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 Introduction à la vie priante

Dom Olivier QUENARDEL, Abbé de Cîteaux

Entretiens avec Véronique Dufief 

Préface du Frère Aloïs, Prieur de Taizé.

 Ed. L’Echelle de Jacob, 2011

223 p.

                    

Entré à Cîteaux, abbaye de moines trappistes, depuis près de 50 années, Dom Olivier Quenardel en est le Père Abbé depuis 1993.

               
                 Abbaye Notre-Dame de Cîteaux (Côte d’Or)

 Les livres sur l’initiation à la prière sont innombrables et de tous styles. Celui-ci sous forme d’interview en rend la lecture plus fluide , et par le témoignage d’une longue vie où la prière est la clef de voûte rayonnante , nous permet d’entrer dans une façon de penser et de vivre à la fois peut être très différente de la nôtre mais en même temps qui nous est offerte presque comme une évidence.

Quand on connaît un  peu Dom Olivier, on sait combien son visage et sa parole s’émerveillent toujours en citant la Parole de Dieu, en la transmettant, en l’éclairant. Avec le même enthousiasme qu’un époux parle de son épouse bien-aimée qui est tout pour lui et qui donne couleur à toute sa vie.

D’ailleurs de nombreux passages sont illustrés de souvenirs de jeunesse qui l’ont marqué durablement. A la fin du document , une table des citations est appréciable.

 - Prière, silence et poésie

 
La vie monastique est nourrie 7 fois par jour de la prière des psaumes, poèmes de louange, d’adoration, de supplication, d’interrogation. Pour le moine, « c’est toute la vie qui devient prière » dynamisée, vivifiée par cette source intarissable . La poésie nous donne parfois les mots qui nous manquent pour exprimer « l’insondable »
qu’est Dieu. Et nous sommes à l’image de Dieu qui continue de nous façonner si nous le laissons œuvrer en nous.

« Le silence nous plonge dans l’adoration » (p.19) tout comme nous restons muets parvenus au sommet d’une montagne et contemplant la beauté de la création… après une rude ascension.

Pour entrer dans la prière, Dom Olivier insiste sur l’importance de notre consentement profond qui vient de notre conviction d’être aimé de Dieu.

« Consentir, donner son plein accord au Mystère de Jésus, le Christ… Tout est là. C’est là tout le sens de notre vie. » (p.27)

                                                                             
                  Saint Benoît

 Et la Règle de saint Benoît donne au moine les outils pour avancer ensemble. Benoît parle même d’armes. Les combats peuvent être rudes, nous le savons bien tous.

Dieu n’attend pas de nous des prières bien faites même si un bon apprentissage peut aider. Mais ne tombons pas dans « le perfectionnisme de la forme » (p.32)

Quelques conseils cependant peuvent être bienvenus : «  Lire à voix haute… S’appliquer à écrire aussi… Calligraphier… » (p.44). Mais on peut ajouter chanter, broder, planter…

« Il prie deux fois celui qui chante bien. » (p.49)

L’amour d’un  père ou d’une mère pour son enfant n’attend pas de grands discours, mais un cœur joyeux d’être aimé et de rendre la pareille avec les petits moyens qui sont les siens.

Chacun ses moyens . Pensons à l’histoire du pharisien et du publicain. Dieu préfère toujours le pauvre. Que serait un amour qui n’attend rien de l’autre ?

 -         La prière et le désir.

Le début du livre nous a déjà bien fait saisir que la prière n’est pas un rite vide, sans répercussion sur tout le reste de notre vie. Elle porte fruits. De même la vraie prière que Dieu aime ne peut naître sans notre désir profond de rencontrer le Seigneur. « Présence douce et captivante » (p.64).  Notre cœur n’adhère vraiment qu’à ce que nous désirons. C’est vrai pour la prière comme de bien d’autres choses.

Sont évoquées les Béatitudes, divine réponse à nos cris. Le désir est inséparable du manque.

« Une seule chose te manque, dit Jésus au jeune homme riche, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras  un trésor dans le ciel ; puis, viens, suis-moi » (Mc10,17-22 – p.71)

Avec Jésus (tout comme dans l’engagement du mariage d’ailleurs), il faut « oser prendre un autre chemin, aller vers de nouveaux horizons, purifier son cœur, simplifier son esprit. » (p.71)

Saint Paul, « homme de feu, saisi par le Christ,… nous invite à désapprendre pour courir mieux, pour mieux saisir le Christ. » (p.72)

Désirer n’incite pas à tomber dans l’excès « où on a vite fait de s’égarer … D’où l’importance d’avoir un bon maître… quelqu’un à qui parler en confiance. »

« Quelqu’un qui est à soi-même son propre maître, se fait le disciple d’un sot. » (Saint Bernard de Clairvaux, Lettres – cité p.74).

            
                Saint Bernard –Broderie sur chasuble
                Abbaye d’Orval

 Reconnaissons notre fragilité et attention à notre ego ! La Bible nous en offre de multiples exemples.

A ce propos, tout comme Benoît dans sa Règle, Dom Olivier Quenardel appuie ses propos en se référant aux textes bibliques car c’est bien sur eux que se fonde sa foi. C’est une piste à suivre pour nous aussi et on peut se réjouir des groupes bibliques qui naissent un peu partout dans nos paroisses ou communautés.

Le manque de désir (acédie) quand il devient grave a aussi un autre nom celui de dépression. Le monde d’aujourd’hui en sait quelque chose. Il rejoint étrangement (mais ce n’est pas le Père Olivier qui le dit) l’absence de désir chez l’enfant trop gâté qui a tout sans avoir le temps de rien désirer. Le désir a quelque chose même de plus intense que la possession. Et avec Dieu, ne nous étonnons donc pas de notre désir inépuisable. « Je veux voir Dieu » écrivait le Père Marie-Eugène, célèbre carme. (Editions du Carmel, 1998).

« Comment faire face ? En demeurant fidèle aux pratiques habituelles de notre vie… en trouvant des moyens pour se détendre. » Ce que ne savent plus faire les nombreux couples qui se séparent au moindre accroc. « La guérison est dans la fidélité » (p.89). C’est vrai aussi pour la prière.

La fidélité, la conversion nécessiteront certains renoncements, c’est vrai. Entrer dans la vie religieuse, comme dans certaines vies professionnelles très prenantes, comme dans la construction d’une famille,  nécessitent des renoncements parfois très lourds. Mais notre vrai moteur, c’est d’abord l’amour. Ceux qui ont choisi  l’argent ou le pouvoir courent à leur perte.

Phrase désabusée d’un ouvrier ces jours derniers à la TV : «  Notre patron, ce qui l’intéresse, ce n’est pas nous, c’est le cours de la bourse ! ».

 Dans son encyclique écologique «  Laudato, si’ » (= Loué sois-tu !), le Pape François insiste bien sur ce recentrage urgent et indispensable de la création toute entière dont l’homme fait partie.

            
              Le Pape François

 Prière et désert.

Avec le désert, nous retrouvons le silence et le désir. Le désert , lieu de l’illimité, de la faim et de la soif, a toujours attiré l’homme dès les débuts du monachisme. Un peu comme les retraitants qui viennent aujourd’hui nombreux dans les monastères même si leurs motivations sont très diverses.

Voyez comment sont très souvent retranchés au fond d’une vallée, cachés au bout d’une route improbable, de nombreux monastères. On pense à la « claire vallée » de Clairvaux (Aube) dont on fête cette année le 9° centenaire de la fondation de l’abbaye, et à ces forêts, évoquées par saint Bernard, « qui parlent mieux que les livres ».

            Vivre à Dieu seul

Et se tenir en sa présence,

            Tout quitter pour atteindre la paix

            Choisir le silence…                                   -Hymne monastique,   CFC- cité p.114-

             

Abbaye de Fontenay

 Le chartreux donne le témoignage de l’absolu de Dieu en vivant totalement retiré, mais il n’est pas ermite (vocation rare et risquée) et en Chartreuse,  une place est aussi donnée à la vie communautaire. Dieu n’est-il pas Trinité ?

Notre capacité à pratiquer la vie fraternelle est un signe qui ne trompe pas. Quelle chance d’avoir des frères, des sœurs pour nous soutenir , nous encourager, nous relever, nous permettre aussi de manifester notre charité, d’être « lumière ».

La nuit est aussi une forme de désert en contraste avec le jour. La nuit qui seule peut permettre aux bergers et aux mages de voir l’Etoile. « La nuit … moment privilégié…pour ceux qui s’aiment. » (p.123)

La prière au pied de Jésus, comme l’amour humain, peuvent connaître des périodes d’aridité … mais au fond « la prière nous est toujours donnée » (p.129) et comme dirait encore saint Bernard « c’est nous qui n’y sommes pas ».

Une expression de Dom Olivier qui peut nous parler aussi : « Le moine n’en est plus à se tâter pour savoir si, oui ou non, il va aller à la messe ou aux vêpres. Il s’est engagé par amour , et donc il y va. » (p.139)

Epuisée par les tâches de la journée, la maman n’a pas toujours envie de raconter encore une histoire à son enfant avant de dormir . Et pourtant elle y va. Quel doux et précieux moment …

 - Prière et communion

               
       
       Fra Angelico – La Crucifixion (1442) – Couvent Saint Marc- Florence

 «  S’il y en a un qui se donne tout à tous, c’est bien Jésus…On comprend pourquoi un Fra Angelico, dans l’impressionnante Crucifixion de la capitulaire du couvent saint Marc, à Florence, regroupe au pied de la Croix, non seulement la Vierge Marie, saint Jean et Marie-Madeleine, mais aussi saint Augustin, saint Benoît, saint Bernard, saint François, saint Dominique et d’autres encore. A quelques siècles qu’ils appartiennent, tous les membres du Corps du Christ deviennent contemporains les uns des autres par le seul Jésus-Christ, Notre Seigneur. » (p.167)

« Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu… Par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l’activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour. » (Ep 4, 7…16- cité p.168)

 Invicem (= les uns les autres) et solatium (= réconfort, consolation) sont les deux piliers du service fraternel conçu  par saint Benoît et qui tiennent à cœur au Père Abbé de Cîteaux . Il y a depuis longtemps initié le rameau de laïcs cisterciens qui l’a pris comme berger.

 « Eviter tout ce qui peut nuire à la paix de l’âme et engendrer la tristesse… Chacun est appelé à devenir pour ses frères un consolateur, … un homme de réconfort. » (p.170)

             A la mesure sans mesure
             De ton immensité

            Tu nous manques, Seigneur.
            Ta place reste marquée
            Comme un grand vide, une blessure…


            Dans le tourment de ton absence,
            C’est toi déjà, Seigneur,
            qui nous as rencontrés.

            Tu n’es jamais un étranger
            mais l’hôte plus intérieur
            qui se révèle en transparence.

                        Hymne CFC – cité p.189-190
DG.

epuis longtemps                                                                    Photos personnelles-Ne figurent pas dans le livre

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 19:42
Denyse dans 04 - Saint BERNARD - Spiritualité cistercienne - Lu 997 fois - Version imprimable
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