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Jeudi 02 Juillet 2020

Marc, l'histoire d'un choc

 Marc, l'histoire d'un choc

 David-Marc d'HAMONVILLE

  Ed. du Cerf, 2019

  398 p.

                                          

 

Cette barque dans la tempête ainsi que le titre figurant sur la couverture nous annonce une lecture qui se veut un peu dérangeante.

Sur le mode de la lectio divina, l'auteur Père Abbé de l'abbaye bénédictine d'En-Calcat, nous propose une lecture intégrale de l'Evangile de saint Marc où par petits groupes de versets, il commente ce texte, témoignage d'un disciple appelé Marc et récit de la vie de Jésus.

La lectio divina est une lecture méditée de la Parole de Dieu pratiquée chaque jour par les moines et moniales, mais aussi par des laïcs, vraie nourriture spirituelle qui permet d'être habité par la vie de Jésus et son message. Jésus devenant un véritable ami à nos côtés quotidiennement.

L'auteur nous en fait, dans son avant-propos, une bonne définition :

«  Ce qui différencie la lectio de l'étude, c'est la liberté qui est instituée dès le départ : il n'y a pas de plan de voyage, pas de programme, aucune digression n'est prohibée, aucun détour n'est considéré comme une errance, aucun retard n'est sanctionné ; cela prendra tout le temps qu'il faut. Toute la personne est convoquée : pas seulement la tête, mais le corps, la mémoire ; pour approcher de la chair du texte, il faut se dévétir soi-même par moments : le « texte » est bien, comme le dit l'étymologie, un textile, un tissu, à ressentir à même la peau. Lire est une expérience transformante. » (p.11)

« L'histoire d'un choc », c'est d'abord celle de Marc confronté à une rencontre hors normes, celle de Jésus, qui va bouleverser sa vie. Son récit des événements, les mots employés, les omissions, les insistances traduisent sa perplexité mais aussi sa conscience d'une (r)évolution capitale dans sa foi en Dieu et en Jésus et d'un message à faire passer.

En relisant avec nous, pas à pas, cette aventure, l'auteur nous invite à regarder paisiblement mais avec un œil neuf le témoignage de Marc, à sortir peut-être de notre routine d'une lecture de textes qui nous semblent connus. Il pointe du doigt , par exemple, des mots qui peuvent sembler anodins (« Et aussitôt... ») mais traduisent au contraire un fait insolite, caractéristique de la personnalité de Jésus. Voilà le choc, la suite de chocs qui peuvent nous interpeller, nous faire sortir d'une rencontre jusque là mitigée, d'une pratique tiède. Quand on a à côté de soi un ami (donc de confiance) particulièrement « battant », il nous entraîne.

La vie du chrétien est-elle « choquante » ? Est-ce qu'elle interpelle, par ses paroles et par ses actes, ceux qu'il côtoie ? « J'avais faim et tu m'as donné à manger …. j'étais malade et tu m'as visité ... »

Mais ici, pas de méditation ni de transposition à nos vies, l'auteur se « contente », dans son livre d'une première étape indispensable dans la lecture de cet Evangile : d'abord lire et écouter attentivement cette vie de Jésus, vrai homme mais aussi Fils de Dieu. C'est d'ailleurs une grande règle à adopter en toutes situations, comme le conseille aussi saint Benoît : « Ecoute » (Règle de saint Benoît - Prologue) d'abord, regarde, goûte, respire, contemple cette réalité et sa part de mystère. C'est vrai en toutes rencontres et infiniment plus vrai face à Dieu qui s'incarne par amour pour l'homme.

On ne se lasse pas de relire une lettre d'amour. L'Evangile, donc la vie de Jésus, en est une. Si on prend le temps de l'écoute et de l'observation, les mots seront révélateurs. Et si nous n'avons pas toutes les clés pour comprendre et adhérer, laissons-nous aider par ceux qui en ont l'expérience. Donc, une bonne raison pour lire ce livre de David-Marc d'Hamonville.

DG

Extraits

- Etre disciple (Marc 2, 18-19) – p.62-64

«  Les scribes des pharisiens viennent d'interpeller les disciples quant au comportement scandaleux de leur maître [Pourquoi Jésus et ses disciples ne respectent-ils pas le jeûne?]...

Jésus répond par un déplacement qui montre le caractère bancal et insuffisant de la question... Au lieu de se focaliser sur les disciples, Jésus renverse le point de vue et oblige à contempler l'étrange maître qu'il est supposé être lui-même... Il emploie trois fois le mot « marié » …

Le premier élément de sa réponse est donc le décentrement qu'il impose à ses disciples : au lieu de se regarder vivre, les disciples doivent regarder et essayer de comprendre leur maître...

Au-delà d'une doctrine à appliquer, la présence au maître, la présence à l'événement que vit le maître, devient la raison d'être d'un disciple authentique. Ainsi la condition de « disciple » n'est pas l'adhésion tout intellectuelle à la doctrine d'un rabbi, mais une véritable suite, un attachement, une présence. »

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Lundi 29 Juin 2020

Saint Syméon le Nouveau Théologien

Saint Syméon le Nouveau Théologien
d'apres une conference de Ana-Maria RADUCAN *

         experte a l'institut du Levant (Bucarest -Roumanie)

«  Où peux-Tu Te cacher, Toi qui remplis de Ta gloire tout l'univers ? »

Saint Siméon le Nouveau Théologien, moine byzantin des X°-XI° siècles, est un saint orthodoxe plutôt atypique, étrange même dans le paysage byzantin. Ses visions mystiques ressemblent beaucoup à celles connues dans le catholicisme, d'un saint Jean de la Croix , d'une sainte Thérèse d'Avila.

Une idée chère à Siméon est que l'expérience spirituelle, expérience de la lumière divine, est accessible à chacun car, grâce au mystère de l'Incarnation ; le Christ se fait homme afin que l'homme puisse devenir Dieu. Ce phénomène est visible surtout dans le sacrement de l'Eucharistie, qui chez Siméon, est un concept central , mais aussi dans le mystère de la recherche et de la rencontre avec Dieu habitant dans la personne elle-même.

Il y a chez lui une certaine rébellion de l'autorité qui lui a valu au cours de sa vie, des accusations d'hérésie et de désobéissance

Son message spirituel et mystique s'est adressé à toutes les couches de la société byzantine de son époque et non pas à un cercle fermé de moines.

La lecture des œuvres de saint Siméon le Nouveau Théologien est un réel bénéfice pour les chrétiens de nos jours qui souhaitent connaître un souffle nouveau et personnel dans leurs expériences spirituelles et qui soit en même temps en concordance avec la tradition à laquelle elles appartiennent.

Siméon fut un vrai leader charismatique de sa communauté qu'il désire réformer... ce qui le mena d'abord à une révolte des moines mécontents.
C'est en exil qu'il écrira son ouvrage le plus important,
Les Hymnes du divin Amour, composé de poèmes en vers d'une remarquable beauté littéraire, très personnels et plein d'originalité autour de deux thèmes fondamentaux : l'amour et la lumière de Dieu avec quelques allusions aux réalités de son temps.

Le mystique est celui qui, après avoir découvert que l'Autre – Dieu ou l'Absolu – est une Personne, se sent uni à Lui par un amour partagé. Mais la divinité ne peut pas être connue comme réalité appartenant à ce monde, car elle transcende les notions d'espace et de temps.

Les termes d'un poème d'amour aident à la rencontre, lumière apparaissant à l'improviste, disparaissant pour revenir encore et conduisant, avec le temps, à l'union mystique.

Dieu se cache, la grâce vient et s'en va, scènario du jeu de cache-cache.

L'idée centrale est qu'en fait ce n'est pas Dieu qui se cache devant les humains, mais ces derniers se cachent de Lui, au sens où Adam s'est caché, par crainte ou par honte, après avoir péché dans le paradis, bien qu'il n'y eut en fait aucune place où il pouvait se cacher, car l'amour divin est irrésistible.

«  Me réfugiant dans mes pensées... il me semblait que je m'étais mis à l'abri et que je m'étais caché de Celui qui est présent partout» (Hymne 11)

* Conférence donnée au skite gréco-catholique de Stanceni (Roumanie) en janvier 2020 et publiée dans la
Revue Mikhtav n°87 – avril 2020 : Lumière, amour et poésie chez Saint Siméon le Nouveau Théologien.

 

 

Mise à jour : Mardi 7 Juillet 2020, 23:04
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Dimanche 14 Juin 2020

Les Psaumes

 Pour lire et prier les psaumes

Michel BERDER – Sophie RAMOND

Editions du Cerf, 2016 
 126 p.

                       

Les Psaumes est un livre de la Bible essentiel dans la vie du chrétien. Des passages en sont cités lors des célébrations eucharistiques, de la Liturgie des Heures . C'est un recueil de 150 poèmes de louange, de supplication vers Dieu, une conversation cœur à cœur dont les mots inspirés par les auteurs nous rejoignent dans toute notre vie. Certains psaumes sont attribués à David mais la plupart des auteurs sont anonymes. On pense pouvoir le dater vers le 3°s. av.J.-C

Destiné à l'origine à être chanté avec accompagnement d'instruments à cordes, le psautier. est à usage liturgique. Ce sont des chants avec leur rythme, leurs refrains auxquels pouvaient s'associer balancement du corps, battements de mains, marches de pèlerinage.

« Le psaume est avant tout un cri de l'homme vers son Dieu. Parlant en son nom propre, le psalmiste, surtout dans les plaintes pour la persécution, parle au nom du peuple. Il glorifie aussi bien les merveilles de la Création que la Toute-Puissance de salut manifestée en faveur d'Israël tout au long de son histoire. Il remercie le Seigneur d'avoir tiré son auteur d'un danger mortel mais lui demande aussi pardon pour une faute commise. Il célèbre l'intimité du juste avec Dieu mais sait également méditer sur la richesse spirituelle de la Loi ou la brièveté de la vie humaine. » (Dictionnaire de la Bible – A.M. Gérard)

En dix chapitres très clairs, les auteurs offrent ici une introduction à la compréhension et à la récitation des Psaumes, que des exercices viennent prolonger afin de goûter cette relation personnelle avec Dieu.

1 - Les grandes attitudes spirituelles dans les psaumes : entre supplication et louange

«  Regarde, réponds-moi, Seigneur mon Dieu ! » (Ps13, 4)

«  Pitié pour moi, mon Dieu dans ton amour

dans ta grande tendresse, efface mon péché » (Ps 50)

Prières de fidélité, de confiance, d'humilité , de lamentation ou de protestation.... En toute situation , les psaumes nous rappellent que Dieu est présent.

2 - Le langage des psaumes : un langage subjectif,relationnel et affectif

«  Pourquoi caches-tu ta face
   et oublies-tu notre malheur, et notre oppression ? » (Ps 44)

C'est un langage concret mais aussi imagé :

«  Que les fleuves battent des mains,

qu'avec eux, les montagnes crient de joie » (Ps 98)

Les psaumes peuvent évoquer des situations authentiques vécues par la psalmiste, mais le texte est suffisamment ouvert pour permettre des évocations autres et actuelles.

«  Jusqu'à quand me cacheras-tu ta face ?

Jusqu'à quand me mettrai-je en souci,

le chagrin au cœur tout le jour ? » (Ps 13)

Refrains, rythmes, répétitions : « Louez-le … louez-le...louez-le .. » (Ps 148) font chanter les psaumes et aident aussi à les mémoriser.

3 – La constitution progressive du psautier

Il a probablement existé diverses anthologies de psaumes, chacune avec sa logique propre mais l'agencement des 150 psaumes n'est pas sans cohérence. Il y a eu des regroupements dont une répartition en 5 livrets visant à modeler le psautier sur le Pentateuque (Moïse a donné les 5 livres de la Torah à Israël). Il y a les cantiques des montées (Ps 120-134) sans doute liés aux fêtes de Jérusalem.

La clôture du psautier manifeste une convergence dans la louange (Ps 148-150).

Le psautier, « livre des louanges », trace un itinéraire spirituel : il invite à se laisser instruire des voies de Dieu pour parvenir à la louange qui unit toutes choses. (p.43)

4 – Les titres des psaumes.

Ils donnent des indications d'ordre liturgique ou musical, renvoient à des noms de personnes, à la vie de David.

5 – Les psaumes et l'histoire

Parce que les psaumes sont enracinés dans l'expérience d'un peuple de croyants, ils font référence à des événements et des situations qui ont profondément marqués la vie du peuple d'Israël. Tel l'Exode souvent rappelé dans les psaumes car associé à l'errance au désert et à la conquête de la terre promise.

6 – Les psaumes et le Proche-Orient ancien

Le psautier de la Bible a construit son répertoire d'images et de métaphores en puisant à différentes sources parfois antérieures de plusieurs siècles.

7- Des psaumes hors du psautier

Ce chapitre s'intéresse à d'autres textes des traditions juives et chrétiennes qui se rapprochent de ces psaumes tant par leur forme littéraire que par leur message spirituel ou théologique :

  • dans l'Ancien Testament : chant de victoire après le passage de la mer Rouge (Ex 5,1-18), le Cantique d'Anne (1 Samuel 2, 1-10), le psaume de Jonas …

  • dans le Nouveau Testament : le Magnificat (Lc1, 46-55), le cantique de Zacharie (Lc1, 68-79), le Notre Père (Mt 6,9-13 ; Lc 11,2-4)

Cantiques de l'Apocalypse , bénédictions et actions de grâce dans les épîtres de saint Paul

8 – Le Livre des Psaumes dans les traditions juives et chrétiennes

  • Les psaumes sont fort utilisés dans les livres de prières juives ou lors de rituels.

  • Dans le Nouveau Testament, les allusions notamment faites par Jésus, au Livre des Psaumes sont fréquentes. Cela fonde d'ailleurs l'autorité des Ecritures.

  • Dans les communautés chrétiennes des premiers siècles, les psaumes étaient lus ou chantés. Saint Jean Chrysostome (5°s.), saint Augustin (5°s.) ont médité et commenté les psaumes ; la Règle de saint Benoît (6°s.) y fait souvent référence étant donné la large place faite aux psaumes dans l'office divin.

  • Dans la liturgie catholique actuelle et surtout depuis Vatican II, la lecture de la Bible a été remise à l'honneur ainsi que la Liturgie des Heures. Un nombre impressionnant de personnes prient les psaumes en différentes langues à travers le monde. Ces textes offrent un terrain privilégié dans les rencontres oecuméniques.

Il est intéressant de souligner que les psaumes ouvrent notre prière à plusieurs dimensions : prière personnelle en mettant en lien notre propre expérience avec celle qu'évoque le psalmiste, prière en union avec le peuple juif, prière avec le Christ qui a lui-même prié les psaumes, prière en communion avec l'Eglise universelle et aux intentions de toute l'humanité.

9 – Les difficultés du lecteur d'aujourd'hui face aux psaumes

Le style et le contenu de certains psaumes peuvent heurter le lecteur :

  • la violence , par des termes qui évoquent des conflits, des guerres, des massacres. Idées de vengeance et de cruauté. Il faut replacer les mots dans leur contexte, mais notre vie n'est pas angélique, coupée des réalités de ce monde et c'est une bonne chose que les psaumes nous permettent d'exprimer tout cela. Dieu se sert de toute notre vie pour se révéler. Ce sont souvent des cris de grandes souffrances .

  • La description des éléments cosmiques, des êtres humains peuvent paraître périmées, mais nous ne sommes pas dans un traité scientifique mais dans un livre poétique écrit il y a plus de 2000 ans au Proche-Orient. Alors laissons-nous aussi dépayser ! Les notes souvent jointes nous seront des aides précieuses.

10 – La postérité des psaumes

Il y a eu et il y a encore diverses traductions : Traduction oecuménique de la Bible (TOB ), la Bible de Jérusalem, la Bible en français courant, la Bible du Rabbinat français, La Bible d'André Chouraqui …

Il y a aussi des réécritures, des textes inspirés des psaumes. La littérature, la musique (en particulier liturgique), l'iconographie (enluminures, peintures, vitraux...), les créations audio-visuelles ont aussi exploité cette mine.

Chaque chapitre est bien développé, détaillé et toujours complété par une rubrique « Pour prolonger la réflexion » qui nous invite à nous pencher nous-mêmes sur certains passages ou certains thèmes.

Une « petite bilbiographie sélective » conclut ce trés bon document de base qui nous permet d'entrer de façon éclairée dans la lecture et la méditation du psautier.  Une pratique régulière nous en fera alors découvrir toutes les richesses.

DG

     

       

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Lundi 01 Juin 2020

15 Paraboles tournées vers l'essentiel

 15 PARABOLES TOURNEES VERS L'ESSENTIEL

 Père RENE-LUC

 Ed.Presses de la Renaissance, 2018

 176 p.

                                         

 

Le Père René-Luc a fondé et anime les jeunes de Capmissio,  à l'école de mission diocésaine de Montpellier. Il y a une dizaine d'années a été publié son premier livre-témoignage Dieu en plein cœur devenu un best-seller.

Dans cet ouvrage, s'inspirant de la pédagogie de Jésus qui parlait en paraboles pour mieux se faire comprendre, l'auteur témoigne à partir de son vécu pour nous mener à l'essentiel de la foi.

Les chapitres sont ainsi intitulés : parabole du phare, du canoé, des étoiles, du chemin, du voilier....

  -  La parabole du soleil ou comment expliquer la Trinité ( p.145....)

L'auteur évoque ici un pèlerinage à Lourdes avec un groupe de jeunes à qui l'accompagnateur explique le mystère de la Trinité, « un mystère dont la réalité dépasse infiniment la capacité de notre intelligence ».

Il s'aide d' une image utilisée par Saint Ephrem, diacre en Syrie au 4°s. : «  Le Soleil, c'est le Père, le rayon, c'est le Fils, et la lumière et la chaleur sont le Saint-Esprit. » Puis en quelques lignes souligne les caractéristiques de chaque élément qui ne sont en fait qu'une seule réalité.

Les chapitres sont brefs, écrits avec simplicité, associant étroitement la foi et la vie. Il aborde ainsi les questions de la prière, de l'écoute, du dialogue inter-religieux, du couple, de la souffrance, du sacrement de réconciliation, du deuil...

Une lecture accessible à tous et qui peut éclairer nos vies.

DG

 

 

 

 

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Mardi 14 Avril 2020

Pérégrinations (1723-1747)

 PEREGRINATIONS (1723-1747)

 Vassili GRIGOROVITCH-BARSKI

 Editions des Syrtes, 2019
 548 p.

                           

« Marcher inlassablement, dormir à même le sol, ne pas manger à sa faim, invoquer Dieu dans la tempête, s'effondrer, tomber malade, se faire rouer de coups et déposséder par des brigands, apprendre les langues étrangères, s'ouvrir au monde, s'instruire, se découvrir soi-même par la même occasion... tel fut le quotidien du voyageur au long cours Vassili Barski, de 1723 à 1747. » (Introduction - p.7)

Ce récit écrit au jour le jour, par ce pèlerin né à Kiev (Ukraine) , n'est pas banal. Pendant 24 ans, Barski va en effet voyager à travers l'Europe et le Proche-Orient, à pied et sans bagage, s'en remettant à l'aumône pour survivre et à la bienveillance de chrétiens pour l'héberger.

Son but essentiel est de découvrir tous les monastères et lieux saints  qui sont sur sa route et de le vivre avec foi.
Mais il observe aussi avec précision la nature environnante, les hommes, les monuments religieux ou profanes qu'il décrit avec une minutie extrême, de la même façon qu'il tient ses cahiers chaque jour s'adressant à un futur lecteur. Il compte d'ailleurs rapporter toutes ses observations dans son pays d'origine. De toute expérience, il rend grâce à Dieu.

On est réellement touché par sa foi profonde qu'il faut aussi replacer dans le contexte de son époque. L'église orthodoxe est en position de faiblesse, face à la montée de l'uniatisme ( Vassili ne porte pas dans son cœur les gréco-catholiques !) et sous la domination musulmane, pas loin d'être considérée par l'auteur comme Satan en personne. La tolérance religieuse n'est pas chez lui, d'actualité. Mais il s'intéresse à toutes pratiques et recherche de la compagnie pour la route. Il est en effet prudent de ne pas voyager seul.

Il va traverser l'Ukraine, l'Italie, les Iles grecques et Constantinople, le Mont Athos où il fera plusieurs séjours, la Terre Sainte, l'Egypte, le Liban, la Syrie, Chypre...
C'est le voyage le plus long de la littérature slave de l'époque et pour nous lecteurs, c'est aussi une longue marche à ses côtés. On y vit ses découvertes, ses émerveillements, une certaine monotonie des jours malgré l'imprévu. Intelligent et cultivé, il ne craint pas un peu d'opportunisme pour se faire accueillir par les autorités du monde religieux orthodoxe en particulier;  mais s'il profite largement de leurs bienfaits, il sait leur en être reconnaissant ainsi qu'à Dieu.

Le livre est agrémenté de quelques dessins un peu naïfs mais explicites réalisés par l'auteur.

Un réel plaisir de lecture qui nous plonge dans un autre siècle, un autre monde et où on chemine, comme l'auteur, en observateur partageant peu à peu sa passion d'un tel pèlerinage où le temps ne compte plus. La foi de Vassili dans sa simplicité et sa discrétion est constamment présente et finit par atteindre son but : nous séduire et nous rendre admiratifs de tous ces témoignages de foi sur le chemin du pèlerin et dans les lieux saints et monastères.

DG

Extraits.

Au Mont Athos ,Barski visite les vingt monastères, séjournant dans chacun une nuit ou deux .

Monastère de Simonopetra.

Ce monastère est très étonnant de par son architecture et sa situation... Le lieu est disposé ainsi : une colline de pierre, haute, séparée des montagnes, une falaise escarpée dominant la mer, sous le sommet de la montagne. Sur cette falaise est installé le monastère de la même façon que saint Paul, avec cinq étages de cellules les unes au-dessus des autres, cependant la fondation est encore plus haute et l'architecture encore plus admirable... Le sol du monastère n'est pas plat, de nos jours encore mais incliné vers le haut ou vers le bas . Il est aussi étroit que la colline ; lorsqu'on regarde du haut des cellules les plus élevées, on a le cœur chaviré à cause de la hauteur... Il y a beaucoup de moines et ceux-ci sont grecs. Ils vont chercher de l'eau au loin, au sommet de la montagne... Leur belle église, dédiée à la Nativité du Seigneur Christ … est recouverte de plomb, et à l'intérieur, décorée de fresques avec un pavement de marbre et des lampes. Ce monastère est magnifique et d'architecture merveilleuse, abondant en nourriture...J'y passai la nuit. (p.168)

A Jérusalem.

Tandis que le jour recevait les premiers rayons du soleil, nous entendîmes la sainte liturgie dans l'église Saint-Constantin, puis on y célébra l'office des collybes [gateaux sucrés bénis dans l'église] pour les défunts ; à la fin on nous distribua les collybes et nous reçûmes chacun un verre de vin. Aussitôt après, tous les pèlerins et les nouveaux arrivants, clercs et séculiers, avec les femmes, furent menés au bassin et priés de s 'asseoir en ordre. Le chantre commença à chanter une stichère [tropaires intercalés avec les psaumes] d'une belle voix suave ; debout, au milieu du bassin, arrivent deux moines avec une large bassine et un récipient avec de l'eau chaude et un linge, un troisième portant à la ceinture une serviette ; et de même de l'autre côté. Ils commencèrent à nous laver les pieds, depuis le premier jusqu'au dernier. Le rituel se passe ainsi : le premier se tient prêt avec un linge blanc pour essuyer les pieds, le deuxième porte le récipient contenant de l'eau chaude mêlée à une certaine plante aromatique ; après avoir rempli le récipient, il le pose sous les pieds du pèlerin, quant au troisième, mettant un genou à terre, il saisit d'abord le pied droit, l'enduit de savon et le rince avec de l'eau tiède puis, l'ayant essuyé avec un linge, il l'embrasse. Aux moines, on lave aussi la tête. Les laïcs eux, n'ont pas de baiser ; on lave aussi le pied gauche mais sans l'embrasser, car il suffit d'une fois. Je me mis dans la file des pèlerins à la dernière place ; on me lava et on me baisa les pieds. Alors ne pouvant souffrir si grande humilité et vertu de leur part, je laissai couler mes larmes, dont je ne pus retenir le flot. D'autres pleuraient aussi. Lorsque tous eurent les pieds lavés, on posa devant chaque hadji de l'eau pure et chacun se lava les mains, l'un après l'autre, puis un autre moine suivit, portant une eau parfumée dont il aspergea nos mains et dont nous nous frottâmes le visage. Ensuite, on nous donna une tasse de café et tandis que nous buvions, le représentant du patriarche conversa avec les pèlerins, les congratulant pour leur louable désir de voyager sur les lieux saints et souhaitant que Dieu leur accorde de les visiter et de les vénérer avec crainte, dévotion et foi, et ainsi de suite. Quelques temps après, on nous appela au réfectoire, où on nous offrit une meilleure pitance que la veille car c'était un samedi, et on nous donna du vin en abondance. Nous nous rassasiâmes, glorifiant et remerciant Dieu. (p.213-214)

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Mardi 17 Mars 2020

Le chrétien dans la désorientation du monde

 LIENS CISTERCIENS n°38/ mars 2020

                           

Dans la revue de ce trimestre, un article a retenu notre attention :

« Le chrétien dans la désorientation du monde »,

d'après une conférence (2018) de Dom Mauro-Guiseppe LEPORI, abbé général de l'Ordre Cistercien.

Notre monde est en effet plus que jamais désorienté. Le temps de crise actuel dû au coronavirus en est une preuve parmi bien d'autres.

Etre désorienté, c'est ne plus savoir où on va ni même peut-être pourquoi on est là. Dom Mauro ose avancer que nos guides eux-mêmes s'intéressent davantage « à la progression de leur propre pouvoir » plutôt « qu'au progrès du peuple. » Ne nous laissons donc pas manipuler, ni tromper par des satisfactions immédiates.

« Restez éveillés et priez en tout temps ainsi vous aurez la force d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. » (Lc 21, 34-36)

Donner un sens à sa vie ne doit pas reposer sur la crainte du jugement dernier, mais doit impacter toute notre vie.

« Le Christ est le destin de l'univers .» Notre rencontre avec lui coïncide avec notre engagement auprès des plus pauvres  et nous invite à considérer aussi les nouveaux besoins et nouvelles pauvretés. Ce n'est évidemment « pas seulement une loi à observer , mais une réalité à reconnaître »

Notre charité doit être à l'oeuvre dans l'instant présent mais aide à constituer aussi l'orientation même de l'Eglise vers son ultime destin. Quelle responsabilité !

Nous avons à vivre à l'image du Christ que Dieu a envoyé dans le monde, non pour le juger mais pour que, par lui, le monde soit sauvé (Jn3,16-17). Le chrétien est « la mémoire vive et reconnaissante du salut de tous. »

Cela ne suppose évidemment pas de nous mettre en avant, mais par notre témoignage d'être le Christ qui « aime au-delà de toute mesure ».

« Le Christ nous donne la puissance de la foi » mais elle est confiée aussi à notre liberté et donc à nos fragilités. « Le Christ , quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc18,8)

Jésus s'est-il demandé, au moment de sa Passion : est-ce que cela a servi que je vienne, que j'annonce l'Evangile, que je sois mort et ressuscité pour sauver le monde ?

Sans une foi active, nous découvrirons à terme que nous avons « avancé vers le néant, vers un échec final. »

« Notre foi mendie sans cesse pour que le monde s'ouvre à cette nouveauté, à cette justice, à ce bien pour tous, que Dieu seul peut donner. Ce bien, c'est Dieu lui-même, c'est son amour, sa présence, le don de son Esprit, le don de son Fils, le don de l'Eglise. »

Vivre notre foi c'est permettre « à la réalité accomplie du Ciel de se manifester sur la terre, de transfigurer la terre, de descendre sur la terre pour la sanctifier, la remplir de beauté, de sainteté, de la sainteté et de la gloire de Dieu. »

« Saint Benoît a transfiguré l'Europe de cette manière : avec des hommes et des femmes qui, vivant tout l'humain au service de Dieu, dans une obéissance qui demande dans chaque geste, dans chaque œuvre, dans chaque instant de la vie, que la volonté du Père se fasse sur la terre comme au Ciel, ont permis à Dieu d'exprimer sur la terre la réalité pleine et accomplie du Ciel...

Jésus le premier, « se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix (Ph 2,8), a rempli la terre de Ciel, de réalité accomplie selon la volonté et l'amour du Père. »

DG

Mise à jour : Mardi 17 Mars 2020, 18:44
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Mercredi 11 Mars 2020

Le Monde de la Bible n° 232 - 2020

LE MONDE DE LA BIBLE n°232 /2020

                 

La revue nous propose comme dossier : « Le prêtre, des polythéismes au christianisme ».

La figure du prêtre s'est d'abord imposée dans le Proche-Orient, comme intermédiaire entre l'homme et la divinité, incarnée par une statue divine. Grand-prêtre ou grande prêtresse, il s'agissait d'une fonction prestigieuse qui était avant tout ritualiste.

Dans le judaïsme ancien, la figure du prêtre oscille au gré de l'histoire politique, religieuse et sociale. Certains « prêtres » sont des sacrificateurs, d'autres de simples serviteurs, d'autres ayant des fonctions politiques non négligeables. 

Daniel Marguerat souligne ensuite l'étonnante absence de prêtre chez les premiers chrétiens. On peut penser que la venue du Christ rend inutile désormais la présence d'intercesseurs. Mais au fil des siècles, l'Eglise doit s'organiser avec une élabobration progressive de la figure du prêtre ordonné et célibataire.

Christophe Henning, journaliste à La Croix interview ensuite Etienne Grieu, jésuite théologien, sur l'avenir de l'Eglise et le rôle qu'ont à jouer les communautés chrétiennes.

La revue nous offre aussi ses rubriques habituelles sur l'art religieux ( église Saint-Eustache, Raphaël, Maurice Denis...) et un remarquable port-folio sur le musée des Beaux-Arts de Dijon.

En fin de volume, « Comprendre la Bible » s'intéresse à l'épître de Paul aux Galates.

Cette revue demande toujours au lecteur un certain effort d'attention, mais celle-ci est soutenue par une superbe iconographie qui contribue largement à la grande qualité du Monde de la Bible.

DG

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Jeudi 27 Février 2020

Promenades au pays de l'écriture

 Promenades au pays de l'écriture
 Armando PETRUCCI

 Ed. Zones sensibles, 2019
 135 p.

                        

 Armando Petrucci (1932-2018) était un paléographe italien (étude des écritures manuscrites du passé) et professeur d'université. Au début de ce livre, qui en est à sa neuvième édition, l'auteur consacre quelques pages aux principes et à la méthode de paléographie mais il va ensuite évoquer surtout les « changements radicaux qui ont scandé l'histoire des textes écrits ».

Petrucci a , au cours de sa carrière, parfaitement traité de la paléographie et il pense qu'à ce niveau tout est dit. Il veut dans ce livre soulever, à propos de l'écriture, d'autres questions auxquelles les spécialistes savent moins bien répondre : « Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Qui ? Pourquoi ?

 « Ce livre s'intéresse à l'histoire des témoignages écrits entendus au sens le plus large : des livres (manuscrits ou imprimés) aux documents,... des inscriptions aux lettres, des graffitis aux comptes, des écrits publicitaires aux feuilles volantes, des journaux aux écritures informatiques. » (p.19)

 Et sa promenade va nous faire traverser les siècles par des allers et retours de l'Antiquité à aujourd'hui, avec un regard sur l'écrit qui «  alternant réflexions et exemples, se présente comme une invitation à considérer les témoignages écrits – isolés ou en série, anciens ou récents, élégants ou relâchés, publics ou privés, exposés à la vue de tous ou cachés – comme autant d’épisodes d’un des chapitres les plus riches et les plus passionnants de l’histoire de l’humanité : celui de ses expressions écrites. »

 L'histoire des écritures est inséparable de celles des sociétés. Il y a un véritable élargissement de perspective. « L'analyse des formes graphiques, telle que la pratiquait Petrucci, permet de comprendre les structures sociales, les rapports de pouvoir, les niveaux de culture, la vie quotidienne des hommes et des femmes du passé . »

Promenade qui nous invite, à Rome notamment, à observer les monuments et leurs inscriptions, les boutiques, les changements. Parmi de multiples exemples, l'auteur évoque cette épicière du 16ième siècle qui savait tenir ses livres de compte ( par nécessité de travail) mais ne savait pour autant pas écrire puisqu'illettrée.

 LES CHAPITRES

avec quelques passages particuliers, mais tout est intéressant...

     1 - Lieux et espaces

    Durant le haut Moyen-Âge occidental, au temps des monastères tels Saint-Gall ou le Mont-Cassin, les lieux de production se confondaient avec ceux de conservation et d'usage. Au 12ième – 13ième siècles avec l'émergence de la culture scolastique universitaire, les lieux se dissocièrent (bibliothèques, librairies, notariats, chancellerie pontificale...). Le Vatican continua à conserver ses archives à l'inverse de la République italienne qui décentralisa. Aujourd'hui, l'informatique modifie radicalement ces cadres, voire même les font disparaître.

    2. Écrire ou pas

    L'histoire de la culture écrite souligne l'histoire de l'inégalité graphique présente aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. « L'écriture est une des expressions les moins égalitaires, celle dont l'usage est le moins uniformément réparti dans la société » (G.R. Cardona, cité p.34). Il y a les lettrés, les alphabétisés (avec bien des degrés), les semi-alphabétisés, les analphabètes.

    L'auteur observe sur de nombreux documents « la souffrance d'écrire [qui] correspond à la souffrance de la vie. » (p.45)

    3. Pouvoir ou liberté

    Au 16ième et 17ième siècles, la diffusion des textes, malgré les progrès techniques, fut maltraitée par « la censure, qu'elle ait été préventive ou répressive » (p.53). Tels les livres mis à l'index par l'Eglise. La liberté de la presse attendra 1789 mais encore est loin d'être universellement appliquée de nos jours.
    4. Typologies et fonctions

    L'auteur évoque les origines de l'écriture, leurs influences les unes sur les autres, certaines disparitions, les tentatives inabouties de faire passer un langage oral (de populations africaines par exemple) à l'écrit. Avec aussi ce constat que « les écritures aujourd'hui en usage apparaissent résolument imperméables les unes aux autres, souvent – si ce n'est surtout- pour des raisons idéologiques et politiques liées à des questions de prestige et d'identité nationale. » (p.62)

     Nous laissons le lecteur découvrir la suite , tout autant passionnante et d'une lecture aisée :

    5. Techniques et modalités
    6. Écrire à…
    7. Textes écrits, perdus, retrouvés
    8. Conserver la mémoire

 Une bibliographie en fin de volume et classée par chapitre invite évidemment à aller plus loin, ce que le lecteur ne manquera certainement pas de faire après une telle promenade initiatique au pays de l'écriture.

 DG

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Lundi 24 Février 2020

Jésus - Approche historique

 JESUS - Approche historique

 José Antonio PAGOLA

Ed. du Cerf, 2019 – Coll. Histoire Lexio
542 p.

                               

 

Qui était Jésus ? Sur quels éléments objectifs pouvons-nous nous appuyer pour retracer avec quelques certitudes sa vie , son message et la conscience qu'il avait de lui-même de sa naissance à sa mort ?

Cette « approche historique » , qui n'est pas la première loin de là, ne  se contente pas de se référer à des dates, à des recoupements avec des textes mentionnant l'existence d'un grand prophète un peu semeur de troubles autour des années 30. Plus personne ne met ses notions en doute depuis longtemps. José Antonio Pagola propose une meilleure connaissance de Jésus à travers une plongée sur les lieux et dans la société de ces années-là, s'appuyant bien sûr sur la recherche historique contemporaine. Il nous aide aussi à relativiser nos questions sans réponse. L'Evangile ne dit pas tout et surtout, les écrits des évangélistes attachent plus d'importance au sens du message qu'ils transmettent qu'à la stricte réalité des faits. 

La situation géographique de la Galilée, de Jérusalem, la vie essentiellement rurale, le contexte politique et les attentes du peuple juif au début du premier siècle sont retracées de façon précise ainsi que les conditions dans lesquelles Jésus a grandi, a perçu et affiné l'appel de Dieu, comment il a ajusté la transmission du message divin dont il était porteur en fonction d'un certain contexte.

Chaque chapitre couvre un thème précis : Jésus juif de Galilée, habitant de Nazareth, le prophète, la compassion de Jésus, celui qui rendait la santé, le défenseur des exclus, de la femme, un dangereux individu, maître de vie, martyr...

Chaque portrait de Jésus, vu sous un certain angle, est toujours remis dans son contexte et c'est en cela que l'approche de l'identité de Jésus est historique, s'appuyant sur la réalité de terrain. Par exemple, le chapitre sur les miracles de Jésus, sur « celui qui rendait la santé », pas seulement physique mais aussi spirituelle, va nous permettre de mieux comprendre ce qu'apporte Jésus aux populations en souffrance. Etre malade à cette époque ne recouvre pas les mêmes réalités que celles de notre société occidentale. L'auteur va creuser, détailler les caractéristiques, les attentes des malades et l'immense compassion de Jésus pour les exclus. L'idée qu'on a de Dieu qui aime particulièrement les petits et les pauvres est à replacer dans un tel contexte.

Jésus n'est pas un personnage hors du temps. Il est de son temps mais son message va faire émerger des valeurs universelles qui dépassent toutes les lois.

«  Le Dieu de miséricorde ne serait-il pas la meilleure nouvelle que nous puissions entendre ? … Si tous les hommes et les femmes vivent du pardon et de la miséricorde de Dieu, ne faudra-t-il pas arriver à un nouvel ordre des choses dans lequel la compassion ne soit plus une exception ou un geste admirable, mais une exigence normale ? » (p.162)

En ce Carême 2020, qui nous invite en bien des lieux de nos diocèses, à nous rapprocher du Christ de façon plus authentique, ce livre très accessible, nous aide à mieux comprendre la personnalité de Jésus, sa mission et en quoi elle nous concerne personnellement et peut nous aider, comme le disait saint Benoît, « à vivre des jours heureux ».

DG

 

Mise à jour : Vendredi 27 Mars 2020, 12:23
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Lundi 17 Février 2020

La Caravane du pape

 La caravane du pape

Hélène BONAFOUS-MURAT

Ed. Le Passage, 2019

339 p.

                    

En 1623, à l'époque de la guerre de Trente ans, Leone Allacci , légat du pape Grégoire XV, a la mission de récupérer à Heidelberg le trésor de la ville protestante , sa bibliothèque connue à travers l'Europe. Au court d'un voyage particulièrement dangereux et mouvementé, les milliers de livres et manuscrits saisis vont être acheminés jusqu'à Rome, à dos de chevaux ou de mulets sous l'étroite surveillance de Leone, catholique plutôt imbu de sa personne mais dévoué au pape et passionné par ces précieux ouvrages dont il a une grande connaissance. Enrichir la bibliothèque vaticane est pour lui oeuvrer pour la gloire de Dieu et cela seul compte.

La caravane est protégée par des mercenaires mais accompagnée aussi de quelques villageois fuyant la guerre. Parmi eux, Lotte une jeune fille illettrée va devenir l'élève de Leone et révéler des talents d'apprentissage insoupçonnés. Allaci va peu à peu, à ses cotés, relativiser la toute puissance de l'esprit et découvrir en lui un état d'âme inconnu et déstabilisant.

C'est de son lit d'agonisant, que le vieillard Leone Allacci se remémore cette extraordinaire épopée.

Ce livre qui relate des faits authentiques sous une forme romancée est captivant. Dans l'atmosphère éprouvante du XVIIième siècle en Europe, où les conditions de vie sont rudes, où les épidémies font des ravages tout autant que la soldatesque, nous suivons ce long périple original au plus près de quelques personnages passionnés dont les destins se rejoignent et donnent à ce roman d'aventure une profondeur touchante. Et pour nous lecteurs, la passion des manuscrits vécue par Leone nous le rend évidemment particulièrement attachant.

DG

Extraits.

« Ma main crut se figer de froid : elle tenait un ouvrage revêtu d'une couverture que j'aurais identifiée entre mille. Un maroquin usé orné de filets d'or avec au centre un médaillon ovale figurant Apollon sur son char. Des commentaires sur l' Histoire romaine de Tite-Live. Un livre que j'avais mis en caisse moi-même quelques semaines plus tôt, le protégeant avec d'autres, parmi les plus précieux, dans une toile de feutre. Interloqué, je pressai l'ouvrage contre mon cœur battant, comme un oiseau blessé au pied de son nid. Je n'entendais plus la clameur de la troupe et des manants. » (p.86)

« Il me semblait soudain que tout le bagage de mon âme, tous les auteurs dont j'avais la charge, qu'ils soient consignés dans ma mémoire ou contenus dans ces lourdes caisses, m'entravaient. Pouvais-je comme les autres hommes connaître des joies simples ? Jusqu'alors ma vie avait été réglée par la lecture et la prière. Mais depuis Munich, j'avais oublié les Ecritures. Je priais distraitement, sans conviction... Quand des montagnes, je vis soudain arriver Lotte, qui soutenait une vieille femme mal en point. Elle, gracile, cheveux au vent, ses longues jambes fines immodestement dévoilées par une déchirure de sa robe, était pareille à un elfe descendant des sommets pour se mêler aux mortels. » (p.221)

Mise à jour : Mercredi 19 Février 2020, 21:41
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Mercredi 05 Février 2020

Les Bénédictins

 LES BENEDICTINS

sous la direction de Daniel-Odon HUREL

Ed. Laffont, 2020, collection Bouquins
1343 p.

                        

 

Daniel-Odon Hurel est directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'histoire de la tradition bénédictine, en particulier du XVI ième au XIXieme siècle.

Ce titre fort général, « Les Bénédictins », peut laisser supposer au premier regard, comme contenu, un historique de cette famille religieuse complété sans doute par leur spiritualité ainsi que par leur actualité en 2020. Or, en fait, ce travail collectif, où différents auteurs, moines ou chercheurs, ont rédigé les chapitres, a choisi une trame particulière : c’est à partir de la Règle de saint Benoît que les auteurs vont successivement présenter les différents aspects de cette vie monastique autrefois et de nos jours. Cumul intéressant mais périlleux.

La Règle de saint Benoît, souvent commentée, à laquelle les moines ont promis obéissance et fidélité contient l’essentiel des engagements du moine : des détails les plus concrets au but essentiel poursuivi : la quête de Dieu. Cependant, pour qui voudrait découvrir « les bénédictins », comme l'annonce le titre, l’ensemble, volumineux (1343 p.), pourra sembler, en effet, un peu confus, faute de chronologie, du fait de passages historiques dispersés, de thèmes semblant arriver à l'improviste, et du fait des enjeux annoncés par le titre . Comme fil conducteur, s'appuyer sur la Règle qui, elle-même, si elle est un excellent outil, n’est pas un modèle de logique, ne facilite pas la compréhension pour un lecteur découvreur des bénédictins. Mais il faut persévérer dans la lecture... On ne gravit pas une montagne sans effort.

Ceci dit, pour qui connaît la vie monastique, cette approche via la Règle de saint Benoît est intéressante et souligne bien l’importance que les moines y attachent depuis des siècles. Dans leur vie, tout se tient : le travail, la prière, la liturgie, la vie fraternelle, le sommeil, les jours et les nuits…C'est un tissage quotidien sans cesse à remettre sur le métier.

Pour qui connaît la Règle de saint Benoît, ce livre est par contre de lecture aisée et on passe avec curiosité et intérêt d’un chapitre à l’autre sans se lasser, bien au contraire. C'est une sorte de puzzle qui se construit et qui ne donnera qu'à la fin de la lecture une vision d'ensemble.

Chaque chapitre de la Règle est pour les auteurs l'occasion non seulement de le commenter (un peu) mais surtout d'y développer un thème particulier de la vie bénédictine : les sortes de moines, la place de l'abbé, la liturgie, les psaumes, le chant grégorien, le quotidien...

Nous ne sommes, en aucun cas, sur le même registre que les commentaires plus spirituels de la Règle par Dom Delatte, abbé de Solesmes au début du XX°s., que ceux d'Adalbert de Vogüé moine de La Pierre qui Vire et d'Armand Veilleux, élu abbé de Scourmont en 1999, souvent cités par les auteurs de « Les bénédictins », ou celui de Dom Guillaume Jedrzejczak qui fut abbé du Mont-des-Cats (Sur un chemin de liberté). Tous des commentaires de référence.

              

Quand on songe au livre récent de Aquinata Bockmann publié en 2018 , dont le commentaire en 3 tomes suit au pied de la lettre la Règle de saint Benoît, on voit combien l’analyse de cet « outil » monastique, complémentaire de l’Evangile, peut être traité de façon très différente et inépuisable, suivant l’angle d’approche.

Mais on prend goût bien sûr à cette diversité qui permet de mieux connaître un grand ordre religieux sous tous ses angles.

C'est, au final, un livre remarquable, précis, presque technique, extrêmement documenté et qui, tel qu'il est conçu, n'a pas, il me semble, son équivalent. La qualité de la collection « Bouquins » dont la réputation n'est plus à faire, permet aussi une agréable lecture. Donc, à découvrir ! 

On apprécie aussi les larges citations appuyant le commentaire, les annexes à la fin du livre avec le texte latin de la Règle, les cartes, la bibliographie indicative...

Le titre du livre «  Les  Bénédictins » qui nous ouvre à un vaste monde ne recouvre d'ailleurs pas totalement le sujet traité puisque sont inclus cisterciens, olivétains, camaldules…., même si ceux-ci sont nés du tronc bénédictin. Ils partagent en effet la même Règle de saint Benoît mais n’ont pas tout à fait la même vie monastique ni la même histoire. Ils sont évoqués dans ce livre avec leur spécificité. Mais, au-delà des différences,  ce qui unit ces moines et moniales les uns et les autres, c'est bien l'Evangile et la Règle de saint Benoît, sujet premier de ce livre en tandem avec celui des bénédictins.

DG

Extraits

Comment célébrer les vigiles aux fêtes des saints. RB 14

Pourquoi commémorer et célébrer les saints ? … Smaragde au IXième siècle, insiste sur la date choisie pour honorer les saints en tant qu'anniversaire de la naissance au ciel des saints (leur mort) et donc leur absence terrestre. Au début du XVIIIième siècle, dom Calmet [ abbé de Senones] revient sur ce symbole que représente le choix de prendre la date de la mort, celle-ci étant la naissance à la vraie vie... La dévotion sanctorale est essentielle. Les fêtes des saints servent à honorer les saints et inciter les hommes à les imiter... Dans cette dynamique, il n'est pas surprenant que le calendrier monastique s'enrichisse peu à peu des saints issus de ce monde mais aussi de l'Eglise universelle. » (p.373-375)

De la tenue pendant la psalmodie. RB 19

« L'attention portée aux psaumes accorde l'esprit à la voix, la bouche chante ce que la pensée a considéré. Psalmodier n'est pas seulement dire les psaumes, mais garder la constante relation de la voix à l'esprit... Une psalmodie attentive est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante, le moine doit faire concorder son être le plus intérieur avec la parole sacrée. Ainsi en va-t-il ensuite de toute la liturgie qui ne lui est pas extérieure, mais ordonne, nourrit et conditionne sa vie monastique. »(p.440)

Des outils et des objets du monastère. RB 32

« Le chapitre 32 de la Règle bénédictine montre l'importance accordée par son rédacteur à l'organisation des choses matérielles. Rien de la vie quotidienne n'est laissé au hasard et sans doute avait-il compris par son expérience, qui parle certainement à travers ces lignes, l'importance d'encadrer les aspects matériels de la communauté dont le mauvais fonctionnement pouvait avoir des effets négatifs sur la vie spirituelle... Le vivre-ensemble d'une communauté sur la durée devra aussi sa qualité au déroulement sans accroc du temporel avant d'être un modèle d'amour évangélique. » (p.617)

« L'autarcie économique des monastères bénédictins du haut Moyen-Âge n'était pas seulement le résultat d'une objective prudence, mais bel et bien la traduction d'un souci d'autonomie réelle... pour éviter aux moines d'avoir à chercher au-dehors ce qui leur serait nécessaire... Bien qu'irréalisable dans son plein et entier idéal, l'autarcie demeure pour les monastères une tendance forte influencée aussi par les normes économiques de chaque époque. (p.619) »

Le réfectoire. RB 35

« Le réfectoire est un lieu régulier important, peut-être le plus important après l'église, car tous les moments du repas monastique sont réglés, contrairement au temps du sommeil qui ne peut qu'échapper au contrôle. Avec ses codes, ses procédures, sa part de lectio divina, le repas est aussi un moment chargé d'un symbolisme fort. Participer à la dernière Cène, n'est-ce pas un aspect primordial de l'imitation de Jésus-Christ, si chère aux moines ? » (p.670)

 

 

 

 

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Lundi 20 Janvier 2020

DIALOGUER EN VERITE

 

Les conditions du dialogue

         ou comment dialoguer en vérité.

 Jacqueline CUCHE, présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France

 
Extrait ((p.14-15)

d’une conférence donnée en juillet 2019 au monastère de Saint-Remy-les-Montbard

Publié dans la revue MIKHTAV n° 85 – Août 2019


              

 Pour tout dialogue la tentation existe de mettre bien plus l’accent sur ce qui nous unit que sur ce qui nous sépare. C’est nécessaire jusqu’à un certain point, surtout quand nous avons été si longtemps éloignés ou même ennemis les uns des autres. Mais alors existe le risque que ces différences soient amoindries, parfois même passées sous silence, en pensant ainsi mieux respecter l’autre et pouvoir donc mieux se comprendre et s’estimer, recherchant une sorte de consensus mou. Or, il n’y a pas de dialogue sans affirmation et reconnaissance des différences. Je dirais même sans recherche et éloge des différences…


Il s’agit d’une expérience de vérité : être vrai, être soi-même, sans arrogance ni triomphalisme, mais sans renoncer à ce qu’on est, ni non plus sans fausse humilité, sans se rabaisser plus qu’il ne faut : nous, les chrétiens sommes souvent émerveillés lorsque nos amis juifs nous donnent accès aux trésors de la Tradition, mais nous aussi avons l’Esprit, nous aussi avons une belle Tradition, qu’il nous faut connaître (et faire connaître, car les chrétiens l’ignorent généralement), une Tradition qu’il nous faut sans doute aussi purifier de ses scories ( je pense en particulier à toutes les traces d’antijudaïsme qu’on trouve chez les Pères de l’Eglise, qui écrivaient dans un contexte de forte polémique, mais dont nous devons aimer les beautés et les richesses).
Et, pour bien dialoguer, il nous faut être heureux d’être chrétiens, comme les juifs peuvent être heureux et fiers d’être juifs. Car finalement, il n’y a pas de meilleur dialogue que celui de deux croyants qui témoignent joyeusement de ce qui les fait vivre, juifs et chrétiens.

 

Mise à jour : Jeudi 12 Mars 2020, 13:25
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