S'identifier


Mardi 17 Mars 2020

Le chrétien dans la désorientation du monde

 LIENS CISTERCIENS n°38/ mars 2020

                           

Dans la revue de ce trimestre, un article a retenu notre attention :

« Le chrétien dans la désorientation du monde »,

d'après une conférence (2018) de Dom Mauro-Guiseppe LEPORI, abbé général de l'Ordre Cistercien.

Notre monde est en effet plus que jamais désorienté. Le temps de crise actuel dû au coronavirus en est une preuve parmi bien d'autres.

Etre désorienté, c'est ne plus savoir où on va ni même peut-être pourquoi on est là. Dom Mauro ose avancer que nos guides eux-mêmes s'intéressent davantage « à la progression de leur propre pouvoir » plutôt « qu'au progrès du peuple. » Ne nous laissons donc pas manipuler, ni tromper par des satisfactions immédiates.

« Restez éveillés et priez en tout temps ainsi vous aurez la force d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. » (Lc 21, 34-36)

Donner un sens à sa vie ne doit pas reposer sur la crainte du jugement dernier, mais doit impacter toute notre vie.

« Le Christ est le destin de l'univers .» Notre rencontre avec lui coïncide avec notre engagement auprès des plus pauvres  et nous invite à considérer aussi les nouveaux besoins et nouvelles pauvretés. Ce n'est évidemment « pas seulement une loi à observer , mais une réalité à reconnaître »

Notre charité doit être à l'oeuvre dans l'instant présent mais aide à constituer aussi l'orientation même de l'Eglise vers son ultime destin. Quelle responsabilité !

Nous avons à vivre à l'image du Christ que Dieu a envoyé dans le monde, non pour le juger mais pour que, par lui, le monde soit sauvé (Jn3,16-17). Le chrétien est « la mémoire vive et reconnaissante du salut de tous. »

Cela ne suppose évidemment pas de nous mettre en avant, mais par notre témoignage d'être le Christ qui « aime au-delà de toute mesure ».

« Le Christ nous donne la puissance de la foi » mais elle est confiée aussi à notre liberté et donc à nos fragilités. « Le Christ , quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc18,8)

Jésus s'est-il demandé, au moment de sa Passion : est-ce que cela a servi que je vienne, que j'annonce l'Evangile, que je sois mort et ressuscité pour sauver le monde ?

Sans une foi active, nous découvrirons à terme que nous avons « avancé vers le néant, vers un échec final. »

« Notre foi mendie sans cesse pour que le monde s'ouvre à cette nouveauté, à cette justice, à ce bien pour tous, que Dieu seul peut donner. Ce bien, c'est Dieu lui-même, c'est son amour, sa présence, le don de son Esprit, le don de son Fils, le don de l'Eglise. »

Vivre notre foi c'est permettre « à la réalité accomplie du Ciel de se manifester sur la terre, de transfigurer la terre, de descendre sur la terre pour la sanctifier, la remplir de beauté, de sainteté, de la sainteté et de la gloire de Dieu. »

« Saint Benoît a transfiguré l'Europe de cette manière : avec des hommes et des femmes qui, vivant tout l'humain au service de Dieu, dans une obéissance qui demande dans chaque geste, dans chaque œuvre, dans chaque instant de la vie, que la volonté du Père se fasse sur la terre comme au Ciel, ont permis à Dieu d'exprimer sur la terre la réalité pleine et accomplie du Ciel...

Jésus le premier, « se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix (Ph 2,8), a rempli la terre de Ciel, de réalité accomplie selon la volonté et l'amour du Père. »

DG

Mise à jour : Mardi 17 Mars 2020, 18:44
Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 11 Mars 2020

Le Monde de la Bible n° 232 - 2020

LE MONDE DE LA BIBLE n°232 /2020

                 

La revue nous propose comme dossier : « Le prêtre, des polythéismes au christianisme ».

La figure du prêtre s'est d'abord imposée dans le Proche-Orient, comme intermédiaire entre l'homme et la divinité, incarnée par une statue divine. Grand-prêtre ou grande prêtresse, il s'agissait d'une fonction prestigieuse qui était avant tout ritualiste.

Dans le judaïsme ancien, la figure du prêtre oscille au gré de l'histoire politique, religieuse et sociale. Certains « prêtres » sont des sacrificateurs, d'autres de simples serviteurs, d'autres ayant des fonctions politiques non négligeables. 

Daniel Marguerat souligne ensuite l'étonnante absence de prêtre chez les premiers chrétiens. On peut penser que la venue du Christ rend inutile désormais la présence d'intercesseurs. Mais au fil des siècles, l'Eglise doit s'organiser avec une élabobration progressive de la figure du prêtre ordonné et célibataire.

Christophe Henning, journaliste à La Croix interview ensuite Etienne Grieu, jésuite théologien, sur l'avenir de l'Eglise et le rôle qu'ont à jouer les communautés chrétiennes.

La revue nous offre aussi ses rubriques habituelles sur l'art religieux ( église Saint-Eustache, Raphaël, Maurice Denis...) et un remarquable port-folio sur le musée des Beaux-Arts de Dijon.

En fin de volume, « Comprendre la Bible » s'intéresse à l'épître de Paul aux Galates.

Cette revue demande toujours au lecteur un certain effort d'attention, mais celle-ci est soutenue par une superbe iconographie qui contribue largement à la grande qualité du Monde de la Bible.

DG

Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 27 Février 2020

Promenades au pays de l'écriture

 Promenades au pays de l'écriture
 Armando PETRUCCI

 Ed. Zones sensibles, 2019
 135 p.

                        

 Armando Petrucci (1932-2018) était un paléographe italien (étude des écritures manuscrites du passé) et professeur d'université. Au début de ce livre, qui en est à sa neuvième édition, l'auteur consacre quelques pages aux principes et à la méthode de paléographie mais il va ensuite évoquer surtout les « changements radicaux qui ont scandé l'histoire des textes écrits ».

Petrucci a , au cours de sa carrière, parfaitement traité de la paléographie et il pense qu'à ce niveau tout est dit. Il veut dans ce livre soulever, à propos de l'écriture, d'autres questions auxquelles les spécialistes savent moins bien répondre : « Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Qui ? Pourquoi ?

 « Ce livre s'intéresse à l'histoire des témoignages écrits entendus au sens le plus large : des livres (manuscrits ou imprimés) aux documents,... des inscriptions aux lettres, des graffitis aux comptes, des écrits publicitaires aux feuilles volantes, des journaux aux écritures informatiques. » (p.19)

 Et sa promenade va nous faire traverser les siècles par des allers et retours de l'Antiquité à aujourd'hui, avec un regard sur l'écrit qui «  alternant réflexions et exemples, se présente comme une invitation à considérer les témoignages écrits – isolés ou en série, anciens ou récents, élégants ou relâchés, publics ou privés, exposés à la vue de tous ou cachés – comme autant d’épisodes d’un des chapitres les plus riches et les plus passionnants de l’histoire de l’humanité : celui de ses expressions écrites. »

 L'histoire des écritures est inséparable de celles des sociétés. Il y a un véritable élargissement de perspective. « L'analyse des formes graphiques, telle que la pratiquait Petrucci, permet de comprendre les structures sociales, les rapports de pouvoir, les niveaux de culture, la vie quotidienne des hommes et des femmes du passé . »

Promenade qui nous invite, à Rome notamment, à observer les monuments et leurs inscriptions, les boutiques, les changements. Parmi de multiples exemples, l'auteur évoque cette épicière du 16ième siècle qui savait tenir ses livres de compte ( par nécessité de travail) mais ne savait pour autant pas écrire puisqu'illettrée.

 LES CHAPITRES

avec quelques passages particuliers, mais tout est intéressant...

     1 - Lieux et espaces

    Durant le haut Moyen-Âge occidental, au temps des monastères tels Saint-Gall ou le Mont-Cassin, les lieux de production se confondaient avec ceux de conservation et d'usage. Au 12ième – 13ième siècles avec l'émergence de la culture scolastique universitaire, les lieux se dissocièrent (bibliothèques, librairies, notariats, chancellerie pontificale...). Le Vatican continua à conserver ses archives à l'inverse de la République italienne qui décentralisa. Aujourd'hui, l'informatique modifie radicalement ces cadres, voire même les font disparaître.

    2. Écrire ou pas

    L'histoire de la culture écrite souligne l'histoire de l'inégalité graphique présente aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. « L'écriture est une des expressions les moins égalitaires, celle dont l'usage est le moins uniformément réparti dans la société » (G.R. Cardona, cité p.34). Il y a les lettrés, les alphabétisés (avec bien des degrés), les semi-alphabétisés, les analphabètes.

    L'auteur observe sur de nombreux documents « la souffrance d'écrire [qui] correspond à la souffrance de la vie. » (p.45)

    3. Pouvoir ou liberté

    Au 16ième et 17ième siècles, la diffusion des textes, malgré les progrès techniques, fut maltraitée par « la censure, qu'elle ait été préventive ou répressive » (p.53). Tels les livres mis à l'index par l'Eglise. La liberté de la presse attendra 1789 mais encore est loin d'être universellement appliquée de nos jours.
    4. Typologies et fonctions

    L'auteur évoque les origines de l'écriture, leurs influences les unes sur les autres, certaines disparitions, les tentatives inabouties de faire passer un langage oral (de populations africaines par exemple) à l'écrit. Avec aussi ce constat que « les écritures aujourd'hui en usage apparaissent résolument imperméables les unes aux autres, souvent – si ce n'est surtout- pour des raisons idéologiques et politiques liées à des questions de prestige et d'identité nationale. » (p.62)

     Nous laissons le lecteur découvrir la suite , tout autant passionnante et d'une lecture aisée :

    5. Techniques et modalités
    6. Écrire à…
    7. Textes écrits, perdus, retrouvés
    8. Conserver la mémoire

 Une bibliographie en fin de volume et classée par chapitre invite évidemment à aller plus loin, ce que le lecteur ne manquera certainement pas de faire après une telle promenade initiatique au pays de l'écriture.

 DG

Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 24 Février 2020

Jésus - Approche historique

 JESUS - Approche historique

 José Antonio PAGOLA

Ed. du Cerf, 2019 – Coll. Histoire Lexio
542 p.

                               

 

Qui était Jésus ? Sur quels éléments objectifs pouvons-nous nous appuyer pour retracer avec quelques certitudes sa vie , son message et la conscience qu'il avait de lui-même de sa naissance à sa mort ?

Cette « approche historique » , qui n'est pas la première loin de là, ne  se contente pas de se référer à des dates, à des recoupements avec des textes mentionnant l'existence d'un grand prophète un peu semeur de troubles autour des années 30. Plus personne ne met ses notions en doute depuis longtemps. José Antonio Pagola propose une meilleure connaissance de Jésus à travers une plongée sur les lieux et dans la société de ces années-là, s'appuyant bien sûr sur la recherche historique contemporaine. Il nous aide aussi à relativiser nos questions sans réponse. L'Evangile ne dit pas tout et surtout, les écrits des évangélistes attachent plus d'importance au sens du message qu'ils transmettent qu'à la stricte réalité des faits. 

La situation géographique de la Galilée, de Jérusalem, la vie essentiellement rurale, le contexte politique et les attentes du peuple juif au début du premier siècle sont retracées de façon précise ainsi que les conditions dans lesquelles Jésus a grandi, a perçu et affiné l'appel de Dieu, comment il a ajusté la transmission du message divin dont il était porteur en fonction d'un certain contexte.

Chaque chapitre couvre un thème précis : Jésus juif de Galilée, habitant de Nazareth, le prophète, la compassion de Jésus, celui qui rendait la santé, le défenseur des exclus, de la femme, un dangereux individu, maître de vie, martyr...

Chaque portrait de Jésus, vu sous un certain angle, est toujours remis dans son contexte et c'est en cela que l'approche de l'identité de Jésus est historique, s'appuyant sur la réalité de terrain. Par exemple, le chapitre sur les miracles de Jésus, sur « celui qui rendait la santé », pas seulement physique mais aussi spirituelle, va nous permettre de mieux comprendre ce qu'apporte Jésus aux populations en souffrance. Etre malade à cette époque ne recouvre pas les mêmes réalités que celles de notre société occidentale. L'auteur va creuser, détailler les caractéristiques, les attentes des malades et l'immense compassion de Jésus pour les exclus. L'idée qu'on a de Dieu qui aime particulièrement les petits et les pauvres est à replacer dans un tel contexte.

Jésus n'est pas un personnage hors du temps. Il est de son temps mais son message va faire émerger des valeurs universelles qui dépassent toutes les lois.

«  Le Dieu de miséricorde ne serait-il pas la meilleure nouvelle que nous puissions entendre ? … Si tous les hommes et les femmes vivent du pardon et de la miséricorde de Dieu, ne faudra-t-il pas arriver à un nouvel ordre des choses dans lequel la compassion ne soit plus une exception ou un geste admirable, mais une exigence normale ? » (p.162)

En ce Carême 2020, qui nous invite en bien des lieux de nos diocèses, à nous rapprocher du Christ de façon plus authentique, ce livre très accessible, nous aide à mieux comprendre la personnalité de Jésus, sa mission et en quoi elle nous concerne personnellement et peut nous aider, comme le disait saint Benoît, « à vivre des jours heureux ».

DG

 

Mise à jour : Vendredi 27 Mars 2020, 12:23
Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 17 Février 2020

La Caravane du pape

 La caravane du pape

Hélène BONAFOUS-MURAT

Ed. Le Passage, 2019

339 p.

                    

En 1623, à l'époque de la guerre de Trente ans, Leone Allacci , légat du pape Grégoire XV, a la mission de récupérer à Heidelberg le trésor de la ville protestante , sa bibliothèque connue à travers l'Europe. Au court d'un voyage particulièrement dangereux et mouvementé, les milliers de livres et manuscrits saisis vont être acheminés jusqu'à Rome, à dos de chevaux ou de mulets sous l'étroite surveillance de Leone, catholique plutôt imbu de sa personne mais dévoué au pape et passionné par ces précieux ouvrages dont il a une grande connaissance. Enrichir la bibliothèque vaticane est pour lui oeuvrer pour la gloire de Dieu et cela seul compte.

La caravane est protégée par des mercenaires mais accompagnée aussi de quelques villageois fuyant la guerre. Parmi eux, Lotte une jeune fille illettrée va devenir l'élève de Leone et révéler des talents d'apprentissage insoupçonnés. Allaci va peu à peu, à ses cotés, relativiser la toute puissance de l'esprit et découvrir en lui un état d'âme inconnu et déstabilisant.

C'est de son lit d'agonisant, que le vieillard Leone Allacci se remémore cette extraordinaire épopée.

Ce livre qui relate des faits authentiques sous une forme romancée est captivant. Dans l'atmosphère éprouvante du XVIIième siècle en Europe, où les conditions de vie sont rudes, où les épidémies font des ravages tout autant que la soldatesque, nous suivons ce long périple original au plus près de quelques personnages passionnés dont les destins se rejoignent et donnent à ce roman d'aventure une profondeur touchante. Et pour nous lecteurs, la passion des manuscrits vécue par Leone nous le rend évidemment particulièrement attachant.

DG

Extraits.

« Ma main crut se figer de froid : elle tenait un ouvrage revêtu d'une couverture que j'aurais identifiée entre mille. Un maroquin usé orné de filets d'or avec au centre un médaillon ovale figurant Apollon sur son char. Des commentaires sur l' Histoire romaine de Tite-Live. Un livre que j'avais mis en caisse moi-même quelques semaines plus tôt, le protégeant avec d'autres, parmi les plus précieux, dans une toile de feutre. Interloqué, je pressai l'ouvrage contre mon cœur battant, comme un oiseau blessé au pied de son nid. Je n'entendais plus la clameur de la troupe et des manants. » (p.86)

« Il me semblait soudain que tout le bagage de mon âme, tous les auteurs dont j'avais la charge, qu'ils soient consignés dans ma mémoire ou contenus dans ces lourdes caisses, m'entravaient. Pouvais-je comme les autres hommes connaître des joies simples ? Jusqu'alors ma vie avait été réglée par la lecture et la prière. Mais depuis Munich, j'avais oublié les Ecritures. Je priais distraitement, sans conviction... Quand des montagnes, je vis soudain arriver Lotte, qui soutenait une vieille femme mal en point. Elle, gracile, cheveux au vent, ses longues jambes fines immodestement dévoilées par une déchirure de sa robe, était pareille à un elfe descendant des sommets pour se mêler aux mortels. » (p.221)

Mise à jour : Mercredi 19 Février 2020, 21:41
Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 05 Février 2020

Les Bénédictins

 LES BENEDICTINS

sous la direction de Daniel-Odon HUREL

Ed. Laffont, 2020, collection Bouquins
1343 p.

                        

 

Daniel-Odon Hurel est directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'histoire de la tradition bénédictine, en particulier du XVI ième au XIXieme siècle.

Ce titre fort général, « Les Bénédictins », peut laisser supposer au premier regard, comme contenu, un historique de cette famille religieuse complété sans doute par leur spiritualité ainsi que par leur actualité en 2020. Or, en fait, ce travail collectif, où différents auteurs, moines ou chercheurs, ont rédigé les chapitres, a choisi une trame particulière : c’est à partir de la Règle de saint Benoît que les auteurs vont successivement présenter les différents aspects de cette vie monastique autrefois et de nos jours. Cumul intéressant mais périlleux.

La Règle de saint Benoît, souvent commentée, à laquelle les moines ont promis obéissance et fidélité contient l’essentiel des engagements du moine : des détails les plus concrets au but essentiel poursuivi : la quête de Dieu. Cependant, pour qui voudrait découvrir « les bénédictins », comme l'annonce le titre, l’ensemble, volumineux (1343 p.), pourra sembler, en effet, un peu confus, faute de chronologie, du fait de passages historiques dispersés, de thèmes semblant arriver à l'improviste, et du fait des enjeux annoncés par le titre . Comme fil conducteur, s'appuyer sur la Règle qui, elle-même, si elle est un excellent outil, n’est pas un modèle de logique, ne facilite pas la compréhension pour un lecteur découvreur des bénédictins. Mais il faut persévérer dans la lecture... On ne gravit pas une montagne sans effort.

Ceci dit, pour qui connaît la vie monastique, cette approche via la Règle de saint Benoît est intéressante et souligne bien l’importance que les moines y attachent depuis des siècles. Dans leur vie, tout se tient : le travail, la prière, la liturgie, la vie fraternelle, le sommeil, les jours et les nuits…C'est un tissage quotidien sans cesse à remettre sur le métier.

Pour qui connaît la Règle de saint Benoît, ce livre est par contre de lecture aisée et on passe avec curiosité et intérêt d’un chapitre à l’autre sans se lasser, bien au contraire. C'est une sorte de puzzle qui se construit et qui ne donnera qu'à la fin de la lecture une vision d'ensemble.

Chaque chapitre de la Règle est pour les auteurs l'occasion non seulement de le commenter (un peu) mais surtout d'y développer un thème particulier de la vie bénédictine : les sortes de moines, la place de l'abbé, la liturgie, les psaumes, le chant grégorien, le quotidien...

Nous ne sommes, en aucun cas, sur le même registre que les commentaires plus spirituels de la Règle par Dom Delatte, abbé de Solesmes au début du XX°s., que ceux d'Adalbert de Vogüé moine de La Pierre qui Vire et d'Armand Veilleux, élu abbé de Scourmont en 1999, souvent cités par les auteurs de « Les bénédictins », ou celui de Dom Guillaume Jedrzejczak qui fut abbé du Mont-des-Cats (Sur un chemin de liberté). Tous des commentaires de référence.

              

Quand on songe au livre récent de Aquinata Bockmann publié en 2018 , dont le commentaire en 3 tomes suit au pied de la lettre la Règle de saint Benoît, on voit combien l’analyse de cet « outil » monastique, complémentaire de l’Evangile, peut être traité de façon très différente et inépuisable, suivant l’angle d’approche.

Mais on prend goût bien sûr à cette diversité qui permet de mieux connaître un grand ordre religieux sous tous ses angles.

C'est, au final, un livre remarquable, précis, presque technique, extrêmement documenté et qui, tel qu'il est conçu, n'a pas, il me semble, son équivalent. La qualité de la collection « Bouquins » dont la réputation n'est plus à faire, permet aussi une agréable lecture. Donc, à découvrir ! 

On apprécie aussi les larges citations appuyant le commentaire, les annexes à la fin du livre avec le texte latin de la Règle, les cartes, la bibliographie indicative...

Le titre du livre «  Les  Bénédictins » qui nous ouvre à un vaste monde ne recouvre d'ailleurs pas totalement le sujet traité puisque sont inclus cisterciens, olivétains, camaldules…., même si ceux-ci sont nés du tronc bénédictin. Ils partagent en effet la même Règle de saint Benoît mais n’ont pas tout à fait la même vie monastique ni la même histoire. Ils sont évoqués dans ce livre avec leur spécificité. Mais, au-delà des différences,  ce qui unit ces moines et moniales les uns et les autres, c'est bien l'Evangile et la Règle de saint Benoît, sujet premier de ce livre en tandem avec celui des bénédictins.

DG

Extraits

Comment célébrer les vigiles aux fêtes des saints. RB 14

Pourquoi commémorer et célébrer les saints ? … Smaragde au IXième siècle, insiste sur la date choisie pour honorer les saints en tant qu'anniversaire de la naissance au ciel des saints (leur mort) et donc leur absence terrestre. Au début du XVIIIième siècle, dom Calmet [ abbé de Senones] revient sur ce symbole que représente le choix de prendre la date de la mort, celle-ci étant la naissance à la vraie vie... La dévotion sanctorale est essentielle. Les fêtes des saints servent à honorer les saints et inciter les hommes à les imiter... Dans cette dynamique, il n'est pas surprenant que le calendrier monastique s'enrichisse peu à peu des saints issus de ce monde mais aussi de l'Eglise universelle. » (p.373-375)

De la tenue pendant la psalmodie. RB 19

« L'attention portée aux psaumes accorde l'esprit à la voix, la bouche chante ce que la pensée a considéré. Psalmodier n'est pas seulement dire les psaumes, mais garder la constante relation de la voix à l'esprit... Une psalmodie attentive est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante, le moine doit faire concorder son être le plus intérieur avec la parole sacrée. Ainsi en va-t-il ensuite de toute la liturgie qui ne lui est pas extérieure, mais ordonne, nourrit et conditionne sa vie monastique. »(p.440)

Des outils et des objets du monastère. RB 32

« Le chapitre 32 de la Règle bénédictine montre l'importance accordée par son rédacteur à l'organisation des choses matérielles. Rien de la vie quotidienne n'est laissé au hasard et sans doute avait-il compris par son expérience, qui parle certainement à travers ces lignes, l'importance d'encadrer les aspects matériels de la communauté dont le mauvais fonctionnement pouvait avoir des effets négatifs sur la vie spirituelle... Le vivre-ensemble d'une communauté sur la durée devra aussi sa qualité au déroulement sans accroc du temporel avant d'être un modèle d'amour évangélique. » (p.617)

« L'autarcie économique des monastères bénédictins du haut Moyen-Âge n'était pas seulement le résultat d'une objective prudence, mais bel et bien la traduction d'un souci d'autonomie réelle... pour éviter aux moines d'avoir à chercher au-dehors ce qui leur serait nécessaire... Bien qu'irréalisable dans son plein et entier idéal, l'autarcie demeure pour les monastères une tendance forte influencée aussi par les normes économiques de chaque époque. (p.619) »

Le réfectoire. RB 35

« Le réfectoire est un lieu régulier important, peut-être le plus important après l'église, car tous les moments du repas monastique sont réglés, contrairement au temps du sommeil qui ne peut qu'échapper au contrôle. Avec ses codes, ses procédures, sa part de lectio divina, le repas est aussi un moment chargé d'un symbolisme fort. Participer à la dernière Cène, n'est-ce pas un aspect primordial de l'imitation de Jésus-Christ, si chère aux moines ? » (p.670)

 

 

 

 

.

 

 

 

 

 

 

Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 20 Janvier 2020

DIALOGUER EN VERITE

 

Les conditions du dialogue

         ou comment dialoguer en vérité.

 Jacqueline CUCHE, présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France

 
Extrait ((p.14-15)

d’une conférence donnée en juillet 2019 au monastère de Saint-Remy-les-Montbard

Publié dans la revue MIKHTAV n° 85 – Août 2019


              

 Pour tout dialogue la tentation existe de mettre bien plus l’accent sur ce qui nous unit que sur ce qui nous sépare. C’est nécessaire jusqu’à un certain point, surtout quand nous avons été si longtemps éloignés ou même ennemis les uns des autres. Mais alors existe le risque que ces différences soient amoindries, parfois même passées sous silence, en pensant ainsi mieux respecter l’autre et pouvoir donc mieux se comprendre et s’estimer, recherchant une sorte de consensus mou. Or, il n’y a pas de dialogue sans affirmation et reconnaissance des différences. Je dirais même sans recherche et éloge des différences…


Il s’agit d’une expérience de vérité : être vrai, être soi-même, sans arrogance ni triomphalisme, mais sans renoncer à ce qu’on est, ni non plus sans fausse humilité, sans se rabaisser plus qu’il ne faut : nous, les chrétiens sommes souvent émerveillés lorsque nos amis juifs nous donnent accès aux trésors de la Tradition, mais nous aussi avons l’Esprit, nous aussi avons une belle Tradition, qu’il nous faut connaître (et faire connaître, car les chrétiens l’ignorent généralement), une Tradition qu’il nous faut sans doute aussi purifier de ses scories ( je pense en particulier à toutes les traces d’antijudaïsme qu’on trouve chez les Pères de l’Eglise, qui écrivaient dans un contexte de forte polémique, mais dont nous devons aimer les beautés et les richesses).
Et, pour bien dialoguer, il nous faut être heureux d’être chrétiens, comme les juifs peuvent être heureux et fiers d’être juifs. Car finalement, il n’y a pas de meilleur dialogue que celui de deux croyants qui témoignent joyeusement de ce qui les fait vivre, juifs et chrétiens.

 

Mise à jour : Jeudi 12 Mars 2020, 13:25
Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Samedi 04 Janvier 2020

Un an dans la vie d'une forêt

 Un an dans la vie d’une forêt

 Observer le jeu des saisons, garder le silence, se fondre dans le microcosme…

 David G. HASKELL

  Ed. Libres Champs, 2016
  366 p.

                                                       

 David G. Haskell est biologiste, spécialiste de l'évolution et professeur à l'université du Sud (Tennessee).
 ll semble être aussi un botaniste hors pair. Pendant une année, jour après jour, il va observer  un mètre carré de forêt au milieu des Appalaches. Tout l’intéresse,à l’œil nu ou à la loupe : les herbes, les fleurs, les champignons, les mousses, les arbres, mais aussi, les tritons, les fourmis, les grenouilles, les oiseaux, les cerfs…

Chaque observation minutieuse, et retracée souvent avec humour, est l’occasion de suivre ces multiples vies en forêt qui se protègent les unes les autres ou parfois se dévorent , fondement d’une biodiversité équilibrée. Il note aussi les conséquences des activités humaines sur la nature.

Il expérimente même sur son propre corps, comme la plante elle-même, la pluie, le froid et se découvre bien plus fragile qu’une petite mousse, ou qu’une abeille. Pour le lecteur, il élargit ses constats par des explications simples concernant les lois de la nature.

« Un chef d’œuvre à lire absolument », disait Jean-Marie Pelt

Ce livre très bien écrit, se lit presque comme un roman : il y a de la vie, du suspens au fil des saisons, des incidents, des meurtres, des renaissances printanières extraordinaires.

Et c’est bien plus enrichissant que le meilleur thriller ! C’est sûr, nos promenades en forêt, notre souci de l’écologie, du respect de la nature vont s’en trouver bonifiés.

Ce livre, finaliste du prix Pulitzer, a reçu le prix de l’Académie des sciences des Etats-Unis.

DG

 Extrait  (p.190)

 C’est avec une certaine tension que j’avance dans la brume sur le chemin du mandala [ lieu d’observation ]. Entre chien et loup, je pose les pieds avec précaution et m’efforce de voir s’il n’y a pas de serpents sur le sentier. Les vipères cuivrées, Agkistrodon contortrix, sont les plus inquiétantes. Ces serpents sont particulièrement actifs durant les soirs d’été lourds, chauds et humides. Ce soir, leur casse-croûte favori a fait son apparition. Des centaines de cigales sont sorties des cachettes souterraines où elles se terraient jusqu’ici à l’état larvaire…
Ma peur des prédateurs a été probablement imprimée dans mon psychisme par des millions d’années de sélection naturelle. Les primates tropicaux dotés d’une piètre vision nocturne ne vivaient guère longtemps s’ils se comportaient avec désinvolture dans l’obscurité…
Une luciole m’accueille au moment où je m’assois. La petite lumière verte s’élève brusquement de plusieurs centimètres, puis reste stationnaire une ou deux secondes… Ce signal est l’entrée en matière de ce qu’il espère être une conversation avec une future partenaire.

Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Dimanche 29 Décembre 2019

Une journée dans une vie, une vie dans une journée

 Une Journée dans une vie, une vie dans une journée

Des ascètes et des moines aujourd’hui

 Sous la direction de Adeline HERROU

Puf, 2019 – 435 p.

                                 

Adeline Herrou est ethnologue et sinologue, chercheur au CNRS, rattachée au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative. Elle est spécialiste de la société chinoise actuelle.

 Il s’agit d’un ouvrage collectif consacré à la vie ascétique et monacale à travers le monde. Des ethnologues décrivent les pratiques et les préoccupations d'hommes et de femmes vivant des expériences religieuses hors du commun pour atteindre des degrés de connaissance du sacré supérieurs : lama de l'Himalaya, moine Shao Lin, carmélite française, bouddhiste ou encore ascète du Bengale. 

 Le titre, un peu banal, devient explicite à la lecture de ce livre. L’auteur(e), diffèrent pour chaque chapitre, a eu la particularité de vivre plusieurs jours, voire davantage, en immersion complète dans un monastère dont il nous relate dans les moindres détails le déroulement d’une journée : le cadre, les rites, les rencontres mais aussi les motivations de ces vies extrêmes.

Dans une journée bien remplie, les activités sont multiples, à la mesure de chacun. Et comme dans bien des vies monastiques, les jours reviennent identiques avec une certaine monotonie. Mais c’est la vie spirituelle, moins visible, qui évolue surtout, confrontée aux doutes, aux joies et tendue vers son dieu qui est tout pour elle.

Les ethnologues s’intéressent en particulier à des monastères d’Extrême-Orient dont le mode de vie peut nous être déconcertant mais dont les valeurs essentielles sont assez communes finalement avec celles de nos monastères occidentaux : vocation, temps de probation, prière intense, travail, vie fraternelle mais aussi accueil de laïcs ou de simples touristes. Des notes en bas de page, toujours intéressantes, nous aident à mieux comprendre l’esprit des lieux et des gens ou nous oriente vers une bibliographie complémentaire.

Le dépaysement est là et rend ce livre particulièrement attrayant, faisant découvrir de près des rites peu connus. Le texte se veut descriptif et tout à fait objectif mais non pas technique et froid. Avec l’auteur, le lecteur observe ce qui se passe et participe à sa façon à de belles rencontres.

 DG

 Extraits

- Sathou Niaï Khamchane (Laos) par Catherine Choron-Baix - p.111 et sv.

 Informé de nos intentions, le vénérable nous donne toutes les facilités du tournage au sein de son monastère, à l’abri des regards, très conscient des enjeux de notre entreprise : il s’agit pour nous de recueillir les images des savoirs et savoir-faire attachés aux anciens arts de cour aujourd’hui en perdition, question qui le préoccupe depuis toujours et qu’il sait être très sensible dans le nouveau contexte politique…

Ascète lettré, respectueux du dhamma (enseignement du Bouddha), et des règles monastiques, il multiplie les interventions au profit de la collectivité, partageant son temps entre sa voie personnelle de salut et ses missions auprès des laïcs… Chaque jour à l’aube, lorsque retentit le tambour de la pagode, signal de lever pour les habitants du quartier, il procède à ses ablutions puis accomplit l’office matinal dans le sanctuaire de vat Saen Sukharam. Il prend ensuite la tête de la procession qui arpente les rues alentour pour la quête de nourriture journalière des moines, avant de s’adonner à l’étude de textes et à la méditation jusqu’au dernier repas des religieux pour la journée, avant midi. »

 - Mahadevnath (Népal) par Véronique Bouillier – p.199 et sv.

 « Il est minuit et la journée va commencer. Déjà résonnent les premiers battements de tambour… grosses timbales aux caisses en laiton et en poterie, dont les vibrations sourdes et puissantes rythment la vie rituelle du monastère… Mahadevnath, le pir, puisque c’est ainsi qu’on appelle le chef du monastère, se  lève … Il ajuste ses vêtements… s’incline brièvement devant les statues des divinités et descend le petit escalier pour rejoindre le jardin… Il lui faut avant de commencer sa journée, avant tout hommage aux dieux, se laver, purifier son corps. Ce bain est particulièrement complexe et élaboré et suppose différentes onctions du corps toutes accompagnées de mantra ou formules consacrées spécifiques… »

 - Le quotidien d’une bouddhiste sud-coréenne , par Florence Galmiche – p.337 et sv.

 «  Dans un coin de la salle, à côté de l’autel, une jeune laïque dispose un tapis de prière ainsi qu’un livre énumérant les dix mille noms du Bouddha. Elle s’engage dans une série de prosternations : mains jointes, elle s’agenouille, pose ses deux mains, puis son front à terre, retourne ses paumes vers le haut puis, joignant à nouveau les mains, se relève rapidement avant de recommencer, sur un rythme régulier. La veille, elle a déjà accompli mille prosternations et il lui en reste encore deux milles à réaliser : elle envisage de devenir moniale et avant de prendre une décision ferme, elle est venue prier intensivement au monastère. »

 

 

Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 02 Décembre 2019

GRATITUDE

 Gratitude
 Journal IX   2004-2008

 Charles JULIET
 P.O.L 2017

               

 On ne peut mieux traduire l'état d'esprit de ce livre qu'en transcrivant le résumé qu'en a donné lui-même l'auteur sur la quatrième de couverture :

" Intrusions dans l'intime, retours à l'enfance, doutes, interrogations, réflexions diverses, notes sur des personnes rencontrées..., ce Journal répond au besoin que j'ai de retenir ce qui m'échappe, cette vie qui me traverse et dont je tiens à garder la trace. Certes, le temps emporte tout, mais donner forme à ce que je veux ne pas perdre, c'est mieux me comprendre, c'est dégager le sens de ce qui m'échoit. Et au terme de la moisson engrangée, c'est offrir les mots rassemblés à cet autre qui se cherche. En espérant le rejoindre dans sa solitude et lui être ce compagnon qui chemine à ses côtés. "

Ce livre, après bien d'autres oeuvres bien plus pessimistes, traduit effectivement la gratitude de Charles Juliet face aux personnes rencontrées, célèbres ou non. On se surprend soi-même, en tant que lecteur, à regarder le monde autrement, à se réjouir de l'instant présent, à voir au-delà de l'ordinaire ou d'une banale rencontre. On s'imagine parfois aussi que nos élans d'amitié ou d'amour doivent se confirmer dans la durée. Or, on voit ici Charles Juliet éprouver des sentiments forts l'espace d'un instant, d'un  regard, sorte d'étoile filante traversant sa journée.
On admire aussi la simplicité et l'humilité de ce journal où l'auteur s'efface souvent devant ceux dont il parle.
Avec art, il sait trouver les mots justes, la distance nécessaire pour chasser tout égo.

Avec gratitude, on peut remercier Charles Juliet de ce qu'il nous transmet en prose et en poésie.

Ci-dessous une superbe définition de ce qu'est l'écriture pour un (grand) écrivain :

" Ecrire, pour un écrivain, c'est avoir le goût des mots, c'est les ressentir, c'est agencer, c'est percevoir comment ils interagissent les uns sur les autres, c'est aussi apprécier leurs poids, leur couleur, leur sonorité, leur vibrations... C'est aussi nombreux micro-savoirs qui aient à faire vivre ensemble ces petits êtres vivants qui ne se laissent pas facilement domestiquer." (p.53)

DG

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour : Vendredi 20 Décembre 2019, 10:27
Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 28 Novembre 2019

NAGORI

 NAGORI

La Nostalgie de la saison qui vient de nous quitter

 Ryoko SEKIGUCHI

 Ed. P.O.L, 2018 
               

 Ryoko Sekiguchi est traductrice, poétesse et auteure. Originaire de Tokyo, cette amoureuse de cuisine se consacre dans ses écrits à la gastronomie.
Coup de coeur du jury du prix Rungis des gourmets 2019, prix Mange-Livre 2019.

 Le titre du livre « Nagori » n’est guère explicite et discret dans sa présentation, mais il nous rendra peut-être curieux d’en savoir plus. Ce terme japonais est difficilement traduisible en français ; il évoque l’arrière-saison, « la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter ». Comme il y a un terme « hashiri » pour le tout début de saison et « sakari » pour la pleine saison.

L’auteur relie avec bonheur, et c’est dans l’esprit japonais, gastronomie et déroulement des saisons avec la valeur de chacune. Et même au Japon, il y a plusieurs saisons à l’intérieur de nos quatre saisons.Valeurs ancestrales qui se perdent aujourd’hui avec le temps qui s’accélère, les distances qui sont amorties par les moyens de transport rapides qui nous font manger des fruits exotiques en toutes saisons et le lendemain de leur cueillette.

Faut-il vraiment manger des fraises à Noël ?

Ce livre inspiré en un an dans le cadre de la Villa Médicis nous rappelle quel lien nous lie à la nature et son sens profond.

C’est un vrai plaisir de lecture. Texte illustré d’exemples bien concrets mais aussi teinté de poésie et de mélancolie. Bienfaisant. Alors, à ne pas manquer !

 Extraits

 « L’automne… est naturellement associé à la nostalgie parce qu’en lui appelle le nagori : les paysages, le cri de la biche, la fraîcheur et l’air, la séparation… On est tout entier pris dans son intérieur. Or, justement parce que le printemps est la saison où tout commence, où tout prend vie, si par contraste séparation il y a, elle se fait sentir de façon d’autant plus aiguë. (p.107)

 «  La nourriture industrielle réconforte notre vie fragile, environnée de saisons instables, parce qu’elle nous promet que rien ne change, même si le temps avance sans merci…Dans le même temps, cette immobilité de la nourriture industrielle affecte notre vie des caractères du terne et du neutre, par quoi elle devient impossible à distinguer de la vie de quelqu’un d’autre. Ce n’est qu’avec les êtres vraiment vivants, les êtres périssables de la saison que sont les légumes, viandes et poissons du marché que l’on peut partir à l’aventure. » (p.59)

 DG

Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 24 Octobre 2019

Nous étions nés pour être heureux

 Nous étions nés pour être heureux

 Lionel DUROY

 Julliard 2019
 222 p.

 Roman

                                           

 Une fraterie de dix enfants se réunit le temps d’un repas familial qui veut être celui des retrouvailles et de la réconciliation. Cette fraterie était-elle née pour être heureuse ? Pas si sûr.

En effet, le passé et le modèle parental sont parfois lourds à porter et peuvent même être, comme c’est le cas ici, mortifères.

Un des enfants, Paul, devenu père et grand-père a eu besoin, par sa vocation d’écrivain, de relater dans un livre l’histoire douloureuse de sa famille. Ce qui ne fut pas apprécié du tout par ses frères et sœurs et provoqua une rupture de plusieurs années dans leurs relations.

Mais le temps passant, à l’occasion d’un film réalisé par l’un d’eux, les parents étant décédés,  les enfants éprouvent le désir de se retrouver, de (re)faire connaissance, de renouer des affections et un vécu indélébiles. Mais cela n’ira pas sans douleur…

Un beau roman bien écrit, qui se déroule sur une journée et dont la vie des personnages peut basculer vers du mieux ou vers le pire. Qui n’a pas connu dans sa famille ou dans celle de proches, ces tragédies, ces secrets, qui empoisonnent toute une vie ? Avec le besoin, à certaines heures décisives, de faire le point et de retrouver la paix.

   Extrait  ( Béatrice à Paul)

 - Oh oui, bien sûr que j’ai honte ! Quand je me suis mariée et que peu à peu nous nous sommes fait des amis, j’ai pensé que personne ne saurait jamais. J’étais heureuse, notre nouvelle vie m’éloignait de tout çà. Nous allions élever nos enfants dans l’amour, le partage et la dignité. Et puis j’ai reçu ton manuscrit, je l’ai lu et il m’a fait l’effet d’une damnation. Paul, voilà, c’est exactement le mot, nous étions damnés : tout le monde allait de nouveau rire de moi, de nos parents, j’allais devoir traîner jusqu’à ma mort ces années grotesques, humiliantes – les expulsions, la folie de maman, papa et ses coups foireux, les huissiers, nos vêtements ridicules, les écoles qui nous mettaient à la porte parce que tous les matins nous arrivions en retard. Tout ce que je venais de construire de vivant, de joyeux, allait s’effondrer avec ton livre. ( p.103)

Mise à jour : Samedi 26 Octobre 2019, 12:29
Denyse - rubrique 01- LIVRES - REVUES - Résumés, extraits... - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Plus d'articles :

Calendrier

Mars 2020
LunMarMerJeuVenSamDim
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031     

Contact

Par E-mail

.

Mes liens

Voici quelques sites de référence que je vous conseille vivement.

Mes liens