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La Contemplation de Dieu - Guillaume de Saint-Thierry (lecture suivie)

 LA CONTEMPLATION DE DIEU

 Guillaume de Saint-Thierry

 Ed.du Cerf, 1977
 155 p.

                 

Guillaume de Saint-Thierry est né à Liège vers 1085  . Entré au monastère bénédictin Saint-Thierry près de Reims en 1113, avec son frère Simon, Guillaume rencontre Bernard de Clairvaux pour la première fois en 1119 ou 1120. Il naît entre les deux hommes une profonde amitié, qui durera toute la vie. Guillaume souhaite vivre avec saint Bernard à Clairvaux, et entrer dans l'ordre cistercien, mais Bernard estime que son devoir est de diriger les âmes que la providence lui a confiées. En 1121, Guillaume est élu abbé de son abbaye, près de Reims. C'est là qu'il compose ses deux premiers traités : De contemplando Deo (De la contemplation de Dieu) et De natura et dignitate amoris (De la nature et de la dignité de l'amour) .
Il renoncera à son titre et rang d'abbé bénédictin en 1135, et sera admis comme cistercien à l'abbaye de Signy dans les Ardennes. Il y restera jusqu'à sa mort en 1148.

                 

Guillaume de Saint-Thierry – Signy l'Abbaye

 « La contemplation de Dieu » …

 Voilà un titre bien ambitieux. Qu'est-ce que contempler  ?

Contempler, c'est voir ; c'est prendre son temps pour observer avec admiration. Alors contempler Dieu ? Cela fait songer à un très beau livre sur ce sujet du P. Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, carme, qui a intitulé un de ses livres : « Je veux voir Dieu ».

En fait, il s'agit avant tout d'un désir, d'un but poursuivi notamment par moines et moniales qui y consacrent leur vie. C'est une quête, une recherche quotidienne dans les Ecritures, les sacrements, la prière mais aussi dans les relations fraternelles. Mais voir Dieu ? Est-ce possible ? « On ne peut voir Dieu sans mourir » pensait le peuple d'Israël. Effectivement, notre marche terrestre va nous permettre, peut-être, et avec sa grâce, d'approcher Dieu. Marche d'approche donc. Mais ce n'est qu'au-delà de notre mort, que nous verrons Dieu. Nous sommes pour l'instant « à l'ombre de ses ailes » dit le psaume ; la pleine lumière est pour plus tard. Mais peut-on au moins entrevoir cette lumière dès maintenant ?

La prière n'est pas toujours une pratique facile, nous le savons bien. Mais c'est le chemin du désir et de la rencontre, avec toutes ses limites.

Dans le traité de Guillaume de Saint-Thierry , il ne s'agit pas de l'exposition d'une méthode, mais d'aller directement au cœur de la démarche avec ses hauts et ses bas. L'auteur va nous faire goûter cette approche, notant par écrit sa prière et ses pensées vers Dieu, dans un élan très fort mais aussi conscient de ses pauvretés et de son incapacité le plus souvent à gravir cette montagne divine.

Comme l'a fort bien dit saint Bernard de Clairvaux, la présence de Dieu en nous est le plus souvent imperceptible, à peine ressentie qu'elle s'est déjà éloignée. Insaisissable et pourtant bien existante.

Bien des témoins d'hier et d'aujourd'hui sont là pour l'attester.

 Pour cette lecture de « La contemplation de Dieu », est proposée ici une transcription personnelle plus accessible, avec des mots actuels, tout en s'efforçant de rester fidèle au texte auquel on peut évidemment toujours revenir. On perd toujours un peu de la qualité du texte original en le modifiant. Mais plutôt que renoncer à le lire du fait de son style, ne vaut-il pas mieux nous aventurer sur un chemin un peu défriché ?

                                                      * * *

              LECTURE SUIVIE

 1 – Prologue – L'évasion vers Dieu

 Venez, montons à l'écart à la rencontre du Seigneur, afin qu'il nous enseigne son chemin. Attentions, intentions, volonté, pensées, affections, tout moi-même montent vers Dieu qui me voit et peut être vu. Mais laissons de côté soucis, sollicitudes, anxiétés, contraintes. Moi, et l'enfant qui est en moi , ma raison, mon intelligence, hâtons-nous là-haut vers le Seigneur.

Après avoir loué Dieu et l'avoir contemplé, nous reviendrons.

Oui, nous reviendrons parmi les hommes car si l'amour de Dieu peut nous en éloigner, à cause de nos frères, la vérité de l'amour ne permet pas de les abandonner.

Liés à eux par nécessité, ne nous écartons pas trop pour autant de la douceur de Dieu.

                   

2 Désir de Dieu

Seigneur, toi qui es la Vérité, convertis-nous, montre-nous ton visage, et nous serons sauvés. Vouloir voir Dieu... quelle témérité ! Moi qui suis si petit, si pauvre, comment pourrais-je approcher ta vérité et ta sagesse ? C'est être bien présomptueux. Mais tu es bon Seigneur, tu es mon amour, ma vie et ma lumière. Alors, Seigneur, aie pitié de moi.

Seigneur, juste et bon, laisse-moi te contempler et je serai pur. J'ai confiance en toi. Tu es mon sauveur, tu me l'as dit et tu connais mon cœur.

Dis Seigneur, à moi qui suis aveugle et mendiant : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Et tu sais, toi qui donnes tout, alors que jusqu'au plus profond de moi j'ai repoussé les beautés et les douceurs du monde, tout ce qui peut être tentations ou ambition, tu sais ce que te dit mon cœur : « Ma face, mon intelligence, mon cœur t'ont cherché ; ta face Seigneur, je rechercherai. Ne détourne pas ta face de moi ; ne t'éloigne pas de ton serviteur. »

Je manque sans doute d'humilité devant toi mais je sais que, depuis toujours sans te lasser, tu me soutiens et me protèges. Mais c'est par amour de ton amour que je le fais : vois-le, tout comme tu me vois, moi qui ne te vois pas. Tu m'as donné le désir de toi, tu en es la cause et c'est donc que quelque chose te plaît en moi. Et parce que tu m'aimes, tu me pardonnes moi qui suis aveugle ; et tu me donnes la main si dans ma course vers toi, je risque de tomber.

                                    

3Contemplation de l'humanité du Christ

Que ta Parole résonne au-dedans de moi, alors mes yeux intérieurs seront éblouis par l'éclat de la vérité. Comment te voir et vivre ? Envahi par mes erreurs, je n'ai pas encore pu laisser en moi pour toi, toute la place.

Cependant, selon ta Parole et par ta grâce, Seigneur, je me tiens solidement sur le roc de la foi en toi, vraiment près de toi ; grâce à la foi, j'attends douloureusement mais avec patience, ta venue.

Je le sais, ta main me couvre et me protège. Alors je te loue et te rends grâce.

Et quelquefois, dans ma contemplation, j'aperçois le « dos » de celui qui me voit. Alors je m'empresse d'accéder à Jésus, Fils de Dieu dans son humanité.

Mais quand je m'empresse d'accéder à lui, comme cette femme souffrant d'un saignement que Jésus a guéri, je m'efforce de guérir mon âme si misérable en effleurant les franges de son manteau. Ou comme Thomas qui voulait voir Jésus et toucher la plaie de son côté non seulement du doigt mais de la main, entrer tout entier jusqu'au cœur même de Jésus, nouvel arche de la Bonne Nouvelle, contenant la douce manne de la divinité ; hélas, on me dit alors : «  Ne me touche pas » et ce mot de l'Apocalypse : « Dehors, les chiens ! »

                  
                   " Ne me touche pas "  
               DG - d'après un vitrail de J.H Stevens , 1925   

Je dois bien alors constater que je ne suis pas digne d'approcher mon Dieu, que je suis bien inconvenant et bien présomptueux. Et de nouveau, je retourne à mon rocher, mon refuge, tel un hérisson rempli des épines de ses torts. Alors, je le sais, ta main me couvre et me protège. Alors, je te loue et te rends grâce. Cela ranime mon désir; et presque impatient, j'attends qu'un jour, tu enlèves la main qui me couvre et que tu verses sur moi, la grâce qui illumine . Mort à moi-même et vivant pour toi, enfin tu me répondras, me dévoilant ta face. En te voyant, tu toucheras mon coeur. 

                                

 O Face ! Heureux celui qui voit le Seigneur ! Il accueillera en lui le Dieu de Jacob et en deviendra l'image qui lui est montrée sur la montagne. Ici, avec vérité et compétence, je chante : « A toi, mon cœur a dit : ma face t'a cherché ; ta face, Seigneur, je rechercherai.

C'est pourquoi, par un don de ta grâce, je contemple tous les angles de mon humanité et ses limites, et je désire uniquement et exclusivement te voir. Tout mon être verra mon Dieu, mon sauveur. Je l'aimerai, puisque je verrai qu'il est la vraie vie.

Qui pourrait aimer ce qu'il ne voit pas ? Comment pourrait être aimé ce qui n'est pas, de quelque façon, visible ? 

4 – Les perfections divines dans la création

A qui te désire, tu fais signe. Et du ciel et de la terre, par toutes les créatures, ces signes s'offrent et se présentent à moi d'eux-mêmes, ô Seigneur ! Et parce qu'ils te proclament avec plus d'évidence et de vérité, plus ils te rendent pour moi ardemment désirable.

Mais hélas ! Je ne peux pas y goûter pleinement du fait de mes imperfections. En effet, de même que ce que je t'offre ne peut te plaire parfaitement si je ne m'y associe pas tout entier, ainsi la contemplation de tes biens nous rafraîchit-elle sans doute avec douceur, mais elle ne nous satisfait pas parfaitement si nous ne percevons pas ta présence.

Voilà à quoi s'exerce mon âme qui te scrute assidûment ; et, avec ton aide, comme faisant effort avec les pieds et les mains et toute ma vigueur, je tends vers le haut, vers toi, en toi : souverain amour, souverain bien. Mais plus fort je tends, plus durement je retombe bien bas. Ainsi donc, je me regarde et me juge moi-même ; et je deviens à moi-même, à propos de moi-même, une laborieuse et ennuyeuse question.

                    

Cependant, Seigneur, je suis certain, certes avec ta grâce, d'avoir en moi le désir de te désirer et l'amour de t'aimer de tout mon cœur et de toute mon âme. Jusque là, tu m'as fait progresser, jusqu'à désirer te désirer et aimer t'aimer. Mais quand j'aime ainsi, je ne sais pas vraiment ce que j'aime. Qu'est-ce qu'en effet qu'aimer l'amour, désirer le désir ? C'est par l'amour et le désir que nous aimons et désirons. Mais ce n'est pas l'amour que j'aime, mais c'est moi que j'aime aimant, lorsque je loue et aime mon âme dans le Seigneur. Cette âme, je la détesterais sans aucun doute, si je la trouvais ailleurs que dans le Seigneur et dans son amour.

A suivre...

 

 

 

 . 

Denyse dans 03 - La CONTEMPLATION de DIEU - Guillaume de SAINT-THIERRY - Lu 91 fois - Version imprimable
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