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Mardi 11 Mai 2021

Et l'homme créa les dieux

 ET L'HOMME CREA LES DIEUX

d'après l'essai de Pascal BOYER

Joseph BEHE

Editions Futuropolis, 2021
360 p.

BANDE  DESSINEE

 

                               

 

Nous avons là, sans conteste, un livre monumental et remarquable : par sa taille format BD mais surtout par son contenu et son graphisme.

Pascal Boyer est un anthropologue américain d'origine française, directeur de recherches au CNRS et, depuis 2000, professeur à l'Université de Washington. Son essai « Et l'homme créa les dieux »* ont fait de lui l'une des grandes figures internationales de l'anthropologie de la religion

                                                           

Pourquoi existe-t-il des religions dans le monde ? Ont-elles une origine commune ? Pourquoi les gens sont-ils croyants ? Quels sont les mécanismes de notre cerveau qui peuvent expliquer l'adhésion à une morale, à la foi ? Pourquoi le fanatisme ? Ce sont quelques-unes, parmi beaucoup d'autres, des interrogations fondamentales voire cruciales soulevées par Pascal BOYER.

Vingt ans plus tard, le sujet est plus que jamais d'actualité et pour en rendre les réponses plus accessibles, le dessinateur Joseph Béhé entreprend de le « traduire » en bandes dessinées d'un haut niveau de qualité.

 

Joseph Béhé, de son vrai nom Joseph Griesmar, né le 19 février 1962 en Alsace, est diplômé de l'École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Professeur de bande dessinée titulaire à la Haute École des Arts du Rhin depuis 1997. 

On est frappé de la limpidité des dessins et de ce qu'ils expriment, éclairant un texte parfois ardu.

L'ensemble cherche à faciliter au maximum la lecture : dessins explicites, bulles de texte bien disposées et à la calligraphie variée. Un fil conducteur qui met en scène un groupe d'amis de différentes confessions, réunis pour une soirée de discussion, allège les propos et pose des questions qui pourraient être les nôtres.

 

Cette BD devient un bel outil pour entrer dans des réflexions et abstractions complexes. On la lit avec plaisir et intérêt, on admire le dessin bien vu et souvent plein d'humour, mais on peine aussi un peu, il faut le reconnaître, à suivre certains discours à vocabulaire spécialisé en sciences cognitives, anthropologie, biologie...

Le livre répond-il aux questions posées ? Il démontre plutôt bien le pourquoi de l'existence des dieux et le titre de l'ouvrage nous met d'ailleurs sur cette piste d'une création nécessaire des dieux par l'homme, principal sujet traité. La question de l'existence d'un dieu créateur reste posée...

 

DG

 

* Et l'homme créa les dieux : Comment expliquer la religionRobert Laffont2001

Mise à jour : Mercredi 12 Mai 2021, 11:20
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Samedi 01 Mai 2021

Le Cloître des ombres

 LE CLOÎTRE DES OMBRES
 suivi du Livre des révélations de Richalm de Schöntal

Jean-Claude SCHMITT

Ed. Gallimard 2021

Bibliothèque des Histoires
480 p.

                          ___________________________

                             

L'auteur Jean-Claude Schmitt analyse et donne une traduction de l'oeuvre de l'abbé cistercien Richalm de l'abbaye de Schöntal , "Le livre des révélations", écrit en latin, publié en 1219 à la mort de l'abbé et redécouvert récemment. Il n'a été republié qu'une seule fois en 1721 par le bibliothécaire de la célèbre abbaye bénédictine autrichienne de Melk.

 

Schöntal, c'est-à-dire la « belle vallée » est de la lignée de Morimont, l'une des quatre premières fondations cisterciennes . Vers l'an 1200, en Allemagne du sud.

Sous forme d'un dialogue entre l'abbé Richalm et un de ses moines nommé « N. » qui note tout ce qui est dit (comme le pratiquait saint Bernard pour ses sermons avec son secrétaire Geoffroy d'Auxerre) les deux hommes témoignent de ce que pouvaient être les croyances de la société médiévale européenne en particulier dans un lieu clos (bien plus qu'aujourd'hui) qu'est un monastère. On pourrait penser, qu'à l'ombre de la Règle de saint Benoît, la vie y est tranquille. Et pourtant ...

C'est un témoignage authentique, unique et assez stupéfiant. Ces moines en effet cohabitent jour et nuit avec les démons qui les terrifient, les influencent et entretiennent avec eux un combat presque d'égal à égal, à qui sera le plus fort. Le moine a pourtant une arme infaillible : le signe de croix. «  Il n'y a rien de plus efficace » !

Ils ne les voient pas, ou à peine, mais entendent les démons débattre entre eux des pièges qu'ils s'apprêtent à tendre. Ils s'emparent même du corps, parlent par la voix du moine, toussent, grognent, déplacent à leur guise main ou pied et font même se mouvoir les cadavres. Autant dire que leur puissance peut avoir un impact très fort dans la vie du moine et de la communauté. Jamais cependant, ils ne s'emparent de la personne entière. Richalm n'est jamais possédé et garde donc une certaine distance qui lui permet de témoigner.

Comme l'explique l'auteur qui analyse cette œuvre, on pourrait interpréter tout cela avec nos mots d'aujourd'hui : l'inconscient, le subconscient, maladie mentale ou voix intérieure.... Mais il faut resituer ces événements dans leur contexte culturel et social médiéval . Pour ces hommes confinés dans leur monastère, la présence d'esprits bienfaisants ( il y en a aussi heureusement) et malfaisants est absolument réelle. Avaient-ils une sensibilité plus aiguisée que nous ?

On peut s'inquiéter tout de même de l'état de santé, des obsessions, des fantasmes et de la vie spirituelle du moine Richalm et sans doute de toute la communauté. Mais gardons-nous de le juger car il s'agit de conceptions propres à une société très différente de la nôtre. Ce n'est qu'à partir du 17°s. qu'on s'est efforcé de faire reculer superstitions et croyances.

Le livre se compose de deux grandes parties :

     

    - Dans la première partie, Jean-Claude Schmitt précise le contexte historique, les lieux, le système hiérarchique, analyse en détail ces croyances et ce vécu. Il nous guide aussi dans ce monde étrange des bons et mauvais esprits où naviguent les moines qui s'éclairent aussi à la lumière de l'Evangile, souvent cité et dont ils s'arment pour porter un avis. Il nous rappelle aussi simultanément les us et coutumes de la vie monastique médiévale, les lieux, les rythmes, les prières, l'habit, le travail.

    « Le monde extérieur d'où les frères provenaient pourtant quand ils sont entrés dans l'ordre pour leur vie entière, leur est devenu vraiment étranger : les abords du monastère semblent se perdre dans une brume indistincte, les toponymes connus sont rares et les lieux habités sont à peine mentionnés. » (p.80)

    - Il s'agit d'une micro analyse d'un monastère abritant quelques dizaines d'individus (30 à 40) y compris les morts, qui restent bien présents parmi les vivants ( Richalm jouant le médium) et par-dessus tout une foule de bons esprits secourables et, bien plus nombreux encore, de démons agressifs, bavards et obsédants.... (p.13), les véritables héros de cette histoire. Satan, au sommet de la hiérarchie n'apparaît guère (4 occurrences contre 301 pour démons)

    Ces bons et mauvais esprits, à l'origine tous des anges, enseignait Grégoire le Grand, ont une longue histoire bien antérieure au christianisme, héritée des croyances pluriséculaires du Moyen-Orient ancien. C'est au Moyen-Age qu'apparaît la figure de l'ange gardien, n'étant reconnue officiellement qu'au 16°s. On peut noter aussi que « les moines ' blancs ' cisterciens, comme aussi les chartreux, s'identifient à la splendeur immaculée des cohortes célestes. » (p.166)

    - C'est avec une certaine ingénuité, que « Richalm à partir de son expérience singulière, attribue aux démons plus qu'à la perversité humaine les manquements des moines à la discipline . »(p.120) Les démons déforment leurs paroles, leurs voix, leurs démarches, leurs gestes, les poussent au sommeil, à la paresse ou à l'ivresse. « Ils sont partout, agissent en permanence, et tout bruit, tout son, tout mouvement leur est attribué, sauf preuve du contraire. (p.183). « Il faut savoir aussi que ce ne sont pas des démons quelconques qui assistent à la messe pour faire obstacle au prêtre, mais seulement les plus forts et les plus astucieux. » (p.184)

    «  Vous ne les voyez pas, ou à peine, mais vous les entendez débattre entre eux des pièges qu'ils s'apprêtent à vous tendre. Ils s'emparent de votre corps, vous font parler, tousser, grogner, vous gratter malgré vous, déplacent à leur guise votre main ou votre pied et font même se mouvoir les cadavres  »

    - La hiérarchie des démons est le double exact de celle des moines ; leur modèle d'organisation n'est pas qu'ecclésiastique mais aussi militaire. Et ils sont soucieux de bien parler latin...

     L'auteur nous fait découvrir en détail « comment les hommes entrent en relation avec les esprits... en usant des cinq sens. » Il y a donc aussi « cinq armées de démons mobilisés, chacune affectée à un sens particulier. » Le moine cohabite avec des voix intérieures , des visions , des ombres si envahissantes qu'elles en deviennent réalité. Une façon de percevoir et voir au-delà des apparences.

    La place centrale du corps dans la culture chrétienne médiévale joue un rôle essentiel. Croire en l'existence des démons n'est pas un choix. Richalm affirme que les démons « adhèrent » totalement aux moines et en particulier à leur corps.

« Cette société monastique utopique qui voudrait s'assimiler à la compagnie des anges sous la conduite bienveillante des bons esprits familiers se découvre plombée par les corps et irrémédiablement livrée aux démons. » (p.272-273)

 

    Dans la seconde partie, alors que nous sommes bien informés grâce à l'analyse initiale, nous entrons avec grande curiosité dans le texte lui-même : « Le livre des révélations ».

    Nous y retrouvons « sur le vif » une succession de dialogues et de témoignages des aventures fantastiques et fort éprouvantes de moines et démons qui eux- mêmes n'échappent pas à l'angoisse de manquer leurs mauvais coups .

¤ «  Comme le moine laïc N. écoutait l'explication de la règle dans le chapître, je vis sur ses oreilles qu'un emplâtre avait été appliqué et composé pour en faire le tour : je compris que cela était un démon préposé à cet office et comptant parmi ceux qui bouchent les oreilles pour qu'on n'entende pas la parole de Dieu. » ( p.306)

¤ - Richalm : «  Certains [démons] sont toujours postés dans mon lit, ou plutôt dans chacun de nos lits, dans la chambre, dans chaque officine, et dans les espaces intermédiaires qui séparent les officines.

- N : Que font-ils à rester toujours dans votre lit, quand vous n'y êtes pas ? Que font-ils ?

- Richalm : Ils délibèrent entre eux et prennent conseil pour savoir que faire quand je viendrai. Personne ne peut savoir, personne ne peut croire à quel point ils sont assidus, comment ils s'appliquent toujours à chaque heure du jour, comme de nuit. » (p.311)

Ces « révélations », au fil des pages nous font sourire certes et la lecture en est plaisante et intéressante mais on perçoit bien aussi les drames personnels et communautaires qui se jouent derrière les hauts murs de l'abbaye de Schöntal.

L'abbaye de Schöntal est aujourd'hui un centre de formation du diocèse de Stuttgart-Rothenburg. Du monastère médiéval de Richalm, il ne reste rien.

DG

Mise à jour : Dimanche 2 Mai 2021, 10:26
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Mardi 20 Avril 2021

Le Pèlerinage des 88 temples

 Le Pèlerinage des 88 temples
 Sur les chemins sacrés du Japon

Ariane WILSON
Préface de Sylvain Tesson

Ed. Arthaud Poche, 2019
234 p.

                         

Sous la forme d'un récit de voyage retracé au jour le jour, voici un petit livre sympathique qui raconte le pèlerinage de deux femmes Ariane et Aude, sur 1400 kms en deux mois, à pied ou à vélo, suivant un itinéraire précis , celui d'un pèlerinage très populaire au Japon : celui de de Shikoku , sur les pas du fondateur du bouddhisme Shingon.

Avec pour seul toit, une grande bâche dépliée chaque soir et qui sera tamponnée d'une calligraphie du lieu du temple (soit 88 sceaux), sur le principe du carnet du pèlerin de saint Jacques de Compostelle.

On peut admirer le courage et la persévérance, en tous lieux et en tous temps, de ces deux pèlerines qui découvrent (et nous font découvrir) les croyances et les rites des populations rencontrées. Des portraits, des anecdotes, des réflexions personnelles ainsi que des observations historiques et sociologiques étoffent ce reportage.

Ce qui frappe en particulier c'est la générosité de ces japonais qui, en donnant gratuitement un repas, un peu de nourriture , de petits objets ou un message à déposer au temple, accueillent l'étranger de passage et participent ainsi à leur façon à ce pèlerinage en aidant les pèlerins.

DG

Extrait

- J'avance seule et jamais seule dans un silence habité. Des plaquettes de bois accrochées aux branches, des rubans noués aux troncs, des voeux en papier tourmentés par la brise, mille petites stèles agglutinées comme des écailles de foi : la forêt bruisse de signes tacites laissés par les pèlerins déjà passés à l'intention du pèlerin passant. ( p.177)

- La journée débute en prière au temple Ichinomiya ; quatre-vingt-troisième du pèlerinage. Le jeune prêtre et sa mère, le nez aquilin, les yeux doux, nous accueillent dans leur cuisine pour le petit déjeuner après la cérémonie du matin. «  Pourquoi récitez-vous les mantras en regardant le texte, alors que vous les connaissez sûrement par cœur ? » ai-je demandé au prêtre. «  Visualisez les caractères est aussi important que les prononcer, a-t-il répondu. La voix, le regard, le geste, tout le corps doit être impliqué dans leur récitation. » (p.198)

 

 

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Mercredi 07 Avril 2021

Sages, mystiques et maîtres spirituels

Sages, mystiques et maîtres spirituels

sous la direction de Frédéric LENOIR et Ysé TARDAN-MASQUELIER

Ed. Bayard, 2020
918 p.

                                   

Voilà un livre qui peut nous tenir compagnie de longs jours. Chapitre après chapitre, il nous fait découvrir en quelques pages des maîtres de vie nous en résumant leur histoire , les sources de leur inspiration et de quelles façons ils ont pu façonner l'aventure spirituelle de l'humanité.

C'est un parcours à travers l'histoire, les civilisations, la spiritualité antique, médiévale, de la renaissance et contemporaine qui peut trouver en nous des résonances multiples.

Entre autres, nous rencontrons, Homère, Confucius, Bouddha, Zarathushtra , Aristote, Jésus, saint Paul, saint Antoine, saint Augustin, saint Benoît, Mahomet, Bernard de Clairvaux, saint Thérèse d'Avila, Luther, Ignace de Loyola, Gandhi, Simone Weil... Nous serons éclairés sur le fondateur du yoga, sur l'hindouisme, sur les maîtres du hassidisme ou sur les béguines d'Anvers. On voudrait tous les citer... il y en a 150 ! C'est dire que le panorama est vaste.

C'est une lecture, pas toujours facile, qui pour l'apprécier vraiment, se fait par petites touches grâce à une table des matières et un index très détaillés qui rendent bien des services. La brièveté de chaque chapitre nous permet aussi de faire le tour d'une question sans trop nous perdre dans des détails.

Chaque chapitre est également complété par une bibliographie.

Un travail remarquable et un bel outil !

DG

Mise à jour : Vendredi 16 Avril 2021, 19:52
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Jeudi 25 Mars 2021

Habiter ensemble - Adalberto MAINARDI

Habiter ensemble. Le lieu monastique entre Orient et Occident

Adalberto MAINARDI, moine de Bose (Italie)

Collectanea Cisterciensia – Revue de spiritualité monastique

Tome 82 - 2020 - 4 - p.410 - 419

Tome 83 - 2021 - 1 - p.6 -14

        

 

Recension de l'article et réflexions personnelles pour une lecture utile à tous

 « Dieu fait habiter dans une maison ceux qui ont un objectif unique. » (Ps 68,7)

 Les moines ne sont pas des extraterrestres et le lieu monastique, comme tout lieu quelque soit sa particularité, habite le monde à l'intérieur de l'histoire humaine. On peut le caractériser par quatre moments essentiels, quatre verbes : habiter, travailler, veiller, accueillir.

 1- Habiter

La recherche d'un lieu isolé, non fréquenté, voire inhabitable, semble favorable à une nouvelle fondation monastique.On peut s'en étonner. En fait, ce contexte menait les moines d'Orient comme d'Occident à découvrir que ce non-habitable, ce lieu étranger habite déjà la profondeur de notre cœur. A l'extérieur de soi-même comme à l'intérieur, il va falloir découvrir, épurer et , question d'équilibre et d'unification de soi, il est nécessaire d'y oeuvrer à ces deux niveaux pour devenir vraiment soi-même. Les travaux d'irrigation, de défrichage, d'assainissement des marécages (Cîteaux, Clairvaux...) à l'époque médiévale sont la face matérielle d'un travail également intérieur.

On peut regarder dans nos rues les maisons individuelles, leurs jardins, leurs intérieurs et à partir de là imaginer un peu la vie intérieure des habitants...

Quelle image ma maison me renvoie-t-elle de moi-même ?

 But à très très long terme : retrouver l'intégrité de l'Eden. Dur labeur ! Redoutable face à face !

Où est l'ennemi ? A l'extérieur ou à l'intérieur ?

De même, chercher à s'unifier – sur le plan affectif, psychologique, spirituel – c'est aussi travailler à une unité plus large, à une communion avec tout et tous.

La sauvegarde de la Création dans notre « maison commune » qui est la Terre (Pape François) ne commence-t-elle pas au soin que nous prenons de notre environnement le plus proche ?

 Cependant, l'essentiel est ailleurs. Bienfaits inattendus du confinement ?

«  Ce que la solitude et le silence du désert apportent d'utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent, qui en ont fait l'expérience. » (Lettres des premiers chartreux)

L'affluence étonnante, par contraste avec les églises désertées, dans les hôtelleries monastiques pour y trouver silence et recueillement souligne l'aspiration de l'homme, dans sa vie agitée, à trouver une autre respiration, un autre rythme, un certain repos et peut-être à se trouver lui-même.

 Dans l'histoire du monachisme, sur le long terme, à travers crises et renaissances, se retrouve également un constant retour vers les origines, souvent vers la Tradition du monachisme orthodoxe et la quête de plus d'authenticité et de simplicité.

La recherche de stabilité en un lieu est importante pour assurer un enracinement dans la patience et la persévérance.

C'est bien l'une des grandes difficultés actuelles nuisant à un bon équilibre de vie : séparation des couples, enfants tiraillés entre père et mère, familles recomposées, déménagements, changement de travail... et insatisfaction permanente.

Comment dans de tels contextes se retrouver soi-même ?

 2 - Travailler

 « L'oisiveté est l'ennemie de l'âme. » (Règle de saint Benoît 48,1)

 Pour ne pas se perdre dans des idées parfois illusoires, le travail n'est pas seulement un gagne-pain mais une collaboration à l'oeuvre créatrice de Dieu. On revient à l'idée de sauvegarde de la Création, mais même si elle n'est pas directement en jeu, et quelque soit notre travail, y compris bénévole, celui-ci assure notre survie (situation critique des chômeurs), équilibre nos « cogitations ». C'est aussi une « occasion de partage concret et quotidien des biens » (Enzo Bianchi).

 Mais le temps de travail a ses limites, souligne A. Mainardi, auteur de cet article. Pour le moine en particulier, le temps est rythmé aussi par la prière, par la lecture méditée (lectio divina). [D'où] les réflexions sur le loisir créatif de la sociologie du travail dans l'ère post-moderne.

 Nous avons connaissance de familles qui ont su trouver un bel équilibre de vie, moyennant un revenu moindre mais suffisant, entre vie personnelle, familiale, travail, partage. C'est une réussite et un vrai bonheur pour tous. Et d'un grand bien éducatif et citoyen pour les enfants.

 3 – Veiller : Habiter le temps.

 Dans la règle de saint Benoît, la journée des moines est rythmée par la prière : «  Sept fois par jour, j'ai dit ta louange. » (Ps 118, 164)
Sans un engagement continu dans la prière et dans la lecture de l'Ecriture, il n'est pas possible de connaître véritablement Dieu (Anastase le Sinaïte).

Origène écrit : « Si tu ne viens pas chaque jour aux puits, si tu ne puises pas l'eau chaque jour, non seulement tu ne pourras pas donner à boire aux autres, mais tu souffriras aussi toi-même la soif de la parole de Dieu. « Celui qui a soif, qu'il vienne et qu'il boive » (Jn 7,37)

 Habiter le temps signifie se laisser habiter par l'attente, discerner dans le présent les semences de l'avenir. « Les justes posséderont la terre [la vie éternelle] et toujours l'habiteront .» (Ps 37,29)

 L'Orient, lieu de l'aurore, d'où provient la lumière du jour , figure du retour glorieux du Christ (Mt 24,27) trouve son incarnation dans l'espace orienté des églises.

Il est important d'avoir une vie orientée : tel un pèlerin, nous ne sommes que de passage sur la terre à la recherche de l'absolu et notre vie intérieure elle-même doit être orientée.

L'accueil de l'hôte, de l'étranger qui peut arriver à l'improviste, est essentiel car il peut être porteur d'un futur que nous ignorons encore.

L'étranger, porteur de bénédictions dans toute la tradition antique et biblique, s'est transformé en une obscure menace. Il peut nous déstabiliser, nous fragiliser dans nos certitudes.

 L'écoute de l'autre et le dialogue sont essentiels. Le mouvement oecuménique, longtemps braqué sur ses positions, fait aujourd'hui cet effort d'écoute de l'autre afin de mieux le connaître. Sans renier ce qu'il croit, chacun estime l'autre et y puise aussi des valeurs qui peuvent l'enrichir et l'aider à s'approcher de la Vérité. La démarche récente du pape François en Irak en est un beau témoignage.

 Quand nous voyageons « à l'étranger », dans un pays dont nous ne connaissons pas la langue, nous apprécions d'être accueillis, bienvenus. Comment accueillons-nous l'étranger, le migrant, le SDF ?

Nous sommes en quelque sorte aussi des étrangers sur la terre, car notre vraie patrie, c'est le Ciel, près de Dieu. C'est le chemin suivi radicalement par les moines à travers leur renoncement, leur détachement volontaire des biens de la terre en vue de vivre dès à présent au service de Dieu.

Souvenons-nous de ces pèlerins d'Emmaüs qui cheminaient aux cotés d'un étranger qui, assis à leur table et partageant leur pain, se révéla être Jésus ressuscité !

 Les Pères du désert fuyaient le monde mais l'histoire du monachisme montre d'extraordinaires occasions d'hospitalité et d'accueil réciproque des diverses traditions liturgiques et culturelles.

 En ces temps où l'Eglise est à l'épreuve, l'hospitalité monastique attire des personnes de tous bords.
Qui que tu sois, si tu n'en as pas encore fait l'expérience, n'hésite pas à goûter ces lieux particuliers riches de spiritualité et de paix.

De même, les nombreux pèlerins qui sillonnent les routes de pèlerinage manifestent bien que nous sommes des êtres en chemin. En recherche de quoi ? De qui ?


Selon une formule bien connue et très juste spirituellement, nous sommes appelés
à vivre le « déjà » [aujourd'hui] de la présence du Règne comme promesse, et le « pas encore » d'être des migrants vers la Jérusalem céleste. 

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Jeudi 18 Mars 2021

Simon appelé Pierre

 

Simon appelé Pierre

Sur les pas d'un homme à la suite de Dieu

Mauro-Giuseppe LEPORI

Editions du Cerf 2019
171 p.

Dom Mauro-Guiseppe LEPORI est moine cistercien

Simon/Pierre , homme/Dieu : c'est à travers ces dualités que l'auteur nous fait non seulement rencontrer Simon dans sa vie d'homme, mais aussi dans sa vie de disciple appelé par le Seigneur Jésus.

D'une façon lumineuse et simple, nous marchons aux côtés de Pierre dans sa découverte de ce Jésus qui va bouleverser sa vie. Et tout l'art de l'auteur, nous fait aussi nous reconnaître dans les interrogations et les faiblesses de Pierre. Avec lui, notre regard sur Jésus s'éclaire, est bouleversé, désarmé et définitivement conquis.

Et comme l'indique le sous-titre, nous (re)découvrons ce grand apôtre dans une belle proximité, ses qualités, son caractère, mais aussi comment il a vécu sa rencontre avec le Seigneur. Une rencontre que nous vivons avec lui, à la fois très concrète et inouïe.

Bien plus qu'une biographie, c'est une méditation très accessible sur nos vies.

DG

Extraits

- Non seulement les paroles de Jésus continuaient de vivre mystérieusement dans sa conscience, mais ce qu'il avait pu dire à Jésus acquerrait avec le temps un sens plus profond, un peu comme le vin qui ne bonifie en vieillissant.
« Mais sur ta parole... » Est-ce vraiment lui Simon, qui avait trouvé cette expression ? Elle était tellement juste ! Pendant tout le temps passé à suivre Jésus, combien de fois Pierre n'avait rien compris. Mais chaque fois, il pouvait se répéter à lui-même et à Jésus : « Mais sur ta parole », je continuerai... je m'efforcerai d'accepter et d'accomplir ce qui semble impossible. Et c'est vrai qu'alors tout allait mieux pour lui et pour les autres. (p.44)

- [Les disciples] savaient désormais qu'il était vraiment ressuscité : ils ne pouvaient plus nier l'évidence, mais personne ne savait prévoir ses manifestations. Lui seul décidait quand et comment il voulait se manifester. Il éduquait ainsi leur désir, leur attente mais aussi leur attention. Chaque pèlerin qu'ils rencontraient sur la route pouvait être lui. Chaque inconnu, chaque mendiant, pouvait sans prévenir, montrer le doux visage du Seigneur. Chaque instant, même le plus banal, pouvait devenir le moment de sa présence. Jésus apparaissait quand ils priaient, mais aussi quand ils travaillaient, ou bien encore quand ils étaient absorbés à expédier les tâches les plus banales de la vie quotidienne. (p.152)

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Lundi 01 Mars 2021

Pour l'amour de Dieu

 Pour l'amour de Dieu

  Anne SOUPA

  Ed . Albin Michel 2020
  224 p.

                         

Ce livre d'Anne Soupa  fait davantage que « bousculer son Eglise ». Il met en plein jour, mais elle n'est pas la première, la hiérarchie catholique face à sa mysogynie et son cléricalisme , face à ses imperfections et ses faiblesses. Anne Soupa revendique donc, pour sortir de ces ornières, qu'une femme, elle-même en l'occurence, prenne les rènes de l'archevéché de Lyon. Dans ce livre, elle justifie cette prise de position inédite.
Les paroles de l'auteur, même si elles sont justes, n'en sont pas moins violentes pour les lecteurs qui ont grandi tant bien que mal mais souvent avec bonheur dans le sein de cette Eglise imparfaite, comme nous le sommes tous. La foi d'aujourd'hui d'Anne Soupa est le fruit de cette Eglise. Comme un enfant se construit avec les qualités et défauts de ses parents. Un peu de reconnaissance aussi n'aurait pas nui.

Un beau fruit sans doute qui part en guerre pour rénover tout çà. Certainement, en ces temps difficiles, il faut avancer et c'est un vrai combat légitime et de longue haleine.

Pour être entendue, cette démarche mériterait un peu plus de compassion pour les prêtres et religieux intègres, et pour les papes aussi qui ne sont pas épargnés . Un état des lieux plus équitable et fraternel aurait équilibré les propos.

Le bilan que fait l'auteur est cependant parfaitement informé, d'une lecture facile mais présente peut-être la problématique homme-femme dans l'Eglise d'une façon excessive. Nous ne sommes pas dans la dynamique politique d'une parité impérative même si Jésus a bousculé lui aussi le peuple en choisissant comme amis et disciples des hommes et des femmes. Où est l'essentiel du message évangélique ? C'est la vie fraternelle, l 'amour de Dieu et des plus pauvres.

Cette mission est pour le chrétien d'une priorité bien plus grande et le Pape François ne ménage pas ses efforts dans ce sens-là.

Chacun est appelé à une place qui lui est propre et celle de l'évêque à laquelle aspire Anne Soupa a la même valeur  pour vivre sa foi que celle d'une catéchiste, d'un missionnaire, d'un diacre ou d'un simple visiteur de malades ou de prison.

Ce qui est sûr, c'est que ce livre met le doigt où cela fait mal . Cerner le mal engendre souvent l'espérance d'une guérison... On peut espérer que les pistes ouvertes par Anne Soupa en deuxième partie de son livre aident les chrétiens à avancer fraternellement... pour l'amour de Dieu.

 DG

 

Mise à jour : Mardi 2 Mars 2021, 10:31
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Mercredi 24 Février 2021

Une histoire du sentiment religieux au XIX°siècle

 Une Histoire du sentiment religieux au XIX°siècle

Guillaume CUCHET

Ed. du Cerf 2020
422 p.

                                  

Guillaume CUCHET est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris-Est Créteil et travaille sur l'histoire religieuse contemporaine des sociétés occidentales.

Dans ce livre, l'histoire du sentiment religieux au 19°siècle est parfaitement recadrée dans l'Histoire elle-même à partir d'évocations de personnalités (souvent oubliées) de cette époque bouleversée par des événements sociaux et politiques.

Après la Révolution française, le catholicisme se reconstruit avec notamment les dogmes de « l'infaillibilité pontificale » et de « l'Immaculée conception », idées géniales de l'Eglise souligne l'auteur.

C'est dans ce siècle aussi qu'on s'intéresse aux religions orientales, en particulier le bouddhisme. La nouvelle mode du spiritisme fait tourner les tables dans les salons parisiens. Victor Hugo en est un fervent amateur, souhaitant renouer contact avec sa fille défunte.

La partie développée par l'auteur sur les tendances religieuses de cette époque est particulièrement intéressante et nous touchant de plus près car nous en gardons encore aujourd'hui des traces. En particulier au sujet du deuil et de la communication avec l'au-delà. La fidélité aux célébrations de la Toussaint, les visites au cimetière, une certaine espérance de retrouver dans l'au-delà ceux que nous avons aimés restent vives même si elles évoluent.

DG

Extrait

- La forte croissance du sentiment religieux des années 1850. (p.298-299)

A la courbe croissante du livre religieux, « d'autres indicateurs convergent : ceux de la pratique religieuse, en particulier masculine, le taux d'encadrement ecclésiastique des populations, les créations d'établissements congréganistes, les constructions, reconstructions et embellissements d'églises, les créations de conférences Saint-Vincent de Paul fondées en 1833 par Frédéric Ozanam et ses amis, ... les nombreux départs en mission de religieux et religieuses, liés en partie à l'engorgement des séminaires et noviciats hexagonaux. »

- Le culte des morts. (p.315-316-317)

                 
                Emile Friant - La Toussaint
                Nancy, musée des Beaux-Arts

" Le 19°s. fut le temps par excellence du « culte des morts ».... On peut le définir sommairement comme un culte familial du souvenir et de la tombe dont le rite principal était la visite au cimetière, accompagnée du dépôt de fleurs et de couronnes sur les tombes. Un tableau du peintre Emile Friant intitulé La Toussaint (1888) restitue bien ce qui fut l'une des images les plus familières du temps... Les fêtes relatives au culte des morts – la Toussaint, le 2 novembre, les Rameaux – sont les plus fréquentées de l'année, parfois même devant Noël et Pâques... L'apogée a été atteint dans l'entre-deux-guerres, avec un effet d'amplification dû à la Grande Guerre et aux cérémonies du 11 novembre. Mais jusque dans les années 1960, ce culte des morts est resté massivement répandu en France."

 

 

 


 

Mise à jour : Dimanche 28 Février 2021, 13:05
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Mercredi 03 Février 2021

Le Carême et le mystère pascal

 Le Carême et le mystère pascal
  Mémoire et actualisation

  Raymond WINLING

  Ed. Salvator 2020
  358 p.
                       

  • Raymond Winling est prêtre, professeur émérite de la faculté de théologie catholique de Strasbourg.

     Ouvrage intéressant et de lecture assez facile pour entrer dans le temps et l'esprit du Carême.

 ¤ Première partie : l'histoire du carême et de sa liturgie qui ont leur origine dès les premiers siècles en lien avec la formation des catéchumènes. Les Pères de l'Eglise sont largement cités ainsi que les documents de Vatican II .

Le jeûne, la prière, l'aumône présentés de façon détaillée, sont resitués dans leur cadre biblique et dans la tradition de l'Eglise.
Puis l'auteur oriente son texte des Cendres à Pâques, toujours dans une approche à la fois biblique, patristique, liturgique et spirituelle .

¤ Deuxième partie : la spiritualité du carême
Y sont développés notamment : le « plan du salut », l'homme créé à l'image de Dieu, le drame du péché, le sens sacrificiel de la mort du Christ, justification, réconciliation, le sacrement du baptême, le thème de la grâce, l'amour miséricordieux de Dieu …

On voit que le temps du carême peut être pour nous une démarche spirituelle d'approfondissement des bases de notre foi. Non un retour exclusif sur un passé lointain, mais plutôt un chemin actualisé de ce mystère pascal que nous sommes invités à nous approprier.

== >>   Ce blog propose une lecture résumée de ce livre pour nourrir notre temps de carême … Voir rubrique 1

 

Mise à jour : Samedi 20 Février 2021, 19:22
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Dimanche 17 Janvier 2021

Le Grand bonheur

 Le Grand bonheur
 Vie des moines

 Nicolas DIAT

 Récit
 Fayard, 2020
 338p.


                                             

De nombreux livres témoignent de la vie des moines. Celui-ci est particulièrement intéressant parce que l'auteur a pris le temps , sur une année et en un seul lieu, de l'observation, de l'écoute, de la rencontre, de l'expérience du silence. Nous cheminons en quelque sorte avec lui, approfondissant au fil des pages notre découverte de la vie des moines de l'abbaye Notre-Dame de Fontgombault.

                              

L'abbaye Notre-Dame de Fontgombault est une abbaye bénédictine de la congrégation de Solesmes située à Fontgombault dans l'Indre, en France. Elle a été fondée au xie siècle, 
Depuis 2011 , c'est dom Jean Pateau qui en est le Père Abbé.

Fille de Solesmes, cette abbaye du Bas-Berry est héritière du chant grégorien qui nous vaut un chapitre à ce sujet, et d'une certaine rigueur et fidélité à la Tradition. Ce récit reflète bien ce « grand bonheur » d'une vie choisie et consacrée totalement à Dieu. L'austérité est bien réelle, sûrement pas toujours facile, de même que l'obéissance inconditionnelle au Père Abbé, mais elle permet un vrai détachement de soi pour laisser la place à Dieu, à une approche du divin.

La vie communautaire se doit d'être fraternelle et la joie est omniprésente tout en respectant les caractères et aptitudes de chacun. « Dans une abbaye, il existe une forme d'ajustement des caractères digne d'une pièce d'horlogerie suisse ! » (p.242). Mais c'est une vie qui ne connaît guère les temps libres car toute la journée est planifiée : offices, travail, repas, détente, promenades, sommeil. L'auteur décrit ces différents espaces par ses observations et ses échanges avec des moines.

Le mot « vocation » est souvent cité. Effectivement, l'engagement monastique répond à un appel de Dieu pour un lieu, pour cette vie particulièrement exigeante, pour un but poursuivi tout au long de la vie : la recherche de Dieu. « Le désir profond de se donner à Dieu est l'unique boussole » (p.218)

Chaque monastère a sa couleur, son « climat » souvent donné par l'Abbé. Le monastère de Fontgombault est plutôt traditionnaliste, ce qui n'est pas péjoratif. La vision que nous en donne Nicolas Diat est assez idéale. Ces existences confinées doivent connaître, comme nous tous, des moments difficiles qui, sans y insister, ne sont pas éludés dans ce livre. Mais l'essentiel est dit : c'est un grand bonheur que d'être moine, mais il faut en payer le prix. C'est d'ailleurs vrai pour tout engagement radical : professionnel, familial, associatif ou sportif...

DG.

Extrait

     - Pourquoi cette joie ? L''équilibre de la vie monastique, la régularité de la prière, le statut d'enfance dans lequel les moines flottent permettent-ils d'abandonner les difficultés, les peurs, les angoisses ? Dans une abbaye, le devoir est un impératif catégorique. Le moine sait ce qu'il doit faire et quand il peut le faire... L'euphorie du début n'était pas factice. Elle n'existe qu'à proportion des abandons consentis par le moine. Celui-ci se trouve devant un choix : soit il reconstruit dans le secret de la clôture ce qu'il a abandonné en cherchant à sauvegarder ses préférences, son temps, ses habitudes, et les problèmes reviennent, soit il continue à s'abandonner, et il moissonne au centuple. (p.153)

     - Si Fontgombault parlait, que dirait-elle au profane ? D'une petite voix claire et assurée, elle oserait affirmer : « Je suis la citadelle imperturbable. Je suis l'abbaye de Pierre de l'Etoile établie sur le roc des hauts de Creuse. Je suis celle qui durera longtemps. Je suis la maison de prière fidèle, belle et incomprise. Mais ne vous méprenez pas. Rien de tout cela n'a d'importance. Sur cette terre,le moine ne s'attache à rien. Il est de passage. Dieu seul compte. (p.35)


Mise à jour : Lundi 18 Janvier 2021, 19:43
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Mardi 12 Janvier 2021

Unité des chrétiens n°201 - janvier 2021

 Unité des chrétiens – n°201 – Janvier 2021

                                         
                   
La revue
fête ses 50 ans (1971-2021) et en ce mois où a lieu, comme chaque année, un temps fort de prière pour l'Unité des chrétiens , Unité des chrétiens retrace par différents articles cette démarche chrétienne essentielle, ou qui devrait l'être, et qu'il faut donc renforcer. Cette recherche de l'unité des chrétiens n'est pas facultative : «  Père qu'ils soient UN, comme toi et moi nous sommes un, pour que le monde croie ».

Dans le sommaire :

  • De la « diversité réconciliée » à la «  catholicité radicale » - par le pasteur et théologien Larry Miller

  • 50 ans d'oecuménisme : des leçons ou des rêves ? - par la pasteure Emmanuelle Seyboldt

  • Anglicans et œcuménisme – par Neil Vigers, responsable du programme pour l'Unité, Foi et Constitution .

  • Pas d'oecuménisme sans amour et sans confiance – par Bruno Deledalle, président du conseil d'administration de la Maison d'Unité.

  • La coopération oecuménique – par Christian Krieger, pasteur réformé français.

Un autre article a retenu notre attention . Il est intitulé «  Rendez-vous avec les trois coprésidents du Conseil d'Eglises chrétiennes en France » , c'est-à-dire Mgr Eric de Moulins-Beaufort, Pasteur François Clavairoly et Métropolite Emmanuel de France.

  • Mgr E.de M-B, souligne que parmi les faits marquants de ces cinquante dernières années, en plus de l'accord sur la justification de 1989, est l'action conjointe entre catholiques, protestants et orthodoxes qui est devenue habituelle. Avec un risque de routine !L'affaiblissement de la foi dans nos pays occidentaux pourrait être une opportunité pour unir nos forces mais il fait relativiser aussi les différences.

    « Des humains de toutes origines se mêlent, vivent côte à côte, travaillent ensemble. L'oecuménisme devient un facteur indispensable pour l'unité du genre humain, dans chaque entité politique et culturelle. »

  • Pasteur C. remarque cependant que le cheminement de l'oecuménisme est beaucoup trop lent et malgré quelques avancées, il s'étonne que les mises en pratique soient aussi laborieuses surtout en contraste avec la rapidité des évolutions actuelles dont chacun est témoin. Les 500 ans de la Réforme en Europe et dans le monde a contribué aussi à des rapprochements salutaires. Les opportunités de l'oecuménisme sont nombreuses : engagement des chrétiens dans la société, exigence de justice et de paix, attention aux plus vulnérables, sauvegarde de la planète, lutte contre l'antisémitisme... Il faudrait faire la promotion d'un oecuménisme de la solidarité et des œuvres.

    «  La mise en œuvre du Forum oecuménique mondial (Bogota 2018) a ouvert la voie à un nouveau modèle d'unité fondé sur le partage d'expérience et la découverte de la diversité spirituelle. »

  • Mgr Emmanuel : Un instant oecuménique important a été la création de la Commission mixte internationale (1979) pour le dialogue théologique entre l'Eglise catholique romaine et l'Eglise orthodoxe. D'autre part, l'émergence d'un œcuménisme spirituel qui invite à prier ensemble (comme à Taizé) est important.

    «  L'oecuménisme est devenu une dimension du dialogue interreligieux en ce sens que certaines initiatives oecuméniques peuvent avoir des conséquences interreligieuses cruciales. »

    Petit rappel : le dialogue interreligieux a pour finalité le dialogue lui-même alors que le dialogue oecuménique a pour but l'unité des chrétiens.

    «  La solidarité seule nous permettra de traverser les tumultes d'une époque marquée par la peur de la solitude. La solidarité est l'espoir de l'oecuménisme. »

    D.G

 

 

Mise à jour : Mercredi 13 Janvier 2021, 10:41
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Lundi 04 Janvier 2021

Le soir approche et déjà le jour baisse

Cardinal Robert SARAH – Nicolas DIAT

Ed. Fayard 2019
443p.

                                                                    

Le Cardinal Robert SARAH, avec Nicolas DIAT, a déjà publié
Dieu ou rien en 2016 et La Force du silence en 2017 (voir recension sur ce blog).

Sur la route d'Emmaüs, deux pèlerins marchent aux cotés d'un inconnu, qui se révélera être Jésus ressuscité. Ils sont désespérés, leur maître est mort, leurs espoirs en un sauveur sont terriblement déçus. Et à cette heure-là, comme un signe, « le soir approche et déjà le jour baisse ».(Lc24,29)

C'est un peu dans cet état d'esprit attristé que l'auteur Robert Sarah nous emmène faire un état des lieux de l'Eglise d'aujourd'hui détaillant l'effondrement spirituel et religieux, l'homme rabaissé, la chute de la vérité, la décadence morale et les errements politiques.

L'inventaire peu réjouissant de notre monde en décadence ne nous porte guère à l'optimisme et tout comme dans le domaine de l'écologie, si nous ne redressons pas la barre d'urgence, nous courons à notre perte.

On lit avec intérêt et inquiétude ce bilan actuel où le monde et l'Eglise souffrent d'une perte des valeurs et notamment d'un oubli de Dieu que les hommes rejettent par désir d'indépendance et de prétendue liberté.

La photo d'un prêtre en soutane sur la page de couverture n'est pas anodine. Le cardinal serait plutôt conservateur et, tout en s'en défendant, regrette bien souvent le passé et sa rigueur. Mais on peut admirer chez lui un foi authentique et passionnée qui n'a pas peur des mots et du combat pour que les chrétiens et tout homme retrouvent un chemin de vérité, de liberté qui ne peut nous être donné que par notre reconnaissance de Dieu, Créateur et Père qui aime ses enfants.

Il peut arriver qu'un jeune à l'adolescence rejette ses parents par désir d'autonomie, mais vers qui revient-il en priorité quand il est dans la peine ?

Le Cardinal Sarah nous invite à une douloureuse prise de conscience et à une reconversion urgente.

DG


Extraits

 

  • L'Occident vit ce que les pères du désert ont appelé la tentation du démon de midi... on l'appelle l'acédie. C'est une forme de dépression, un relâchement, une lassitude spirituelle... L'âme ne se réjouit plus de connaître et d'aimer Dieu. (p.153)

  • « Rends-moi la joie d'être sauvé ! » (Ps 50). Il est fondamental pour l'Occident de retrouver le sens de l'action de grâce ! L'émerveillement est le propre des enfants... L'incapacité à s'émerveiller est le signe d'une civilisation qui se meurt. (p.160)

  • La crise de théologie morale fondamentale est due à l'obscurcissement du sens du bien. La morale ne vise pas à nous imposer de l'extérieur une loi contraignante. Elle nous indique un chemin vers notre bien. Le bien est fondamentalement la vérité de ce que nous sommes. Voilà pourquoi il est faux de dire que l'Eglise impose un poids, un fardeau trop lourd qui viendrait peser sur la liberté des chrétiens. L'Eglise ne fait qu'indiquer la voie du bonheur plénier et de la vraie liberté. (p.173)

  • On a convaincu nos contemporains que pour être libre, il fallait ne dépendre de personne. Cette erreur est tragique... L'homme ne veut pas recevoir de Dieu son existence et la plénitude de sa vie. Il veut puiser lui-même à l'arbre de la connaissance le pouvoir de façonner le monde... (p.189-191)

Mise à jour : Mercredi 6 Janvier 2021, 14:49
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