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Mercredi 03 Février 2021

Le Carême et le mystère pascal

 Le Carême et le mystère pascal
  Mémoire et actualisation

  Raymond WINLING

  Ed. Salvator 2020
  358 p.
                       

  • Raymond Winling est prêtre, professeur émérite de la faculté de théologie catholique de Strasbourg.

     Ouvrage intéressant et de lecture assez facile pour entrer dans le temps et l'esprit du Carême.

 ¤ Première partie : l'histoire du carême et de sa liturgie qui ont leur origine dès les premiers siècles en lien avec la formation des catéchumènes. Les Pères de l'Eglise sont largement cités ainsi que les documents de Vatican II .

Le jeûne, la prière, l'aumône présentés de façon détaillée, sont resitués dans leur cadre biblique et dans la tradition de l'Eglise.
Puis l'auteur oriente son texte des Cendres à Pâques, toujours dans une approche à la fois biblique, patristique, liturgique et spirituelle .

¤ Deuxième partie : la spiritualité du carême
Y sont développés notamment : le « plan du salut », l'homme créé à l'image de Dieu, le drame du péché, le sens sacrificiel de la mort du Christ, justification, réconciliation, le sacrement du baptême, le thème de la grâce, l'amour miséricordieux de Dieu …

On voit que le temps du carême peut être pour nous une démarche spirituelle d'approfondissement des bases de notre foi. Non un retour exclusif sur un passé lointain, mais plutôt un chemin actualisé de ce mystère pascal que nous sommes invités à nous approprier.

== >>   Ce blog propose une lecture résumée de ce livre pour nourrir notre temps de carême … Voir rubrique 1

 

Mise à jour : Samedi 20 Février 2021, 19:22
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Dimanche 17 Janvier 2021

Le Grand bonheur

 Le Grand bonheur
 Vie des moines

 Nicolas DIAT

 Récit
 Fayard, 2020
 338p.


                                             

De nombreux livres témoignent de la vie des moines. Celui-ci est particulièrement intéressant parce que l'auteur a pris le temps , sur une année et en un seul lieu, de l'observation, de l'écoute, de la rencontre, de l'expérience du silence. Nous cheminons en quelque sorte avec lui, approfondissant au fil des pages notre découverte de la vie des moines de l'abbaye Notre-Dame de Fontgombault.

                              

L'abbaye Notre-Dame de Fontgombault est une abbaye bénédictine de la congrégation de Solesmes située à Fontgombault dans l'Indre, en France. Elle a été fondée au xie siècle, 
Depuis 2011 , c'est dom Jean Pateau qui en est le Père Abbé.

Fille de Solesmes, cette abbaye du Bas-Berry est héritière du chant grégorien qui nous vaut un chapitre à ce sujet, et d'une certaine rigueur et fidélité à la Tradition. Ce récit reflète bien ce « grand bonheur » d'une vie choisie et consacrée totalement à Dieu. L'austérité est bien réelle, sûrement pas toujours facile, de même que l'obéissance inconditionnelle au Père Abbé, mais elle permet un vrai détachement de soi pour laisser la place à Dieu, à une approche du divin.

La vie communautaire se doit d'être fraternelle et la joie est omniprésente tout en respectant les caractères et aptitudes de chacun. « Dans une abbaye, il existe une forme d'ajustement des caractères digne d'une pièce d'horlogerie suisse ! » (p.242). Mais c'est une vie qui ne connaît guère les temps libres car toute la journée est planifiée : offices, travail, repas, détente, promenades, sommeil. L'auteur décrit ces différents espaces par ses observations et ses échanges avec des moines.

Le mot « vocation » est souvent cité. Effectivement, l'engagement monastique répond à un appel de Dieu pour un lieu, pour cette vie particulièrement exigeante, pour un but poursuivi tout au long de la vie : la recherche de Dieu. « Le désir profond de se donner à Dieu est l'unique boussole » (p.218)

Chaque monastère a sa couleur, son « climat » souvent donné par l'Abbé. Le monastère de Fontgombault est plutôt traditionnaliste, ce qui n'est pas péjoratif. La vision que nous en donne Nicolas Diat est assez idéale. Ces existences confinées doivent connaître, comme nous tous, des moments difficiles qui, sans y insister, ne sont pas éludés dans ce livre. Mais l'essentiel est dit : c'est un grand bonheur que d'être moine, mais il faut en payer le prix. C'est d'ailleurs vrai pour tout engagement radical : professionnel, familial, associatif ou sportif...

DG.

Extrait

     - Pourquoi cette joie ? L''équilibre de la vie monastique, la régularité de la prière, le statut d'enfance dans lequel les moines flottent permettent-ils d'abandonner les difficultés, les peurs, les angoisses ? Dans une abbaye, le devoir est un impératif catégorique. Le moine sait ce qu'il doit faire et quand il peut le faire... L'euphorie du début n'était pas factice. Elle n'existe qu'à proportion des abandons consentis par le moine. Celui-ci se trouve devant un choix : soit il reconstruit dans le secret de la clôture ce qu'il a abandonné en cherchant à sauvegarder ses préférences, son temps, ses habitudes, et les problèmes reviennent, soit il continue à s'abandonner, et il moissonne au centuple. (p.153)

     - Si Fontgombault parlait, que dirait-elle au profane ? D'une petite voix claire et assurée, elle oserait affirmer : « Je suis la citadelle imperturbable. Je suis l'abbaye de Pierre de l'Etoile établie sur le roc des hauts de Creuse. Je suis celle qui durera longtemps. Je suis la maison de prière fidèle, belle et incomprise. Mais ne vous méprenez pas. Rien de tout cela n'a d'importance. Sur cette terre,le moine ne s'attache à rien. Il est de passage. Dieu seul compte. (p.35)


Mise à jour : Lundi 18 Janvier 2021, 19:43
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Mardi 12 Janvier 2021

Unité des chrétiens n°201 - janvier 2021

 Unité des chrétiens – n°201 – Janvier 2021

                                         
                   
La revue
fête ses 50 ans (1971-2021) et en ce mois où a lieu, comme chaque année, un temps fort de prière pour l'Unité des chrétiens , Unité des chrétiens retrace par différents articles cette démarche chrétienne essentielle, ou qui devrait l'être, et qu'il faut donc renforcer. Cette recherche de l'unité des chrétiens n'est pas facultative : «  Père qu'ils soient UN, comme toi et moi nous sommes un, pour que le monde croie ».

Dans le sommaire :

  • De la « diversité réconciliée » à la «  catholicité radicale » - par le pasteur et théologien Larry Miller

  • 50 ans d'oecuménisme : des leçons ou des rêves ? - par la pasteure Emmanuelle Seyboldt

  • Anglicans et œcuménisme – par Neil Vigers, responsable du programme pour l'Unité, Foi et Constitution .

  • Pas d'oecuménisme sans amour et sans confiance – par Bruno Deledalle, président du conseil d'administration de la Maison d'Unité.

  • La coopération oecuménique – par Christian Krieger, pasteur réformé français.

Un autre article a retenu notre attention . Il est intitulé «  Rendez-vous avec les trois coprésidents du Conseil d'Eglises chrétiennes en France » , c'est-à-dire Mgr Eric de Moulins-Beaufort, Pasteur François Clavairoly et Métropolite Emmanuel de France.

  • Mgr E.de M-B, souligne que parmi les faits marquants de ces cinquante dernières années, en plus de l'accord sur la justification de 1989, est l'action conjointe entre catholiques, protestants et orthodoxes qui est devenue habituelle. Avec un risque de routine !L'affaiblissement de la foi dans nos pays occidentaux pourrait être une opportunité pour unir nos forces mais il fait relativiser aussi les différences.

    « Des humains de toutes origines se mêlent, vivent côte à côte, travaillent ensemble. L'oecuménisme devient un facteur indispensable pour l'unité du genre humain, dans chaque entité politique et culturelle. »

  • Pasteur C. remarque cependant que le cheminement de l'oecuménisme est beaucoup trop lent et malgré quelques avancées, il s'étonne que les mises en pratique soient aussi laborieuses surtout en contraste avec la rapidité des évolutions actuelles dont chacun est témoin. Les 500 ans de la Réforme en Europe et dans le monde a contribué aussi à des rapprochements salutaires. Les opportunités de l'oecuménisme sont nombreuses : engagement des chrétiens dans la société, exigence de justice et de paix, attention aux plus vulnérables, sauvegarde de la planète, lutte contre l'antisémitisme... Il faudrait faire la promotion d'un oecuménisme de la solidarité et des œuvres.

    «  La mise en œuvre du Forum oecuménique mondial (Bogota 2018) a ouvert la voie à un nouveau modèle d'unité fondé sur le partage d'expérience et la découverte de la diversité spirituelle. »

  • Mgr Emmanuel : Un instant oecuménique important a été la création de la Commission mixte internationale (1979) pour le dialogue théologique entre l'Eglise catholique romaine et l'Eglise orthodoxe. D'autre part, l'émergence d'un œcuménisme spirituel qui invite à prier ensemble (comme à Taizé) est important.

    «  L'oecuménisme est devenu une dimension du dialogue interreligieux en ce sens que certaines initiatives oecuméniques peuvent avoir des conséquences interreligieuses cruciales. »

    Petit rappel : le dialogue interreligieux a pour finalité le dialogue lui-même alors que le dialogue oecuménique a pour but l'unité des chrétiens.

    «  La solidarité seule nous permettra de traverser les tumultes d'une époque marquée par la peur de la solitude. La solidarité est l'espoir de l'oecuménisme. »

    D.G

 

 

Mise à jour : Mercredi 13 Janvier 2021, 10:41
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Lundi 04 Janvier 2021

Le soir approche et déjà le jour baisse

Cardinal Robert SARAH – Nicolas DIAT

Ed. Fayard 2019
443p.

                                                                    

Le Cardinal Robert SARAH, avec Nicolas DIAT, a déjà publié
Dieu ou rien en 2016 et La Force du silence en 2017 (voir recension sur ce blog).

Sur la route d'Emmaüs, deux pèlerins marchent aux cotés d'un inconnu, qui se révélera être Jésus ressuscité. Ils sont désespérés, leur maître est mort, leurs espoirs en un sauveur sont terriblement déçus. Et à cette heure-là, comme un signe, « le soir approche et déjà le jour baisse ».(Lc24,29)

C'est un peu dans cet état d'esprit attristé que l'auteur Robert Sarah nous emmène faire un état des lieux de l'Eglise d'aujourd'hui détaillant l'effondrement spirituel et religieux, l'homme rabaissé, la chute de la vérité, la décadence morale et les errements politiques.

L'inventaire peu réjouissant de notre monde en décadence ne nous porte guère à l'optimisme et tout comme dans le domaine de l'écologie, si nous ne redressons pas la barre d'urgence, nous courons à notre perte.

On lit avec intérêt et inquiétude ce bilan actuel où le monde et l'Eglise souffrent d'une perte des valeurs et notamment d'un oubli de Dieu que les hommes rejettent par désir d'indépendance et de prétendue liberté.

La photo d'un prêtre en soutane sur la page de couverture n'est pas anodine. Le cardinal serait plutôt conservateur et, tout en s'en défendant, regrette bien souvent le passé et sa rigueur. Mais on peut admirer chez lui un foi authentique et passionnée qui n'a pas peur des mots et du combat pour que les chrétiens et tout homme retrouvent un chemin de vérité, de liberté qui ne peut nous être donné que par notre reconnaissance de Dieu, Créateur et Père qui aime ses enfants.

Il peut arriver qu'un jeune à l'adolescence rejette ses parents par désir d'autonomie, mais vers qui revient-il en priorité quand il est dans la peine ?

Le Cardinal Sarah nous invite à une douloureuse prise de conscience et à une reconversion urgente.

DG


Extraits

 

  • L'Occident vit ce que les pères du désert ont appelé la tentation du démon de midi... on l'appelle l'acédie. C'est une forme de dépression, un relâchement, une lassitude spirituelle... L'âme ne se réjouit plus de connaître et d'aimer Dieu. (p.153)

  • « Rends-moi la joie d'être sauvé ! » (Ps 50). Il est fondamental pour l'Occident de retrouver le sens de l'action de grâce ! L'émerveillement est le propre des enfants... L'incapacité à s'émerveiller est le signe d'une civilisation qui se meurt. (p.160)

  • La crise de théologie morale fondamentale est due à l'obscurcissement du sens du bien. La morale ne vise pas à nous imposer de l'extérieur une loi contraignante. Elle nous indique un chemin vers notre bien. Le bien est fondamentalement la vérité de ce que nous sommes. Voilà pourquoi il est faux de dire que l'Eglise impose un poids, un fardeau trop lourd qui viendrait peser sur la liberté des chrétiens. L'Eglise ne fait qu'indiquer la voie du bonheur plénier et de la vraie liberté. (p.173)

  • On a convaincu nos contemporains que pour être libre, il fallait ne dépendre de personne. Cette erreur est tragique... L'homme ne veut pas recevoir de Dieu son existence et la plénitude de sa vie. Il veut puiser lui-même à l'arbre de la connaissance le pouvoir de façonner le monde... (p.189-191)

Mise à jour : Mercredi 6 Janvier 2021, 14:49
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Vendredi 01 Janvier 2021

L'Ecologie intégrale au coeur des monastères

Article vu sur le site arccis.org

L'écologie intégrale au cœur des monastères

Sous la direction de Nathalie de Kaniv et François You

  •  

 L’écologie intégrale au cœur des monastères. Un art de vivre.

Sous la direction de Nathalie de Kaniv et François You.
Éditions Parole et silence, nov. 2019, 280 p., 20,00 €

« Les moines, vous devez parler sur l’écologie.
   On attend votre parole ! »

Cette interpellation entendue à plusieurs reprises, est à la source de ce livre qui réunit des témoignages et des réflexions de la part d’une vingtaine de monastères, très variés dans leurs sensibilités, sur la question écologique. La tradition monastique appelant à une vie en Dieu porte aussi cette attention à l’autre, à la nature et à soi-même – les quatre composantes de l’écologie intégrale. Elle est en constante démarche de conversion.

Pourtant, au-delà de cet art de vivre qui remonte à plus de quinze siècles, les moines se posent les mêmes questions que la société. L’appel à l’écologie intégrale les atteint et les dynamise. En fonctionnant comme un écosystème, la communauté monastique peut rejoindre tous les autres écosystèmes : famille, travail, associations.

La richesse de son héritage permet une réflexion éminemment actuelle, intégrant le lien avec la tradition et le territoire, la proximité avec la terre, le sens du temps, l’ouverture à l’autre, au pauvre et au petit, la gratuité et la sobriété qui mènent à la recherche du beau. Autant de passerelles qui peuvent inspirer toute vie laïque.

Nathalie de Kaniv, historienne, littéraire et rédactrice, (auteur de plusieurs publications sur les avant-gardes du XXe siècle), membre-correspondant de l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres (Angers). Proche de la vie monastique, elle travaille avec le père Francois You sur la lecture de la Règle de Saint Benoît.
François You, Père Abbé de l’Abbaye de Maylis (Landes) et Président de la Conférence Monastique de France. À ce titre, il est particulièrement soucieux de donner voix à la vie monastique dans la réflexion contemporaine sur la nécessaire conversion écologique.

 

 

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Dimanche 27 Décembre 2020

Habiter ensemble

 Habiter ensemble. Le lieu monastique entre Orient et Occident

Adalberto MAINARDI, moine de Bose (Italie)

Collectanea Cisterciensia – Revue de spiritualité monastique

Tome 82 – 2020 – 4 – p.410-419

                                 

                              

Recension de l'article et réflexions personnelles pour une lecture utile à tous

« Dieu fait habiter dans une maison ceux qui ont un objectif unique. » (Ps 68,7)

Les moines ne sont pas des extraterrestres et le lieu monastique, comme tout lieu quelque soit sa particularité, habite le monde à l'intérieur de l'histoire humaine. On peut le caractériser par quatre moments essentiels, quatre verbes : habiter, travailler, veiller, accueillir.

1- Habiter

La recherche d'un lieu isolé, non fréquenté, voire inhabitable, semble favorable à une nouvelle fondation monastique.On peut s'en étonner. En fait, ce contexte menait les moines d'Orient comme d'Occident à découvrir que ce non-habitable, ce lieu étranger habite déjà la profondeur de notre cœur. A l'extérieur de soi-même comme à l'intérieur, il va falloir découvrir, épurer et , question d'équilibre et d'unification de soi, il est nécessaire d'y oeuvrer à ces deux niveaux pour devenir vraiment soi-même. Les travaux d'irrigation, de défrichage, d'assainissement des marécages (Cîteaux, Clairvaux...) à l'époque médiévale sont la face matérielle d'un travail également intérieur.

On peut regarder dans nos rues les maisons individuelles, leurs jardins, leurs intérieurs et à partir de là imaginer un peu la vie intérieure des habitants...

Quelle image ma maison me renvoie-t-elle de moi-même ?

But à très très long terme : retrouver l'intégrité de l'Eden. Dur labeur ! Redoutable face à face !

Où est l'ennemi ? A l'extérieur ou à l'intérieur ?

De même, chercher à s'unifier – sur le plan affectif, psychologique, spirituel – c'est aussi travailler à une unité plus large, à une communion avec tout et tous.

La sauvegarde de la Création dans notre « maison commune » qui est la Terre (Pape François) ne commence-t-elle pas au soin que nous prenons de notre environnement le plus proche ?

Cependant, l'essentiel est ailleurs. Bienfaits inattendus du confinement ?

«  Ce que la solitude et le silence du désert apportent d'utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent, qui en ont fait l'expérience. » (Lettres des premiers chartreux)

L'affluence étonnante, par contraste avec les églises désertées, dans les hôtelleries monastiques pour y trouver silence et recueillement souligne l'aspiration de l'homme, dans sa vie agitée, à trouver une autre respiration, un autre rythme, un certain repos et peut-être à se trouver lui-même.

Dans l'histoire du monachisme, sur le long terme, à travers crises et renaissances, se retrouve également un constant retour vers les origines, souvent vers la Tradition du monachisme orthodoxe et la quête de plus d'authenticité et de simplicité.

La recherche de stabilité en un lieu est importante pour assurer un enracinement dans la patience et la persévérance.

C'est bien l'une des grandes difficultés actuelles nuisant à un bon équilibre de vie : séparation des couples, enfants tiraillés entre père et mère, familles recomposées, déménagements, changement de travail... et insatisfaction permanente.

Comment dans de tels contextes se retrouver soi-même ?

2 - Travailler

« L'oisiveté est l'ennemie de l'âme. » (Règle de saint Benoît 48,1)

Pour ne pas se perdre dans des idées parfois illusoires, le travail n'est pas seulement une activité manuelle, un gagne-pain mais une collaboration à l'oeuvre créatrice de Dieu. On revient à l'idée de sauvegarde de la Création, mais même si elle n'est pas directement en jeu, et quelque soit notre travail, y compris bénévole, celui-ci assure notre survie (situation critique des chômeurs), équilibre nos « cogitations » et développe le vivre ensemble. C'est  une « occasion de partage concret et quotidien des biens » (Enzo Bianchi).

Mais le temps de travail a ses limites, souligne A. Mainardi, auteur de cet article. Pour le moine en particulier, le temps est rythmé aussi par la prière, par la lecture méditée (lectio divina). [D'où] les réflexions sur le loisir créatif de la sociologie du travail dans l'ère post-moderne.

Nous avons connaissance de familles qui ont su trouver un bel équilibre de vie, moyennant un revenu moindre mais suffisant, entre vie personnelle, familiale, travail, partage. C'est une réussite et un vrai bonheur pour tous. Et d'un grand bien éducatif et citoyen pour les enfants.


A suivre...
dans le prochain numéro de Collectanea
(mars 2021)

DG

 

 

Mise à jour : Lundi 28 Décembre 2020, 00:01
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Vendredi 18 Décembre 2020

Le Jour baisse

 Le jour baisse
Journal X – 2009-2012

Charles JULIET
Ed. P.O.L 2020
314 p.

                                 

Charles Juliet a reçu le prix Goncourt de la poésie en 2013 et le grand prix de littérature de l'Académie française en 2017.

On pourrait reprendre à l'identique la recension faite sur ce blog du précédent livre de Charles Juliet, « Gratitudes » paru en 2017, pour qualifier « Le jour baisse », tome X de son journal.

On y retrouve le même esprit d'observation, d'écoute, de compassion surtout quand l'auteur évoque ses rencontres. Elles sont nombreuses, diverses, peut-être plus teintées dans ce livre-ci de souffrances. Charles Juliet a connu une jeunesse difficile dûe en particulier à l'absence de sa mère. Et on ne s'étonne donc pas que soient mentionnés des portraits de personnes ayant connu la même épreuve parfois avec des fins tragiques, parfois avec une forte volonté de s'en sortir pour laquelle il est toujours admiratif. Charles Juliet sait ce que cela coûte. Toute sa vie et le but de son journal ont été de mieux se connaître en vérité, en profondeur. A l'heure où « le jour baisse »,il y trouve aujourd'hui un certain apaisement.

Comme dans ses précédents ouvrages, l'intime reste à distance. Faut-il en conclure que sa démarche diaristique bien plus tournée vers les autres que vers lui-même lui permet d'y voir plus clair en lui ? Etre centré sur soi ne donne vraisemblablement pas les clés de notre fort intérieur.

La lecture des ouvrages de Charles Juliet est toujours facile, agréable, enrichissante et nous invite sans le dire, à être nous-mêmes admiratifs du monde qui nous entoure.

 Extraits.

 -  Pendant des années, j'ai eu le tort de vivre en m'imposant une exigence trop extrême. Echouant à lui obéir, j'étais constamment à me faire des reproches. C'est une erreur de trop exiger de soi, de vouloir tendre à une impossible perfection. Sachez renoncer à la volonté de sainteté, est-il dit dans le zen. Ce qui importe, c'est de parvenir à ce que le corps, la pensée et l'aspiration à s'élever vivent en accord et qu'aucune de ces composantes ne dominent les deux autres. (p.20)

-  On a le plus grand mal à renoncer au contrôle qu'on exerce sur soi-même. Ce contrôle doit cesser. S'impose la conscience qu'il faut renoncer à ce que l'on est, à ce que l'on veut être. Un moment de grande angoisse. Il faut consentir à entrer dans l'inconnu. (p.140)

-  B. a obtenu son bac avec mention très bien. Elle traversait une crise comme on en connaît à cet âge, mais personne ne l'écoutait, ne lui prêtait attention. Tous deux professeurs, ses parents l'aimaient mais ne lui parlaient pas. Elle laissait un journal qu'elle ouvrait sur un meuble, mais sous prétexte de ne pas faire intrusion dans la vie de leur fille, ils ne le lisaient pas. En réalité, ils ne voulaient rien savoir de ce qu'elle était. Elle s'est jetée du haut d'un pont franchissant une autoroute. (p.187)

-  Ma vie quotidienne ne manque pas de sérieux problèmes. Cependant, je peux dire que ces vingt, ces trente dernières années ont été les meilleures de ma vie. J'ai dépassé mes peurs, mes doutes, certains moments de mon passé. Après de lentes années sombres, je suis enfin en accord avec moi, j'adhère à la vie, jouis d'une grande liberté intérieure, et je savoure pleinement le plaisir d'exister. (p.307)

Mise à jour : Vendredi 18 Décembre 2020, 15:59
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Vendredi 11 Décembre 2020

A Philémon - Réflexions sur la liberté chrétienne

Adrien CANDIARD

Ed. du Cerf, 2019
133p.

                               

Adrien Candiard est dominicain, vivant au couvent du Caire.

Qui connaît Philémon ? Voilà une bonne occasion de découvrir cette fort intéressante lettre de saint Paul à son ami Philémon. L'auteur nous offre ici une réflexion très claire et très sobre sur la liberté chrétienne en partant d'une lettre que Paul adresse à son ami au sujet d'un de ses esclaves, lui indiquant fort adroitement ce qu'il conviendrait de faire à son sujet.

Ce livre nous offre :

  • Une meilleure connaissance de saint Paul alors qu'il est en prison mais peut recevoir des visites.

  • Une lecture de cette lettre courte mais riche face à un problème à résoudre . A cette époque, il était normal d'avoir des esclaves à son service. L'esclave Onésime s'enfuit et demande à Paul sa protection. On verra donc quelle réponse donne Paul à Onésime comme à son maître Philémon.

  • Au fil des pages, l'auteur élargit notre réflexion et aborde différents thèmes où notre liberté se joue face à une obéissance chrétienne mal comprise.

    ¤ Quand Jésus et Paul appellent à la conversion, qu'est-ce que cela veut dire ?

    ¤ Quelle a été l'erreur d'Adam et Eve ? Pouvons-nous faire ce que nous voulons ? A quels risques ?

    ¤ La vertu de chasteté : une notion périmée ? Bien comprise, c'est une libération.

    ¤ Marthe et Marie : belle lecture au sujet de l'une qui se plaint que son action n'est pas assez reconnue et de l'autre, Marie, qui aurait « choisi la meilleure part » en demeurant au pied de Jésus. Pas d'opposition entre action et contemplation mais plutôt, comment se concentrer sur l'essentiel à tel moment précis.

    ¤ Que sous-entend être le « frère » de quelqu'un ?

En une centaine de pages trés agréables à lire, l'auteur suscite vivement notre intérêt et notre réflexion sur la liberté chrétienne avec des mots simples et actuels qui invitent à reconsidérer un peu nos pensées et nos pratiques.
Quelle belle surprise que cette lettre « A Philémon » !

Extraits

- Par son expérience bouleversante … Paul n'a pas changé de Dieu : c'est toujours le même, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de l'Alliance, le Dieu qui a fait sortir son peuple d'Egypte. Dieu n'a pas tellement changé ; mais dans la conversion, Paul lui n'est pas resté le même. (p.33)

- Paul va faire le bien, non parce qu'il craint le gendarme divin ou cherche à mériter son amour conditionnel, mais parce qu'il déborde de cet amour qu'il vient de recevoir en plein cœur... Il découvre peu à peu le véritable Paul, non pas celui qu'il rêvait d'être, mais celui qui existe en vrai, celui que Dieu a créé, celui que Dieu aime. (p.47)

- Il n'y a pas , dans la foi chrétienne, de vie morale sans vie spirituelle. Parce que c'est l'amitié avec le Christ, c'est la présence de Dieu en nous - que nous appelons l'Esprit-Saint – qui peut à la fois nous éclairer sur ce qui est bon, nous donner envie de l'accomplir et nous libérer patiemment de tout ce qui nous en retient. (p.65)

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Jeudi 05 Novembre 2020

A rude épreuve - La Saga des Cazalet T.2

 A rude épreuve
 La saga des Cazalet T.2

 Elizabeth Jane HOWARD

Ed. La Table ronde 2020
571 p.

Roman

                            

 Après Etés anglais, premier volume de cette saga (voir recension sur ce blog) voici donc la suite de cette histoire de famille anglaise au moment de l'entrée en guerre de l'Angleterre en 1939.

On retrouve avec plaisir sa vie quotidienne vue le plus souvent à hauteur d'enfant. Des enfants sensibles, perspicaces confrontés aux soucis des grandes personnes et à leurs propres états d'âmes entre enfance et adolescence.

Protégés de la guerre par leur isolement à la campagne et comme l'écrit Clary dans son journal, « il ne se passe jamais rien à la maison », le lecteur s'ennuie un peu aussi parfois en suivant les activités quotidiennes détaillées avec minutie mais non sans charme.

Cette exploration au cœur d'une famille est cependant conduite par l'auteur avec grande maîtrise et finesse et nous touche. Le troisième tome « Confusion » est attendu pour mars 2021.
Nul doute que les lecteurs n'abandonneront pas en route la famille Cazalet.

 Extrait

« J'ai pleuré après le coup de téléphone de papa. Je ne voulais pas l'écrire dans mon journal , mais c'est la vérité, alors je l'ai noté. Il me manque tellement, et le fait d'entendre sa voix puis de ne plus l'entendre, est presque insupportable... Il fait très chaud, et on a l'impression que des avions nous survolent en permanence. Je sais que c'est une semaine extraordinaire mais je ne vois pas ce que je pourrais en dire. On continue à prendre le petit déjeuner, à déjeuner, à dîner, et l'après-midi on a quartier libre (ah, ah). Ils ne sont jamais à court d'idées de choses ennuyeuses à nous faire faire... Mon Dieu, qu'est-ce que je déteste le tricot! Poll aime bien çà, alors forcément , elle est meilleure que moi (p.208-209)

 DG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 09 Octobre 2020

Dieu, un détour inutile ?

 Dieu, un détour inutile ?
 Entretiens

Louis-Marie CHAUVET

Ed. du Cerf, 2020
328 p.

                                       

Le P. Louis-Marie Chauvet est professeur émérite à l'Institut catholique de Paris. Dans ce livre, il a choisi de dialoguer avec deux paroissiens, Dominique Saint-Macary et Pierre Sinizergues.

Ce livre fait un beau tour d'horizon sur la foi chrétienne, ses fondements , ses rites, ses interprétations erronées mais aussi toujours à affiner ou actualiser. Cette conversation très pédagogique sous forme de questions-réponses a le mérite de s'appuyer sur la riche expérience de l'auteur (c'est du solide), sur une vue la plus actuelle possible et aussi de s'adresser en particulier à des catholiques qui ont ces dernières années déserté leurs églises.

Mais dans ce panorama qui nous est tracé, ce qui frappe c'est malgré tout la complexité de cette construction que l'homme, même de "bonne foi" , a fait de Dieu et de l'Esprit-Saint. Cela s'explique du fait de sa part de mystère , ce qui permet toutes les hypothèses. Dans ce sens, Jésus , Marie, les apôtres sont bien plus accessibles.

L'auteur s'efforce vraiment d'être audible sans tomber dans la vulgarisation et donc induit un certain niveau de lecture sûrement nécessaire pour être explicite. Les interviewers poussent aussi le P. Chauvet dans ses retranchements. Malgré cela, le discours peut devenir inaccessible pour les non-initiés ; ce n'est donc pas vraiment un livre "tous publics". Le but visé en entrée sera-t-il atteint ? Est-ce que ces catholiques qui sont passés en périphérie seront conquis et (re)convertis par cette lecture ? Ce n'est pas sûr...

Les chapitres sur les sacrements  en particulier, sont remarquables. On ne peut guère, me semble-t-il, aller plus loin dans des explications et éclairages les plus « raisonnables » possibles sur ce sujet. C'est une des grandes qualités de ce livre écrit avec grande conviction. Un atout certain pour que le message passe.

Dieu n'est pas un détour inutile dans nos vies. L'homme y aspire et à chacun son chemin. Le Notre Père et les Béatitudes comme pain pour la route.

 

Tentons un résumé du chapitre sur le Saint-Esprit. (ch.10)

- Quelle place occupe le Saint-Esprit dans ce Dieu de relation ?

Le Saint-Esprit est ce qu'il y a de plus libre, comme « le vent qui souffle où il veut » (du grec : pneuma) ; c'est aussi ce qu'il y a de plus institutionnel, donc de plus contraignant... L'Esprit-Saint fait cette institution qu'est l'Eglise et en même temps la bouscule.

Il est l'acteur majeur dans les sacrements : ordination, baptême, eucharistie...

La symbolique de l'Esprit-Saint est cosmologique :

    • Tout ce qui est de l'ordre du vent ( de tempête ou murmure) ou du souffle, souffle qui permet à l'humain de respirer, donc de vivre.

    • Il y a aussi l'espace entre ciel et terre. Il met une certaine distance dans le rapport à Dieu.

    • La symbolique du feu, celle bien connue de la Pentecôte

    • La symbolique de l'eau (voir st Jean 8)

    • Celle de la colombe (Noé, baptême de Jésus)

Leur point commun est de ne pas être maîtrisable ; on ne peut se les approprier. Et cela nous dit un peu de ce qu'est Dieu. Il est trois fois « Saint ». Il est le « Tout Autre ».

- Qu'est-ce qui conduit à dire que l'Esprit-Saint est Dieu ?

En grec, le mot Esprit-Saint est un neutre et non un masculin. Ce qui pourrait permettre de dire que l'Esprit n'est pas quelqu'un, mais quelque chose . Egal au Père et au Fils, il « trône avec ».

« Il a parlé par les prophètes ». Selon le dogme de l'Eglise, l'Esprit est le principe d'inspiration de l'Ecriture comme Parole de Dieu. Il s'y trouve donc partout présent mais bien plus insaisissable et bien moins mentionné que Dieu le Père et Jésus-Christ, le Fils. La Bible en parle peu mais il est le principe qui fait parler de manière ajustée sur Dieu et à Dieu (dans la prière).

On ne prie pas l'Esprit-Saint comme on prie Dieu. La tradition de l'Eglise, c'est de prier dans l'Esprit-Saint.

« Qu'est-ce qui légitime mon ministère auprès de vous ? » interrogeait saint Paul. « Cette lettre que je vous adresse, est écrite non pas avec de l'encre mais avec l'Esprit du Dieu vivant... »

La crédibilité de la foi chrétienne est d'ailleurs de plus en plus dépendante de témoignages de vie.

- Qu'en est-il du rôle de l'Esprit dans les rapports entre les hommes ?

L'Esprit de Pentecôte est celui qui, à l'inverse de Babel, réalise une unité entre les représentants de « toutes les nations qui sont réunies sous le ciel », mais de manière opposée à l'uniformité de Babel.
Tous entendent la même parole de Dieu mais il s'agit d'une communion différenciée : chacun entend cette Parole dans sa propre langue.

Au niveau d'une paroisse, il y a là un programme bien concret : réaliser la communion avec des personnes de culture et de tempérament différents et vivre cela comme participation au projet de Dieu pour le monde entier.

L'Esprit-Saint , une personne ?

Pour dire que Père, Fils et Esprit ne sont pas de simples fonctions différentes d'une même essence divine, mais ont une personnalité propre, on n'a rien trouvé de mieux, dans les premiers siècles , que d'employer le terme latin de persona... qui désigne le masque de théâtre ou si l'on veut le « personnage » de théâtre dans son individualité singulière. Et dans ce sens, on peut dire que l'Esprit-Saint est une personne. Il n'a rien d'évaporé comme pourraient le laisser penser certains groupes chrétiens type New Age. Au contraire, cet Esprit qui fait l'Eglise jusque dans sa dimension la plus institutionnelle, nous remet bien les pieds sur terre.

DG

Mise à jour : Vendredi 9 Octobre 2020, 14:56
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Mardi 06 Octobre 2020

Les Caves du Potala

 Les Caves du Potala

Dai SIJIE

Ed. Gallimard, 2020
186 p.
      

Dai SIJIE, romancier et cinéaste vit en France et en Chine.
Nous avions beaucoup aimé son dernier roman « L'Evangile selon Yong Sheng » (voir recension sur ce blog).

On retrouve dans « Les Caves du Potala » la mise en valeur des pauvres de la société chinoise  ainsi que l'oppression qu'ils subissent de la part des autorités, leurs vies de dur labeur, leur intégrité, leurs croyances. 

L'histoire se passe en 1968, au Tibet, au palais du Potala, ancienne demeure du dalaï-lama. Le héros du roman, Bstan Pa, très âgé, y est emprisonné par de jeunes gardes rouges fanatisés, aux ordres de Mao Zédong. La faute de Bstan Pas est d'avoir donné sa vie à la peinture sacrée. Son talent était dès l'enfance exceptionnel et il fut remarqué par un maître qui l'initia à cet art tibétain et l'aida à progresser jusqu'à approcher les hautes autorités religieuses. Un crime contre-révolutionnaire qui justifie selon l'état chinois, l'emprisonnement du peintre dans les caves du palais.

A la mort du treizième dalai-lama et inspiré par un dessin qu'il avait réalisé, Bstan Pa partit même à la recherche près de Lhassa, de  l'enfant dans lequel il s'était réincarné pour le ramener au monastère.

Enfermé, menacé de tortures, Bstan Pa se replie sur ses souvenirs, la vie à Pékin , celle des lamas, sur un univers de beauté, de finesse que sont les œuvres d'art qu'il a peintes, évoquant souvent la vie quotidienne, la nature, les grands événements religieux. Il évoque un monde d'une grande spiritualité que l'auteur retrace avec une minutie et une profondeur qui nous informent sur cet art mal connu qui saisit tout l'être du peintre dont on admire la grande sensibilité.

D'où le choc qu'on ressent lors de quelques passages qui jalonnent l'histoire, où entrent en scène les gardes-rouges dont leur chef « le Loup », cherche avec une violence inouïe dans les mots et les gestes, à faire avouer par le vieux peintre des crimes odieux qu'il n'a évidemment pas commis.

Le contraste en est d'autant plus fort entre le monde du vieux tibétain , monde méditatif, tout en beauté et la vulgarité sans foi ni loi des révolutionnaires.

La fin de l'histoire est terrible mais s'achève comme un conte où le beau l'emporte sur le mal.

- 15 pages de notes, en fin de volume, donnent des informations fort intéressantes sur les lieux cités, les noms propres, certains évènements ... On les lit évidemment avec grand intérêt.

DG

           Extraits

- Durant leur séjour à Pékin, Bstan Pa avait réalisé une aquarelle où on distinguait, au milieu d'une brume délicate, un parasol jaunâtre, sous lequel se tenait un personnage peint en touches ocre-vermillon. Il était comme suspendu au-dessus des montagnes qui s'échelonnaient en un subtil dégradé, du gris le plus évanescent au noir le plus pur, que le ruban sinueux de la Grande Muraille escaladait de crête en crête à l'infini. (p.64)

- Bstan Pa fit un mélange de gomme et de pigment pour obtenir une couleur légère et translucide, qu'il appliqua sur le toit de la maison...Il décida d'en faire une maison typiquement tibétaine en y ajoutant des drapeaux de prières de couleurs vives flottant au vent. (p.136)

 

Mise à jour : Mardi 6 Octobre 2020, 18:11
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Vendredi 25 Septembre 2020

Résurrection 1917 - 2017

 RESURRECTION . 1917-2017

Lilya TOURKINA, Charles XELOT

Editions du Cerf, 2017
200 p.

 

 

                                            

Voici un ouvrage remarquable par ses textes, ses photos, sa mise en page. Une lecture choc sur cent ans d'histoire de l'Eglise russe de son anéantissement en 1917 à sa restauration à partir de la fin de l'URSS.

En effet, dès le lendemain de la révolution d'octobre1917, les différents gouvernements russes ont pour objectif l'anéantissement des communautés chrétiennes, de leurs églises, leurs monastères, de leurs évêques et prêtres ainsi que de tous ceux qui les suivent.

Des photos en noir et blanc tirées d'archives évoquent ces années terribles, de superbes photos couleurs de Charles Xelot mettent en valeur la richesse de la Russie orthodoxe d'aujourd'hui, relevée de ses cendres.

C'est l'âme d'un peuple de chrétiens, sa foi, ses souffrances, son martyre, sa spiritualité qui nous est donnée à contempler.

A travers différents monastères où ils sont allés en visite, les auteurs de ce livre évoquent les grands religieux connus ou méconnus qui ont marqué l'histoire du pays. L'enquête ne s'est pas révélée toujours facile et l'accueil fut parfois réticent. Toutes les plaies ne sont pas cicatrisées. A d'autres endroits, le photographe fut « accueilli à bras ouverts » ayant ainsi « la chance d'accéder à des lieux fermés et de rentrer dans l'intimité des sœurs et des frères, qui font vivre ces lieux emplis de force. »

Les photographies sont superbes et parfois terribles, des phrases mises en valeur sont percutantes : ce livre est une plongée dans la foi d'un peuple martyrisé et vainqueur qui a « ressurgi miraculeusement de la nuit de l'engloutissement et de l'oubli. » (p.17)

DG

Extraits

  • « Parvenir à la déchristianisation totale du pays : tel est le but de notre Union des Athées militants . » Emilien Iaroslavski , 1926 (p.31)

  • « C'était le jour de Pâques. Petit à petit les hymnes ont commencé à monter, passant des unes aux autres d'entre nous. Les matons se déchaînèrent et la punition fut terrible. Mais nous nous en moquions. Toutes, nous avions chanté la Résurrection. » -Olga Polikanova, 1934 (p.50)

 - Laure de la Trinité-Saint-Serge (p.130)

 « S'il faut retenir un monastère, c'est celui-là. Il est le symbole de l'identité politique de la Russie, de sa résistance à l'adversité et de sa vocation à la puissance, mais qui ne valent que par son enracinement religieux. C'est là où, en 1380, le Grand Prince Dimitri de Don fut béni par Serge de Radonège... C'est là où Serge initia le mouvement de mission monastique qui allait donner 400 fondations en 150 ans. C'est là où, en 1410, André Roublev peignit l'Hospitalité d'Abraham comme une figure de Dieu trois en un. C'est là dans la cathédrale de la Sainte-Trinité, que reposent les reliques de saint Serge vénérées par des foules incessantes de génération en génération, avant, pendant et après le mausolée de Lénine.... Les soviétiques saccagent le lieu en 1919, le transforment en musée en 1920, mais le rouvrent partiellement sous haute surveillance, en 1946... Aujourd'hui la laure compte 300 moines et son Académie est le premier des instituts de théologie en Russie. » (Lilya Tourkina, p.130)

                                     
                            Icône de la Trinité – Andréï Roublev (15°s.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour : Vendredi 25 Septembre 2020, 23:57
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