S'identifier


Vendredi 25 Septembre 2020

Résurrection 1917 - 2017

 RESURRECTION . 1917-2017

Lilya TOURKINA, Charles XELOT

Editions du Cerf, 2017
200 p.

 

 

                                            

Voici un ouvrage remarquable par ses textes, ses photos, sa mise en page. Une lecture choc sur cent ans d'histoire de l'Eglise russe de son anéantissement en 1917 à sa restauration à partir de la fin de l'URSS.

En effet, dès le lendemain de la révolution d'octobre1917, les différents gouvernements russes ont pour objectif l'anéantissement des communautés chrétiennes, de leurs églises, leurs monastères, de leurs évêques et prêtres ainsi que de tous ceux qui les suivent.

Des photos en noir et blanc tirées d'archives évoquent ces années terribles, de superbes photos couleurs de Charles Xelot mettent en valeur la richesse de la Russie orthodoxe d'aujourd'hui, relevée de ses cendres.

C'est l'âme d'un peuple de chrétiens, sa foi, ses souffrances, son martyre, sa spiritualité qui nous est donnée à contempler.

A travers différents monastères où ils sont allés en visite, les auteurs de ce livre évoquent les grands religieux connus ou méconnus qui ont marqué l'histoire du pays. L'enquête ne s'est pas révélée toujours facile et l'accueil fut parfois réticent. Toutes les plaies ne sont pas cicatrisées. A d'autres endroits, le photographe fut « accueilli à bras ouverts » ayant ainsi « la chance d'accéder à des lieux fermés et de rentrer dans l'intimité des sœurs et des frères, qui font vivre ces lieux emplis de force. »

Les photographies sont superbes et parfois terribles, des phrases mises en valeur sont percutantes : ce livre est une plongée dans la foi d'un peuple martyrisé et vainqueur qui a « ressurgi miraculeusement de la nuit de l'engloutissement et de l'oubli. » (p.17)

DG

Extraits

  • « Parvenir à la déchristianisation totale du pays : tel est le but de notre Union des Athées militants . » Emilien Iaroslavski , 1926 (p.31)

  • « C'était le jour de Pâques. Petit à petit les hymnes ont commencé à monter, passant des unes aux autres d'entre nous. Les matons se déchaînèrent et la punition fut terrible. Mais nous nous en moquions. Toutes, nous avions chanté la Résurrection. » -Olga Polikanova, 1934 (p.50)

 - Laure de la Trinité-Saint-Serge (p.130)

 « S'il faut retenir un monastère, c'est celui-là. Il est le symbole de l'identité politique de la Russie, de sa résistance à l'adversité et de sa vocation à la puissance, mais qui ne valent que par son enracinement religieux. C'est là où, en 1380, le Grand Prince Dimitri de Don fut béni par Serge de Radonège... C'est là où Serge initia le mouvement de mission monastique qui allait donner 400 fondations en 150 ans. C'est là où, en 1410, André Roublev peignit l'Hospitalité d'Abraham comme une figure de Dieu trois en un. C'est là dans la cathédrale de la Sainte-Trinité, que reposent les reliques de saint Serge vénérées par des foules incessantes de génération en génération, avant, pendant et après le mausolée de Lénine.... Les soviétiques saccagent le lieu en 1919, le transforment en musée en 1920, mais le rouvrent partiellement sous haute surveillance, en 1946... Aujourd'hui la laure compte 300 moines et son Académie est le premier des instituts de théologie en Russie. » (Lilya Tourkina, p.130)

                                     
                            Icône de la Trinité – Andréï Roublev (15°s.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour : Vendredi 25 Septembre 2020, 23:57
Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Dimanche 20 Septembre 2020

Au nom de Dieu et des hommes, la grande saga des franciscains, dominicains et jésuites

 Au nom de Dieu et des hommes, la grande saga 
des franciscains, dominicains et jésuites (XIII°s.-XXI°s.)

Jérôme CORDELIER

Editions Fayard, 2017

376 p.
                          

Jérôme Cordelier est rédacteur en chef au Point

Saint François et saint Dominique (13°s.), saint Ignace de Loyola (16°s.), fondateurs de trois grands ordres religieux, nous sont connus au moins de nom avec quelques grands traits de leur personnalité. Mais qu'est-ce qui les distingue, qui étaient-ils vraiment ?

Dans ce livre, l'auteur les réunit en trois grands chapitres d'une lecture assez facile. Sont évoquées bien sûr les vies de ces trois figures d'exception que sont François, Dominique et Ignace, mais c'est surtout l'histoire de ces trois ordres et des religieux qui les incarnent qui nous permettent de réaliser l'ampleur de leur impact au sein du catholicisme mais aussi dans le monde à travers les siècles et jusqu'à aujourd'hui.

Si on doutait de la diversité des vocations au sein de l'Eglise, et que d'une même source, Jésus-Christ, puisse jaillir tant d'expériences , de témoignages de foi parfois révolutionnaires pour leur temps, nous voici assurés des bienfaits de cette diversité tant spirituels qu'humains.

«  Malgré tous ses efforts, Dieu qui sait tout, ne parvient pas à connaître ce que va dire un franciscain quand il commence une homélie, ce qu'a dit un dominicain quand il a fini de parler et … ce que pense un jésuite », souligne avec humour le père Henri Madelin, chef du bureau des jésuites près des communautés européennes. (cité p.28)

Ces trois ordres , dans leur évolution , n'ont pas été à l'abri des suspicions, des querelles de pouvoir, des persécutions. Mais leur charisme, leur volonté, leur foi se sont transmis jusqu'à aujourd'hui à leurs descendants auxquels l'auteur de ce livre donne largement la parole.

Chez François d'Assise et les franciscains ont retiendra en particulier l'importance attachée à l'humilité, à la pauvreté , à la fraternité, à une vie parmi les plus pauvres. « Leur seule ambition ? Etre présents à l'autre … Il n'y a pas eu moins de grands hommes chez les franciscains que chez les autres religieux, bien au contraire, mais leur gloire personnelle, plus que tout autre, s'est effacée derrière l'accomplissement de leur mission . » (p.46-47)

Aujourd'hui où nous sommes particulièrement sensibles à la sauvegarde de la création, on peut souligner

la sensibilité particulière de François et des franciscains à la nature qui manifeste un Dieu créateur à qui il convient de rendre grâce.

                               
                               Saint François

 Chez Dominique de Guzman et les dominicains, c'est l'importance attachée à la culture, au dialogue, aux débats d'idées, à l'instruction qui domine .Dominique a laissé très peu d'écrits et c'est davantage sa spiritualité plutôt que sa personnalité qui a attiré l'attention et séduit.

«  Il s'agit d'abord d'être frère », dit un jeune dominicain . Ce que confirme Anne Lécu : « Je suis rentrée dans cet ordre parce qu'une joyeuse rencontre se vit entre nous... Notre grande particularité, par rapport à d'autres ordres religieux, c'est cette institutionnalisation de la fraternité qui s'incarne dans la vie commune dominicaine. » (p.151)

Une autre devise de l'ordre: « Contempler et transmettre aux autres ce que l'on a contemplé ». C'est ce que disait aussi saint Thomas d'Aquin.

Les dominicains sont aussi missionnaires, notamment à Mossoul en Irak dont Jérôme Cordelier retrace largement et fort bien leurs actions au péril de leurs vies.

Tout en choisissant la pauvreté et l'itinérance, saint Dominique n'a jamais délaissé l'étude, qui est aussi une activité primordiale chez les dominicains qui aiment approfondir, discuter, débattre. Ils contribueront à l'essor des universités.

                   
                    Saint Dominique

 Chez Ignace de Loyola et les jésuites.

Après une période militaire abrégée du fait de blessures, « le cheminement d'Ignace consiste à ne plus combattre par les armes, mais par l'intelligence des situations et la compréhension de l'autre. » (p.254)

Les Exercices spirituels est « l'ossature qui unit et forge les caractères jésuites » et va leur permettre de discerner les moyens d'agir sur les âmes et, de proche en proche, d'agir sur leur époque. (p.265).

L'obéissance se veut être la qualité première du jésuite tout en mettant aussi en œuvre le discernement, (ce qui relativise les choses !) mais permet d'y adhérer en profondeur. Il faut souligner une obéissance spéciale au pape.

Depuis leur origine, les jésuites n'ont jamais failli à l'une de leurs missions premières : l'éducation. Il s'agit avant tout de former l'esprit des jeunes, de les épanouir à partir de ce qu'ils sont, avec une certaine sévérité mais avec justice. De prestigieuses écoles à Paris, Toulouse, Bordeaux, Marseille ont formés une « pléiade d'anciens élèves qui tiennent encore aujourd'hui quelques-unes des commandes politiques, économiques et intellectuelles. » (p.338)

Actuellement, leurs missions s'orientent davantage sur un terrain social, solidaires avec les pauvres, les marginaux, les sans-voix. Et une grande confiance est placée dans l'individu.

Est-il utile aussi de rappeler que le pape François est un jésuite ?

                   
                   Saint Ignace de Loyola

 L'alternance, qui semble un peu brouillonne, entre la vie du saint et celles de nos contemporains du même ordre, l'abondance de noms cités (signe de l'envergure de ces ordres) nuit parfois un peu à la clarté du propos mais donnera sans doute le goût d'approfondir notre connaissance de François, Dominique et Ignace et de leurs ordres respectifs dans des documents plus spécifiques. Mais à l'issue de la lecture de ce livre, nous en avons déjà un beau panorama.

La large bibliographie proposée à la fin du livre pourra nous aider à en savoir plus.

 

   

 D.G

Mise à jour : Dimanche 20 Septembre 2020, 16:01
Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 09 Septembre 2020

Penser Dieu aujourd'hui

 Penser Dieu aujourd'hui
   Un regard protestant

 Jean-Paul MORLEY

 Editions Olivetan, 2020
 229 p.

                                   

 

L'apprentissage du catéchisme autrefois nous laissait croire en une image immuable et surtout intouchable de Dieu, du Christ et de l'Eglise. Vatican II, en particulier, a contribué à bousculer bien des à-priori responsables d'une grande désaffection des croyants vis-à-vis de la religion chrétienne.

Le monde d'aujourd'hui nous pousse en tous domaines à reconsidérer nos croyances, nos valeurs, nos modes de vie. A tort ou à raison.

Ce livre nous propose de relire d'une manière différente et un peu nouvelle (voire dérangeante?) les textes fondateurs de la foi chrétienne : le Credo, les Dix commandements, le Notre Père. Une lecture où s'accordent la foi et la raison (« le croyable disponible », selon Paul Ricoeur), étant conscients aussi de nos limites humaines quant à la compréhension d'un tel mystère.

Mais il est urgent , pour les croyants, de se poser la question de notre crédibilité si on se sent appelé à transmettre sa foi. L'existence de Dieu n'est plus une évidence : Dieu éternel ? Tout-puissant ? Dieu amour ? Dieu unique ?

Avec méthode et clarté, Jean-Paul Morley, pasteur protestant, fait dans cet ouvrage une lecture critique des textes fondamentaux puis partant du nom de Dieu « Je suis qui je serai » , pense " un Dieu qui a changé et qui change. "

On peut, par contre, être plus réservé quant à la représentation que l'auteur donne du Christ dont la divinité serait, selon lui « une construction théologique » des premiers chrétiens. Jésus aurait certes, une personnalité unique dans sa « coïncidence parfaite » entre l'appel de Dieu et sa réponse d'homme dans le cadre d'un heureux concours de circonstances. « Jésus est le premier étonné », écrit l'auteur.

Cette lecture de la vie de Jésus peut séduire nos esprits rationnels mais l'incarnation et la résurrection perdent ici tout leur sens divin,en les simplifiant à l'extrême. On est dans un certain refus du mystère où tout doit s'expliquer. Entre Jésus, Fils de Dieu tel que l'Eglise nous le donne à voir depuis 2000 ans et ce saint homme prophète à l'échelle de Bouddha ou Mahomet, que nous décrit Jean-Paul Morley, il y a tout un monde divin que l'homme ne peut éclairer si facilement.

 Le livre s'achève par une alerte plus qu'insistante concernant la sauvegarde de la création. Notre responsabilité est grande et Dieu n'irait pas contre l'inconséquence des hommes. L'apocalypse est pour demain. Il y a sans doute dans l'univers d'autres planètes habitées d'êtres vivants et peut-être même intelligents qui pourront consoler Dieu de nos défaillances...

C'est dire que cet ouvrage ouvre bien des portes et il est intéressant. A nous ensuite de discerner le bon grain de l'ivraie. 

 L'Eglise s'efforce (difficilement) de s'adapter à un monde qui change. Ce qui n'est déjà pas si mal. Mais qu'entend-on nous par Dieu vivant ? L'auteur nous invite à considérer Dieu lui-même comme effectivement vivant, évoluant. Un amour qui s'enracine sur des bases solides mais qui , du coté de Dieu comme des hommes, n'évoluerait pas avec le temps et les circonstances est appelé à dépérir. L'urgence est là.

Dieu n'est pas une idole en béton armé et ce "regard  protestant" sur Dieu est plutôt dynamisant. Mais peut-être pas au point d'abaisser Jésus à sa stricte humanité pour le rendre plus accessible. La double nature humaine et divine de Jésus défie effectivement notre logique humaine, comme le souligne l'auteur, mais , malgré ou grâce à sa part de mystère, c'est pourtant elle qui nous élève.

DG


Extraits

La croyance chrétienne : le Crédo 

Notre croyance chrétienne se résume dans un texte de quelques lignes appelé le Crédo, rédigé en latin par les premiers théologiens chrétiens entre le 3° et 4° siècles.

Le mot « foi » signifie confiance. Croire, ce n'est pas être objectivement sûr mais c'est un élan qui vient du cœur, c'est une expérience qui se nourrit de partages, d'apprentissages et de la vie. C'est aussi et peut-être avant tout, une réponse à un appel.

« Je crois » : c'est une aventure personnelle avant d'être communautaire, où notre responsabilité se trouve engagée.

Dieu comme père. Dieu créateur

C'est un Dieu proche qui veut le bien de ses créatures, celles-ci étant libres de répondre à son amour de père.

Tout le monde imagine Dieu tout-puissant... Est-il responsable du mal en ne l'empêchant pas ?

Dieu a choisi d'avoir besoin des hommes, il est donc vulnérable. Mais il nous donne la possibilité de nous transformer et rend possible la liberté et l'amour. Dieu est d'abord père avant d'être puissant.

Pour être un Dieu d'amour, Dieu a besoin des hommes ; il ne devient lui-même que par sa relation avec eux.

«  Participant au devenir de la Création, les humains participent au devenir de Dieu. Créés par Dieu, ils sont en retour les co-créateurs de ce Dieu vivant qui ne cesse de changer et de devenir. Le Dieu des chrétiens devient alors, grâce à ses créatures, un Dieu Créateur d'une création encore meilleure : il se crée lui-même... vertigineuse pirouette suggérée par la logique du Credo, et nouvel éclat de génie de ce Dieu très puissant créateur.

Mais au risque que les créatures intelligentes que nous sommes échouent à préserver la terre, sa Création, et l'humanité, ses enfants. Alors l'avenir de Dieu serait dévié de sa trajectoire... » (p.35)

 

 

Mise à jour : Dimanche 13 Septembre 2020, 17:36
Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 29 Juillet 2020

Etés anglais

 Etés anglais

La Saga des Cazalet – t.1

Elizabeth Jane HOWARD

Editions Quai Voltaire, 2020
558 p.

Roman

               

Elizabeth Jane Howard (1923-2014)s'est inspirée de sa propre histoire et a publié ce roman dans les années 1990. En 2001,il a été adapté en série télévisée par la BBC.

Si vous avez aimé les romans de Jane Austen, grands classiques de la littérature anglo-saxonne du 19°siècle, ou Les Buddenbroock de Thomas Mann (paru en 1901) , vous lirez sans doute avec plaisir cette Saga des Cazalet qui nous transporte avec bonheur dans le milieu de la haute bourgeoisie anglaise entre les deux guerres mondiales.

 

Juillet 1937 . La duchesse accueille ses trois fils, épouses, enfants et domestiques dans sa belle propriété du Sussex. Dans une ambiance très animée, apparemment frivole et soucieuse des convenances, vont très vite se révéler les caractères, les espérances mais aussi les soucis de chacun. On est particulièrement séduit par la tribu des enfants, heureux de se retrouver, à la fois encore innocents mais aussi très perspicaces dans leurs relations. C'est avec une grande finesse que l'auteur révèle petit à petit les états d'âme de chacun à la veille de la seconde guerre mondiale qui commence à inquiéter grands et petits.

Et le lecteur se voit peu à peu happé par cette vie familiale plutôt sympathique , malgré les écarts de certains, dont l'art de l'auteur nous retrace les péripéties et les tourments de ces multiples personnages couvrant trois générations.

Il y a une sensation de grande fluidité, de légèreté dans ce roman où chaque personne, gouvernante, domestique, fils, enfants ou comtesse est parfaitement située, et jusqu'au fond de son coeur,  parmi les siens comme dans la nature qui l'entoure.

Du grand art qui mérite la publicité qui lui est faite, une bien jolie couverture et un grand moment de lecture.

En octobre 2020, paraîtra le tome 2 « A rude épreuve » de cette attachante saga.


Extrait.
(p.425)

- En tout cas, s'il y avait la guerre, on resterait ici un moment... longtemps... ça pourrait être chouette !
- Pas du tout ! Tu ne comprends pas ! Elle sera dix fois pire que la dernière guerre. Tu ne te rends pas compte. Tu ne sais rien des gaz toxiques, et puis cette fois, il y aura beaucoup plus de bombes et tout le monde vivra dans des tranchées avec des barbelés et des rats... ce ne sera pas comme si ça se passait en France, quelque part au loin, ce sera partout, même ici ! Çà continuera jusqu'à ce que tout le monde soit mort, je le sais ! » Elle pleurait ; elle se moquait désormais d'effrayer Clary, elle voulait presque lui faire peur, ne serait-ce que pour pouvoir partager un peu de sa propre angoisse avec quelqu'un. Mais Clary ne semblait pas avoir peur du tout.
- Tu te fais des idées. Ça m'arrive souvent à moi aussi. » Clary s'agenouilla dans le lit et serra Polly dans ses bras. « Je suis là, moi ». Et Oscar [le chat]. Il ne va pas y avoir la guerre. Et si elle a lieu, rappelle-toi ce qu'on appris en histoire... On gagne à chaque fois. »

Rien de tout cela n'aurait dû la réconforter. Polly en avait conscience, n'empêche, elle fut ragaillardie.

DG

Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Vendredi 17 Juillet 2020

ALMA

 ALMA

Le Vent se lève

Timothée de FOMBELLE

Gallimard Jeunesse, 2020
388 p.

Roman Ados.

                         

1786 - Alma est une petite fille africaine de 13 ans vivant avec sa famille dans une région isolée et paisible. Mais un jour, son frère Lam disparaît et elle part à sa recherche, attirée aussi par ce monde inconnu au-delà de la cascade. Elle est rapidement confrontée aux violences des hommes et en particulier à l'esclavage. Elle pense que Lam a été fait prisonnier et elle va montrer son courage pour le retrouver coûte que coûte, embarquant clandestinement sur un bateau négrier.

Alma va y croiser la route d'un jeune orphelin Joseph Mars qui est lui, en quête d'un trésor.

L'auteur Timothée de Fombelle a visité dans sa jeunesse d'anciennes forteresses hollandaises et britanniques sur la côte du Ghana d'où partaient les bateaux chargés d'esclaves. Ce livre veut, à travers ce récit mouvementé et attachant, leur rendre hommage.
Mais réveillant des feux loin d'être éteints, son livre a été refusé à l'édition en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

La fresque historique très documentée se mêle à l'histoire romantique d'Alma et Joseph et passionnera sans aucun doute jeunes lecteurs (à partir de 12 ans) et adultes.

Les fines et évocatrices illustrations de François Place mettent en valeur cette trilogie d'aventure sur l'esclavage et le combat de l'abolition dont la suite paraîtra prochainement.

Extraits

- On l'a jeté là. On lui a confisqué sa veste, son gilet et sa chemise. Il pose son épaule nue contre la grille de la fenêtre et écoute la rumeur du navire.
Au début, il y a les cris des hommes qui réparent la mâture, les coups de maillet, le chargement bruyant des réserves d'eau, des paquetages de tissu ou de produits frais. Joseph sent entre les lattes du plancher l'odeur des sacs de mauvais tabac qu'on vient d'acheter aux bateaux brésiliens en transit à Lisbonne... Il découvre la foule des bateaux de pêche qui circulent dans l'embouchure du fleuve, puis l'eau qui devient plus sombre et plus bleue à la fois : l'océan ! (p. 61)

- Alma est assise sur la plage dans la brume. Elle vient de terminer de creuser un trou où elle a caché sa pirogue et son arc... Soudain un coup de vent libère la plage du reste de la brume. Alma se jette sur le sol. Son cœur bat contre le sable. C'est bien ce qu'elle croyait. A une centaine de mètres à peine, elle voit des défenses d'éléphants rangées sur la plage. Elle s'aplatit un peu plus sur le sol. Il y a six défenses et deux hommes qui les gardent. Ce sont les marchands de Lam. Elle en est certaine. Où est passé son petit frère ? (p.244-245)

 

 

 

Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 02 Juillet 2020

Marc, l'histoire d'un choc

 Marc, l'histoire d'un choc

 David-Marc d'HAMONVILLE

  Ed. du Cerf, 2019

  398 p.

                                          

 

Cette barque dans la tempête ainsi que le titre figurant sur la couverture nous annonce une lecture qui se veut un peu dérangeante.

Sur le mode de la lectio divina, l'auteur Père Abbé de l'abbaye bénédictine d'En-Calcat, nous propose une lecture intégrale de l'Evangile de saint Marc où par petits groupes de versets, il commente ce texte, témoignage d'un disciple appelé Marc et récit de la vie de Jésus.

La lectio divina est une lecture méditée de la Parole de Dieu pratiquée chaque jour par les moines et moniales, mais aussi par des laïcs, vraie nourriture spirituelle qui permet d'être habité par la vie de Jésus et son message. Jésus devenant un véritable ami à nos côtés quotidiennement.

L'auteur nous en fait, dans son avant-propos, une bonne définition :

«  Ce qui différencie la lectio de l'étude, c'est la liberté qui est instituée dès le départ : il n'y a pas de plan de voyage, pas de programme, aucune digression n'est prohibée, aucun détour n'est considéré comme une errance, aucun retard n'est sanctionné ; cela prendra tout le temps qu'il faut. Toute la personne est convoquée : pas seulement la tête, mais le corps, la mémoire ; pour approcher de la chair du texte, il faut se dévétir soi-même par moments : le « texte » est bien, comme le dit l'étymologie, un textile, un tissu, à ressentir à même la peau. Lire est une expérience transformante. » (p.11)

« L'histoire d'un choc », c'est d'abord celle de Marc confronté à une rencontre hors normes, celle de Jésus, qui va bouleverser sa vie. Son récit des événements, les mots employés, les omissions, les insistances traduisent sa perplexité mais aussi sa conscience d'une (r)évolution capitale dans sa foi en Dieu et en Jésus et d'un message à faire passer.

En relisant avec nous, pas à pas, cette aventure, l'auteur nous invite à regarder paisiblement mais avec un œil neuf le témoignage de Marc, à sortir peut-être de notre routine d'une lecture de textes qui nous semblent connus. Il pointe du doigt , par exemple, des mots qui peuvent sembler anodins (« Et aussitôt... ») mais traduisent au contraire un fait insolite, caractéristique de la personnalité de Jésus. Voilà le choc, la suite de chocs qui peuvent nous interpeller, nous faire sortir d'une rencontre jusque là mitigée, d'une pratique tiède. Quand on a à côté de soi un ami (donc de confiance) particulièrement « battant », il nous entraîne.

La vie du chrétien est-elle « choquante » ? Est-ce qu'elle interpelle, par ses paroles et par ses actes, ceux qu'il côtoie ? « J'avais faim et tu m'as donné à manger …. j'étais malade et tu m'as visité ... »

Mais ici, pas de méditation ni de transposition à nos vies, l'auteur se « contente », dans son livre d'une première étape indispensable dans la lecture de cet Evangile : d'abord lire et écouter attentivement cette vie de Jésus, vrai homme mais aussi Fils de Dieu. C'est d'ailleurs une grande règle à adopter en toutes situations, comme le conseille aussi saint Benoît : « Ecoute » (Règle de saint Benoît - Prologue) d'abord, regarde, goûte, respire, contemple cette réalité et sa part de mystère. C'est vrai en toutes rencontres et infiniment plus vrai face à Dieu qui s'incarne par amour pour l'homme.

On ne se lasse pas de relire une lettre d'amour. L'Evangile, donc la vie de Jésus, en est une. Si on prend le temps de l'écoute et de l'observation, les mots seront révélateurs. Et si nous n'avons pas toutes les clés pour comprendre et adhérer, laissons-nous aider par ceux qui en ont l'expérience. Donc, une bonne raison pour lire ce livre de David-Marc d'Hamonville.

DG

Extraits

- Etre disciple (Marc 2, 18-19) – p.62-64

«  Les scribes des pharisiens viennent d'interpeller les disciples quant au comportement scandaleux de leur maître [Pourquoi Jésus et ses disciples ne respectent-ils pas le jeûne?]...

Jésus répond par un déplacement qui montre le caractère bancal et insuffisant de la question... Au lieu de se focaliser sur les disciples, Jésus renverse le point de vue et oblige à contempler l'étrange maître qu'il est supposé être lui-même... Il emploie trois fois le mot « marié » …

Le premier élément de sa réponse est donc le décentrement qu'il impose à ses disciples : au lieu de se regarder vivre, les disciples doivent regarder et essayer de comprendre leur maître...

Au-delà d'une doctrine à appliquer, la présence au maître, la présence à l'événement que vit le maître, devient la raison d'être d'un disciple authentique. Ainsi la condition de « disciple » n'est pas l'adhésion tout intellectuelle à la doctrine d'un rabbi, mais une véritable suite, un attachement, une présence. »

Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 29 Juin 2020

Saint Syméon le Nouveau Théologien

Saint Syméon le Nouveau Théologien
d'apres une conference de Ana-Maria RADUCAN *

         experte a l'institut du Levant (Bucarest -Roumanie)

«  Où peux-Tu Te cacher, Toi qui remplis de Ta gloire tout l'univers ? »

Saint Siméon le Nouveau Théologien, moine byzantin des X°-XI° siècles, est un saint orthodoxe plutôt atypique, étrange même dans le paysage byzantin. Ses visions mystiques ressemblent beaucoup à celles connues dans le catholicisme, d'un saint Jean de la Croix , d'une sainte Thérèse d'Avila.

Une idée chère à Siméon est que l'expérience spirituelle, expérience de la lumière divine, est accessible à chacun car, grâce au mystère de l'Incarnation ; le Christ se fait homme afin que l'homme puisse devenir Dieu. Ce phénomène est visible surtout dans le sacrement de l'Eucharistie, qui chez Siméon, est un concept central , mais aussi dans le mystère de la recherche et de la rencontre avec Dieu habitant dans la personne elle-même.

Il y a chez lui une certaine rébellion de l'autorité qui lui a valu au cours de sa vie, des accusations d'hérésie et de désobéissance

Son message spirituel et mystique s'est adressé à toutes les couches de la société byzantine de son époque et non pas à un cercle fermé de moines.

La lecture des œuvres de saint Siméon le Nouveau Théologien est un réel bénéfice pour les chrétiens de nos jours qui souhaitent connaître un souffle nouveau et personnel dans leurs expériences spirituelles et qui soit en même temps en concordance avec la tradition à laquelle elles appartiennent.

Siméon fut un vrai leader charismatique de sa communauté qu'il désire réformer... ce qui le mena d'abord à une révolte des moines mécontents.
C'est en exil qu'il écrira son ouvrage le plus important,
Les Hymnes du divin Amour, composé de poèmes en vers d'une remarquable beauté littéraire, très personnels et plein d'originalité autour de deux thèmes fondamentaux : l'amour et la lumière de Dieu avec quelques allusions aux réalités de son temps.

Le mystique est celui qui, après avoir découvert que l'Autre – Dieu ou l'Absolu – est une Personne, se sent uni à Lui par un amour partagé. Mais la divinité ne peut pas être connue comme réalité appartenant à ce monde, car elle transcende les notions d'espace et de temps.

Les termes d'un poème d'amour aident à la rencontre, lumière apparaissant à l'improviste, disparaissant pour revenir encore et conduisant, avec le temps, à l'union mystique.

Dieu se cache, la grâce vient et s'en va, scènario du jeu de cache-cache.

L'idée centrale est qu'en fait ce n'est pas Dieu qui se cache devant les humains, mais ces derniers se cachent de Lui, au sens où Adam s'est caché, par crainte ou par honte, après avoir péché dans le paradis, bien qu'il n'y eut en fait aucune place où il pouvait se cacher, car l'amour divin est irrésistible.

«  Me réfugiant dans mes pensées... il me semblait que je m'étais mis à l'abri et que je m'étais caché de Celui qui est présent partout» (Hymne 11)

* Conférence donnée au skite gréco-catholique de Stanceni (Roumanie) en janvier 2020 et publiée dans la
Revue Mikhtav n°87 – avril 2020 : Lumière, amour et poésie chez Saint Siméon le Nouveau Théologien.

 

 

Mise à jour : Mardi 7 Juillet 2020, 23:04
Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Dimanche 14 Juin 2020

Les Psaumes

 Pour lire et prier les psaumes

Michel BERDER – Sophie RAMOND

Editions du Cerf, 2016 
 126 p.

                       

Les Psaumes est un livre de la Bible essentiel dans la vie du chrétien. Des passages en sont cités lors des célébrations eucharistiques, de la Liturgie des Heures . C'est un recueil de 150 poèmes de louange, de supplication vers Dieu, une conversation cœur à cœur dont les mots inspirés par les auteurs nous rejoignent dans toute notre vie. Certains psaumes sont attribués à David mais la plupart des auteurs sont anonymes. On pense pouvoir le dater vers le 3°s. av.J.-C

Destiné à l'origine à être chanté avec accompagnement d'instruments à cordes, le psautier. est à usage liturgique. Ce sont des chants avec leur rythme, leurs refrains auxquels pouvaient s'associer balancement du corps, battements de mains, marches de pèlerinage.

« Le psaume est avant tout un cri de l'homme vers son Dieu. Parlant en son nom propre, le psalmiste, surtout dans les plaintes pour la persécution, parle au nom du peuple. Il glorifie aussi bien les merveilles de la Création que la Toute-Puissance de salut manifestée en faveur d'Israël tout au long de son histoire. Il remercie le Seigneur d'avoir tiré son auteur d'un danger mortel mais lui demande aussi pardon pour une faute commise. Il célèbre l'intimité du juste avec Dieu mais sait également méditer sur la richesse spirituelle de la Loi ou la brièveté de la vie humaine. » (Dictionnaire de la Bible – A.M. Gérard)

En dix chapitres très clairs, les auteurs offrent ici une introduction à la compréhension et à la récitation des Psaumes, que des exercices viennent prolonger afin de goûter cette relation personnelle avec Dieu.

1 - Les grandes attitudes spirituelles dans les psaumes : entre supplication et louange

«  Regarde, réponds-moi, Seigneur mon Dieu ! » (Ps13, 4)

«  Pitié pour moi, mon Dieu dans ton amour

dans ta grande tendresse, efface mon péché » (Ps 50)

Prières de fidélité, de confiance, d'humilité , de lamentation ou de protestation.... En toute situation , les psaumes nous rappellent que Dieu est présent.

2 - Le langage des psaumes : un langage subjectif,relationnel et affectif

«  Pourquoi caches-tu ta face
   et oublies-tu notre malheur, et notre oppression ? » (Ps 44)

C'est un langage concret mais aussi imagé :

«  Que les fleuves battent des mains,

qu'avec eux, les montagnes crient de joie » (Ps 98)

Les psaumes peuvent évoquer des situations authentiques vécues par la psalmiste, mais le texte est suffisamment ouvert pour permettre des évocations autres et actuelles.

«  Jusqu'à quand me cacheras-tu ta face ?

Jusqu'à quand me mettrai-je en souci,

le chagrin au cœur tout le jour ? » (Ps 13)

Refrains, rythmes, répétitions : « Louez-le … louez-le...louez-le .. » (Ps 148) font chanter les psaumes et aident aussi à les mémoriser.

3 – La constitution progressive du psautier

Il a probablement existé diverses anthologies de psaumes, chacune avec sa logique propre mais l'agencement des 150 psaumes n'est pas sans cohérence. Il y a eu des regroupements dont une répartition en 5 livrets visant à modeler le psautier sur le Pentateuque (Moïse a donné les 5 livres de la Torah à Israël). Il y a les cantiques des montées (Ps 120-134) sans doute liés aux fêtes de Jérusalem.

La clôture du psautier manifeste une convergence dans la louange (Ps 148-150).

Le psautier, « livre des louanges », trace un itinéraire spirituel : il invite à se laisser instruire des voies de Dieu pour parvenir à la louange qui unit toutes choses. (p.43)

4 – Les titres des psaumes.

Ils donnent des indications d'ordre liturgique ou musical, renvoient à des noms de personnes, à la vie de David.

5 – Les psaumes et l'histoire

Parce que les psaumes sont enracinés dans l'expérience d'un peuple de croyants, ils font référence à des événements et des situations qui ont profondément marqués la vie du peuple d'Israël. Tel l'Exode souvent rappelé dans les psaumes car associé à l'errance au désert et à la conquête de la terre promise.

6 – Les psaumes et le Proche-Orient ancien

Le psautier de la Bible a construit son répertoire d'images et de métaphores en puisant à différentes sources parfois antérieures de plusieurs siècles.

7- Des psaumes hors du psautier

Ce chapitre s'intéresse à d'autres textes des traditions juives et chrétiennes qui se rapprochent de ces psaumes tant par leur forme littéraire que par leur message spirituel ou théologique :

  • dans l'Ancien Testament : chant de victoire après le passage de la mer Rouge (Ex 5,1-18), le Cantique d'Anne (1 Samuel 2, 1-10), le psaume de Jonas …

  • dans le Nouveau Testament : le Magnificat (Lc1, 46-55), le cantique de Zacharie (Lc1, 68-79), le Notre Père (Mt 6,9-13 ; Lc 11,2-4)

Cantiques de l'Apocalypse , bénédictions et actions de grâce dans les épîtres de saint Paul

8 – Le Livre des Psaumes dans les traditions juives et chrétiennes

  • Les psaumes sont fort utilisés dans les livres de prières juives ou lors de rituels.

  • Dans le Nouveau Testament, les allusions notamment faites par Jésus, au Livre des Psaumes sont fréquentes. Cela fonde d'ailleurs l'autorité des Ecritures.

  • Dans les communautés chrétiennes des premiers siècles, les psaumes étaient lus ou chantés. Saint Jean Chrysostome (5°s.), saint Augustin (5°s.) ont médité et commenté les psaumes ; la Règle de saint Benoît (6°s.) y fait souvent référence étant donné la large place faite aux psaumes dans l'office divin.

  • Dans la liturgie catholique actuelle et surtout depuis Vatican II, la lecture de la Bible a été remise à l'honneur ainsi que la Liturgie des Heures. Un nombre impressionnant de personnes prient les psaumes en différentes langues à travers le monde. Ces textes offrent un terrain privilégié dans les rencontres oecuméniques.

Il est intéressant de souligner que les psaumes ouvrent notre prière à plusieurs dimensions : prière personnelle en mettant en lien notre propre expérience avec celle qu'évoque le psalmiste, prière en union avec le peuple juif, prière avec le Christ qui a lui-même prié les psaumes, prière en communion avec l'Eglise universelle et aux intentions de toute l'humanité.

9 – Les difficultés du lecteur d'aujourd'hui face aux psaumes

Le style et le contenu de certains psaumes peuvent heurter le lecteur :

  • la violence , par des termes qui évoquent des conflits, des guerres, des massacres. Idées de vengeance et de cruauté. Il faut replacer les mots dans leur contexte, mais notre vie n'est pas angélique, coupée des réalités de ce monde et c'est une bonne chose que les psaumes nous permettent d'exprimer tout cela. Dieu se sert de toute notre vie pour se révéler. Ce sont souvent des cris de grandes souffrances .

  • La description des éléments cosmiques, des êtres humains peuvent paraître périmées, mais nous ne sommes pas dans un traité scientifique mais dans un livre poétique écrit il y a plus de 2000 ans au Proche-Orient. Alors laissons-nous aussi dépayser ! Les notes souvent jointes nous seront des aides précieuses.

10 – La postérité des psaumes

Il y a eu et il y a encore diverses traductions : Traduction oecuménique de la Bible (TOB ), la Bible de Jérusalem, la Bible en français courant, la Bible du Rabbinat français, La Bible d'André Chouraqui …

Il y a aussi des réécritures, des textes inspirés des psaumes. La littérature, la musique (en particulier liturgique), l'iconographie (enluminures, peintures, vitraux...), les créations audio-visuelles ont aussi exploité cette mine.

Chaque chapitre est bien développé, détaillé et toujours complété par une rubrique « Pour prolonger la réflexion » qui nous invite à nous pencher nous-mêmes sur certains passages ou certains thèmes.

Une « petite bilbiographie sélective » conclut ce trés bon document de base qui nous permet d'entrer de façon éclairée dans la lecture et la méditation du psautier.  Une pratique régulière nous en fera alors découvrir toutes les richesses.

DG

     

       

Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 01 Juin 2020

15 Paraboles tournées vers l'essentiel

 15 PARABOLES TOURNEES VERS L'ESSENTIEL

 Père RENE-LUC

 Ed.Presses de la Renaissance, 2018

 176 p.

                                         

 

Le Père René-Luc a fondé et anime les jeunes de Capmissio,  à l'école de mission diocésaine de Montpellier. Il y a une dizaine d'années a été publié son premier livre-témoignage Dieu en plein cœur devenu un best-seller.

Dans cet ouvrage, s'inspirant de la pédagogie de Jésus qui parlait en paraboles pour mieux se faire comprendre, l'auteur témoigne à partir de son vécu pour nous mener à l'essentiel de la foi.

Les chapitres sont ainsi intitulés : parabole du phare, du canoé, des étoiles, du chemin, du voilier....

  -  La parabole du soleil ou comment expliquer la Trinité ( p.145....)

L'auteur évoque ici un pèlerinage à Lourdes avec un groupe de jeunes à qui l'accompagnateur explique le mystère de la Trinité, « un mystère dont la réalité dépasse infiniment la capacité de notre intelligence ».

Il s'aide d' une image utilisée par Saint Ephrem, diacre en Syrie au 4°s. : «  Le Soleil, c'est le Père, le rayon, c'est le Fils, et la lumière et la chaleur sont le Saint-Esprit. » Puis en quelques lignes souligne les caractéristiques de chaque élément qui ne sont en fait qu'une seule réalité.

Les chapitres sont brefs, écrits avec simplicité, associant étroitement la foi et la vie. Il aborde ainsi les questions de la prière, de l'écoute, du dialogue inter-religieux, du couple, de la souffrance, du sacrement de réconciliation, du deuil...

Une lecture accessible à tous et qui peut éclairer nos vies.

DG

 

 

 

 

Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mardi 14 Avril 2020

Pérégrinations (1723-1747)

 PEREGRINATIONS (1723-1747)

 Vassili GRIGOROVITCH-BARSKI

 Editions des Syrtes, 2019
 548 p.

                           

« Marcher inlassablement, dormir à même le sol, ne pas manger à sa faim, invoquer Dieu dans la tempête, s'effondrer, tomber malade, se faire rouer de coups et déposséder par des brigands, apprendre les langues étrangères, s'ouvrir au monde, s'instruire, se découvrir soi-même par la même occasion... tel fut le quotidien du voyageur au long cours Vassili Barski, de 1723 à 1747. » (Introduction - p.7)

Ce récit écrit au jour le jour, par ce pèlerin né à Kiev (Ukraine) , n'est pas banal. Pendant 24 ans, Barski va en effet voyager à travers l'Europe et le Proche-Orient, à pied et sans bagage, s'en remettant à l'aumône pour survivre et à la bienveillance de chrétiens pour l'héberger.

Son but essentiel est de découvrir tous les monastères et lieux saints  qui sont sur sa route et de le vivre avec foi.
Mais il observe aussi avec précision la nature environnante, les hommes, les monuments religieux ou profanes qu'il décrit avec une minutie extrême, de la même façon qu'il tient ses cahiers chaque jour s'adressant à un futur lecteur. Il compte d'ailleurs rapporter toutes ses observations dans son pays d'origine. De toute expérience, il rend grâce à Dieu.

On est réellement touché par sa foi profonde qu'il faut aussi replacer dans le contexte de son époque. L'église orthodoxe est en position de faiblesse, face à la montée de l'uniatisme ( Vassili ne porte pas dans son cœur les gréco-catholiques !) et sous la domination musulmane, pas loin d'être considérée par l'auteur comme Satan en personne. La tolérance religieuse n'est pas chez lui, d'actualité. Mais il s'intéresse à toutes pratiques et recherche de la compagnie pour la route. Il est en effet prudent de ne pas voyager seul.

Il va traverser l'Ukraine, l'Italie, les Iles grecques et Constantinople, le Mont Athos où il fera plusieurs séjours, la Terre Sainte, l'Egypte, le Liban, la Syrie, Chypre...
C'est le voyage le plus long de la littérature slave de l'époque et pour nous lecteurs, c'est aussi une longue marche à ses côtés. On y vit ses découvertes, ses émerveillements, une certaine monotonie des jours malgré l'imprévu. Intelligent et cultivé, il ne craint pas un peu d'opportunisme pour se faire accueillir par les autorités du monde religieux orthodoxe en particulier;  mais s'il profite largement de leurs bienfaits, il sait leur en être reconnaissant ainsi qu'à Dieu.

Le livre est agrémenté de quelques dessins un peu naïfs mais explicites réalisés par l'auteur.

Un réel plaisir de lecture qui nous plonge dans un autre siècle, un autre monde et où on chemine, comme l'auteur, en observateur partageant peu à peu sa passion d'un tel pèlerinage où le temps ne compte plus. La foi de Vassili dans sa simplicité et sa discrétion est constamment présente et finit par atteindre son but : nous séduire et nous rendre admiratifs de tous ces témoignages de foi sur le chemin du pèlerin et dans les lieux saints et monastères.

DG

Extraits.

Au Mont Athos ,Barski visite les vingt monastères, séjournant dans chacun une nuit ou deux .

Monastère de Simonopetra.

Ce monastère est très étonnant de par son architecture et sa situation... Le lieu est disposé ainsi : une colline de pierre, haute, séparée des montagnes, une falaise escarpée dominant la mer, sous le sommet de la montagne. Sur cette falaise est installé le monastère de la même façon que saint Paul, avec cinq étages de cellules les unes au-dessus des autres, cependant la fondation est encore plus haute et l'architecture encore plus admirable... Le sol du monastère n'est pas plat, de nos jours encore mais incliné vers le haut ou vers le bas . Il est aussi étroit que la colline ; lorsqu'on regarde du haut des cellules les plus élevées, on a le cœur chaviré à cause de la hauteur... Il y a beaucoup de moines et ceux-ci sont grecs. Ils vont chercher de l'eau au loin, au sommet de la montagne... Leur belle église, dédiée à la Nativité du Seigneur Christ … est recouverte de plomb, et à l'intérieur, décorée de fresques avec un pavement de marbre et des lampes. Ce monastère est magnifique et d'architecture merveilleuse, abondant en nourriture...J'y passai la nuit. (p.168)

A Jérusalem.

Tandis que le jour recevait les premiers rayons du soleil, nous entendîmes la sainte liturgie dans l'église Saint-Constantin, puis on y célébra l'office des collybes [gateaux sucrés bénis dans l'église] pour les défunts ; à la fin on nous distribua les collybes et nous reçûmes chacun un verre de vin. Aussitôt après, tous les pèlerins et les nouveaux arrivants, clercs et séculiers, avec les femmes, furent menés au bassin et priés de s 'asseoir en ordre. Le chantre commença à chanter une stichère [tropaires intercalés avec les psaumes] d'une belle voix suave ; debout, au milieu du bassin, arrivent deux moines avec une large bassine et un récipient avec de l'eau chaude et un linge, un troisième portant à la ceinture une serviette ; et de même de l'autre côté. Ils commencèrent à nous laver les pieds, depuis le premier jusqu'au dernier. Le rituel se passe ainsi : le premier se tient prêt avec un linge blanc pour essuyer les pieds, le deuxième porte le récipient contenant de l'eau chaude mêlée à une certaine plante aromatique ; après avoir rempli le récipient, il le pose sous les pieds du pèlerin, quant au troisième, mettant un genou à terre, il saisit d'abord le pied droit, l'enduit de savon et le rince avec de l'eau tiède puis, l'ayant essuyé avec un linge, il l'embrasse. Aux moines, on lave aussi la tête. Les laïcs eux, n'ont pas de baiser ; on lave aussi le pied gauche mais sans l'embrasser, car il suffit d'une fois. Je me mis dans la file des pèlerins à la dernière place ; on me lava et on me baisa les pieds. Alors ne pouvant souffrir si grande humilité et vertu de leur part, je laissai couler mes larmes, dont je ne pus retenir le flot. D'autres pleuraient aussi. Lorsque tous eurent les pieds lavés, on posa devant chaque hadji de l'eau pure et chacun se lava les mains, l'un après l'autre, puis un autre moine suivit, portant une eau parfumée dont il aspergea nos mains et dont nous nous frottâmes le visage. Ensuite, on nous donna une tasse de café et tandis que nous buvions, le représentant du patriarche conversa avec les pèlerins, les congratulant pour leur louable désir de voyager sur les lieux saints et souhaitant que Dieu leur accorde de les visiter et de les vénérer avec crainte, dévotion et foi, et ainsi de suite. Quelques temps après, on nous appela au réfectoire, où on nous offrit une meilleure pitance que la veille car c'était un samedi, et on nous donna du vin en abondance. Nous nous rassasiâmes, glorifiant et remerciant Dieu. (p.213-214)

Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 11 Mars 2020

Le Monde de la Bible n° 232 - 2020

LE MONDE DE LA BIBLE n°232 /2020

                 

La revue nous propose comme dossier : « Le prêtre, des polythéismes au christianisme ».

La figure du prêtre s'est d'abord imposée dans le Proche-Orient, comme intermédiaire entre l'homme et la divinité, incarnée par une statue divine. Grand-prêtre ou grande prêtresse, il s'agissait d'une fonction prestigieuse qui était avant tout ritualiste.

Dans le judaïsme ancien, la figure du prêtre oscille au gré de l'histoire politique, religieuse et sociale. Certains « prêtres » sont des sacrificateurs, d'autres de simples serviteurs, d'autres ayant des fonctions politiques non négligeables. 

Daniel Marguerat souligne ensuite l'étonnante absence de prêtre chez les premiers chrétiens. On peut penser que la venue du Christ rend inutile désormais la présence d'intercesseurs. Mais au fil des siècles, l'Eglise doit s'organiser avec une élaboration progressive de la figure du prêtre ordonné et célibataire.

Christophe Henning, journaliste à La Croix interview ensuite Etienne Grieu, jésuite théologien, sur l'avenir de l'Eglise et le rôle qu'ont à jouer les communautés chrétiennes.

La revue nous offre aussi ses rubriques habituelles sur l'art religieux ( église Saint-Eustache, Raphaël, Maurice Denis...) et un remarquable port-folio sur le musée des Beaux-Arts de Dijon.

En fin de volume, « Comprendre la Bible » s'intéresse à l'épître de Paul aux Galates.

Cette revue demande toujours au lecteur un certain effort d'attention, mais celle-ci est soutenue par une superbe iconographie qui contribue largement à la grande qualité du Monde de la Bible.

DG

Mise à jour : Mardi 21 Juillet 2020, 11:56
Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 27 Février 2020

Promenades au pays de l'écriture

 Promenades au pays de l'écriture
 Armando PETRUCCI

 Ed. Zones sensibles, 2019
 135 p.

                        

 Armando Petrucci (1932-2018) était un paléographe italien (étude des écritures manuscrites du passé) et professeur d'université. Au début de ce livre, qui en est à sa neuvième édition, l'auteur consacre quelques pages aux principes et à la méthode de paléographie mais il va ensuite évoquer surtout les « changements radicaux qui ont scandé l'histoire des textes écrits ».

Petrucci a , au cours de sa carrière, parfaitement traité de la paléographie et il pense qu'à ce niveau tout est dit. Il veut dans ce livre soulever, à propos de l'écriture, d'autres questions auxquelles les spécialistes savent moins bien répondre : « Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Qui ? Pourquoi ?

 « Ce livre s'intéresse à l'histoire des témoignages écrits entendus au sens le plus large : des livres (manuscrits ou imprimés) aux documents,... des inscriptions aux lettres, des graffitis aux comptes, des écrits publicitaires aux feuilles volantes, des journaux aux écritures informatiques. » (p.19)

 Et sa promenade va nous faire traverser les siècles par des allers et retours de l'Antiquité à aujourd'hui, avec un regard sur l'écrit qui «  alternant réflexions et exemples, se présente comme une invitation à considérer les témoignages écrits – isolés ou en série, anciens ou récents, élégants ou relâchés, publics ou privés, exposés à la vue de tous ou cachés – comme autant d’épisodes d’un des chapitres les plus riches et les plus passionnants de l’histoire de l’humanité : celui de ses expressions écrites. »

 L'histoire des écritures est inséparable de celles des sociétés. Il y a un véritable élargissement de perspective. « L'analyse des formes graphiques, telle que la pratiquait Petrucci, permet de comprendre les structures sociales, les rapports de pouvoir, les niveaux de culture, la vie quotidienne des hommes et des femmes du passé . »

Promenade qui nous invite, à Rome notamment, à observer les monuments et leurs inscriptions, les boutiques, les changements. Parmi de multiples exemples, l'auteur évoque cette épicière du 16ième siècle qui savait tenir ses livres de compte ( par nécessité de travail) mais ne savait pour autant pas écrire puisqu'illettrée.

 LES CHAPITRES

avec quelques passages particuliers, mais tout est intéressant...

     1 - Lieux et espaces

    Durant le haut Moyen-Âge occidental, au temps des monastères tels Saint-Gall ou le Mont-Cassin, les lieux de production se confondaient avec ceux de conservation et d'usage. Au 12ième – 13ième siècles avec l'émergence de la culture scolastique universitaire, les lieux se dissocièrent (bibliothèques, librairies, notariats, chancellerie pontificale...). Le Vatican continua à conserver ses archives à l'inverse de la République italienne qui décentralisa. Aujourd'hui, l'informatique modifie radicalement ces cadres, voire même les font disparaître.

    2. Écrire ou pas

    L'histoire de la culture écrite souligne l'histoire de l'inégalité graphique présente aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. « L'écriture est une des expressions les moins égalitaires, celle dont l'usage est le moins uniformément réparti dans la société » (G.R. Cardona, cité p.34). Il y a les lettrés, les alphabétisés (avec bien des degrés), les semi-alphabétisés, les analphabètes.

    L'auteur observe sur de nombreux documents « la souffrance d'écrire [qui] correspond à la souffrance de la vie. » (p.45)

    3. Pouvoir ou liberté

    Au 16ième et 17ième siècles, la diffusion des textes, malgré les progrès techniques, fut maltraitée par « la censure, qu'elle ait été préventive ou répressive » (p.53). Tels les livres mis à l'index par l'Eglise. La liberté de la presse attendra 1789 mais encore est loin d'être universellement appliquée de nos jours.
    4. Typologies et fonctions

    L'auteur évoque les origines de l'écriture, leurs influences les unes sur les autres, certaines disparitions, les tentatives inabouties de faire passer un langage oral (de populations africaines par exemple) à l'écrit. Avec aussi ce constat que « les écritures aujourd'hui en usage apparaissent résolument imperméables les unes aux autres, souvent – si ce n'est surtout- pour des raisons idéologiques et politiques liées à des questions de prestige et d'identité nationale. » (p.62)

     Nous laissons le lecteur découvrir la suite , tout autant passionnante et d'une lecture aisée :

    5. Techniques et modalités
    6. Écrire à…
    7. Textes écrits, perdus, retrouvés
    8. Conserver la mémoire

 Une bibliographie en fin de volume et classée par chapitre invite évidemment à aller plus loin, ce que le lecteur ne manquera certainement pas de faire après une telle promenade initiatique au pays de l'écriture.

 DG

Denyse - rubrique 02- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Plus d'articles :

Calendrier

Septembre 2020
LunMarMerJeuVenSamDim
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930    

Contact

Par E-mail

.

Mes liens

Voici quelques sites de référence que je vous conseille vivement.

Mes liens