiblesse, face à la montée de l'uniatisme ( Vassili ne porte pas dans son cœur les gréco-catholiques !) et sous la domination musulmane, pas loin d'être considérée par l'auteur comme Satan en personne. La tolérance religieuse n'est pas chez lui, d'actualité. Mais il s'intéresse à toutes pratiques et recherche de la compagnie pour la route. Il est en effet prudent de ne pas voyager seul.

Il va traverser l'Ukraine, l'Italie, les Iles grecques et Constantinople, le Mont Athos où il fera plusieurs séjours, la Terre Sainte, l'Egypte, le Liban, la Syrie, Chypre...
C'est le voyage le plus long de la littérature slave de l'époque et pour nous lecteurs, c'est aussi une longue marche à ses côtés. On y vit ses découvertes, ses émerveillements, une certaine monotonie des jours malgré l'imprévu. Intelligent et cultivé, il ne craint pas un peu d'opportunisme pour se faire accueillir par les autorités du monde religieux orthodoxe en particulier;  mais s'il profite largement de leurs bienfaits, il sait leur en être reconnaissant ainsi qu'à Dieu.

Le livre est agrémenté de quelques dessins un peu naïfs mais explicites réalisés par l'auteur.

Un réel plaisir de lecture qui nous plonge dans un autre siècle, un autre monde et où on chemine, comme l'auteur, en observateur partageant peu à peu sa passion d'un tel pèlerinage où le temps ne compte plus. La foi de Vassili dans sa simplicité et sa discrétion est constamment présente et finit par atteindre son but : nous séduire et nous rendre admiratifs de tous ces témoignages de foi sur le chemin du pèlerin et dans les lieux saints et monastères.

DG

Extraits.

Au Mont Athos ,Barski visite les vingt monastères, séjournant dans chacun une nuit ou deux .

Monastère de Simonopetra.

Ce monastère est très étonnant de par son architecture et sa situation... Le lieu est disposé ainsi : une colline de pierre, haute, séparée des montagnes, une falaise escarpée dominant la mer, sous le sommet de la montagne. Sur cette falaise est installé le monastère de la même façon que saint Paul, avec cinq étages de cellules les unes au-dessus des autres, cependant la fondation est encore plus haute et l'architecture encore plus admirable... Le sol du monastère n'est pas plat, de nos jours encore mais incliné vers le haut ou vers le bas . Il est aussi étroit que la colline ; lorsqu'on regarde du haut des cellules les plus élevées, on a le cœur chaviré à cause de la hauteur... Il y a beaucoup de moines et ceux-ci sont grecs. Ils vont chercher de l'eau au loin, au sommet de la montagne... Leur belle église, dédiée à la Nativité du Seigneur Christ … est recouverte de plomb, et à l'intérieur, décorée de fresques avec un pavement de marbre et des lampes. Ce monastère est magnifique et d'architecture merveilleuse, abondant en nourriture...J'y passai la nuit. (p.168)

A Jérusalem.

Tandis que le jour recevait les premiers rayons du soleil, nous entendîmes la sainte liturgie dans l'église Saint-Constantin, puis on y célébra l'office des collybes [gateaux sucrés bénis dans l'église] pour les défunts ; à la fin on nous distribua les collybes et nous reçûmes chacun un verre de vin. Aussitôt après, tous les pèlerins et les nouveaux arrivants, clercs et séculiers, avec les femmes, furent menés au bassin et priés de s 'asseoir en ordre. Le chantre commença à chanter une stichère [tropaires intercalés avec les psaumes] d'une belle voix suave ; debout, au milieu du bassin, arrivent deux moines avec une large bassine et un récipient avec de l'eau chaude et un linge, un troisième portant à la ceinture une serviette ; et de même de l'autre côté. Ils commencèrent à nous laver les pieds, depuis le premier jusqu'au dernier. Le rituel se passe ainsi : le premier se tient prêt avec un linge blanc pour essuyer les pieds, le deuxième porte le récipient contenant de l'eau chaude mêlée à une certaine plante aromatique ; après avoir rempli le récipient, il le pose sous les pieds du pèlerin, quant au troisième, mettant un genou à terre, il saisit d'abord le pied droit, l'enduit de savon et le rince avec de l'eau tiède puis, l'ayant essuyé avec un linge, il l'embrasse. Aux moines, on lave aussi la tête. Les laïcs eux, n'ont pas de baiser ; on lave aussi le pied gauche mais sans l'embrasser, car il suffit d'une fois. Je me mis dans la file des pèlerins à la dernière place ; on me lava et on me baisa les pieds. Alors ne pouvant souffrir si grande humilité et vertu de leur part, je laissai couler mes larmes, dont je ne pus retenir le flot. D'autres pleuraient aussi. Lorsque tous eurent les pieds lavés, on posa devant chaque hadji de l'eau pure et chacun se lava les mains, l'un après l'autre, puis un autre moine suivit, portant une eau parfumée dont il aspergea nos mains et dont nous nous frottâmes le visage. Ensuite, on nous donna une tasse de café et tandis que nous buvions, le représentant du patriarche conversa avec les pèlerins, les congratulant pour leur louable désir de voyager sur les lieux saints et souhaitant que Dieu leur accorde de les visiter et de les vénérer avec crainte, dévotion et foi, et ainsi de suite. Quelques temps après, on nous appela au réfectoire, où on nous offrit une meilleure pitance que la veille car c'était un samedi, et on nous donna du vin en abondance. Nous nous rassasiâmes, glorifiant et remerciant Dieu. (p.213-214)

Denyse dans 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Lu 115 fois - Version imprimable
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