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Mardi 13 Juillet 2021

Le Chemin des anges - Ma traversée d'Israël à pied

 Le Chemin des anges
 Ma traversée d'Israël à pied

  Linda BORTOLETTO

Petite biblio Payot voyageurs , 2021
270 p.

                      

Le Shvil ou Sentier national israélien a été inauguré en 1994. Sur le modèle des grands chemins de randonnées, d'une longueur de 1100 kilomètres, il traverse Israël du nord au sud, de la frontière du Liban jusqu'à la mer Rouge.

C'est un chemin soigneusement balisé, jalonné d'étapes possibles , « chemin des anges » en référence aux habitants qui accueillent et hébergent gratuitement les marcheurs.

Linda Bortoletto, conférencière, écrivain, l'a entièrement parcouru, seule, pendant deux mois. Elle n'en est pas à son premier voyage. Depuis dix ans , elle a exploré la Sibérie, l'Alaska, l'Himalaya, les Andes.

Elle a fait ce choix d'Israël sur une sorte d'appel intérieur irrésistible qu'elle avait du mal à définir.

Avec elle, le lecteur ne fera pas vraiment une promenade touristique. Les lieux qu'elle traverse sont souvent isolés, peu fréquentés. Elle va surtout appréhender ce pays par la nature, l'énergie que dégage cette terre et à travers le désert qui sera, pour elle, une vraie révélation. Au-delà des rencontres quotidiennes du soir, c'est aussi un voyage intérieur, des remises en question sur le sens de sa vie et sur sa foi en Dieu.

On retiendra un épisode fort savoureux de son passage à Jérusalem, tout de même incontournable, et qui décrit bien notamment la complexité des lieux du Saint-Sépulcre qu'elle quittera plutôt perplexe. C'est aussi son approche de la Mer Morte, de la vie dans un kibboutz , son parcours dans le désert où elle nous partage ses impressions qui ne sont pas banales.

Sans nul doute, ce voyage en Israël l'a bousculée, transformée. Peut-être le lecteur en sera-t-il un peu touché lui aussi et aura envie d'emprunter le « chemin des anges ». ? La fin du livre donne quelques précieux conseils pratiques pour s'y aventurer.

DG

Extrait

 Au mont Thabor (p.88-89)

«  Un calme soudain me recouvre, m'enveloppe d'une infinie douceur. Je me détache du bruit des pèlerins qui piétinent dans la nef, des écrans de leurs smartphones, des chuchotements de leur guide. Je me détache de mon aversion envers les églises, l'Eglise, la religion, les cadres qui la restreignent et la contraignent. Je me détache du rugueux scepticisme où m'entraîne la valse des interprétations de faits mille fois rapportés. Je me détache de tout, le certain comme l'incertain. Je cède à une énergie, un appel soudain à l'intimité. Je tombe dans les bras de l'église. Je m'agenouille. Je prie Dieu. »

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Vendredi 09 Juillet 2021

Marie des Ecritures

 MARIE DES ECRITURES

  Yves-Marie BLANCHARD
  Ed. Salvator, 2021
  157 p.

                       

L'importance que nous attachons à Marie, mère de Jésus, est-elle proportionnelle aux informations que les Ecritures nous donnent d'elle ? L'auteur en fait dans ce livre l'inventaire : évocation (?) dans l'Ancien Testament, faits cités dans le Nouveau Testament, la Femme de l'Apocalypse , sa présence dans les textes apocryphes et même dans le Coran. C'est finalement assez peu. Comment s'explique l'importance de la dévotion à Marie, ses innombrables représentations dans les œuvres d'art ?
Le livre de Yves-Marie Blanchard résume de façon claire l'essentiel des données sûres concernant Marie. C'est une bonne approche. De nombreux autres livres, notamment cités dans la bibliographie, sont là pour complèter notre information et donner à Marie toute l'ampleur qu'elle mérite.

Si discrète soit-elle, Marie occupe une place fondamentale dans le Nouveau Testament et prend de l'importance par la grâce inouïe qu'elle a reçue de Dieu et par son « oui » qu'elle a donné en réponse. Mère de Dieu, femme humble et attentive, elle seule réunit aussi intensément dans sa vie le lien entre la terre et le Ciel. Elle est le modèle parfait de notre humanité tout comme elle est mère de l'Eglise. Au moment de sa mort en effet, Jésus a confié Marie à Jean faisant de lui son fils adoptif. L'Eglise est une famille dans laquelle nous sommes tous frères. Comme le disait avec passion saint Bernard de Clairvaux, nous pouvons confier nos vies à Marie ; elle est, après le Christ, notre plus sûre médiatrice auprès de Dieu.

Les recherches actuelles ont conduit aussi à mieux retrouver la dimension juive de Marie et son enracinement dans le peuple d'Israël.

L'auteur, en scrutant les Ecritures, donne sa juste place à Marie et justifie sans peine le culte marial à travers les siècles.

Pour celui qui cherche Dieu, Jésus a rappelé qu'il fallait passer par lui. Et pour aller à Jésus, le chemin le plus accessible n'est-il pas celui que trace la Vierge Marie ? Les moines ne s'y sont pas trompés chantant chaque soir, avant la nuit, la prière du « Salve Regina ».

«  Salut, reine, mère de la miséricorde, vie, douceur, espérance des hommes... »

DG

Extraits

  •   La première mention d'un point de vue chronologique de la Vierge Marie dans le Nouveau Testament est à la fois d'une extrême discrétion et d'une immense richesse théologique. Il s'agit du texte de Paul dans la lettre aux Galates probablement écrite à Ephèse vers la fin d'un long séjour dans la grande cité asiate ( années 54-57) .

    «  Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils,né d'une femme, né sous la Loi, afin de racheter ceux [qui étaient] sous la Loi, de sorte que nous recevions la filiation [adoptive]. (p.17-18)

  • L'insistance sur la judaité de Jésus et de sa mère invite à ne pas disqualifier à priori les fidèles de la première Alliance, même si la pointe du discours vise la condition nouvelle offerte aux croyants issus du monde païen. (p.20)

  • Qu'il soit ou non le seul enfant de Marie, Jésus n'a sans doute pas vécu en « enfant unique » comme l'on dit aujourd'hui et comme se plaît à l'imaginer une certaine piété populaire. Bien au contraire, les Evangiles soulignent un enracinement familial au sens large, n'hésitant pas à suggérer au passage la difficulté des relations au sein de la famille, comme il arrive normalement à tout personnage sortant de l'ordinaire. (p.28)

  • D'un point de vue biographique [le récit de Matthieu] impute la responsabilité de la conception [de Jésus] à Dieu lui-même, sous la figure de l'Esprit-Saint, sans pour autant imaginer quoique ce soit du « comment » de cet engendrement singulier. » (p.42)

  • Socialement reconnue comme l'épouse de Joseph, Marie est bel et bien mère d'un enfant venu de Dieu et destiné à servir le projet de Dieu, à savoir le salut du peuple libéré de ses péchés. Plus encore que celui d''Emmanuel, le nom de Jésus suffit à dire le statut unique de l'enfant né de Marie. C'est bien à ce titre que le personnage de la Vierge Marie se tient au cœur de la foi chrétienne confessant Jésus Fils de Dieu Sauveur. (p.43)

 

 

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Jeudi 01 Juillet 2021

Histoire du livre et de l'édition

 HISTOIRE DU LIVRE ET DE L'EDITION
 Yann SORDET

  Ed. Albin Michel, 2021

  798 p.

                                                   

Yann SORDET est conservateur général des bibliothèques, directeur de la Bibliothèque Mazarine et rédacteur en chef de la revue Histoire et civilisation du livre.


Les documents sur l'histoire du livre sont innombrables mais celui-ci qui vient d'être publié va très certainement devenir une référence sur le sujet : un auteur particulièrement qualifié, 798 pages d'une étude exhaustive de l'histoire générale du livre, de l'invention de l'écriture à la révolution numérique.

Sans doute faut-il avoir à-priori un certain goût pour les livres pour oser aborder cette somme à la fois très claire (la table des matières détaillée le prouve) et extrêmement documentée. Mais l'auteur a l'art de relier les étapes fondamentales aux petits détails et précisions qui rendent cette analyse particulièrement signifiante.

Les interactions entre les différents acteurs du secteur (copistes, éditeurs, auteurs, graveurs, lecteurs, imprimeurs, bibliothécaires) sont abordées et particulièrement intéressantes.

Lourd entre les mains, on pourrait peiner un peu devant ce texte qu'on ne peut se permettre de survoler. En effet, on se prend vite au jeu de cette aventure du livre et de l'édition, car c'en est une, qui justifie bien qu'on ait reconnu aujourd'hui le caractère essentiel des livres et des libraires.

Dans une première partie, l'auteur relate l'histoire du livre manuscrit : naissance de l'écriture, les supports (papyrus, parchemin, papier) , l'évolution des écritures, en quoi le développement du monachisme (20 pages sur le manuscrit médiéval) puis des universités ont créé de nouveaux besoins.

La deuxième partie est dans une suite logique : l'invention de l'imprimé : Gutenberg, les nouvelles techniques, les contraintes et opportunités marchandes notamment, le livre et le pouvoir soulevant la question de la censure. Un chapitre intéressant développe ce qu'est ce nouvel outil qu'est l'objet livre mis en page, illustré , coloré, relié.

La troisième partie fait entrer le livre dans l'Histoire en en soulignant les enjeux et les pouvoirs à la Renaissance, la Réforme, la période humaniste à travers pamphlets, lettres, ouvrages scientifiques ainsi que l'édition musicale et même la danse.

En quatrième partie, s'amorce la librairie de l'âge classique avec la naissance de la presse, de l'image populaire, des dictionnaires et bibliothèques.

En cinquième et sixième partie, avec la Révolution, le livre connaît de nouvelles tensions économiques et techniques. L'auteur aborde ensuite la dynamique des inventions avec la mécanisation croissante, la photographie, la liberté de la presse, les livres de voyages, le prix du livre...

La septième et dernière partie : avec les temps modernes, c'est l'évolution des techniques et de l'information, le temps de l'informatisation des procédés et d'une nouvelle politique du livre.

Avec l'époque contemporaine, sont évoqués les nouveaux acteurs, la situation des librairies, livres de poche et livres jeunesse, et bien sûr le numérique et l'édition.

Ce bref panorama souligne toute la richesse de cette étude qui, malgré son angle très spécialisé, nous touche cependant de près et même au quotidien ( journaux, liberté de la presse, librairies...)

Quelques pages en couleur bienvenues illustrent aussi ce livre remarquable.


4° de couverture -
Histoire du livre et de l'édition de l'invention de l'écriture à la révolution numérique, l'ambitieuse synthèse de Yann Sordet, richement documentée et illustrée, retrace les grandes étapes et révolutions de l'histoire du livre, à travers sa production, son économie, sa circulation et sa régulation, mais aussi ses usages, formes et mutations majeures - expansion du codex au début de l'ère chrétienne, mise au point de la typographie en Europe au XVe siècle, invention des périodiques au début du XVIIe , engagement de la librairie dans la société de consommation et mondialisation du marché de l'édition depuis le XIXe , dématérialisation des procédés au XXe siècle... Cette vaste enquête embrasse ainsi l'ensemble de la production écrite, quelles que soient sa vocation - pédagogie, savoirs, combat, culte, information - et ses formes - succès de librairie parfois planétaires, almanachs, publications éphémères et imprimés du quotidien -, tout en interrogeant une ambiguïté fondatrice : à la fois objet manufacturé et produit marchand, le livre est aussi un bien symbolique, une oeuvre à la valeur identitaire forte. Elle porte enfin une grande attention à la diversité des acteurs de cette histoire générale du livre et de l'édition - auteurs, législateurs, copistes, artistes enlumineurs ou graveurs, imprimeurs-libraires puis éditeurs, mais aussi lecteurs, collectionneurs, bibliothécaires - et à leurs interactions.


Extraits d'un interview de l'auteur ( 2021) -
site Librairie Mollat

La plus ancienne écriture est l'écriture cunéiforme. Les nécessités marchandes ont obligé au développement de l'écriture (d'abord des jetons en argile avec signes). Il y a même eu des doutes sur la légitimité de l'écriture d'où différents procès de l'écriture (déjà évoqués par Platon ) car elle présente un risque. Va-t-elle diminuer le travail de mémoire ? Est-ce un bien que le livre puisse être consulté par tous publics ?

Les étapes de l'édition.

3 étapes.

1- Dans les grandes ville d'Europe occid.entale, au 12-13°s : naissance des premières universités .Besoin de livres (pédagogie, sciences). Apparition de nouveaux métiers : le scriptorium assurait autrefois la production de manuscrits. Les libraires apparaissent pour répondre à ces besoins qui produisent les livres, les corrigent, les illustrent, les vendent.

2/ Apparition de l'imprimerie à Mayence (caractères mobiles) au 14°s.  De nouvelles compétences techniques sont nécessaires (caractères métalliques  avecGutenberg) compétences financières (J. Schutz) et compétences artistiques de la forme de la lettre avec Peter Schoeffer (15°s.)

3/ Fin du 18°s-début 19° – Invention de l'éditeur au sens moderne du terme  et commercialisation du livre . Début des chaînes de fabrication. L'éditeur va miser sur l'offre plutôt que sur la demande. C'est une sorte de pari.

Le support est important  en vue de la meilleure conservation du livre. Aujourd'hui : dématérialisation du support. On compose un livre en mobilisant différents supports. Mais le parchemin continuera d'être employé après l'invention de l'imprimerie qui utilise aussi le papier. (les livres liturgiques mélangeaient papier et impression sur parchemins ornés)

Les procès- Au début du 15°s., on critique le papier qui est trop fragile. Les actes royaux continuent d'être imprimés sur support de parchemin pour préserver leur conservation.

La censure

- A postériori : elle interdit certains textes et les fait détruire. Phénomènes récurrents dès le 13°s. (interdiction de certains textes d'Aristote) –

- A priori : autorisation préalable exigée pour tous livres imprimés. La période de la Réforme conduit à des contrôles stricts pour éviter certaines diffusions. Le pouvoir royal seul donne l'autorisation jusqu'en 1789 (abolition de la censure) . Napoléon a un peu rétabli cette censure.

Aujourd'hui, la question se pose encore de la légitimité de certaines publications.

Depuis les années 60, la troisième révolution du livre, c'est le livre de poche.

La mise sur le marché actuelle de livres entièrement dématérialisés n'a pas beaucoup perturbé la diffusion du livre papier. Guère plus de 8 à 10% de l'ensemble de l'édition, en particulier très peu dans certains secteurs comme celui des livres d'art.

DG

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Mardi 08 Juin 2021

Vivre avec nos morts

 VIVRE AVEC NOS MORTS
 Petit traité de consolation

 Delphine HORVILLEUR

 Ed. Grasset, 2021
 222 p.

 

                               

Delphine Horvilleur, née le 8 novembre 1974 à Nancy, est une femme rabbin française appartenant à l'organisation juive libérale Judaïsme en mouvement issue du Mouvement juif libéral de France et de l'Union libérale israélite de France, écrivain et philosophe.
 


Voici un livre fort qui mérite vraiment d'être lu par un large public qui n'y sera sûrement pas insensible...

Dans cet ouvrage, Delphine Horvilleur témoigne de moments d'accompagnement lors des funérailles qu'elle est amenée à célébrer en tant que rabbin.

C'est un livre attachant, sensible, émaillé d'humour juif où la vie et Azraël, l'ange de la mort, se côtoient , se croisent, se combattent. Des mots où les vivants, les survivants sont invités à s'émerveiller face à la vie, sans pour autant cacher leurs larmes quand le deuil les atteint.

C'est l'évocation, y compris dans sa propre famille, du silence des survivants d'Auschwitz. Comment dire l'indicible ?

C'est aussi le témoignage d'une femme rabbin (il n'y a que trois femmes rabbins en France) confronté à la souffrance des personnes malades et des familles qui posent cette question existentielle cruciale : « Pourquoi suis- je ? ». En effet, l'auteur évoque la vie de cette jeune femme qui a tout pour elle et qu'une tumeur terrasse peu à peu. La vie a-t-elle un sens ?

L'auteur ne craint pas d'exprimer son ignorance sur l'au-delà ni de prendre Dieu à parti. Nous aurons des comptes à lui rendre mais Lui aussi en aura ! Dans la tradition juive, « de nombreux textes et récits convoquent cette audace et vont jusqu'à engager la responsabilité divine dans ses manquements face à une humanité... pour non assistance à peuple en danger »(p.100)

Tout le livre reflète une grande compassion de la femme Delphine Horvilleur face aux personnes rencontrées, tout en soulignant la nécessaire mise à distance du rabbin qu'elle est aussi dont la mission est d'évoquer notamment l'histoire du défunt (kaddish) , de réconforter et d'ouvrir à l'espérance. Une espérance qui ne repose pas, comme chez les chrétiens, sur la résurrection du Christ, mais sur la transmission qui se fait de générations en générations et garde ainsi de cette façon, tout homme vivant à jamais.

A partir de la p.165, l'auteur nous fait passer à un autre niveau en faisant entrer Moïse qui mena son peuple mais ne connut pas l'entrée dans la Terre promise. L'histoire fratricide de Caïn et Abel racontée par Delphine Horvilleur nous en offre aussi un éclairage fort intéressant. Puis sont évoqués le sionisme, la douleur du conflit israélo-palestinien, la mort d'Isaac Rabin qui l'a bouleversée et enfin sa visite familiale au cimetière de Westhoffen en Alsace , profané en 2019.

Un beau livre qui, malgré les tragédies qu'il évoque, communique la grande sensibilité de l'auteur mais aussi sa joie de vivre et son aspiration à la paix.
Puissions-nous, comme elle, avoir un cœur largement ouvert et à l'écoute de l'autre, si différent soit-il, et mesurer tout ce que nous devons à nos ancêtres.

DG

Extraits

  • L'identité juive repose sur une vacance. Tout d'abord parce qu'elle n'est pas prosélyte et ne cherche pas à convaincre l'autre qu'elle détient l'unique vérité.... [Le judaïsme] préserve un espace libre pour une autre conception que la mienne, et donc une transcendance infinie : celle de la définition qu'en donnera un autre. ( p.29)

Lors de leur passage auprès d' une tombe, les juifs y déposent souvent une petite pierre.

  • Poser un caillou sur une tombe, c'est déclarer à celui ou celle qui y repose que l'on s'inscrit dans son héritage, que l'on se place dans l'enchaînement des générations qui prolongent son histoire. La pierre dit la filiation, réelle ou fictive, mais toujours véritable. (p.38)

     

  • Accompagner les endeuillés, non pas pour leur apprendre quelque chose qu'ils ne savaient déjà, mais pour leur traduire ce qu'ils vous ont dit, afin qu'ils puissent l'entendre à leur tour. (p.80)

     

  • Le kaddish n'est pas la prière des morts, contrairement à ce qu'en pensent certains. C'est une liturgie qui ne parle ni de disparition ni de deuil, mais qui glorifie Dieu, chante ses louanges et énumère sous la forme d'une longue litanie tous les aspects de Sa grandeur. (p.93)

     

  • Par la bouche du rabbin, et par son corps aussi, sa voix, sa façon de se tenir debout et de chanter une liturgie ancestrale qui l'a précédé et lui survivra, l'officiant demande à l'endeuillé de croire en un avenir. Le rabbin doit savoir, pour représenter la résilience, ne pas être celui qui pleure, et permettre aux effondrés de croire en la possibilité de se relever. (p.135)

     

  • Face à la mort, l'héroïsme n'est pas de cesser d'appréhender la fin, mais de toujours nous soucier, même du fond de notre terreur, de ce qui, à notre mort, survivra. (p.175)

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Jeudi 03 Juin 2021

Histoire du christianisme

HISTOIRE DU CHRISTIANISME 
Alain CORBIN

Ed. du Seuil 2007 – Poche Histoire
468 p.
                                 

Les livres traitant de l'histoire du christianisme sont nombreux. Celui qu'a coordonné Alain Corbin a l'avantage de la clarté et sur un sujet d'une telle envergure, permet une lecture aisée et toujours intéressante.

A travers 80 articles et grâce à 65 contributeurs , cette histoire du christianisme des origines à nos jours évoque les événements importants, clairement datés et intitulés au début de chaque chapitre, nous permettant au fil des pages de les relier les uns aux autres. Un chapitre, de temps à autre, s'arrête sur une grande figure : Jésus bien sûr, les Pères de l'Eglise, saint Benoît, saint Bernard de Clairvaux, Saint François, Luther, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus... illustrant de façon vivante la vie de chrétiens en leur temps.

Les derniers chapitres soulignent des prises de position importantes de l'Eglise comme les missions, la limitation des naissances, la particularité du protestantisme en Amérique du Nord , l'oecuménisme.

Ce parcours reprécise nos connaissances en ce domaine parfois succintes ou incomplètes, nous permettra peut-être de mieux accueillir des cultures différentes et de mieux comprendre le monde contemporain.

C'est aussi une base indispensable pour apprécier en touriste éclairé et à leur juste valeur certains lieux, églises, œuvres d'art.

Un bon livre pour les vacances qui approchent.

DG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 11 Mai 2021

Et l'homme créa les dieux

 ET L'HOMME CREA LES DIEUX

d'après l'essai de Pascal BOYER

Joseph BEHE

Editions Futuropolis, 2021
360 p.

BANDE  DESSINEE

 

                               

 

Nous avons là, sans conteste, un livre monumental et remarquable : par sa taille format BD mais surtout par son contenu et son graphisme.

Pascal Boyer est un anthropologue américain d'origine française, directeur de recherches au CNRS et, depuis 2000, professeur à l'Université de Washington. Son essai « Et l'homme créa les dieux »* ont fait de lui l'une des grandes figures internationales de l'anthropologie de la religion

                                                           

Pourquoi existe-t-il des religions dans le monde ? Ont-elles une origine commune ? Pourquoi les gens sont-ils croyants ? Quels sont les mécanismes de notre cerveau qui peuvent expliquer l'adhésion à une morale, à la foi ? Pourquoi le fanatisme ? Ce sont quelques-unes, parmi beaucoup d'autres, des interrogations fondamentales voire cruciales soulevées par Pascal BOYER.

Vingt ans plus tard, le sujet est plus que jamais d'actualité et pour en rendre les réponses plus accessibles, le dessinateur Joseph Béhé entreprend de le « traduire » en bandes dessinées d'un haut niveau de qualité.

 

Joseph Béhé, de son vrai nom Joseph Griesmar, né le 19 février 1962 en Alsace, est diplômé de l'École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Professeur de bande dessinée titulaire à la Haute École des Arts du Rhin depuis 1997. 

On est frappé de la limpidité des dessins et de ce qu'ils expriment, éclairant un texte parfois ardu.

L'ensemble cherche à faciliter au maximum la lecture : dessins explicites, bulles de texte bien disposées et à la calligraphie variée. Un fil conducteur qui met en scène un groupe d'amis de différentes confessions, réunis pour une soirée de discussion, allège les propos et pose des questions qui pourraient être les nôtres.

 

Cette BD devient un bel outil pour entrer dans des réflexions et abstractions complexes. On la lit avec plaisir et intérêt, on admire le dessin bien vu et souvent plein d'humour, mais on peine aussi un peu, il faut le reconnaître, à suivre certains discours à vocabulaire spécialisé en sciences cognitives, anthropologie, biologie...

Le livre répond-il aux questions posées ? Il démontre plutôt bien le pourquoi de l'existence des dieux et le titre de l'ouvrage nous met d'ailleurs sur cette piste d'une création nécessaire des dieux par l'homme, principal sujet traité. La question de l'existence d'un dieu créateur reste posée...

 

DG

 

* Et l'homme créa les dieux : Comment expliquer la religionRobert Laffont2001

Mise à jour : Mercredi 12 Mai 2021, 11:20
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Samedi 01 Mai 2021

Le Cloître des ombres

 LE CLOÎTRE DES OMBRES
 suivi du Livre des révélations de Richalm de Schöntal

Jean-Claude SCHMITT

Ed. Gallimard 2021

Bibliothèque des Histoires
480 p.

                          ___________________________

                             

L'auteur Jean-Claude Schmitt analyse et donne une traduction de l'oeuvre de l'abbé cistercien Richalm de l'abbaye de Schöntal , "Le livre des révélations", écrit en latin, publié en 1219 à la mort de l'abbé et redécouvert récemment. Il n'a été republié qu'une seule fois en 1721 par le bibliothécaire de la célèbre abbaye bénédictine autrichienne de Melk.

 

Schöntal, c'est-à-dire la « belle vallée » est de la lignée de Morimont, l'une des quatre premières fondations cisterciennes . Vers l'an 1200, en Allemagne du sud.

Sous forme d'un dialogue entre l'abbé Richalm et un de ses moines nommé « N. » qui note tout ce qui est dit (comme le pratiquait saint Bernard pour ses sermons avec son secrétaire Geoffroy d'Auxerre) les deux hommes témoignent de ce que pouvaient être les croyances de la société médiévale européenne en particulier dans un lieu clos (bien plus qu'aujourd'hui) qu'est un monastère. On pourrait penser, qu'à l'ombre de la Règle de saint Benoît, la vie y est tranquille. Et pourtant ...

C'est un témoignage authentique, unique et assez stupéfiant. Ces moines en effet cohabitent jour et nuit avec les démons qui les terrifient, les influencent et entretiennent avec eux un combat presque d'égal à égal, à qui sera le plus fort. Le moine a pourtant une arme infaillible : le signe de croix. «  Il n'y a rien de plus efficace » !

Ils ne les voient pas, ou à peine, mais entendent les démons débattre entre eux des pièges qu'ils s'apprêtent à tendre. Ils s'emparent même du corps, parlent par la voix du moine, toussent, grognent, déplacent à leur guise main ou pied et font même se mouvoir les cadavres. Autant dire que leur puissance peut avoir un impact très fort dans la vie du moine et de la communauté. Jamais cependant, ils ne s'emparent de la personne entière. Richalm n'est jamais possédé et garde donc une certaine distance qui lui permet de témoigner.

Comme l'explique l'auteur qui analyse cette œuvre, on pourrait interpréter tout cela avec nos mots d'aujourd'hui : l'inconscient, le subconscient, maladie mentale ou voix intérieure.... Mais il faut resituer ces événements dans leur contexte culturel et social médiéval . Pour ces hommes confinés dans leur monastère, la présence d'esprits bienfaisants ( il y en a aussi heureusement) et malfaisants est absolument réelle. Avaient-ils une sensibilité plus aiguisée que nous ?

On peut s'inquiéter tout de même de l'état de santé, des obsessions, des fantasmes et de la vie spirituelle du moine Richalm et sans doute de toute la communauté. Mais gardons-nous de le juger car il s'agit de conceptions propres à une société très différente de la nôtre. Ce n'est qu'à partir du 17°s. qu'on s'est efforcé de faire reculer superstitions et croyances.

Le livre se compose de deux grandes parties :

     

    - Dans la première partie, Jean-Claude Schmitt précise le contexte historique, les lieux, le système hiérarchique, analyse en détail ces croyances et ce vécu. Il nous guide aussi dans ce monde étrange des bons et mauvais esprits où naviguent les moines qui s'éclairent aussi à la lumière de l'Evangile, souvent cité et dont ils s'arment pour porter un avis. Il nous rappelle aussi simultanément les us et coutumes de la vie monastique médiévale, les lieux, les rythmes, les prières, l'habit, le travail.

    « Le monde extérieur d'où les frères provenaient pourtant quand ils sont entrés dans l'ordre pour leur vie entière, leur est devenu vraiment étranger : les abords du monastère semblent se perdre dans une brume indistincte, les toponymes connus sont rares et les lieux habités sont à peine mentionnés. » (p.80)

    - Il s'agit d'une micro analyse d'un monastère abritant quelques dizaines d'individus (30 à 40) y compris les morts, qui restent bien présents parmi les vivants ( Richalm jouant le médium) et par-dessus tout une foule de bons esprits secourables et, bien plus nombreux encore, de démons agressifs, bavards et obsédants.... (p.13), les véritables héros de cette histoire. Satan, au sommet de la hiérarchie n'apparaît guère (4 occurrences contre 301 pour démons)

    Ces bons et mauvais esprits, à l'origine tous des anges, enseignait Grégoire le Grand, ont une longue histoire bien antérieure au christianisme, héritée des croyances pluriséculaires du Moyen-Orient ancien. C'est au Moyen-Age qu'apparaît la figure de l'ange gardien, n'étant reconnue officiellement qu'au 16°s. On peut noter aussi que « les moines ' blancs ' cisterciens, comme aussi les chartreux, s'identifient à la splendeur immaculée des cohortes célestes. » (p.166)

    - C'est avec une certaine ingénuité, que « Richalm à partir de son expérience singulière, attribue aux démons plus qu'à la perversité humaine les manquements des moines à la discipline . »(p.120) Les démons déforment leurs paroles, leurs voix, leurs démarches, leurs gestes, les poussent au sommeil, à la paresse ou à l'ivresse. « Ils sont partout, agissent en permanence, et tout bruit, tout son, tout mouvement leur est attribué, sauf preuve du contraire. (p.183). « Il faut savoir aussi que ce ne sont pas des démons quelconques qui assistent à la messe pour faire obstacle au prêtre, mais seulement les plus forts et les plus astucieux. » (p.184)

    «  Vous ne les voyez pas, ou à peine, mais vous les entendez débattre entre eux des pièges qu'ils s'apprêtent à vous tendre. Ils s'emparent de votre corps, vous font parler, tousser, grogner, vous gratter malgré vous, déplacent à leur guise votre main ou votre pied et font même se mouvoir les cadavres  »

    - La hiérarchie des démons est le double exact de celle des moines ; leur modèle d'organisation n'est pas qu'ecclésiastique mais aussi militaire. Et ils sont soucieux de bien parler latin...

     L'auteur nous fait découvrir en détail « comment les hommes entrent en relation avec les esprits... en usant des cinq sens. » Il y a donc aussi « cinq armées de démons mobilisés, chacune affectée à un sens particulier. » Le moine cohabite avec des voix intérieures , des visions , des ombres si envahissantes qu'elles en deviennent réalité. Une façon de percevoir et voir au-delà des apparences.

    La place centrale du corps dans la culture chrétienne médiévale joue un rôle essentiel. Croire en l'existence des démons n'est pas un choix. Richalm affirme que les démons « adhèrent » totalement aux moines et en particulier à leur corps.

« Cette société monastique utopique qui voudrait s'assimiler à la compagnie des anges sous la conduite bienveillante des bons esprits familiers se découvre plombée par les corps et irrémédiablement livrée aux démons. » (p.272-273)

 

    Dans la seconde partie, alors que nous sommes bien informés grâce à l'analyse initiale, nous entrons avec grande curiosité dans le texte lui-même : « Le livre des révélations ».

    Nous y retrouvons « sur le vif » une succession de dialogues et de témoignages des aventures fantastiques et fort éprouvantes de moines et démons qui eux- mêmes n'échappent pas à l'angoisse de manquer leurs mauvais coups .

¤ «  Comme le moine laïc N. écoutait l'explication de la règle dans le chapître, je vis sur ses oreilles qu'un emplâtre avait été appliqué et composé pour en faire le tour : je compris que cela était un démon préposé à cet office et comptant parmi ceux qui bouchent les oreilles pour qu'on n'entende pas la parole de Dieu. » ( p.306)

¤ - Richalm : «  Certains [démons] sont toujours postés dans mon lit, ou plutôt dans chacun de nos lits, dans la chambre, dans chaque officine, et dans les espaces intermédiaires qui séparent les officines.

- N : Que font-ils à rester toujours dans votre lit, quand vous n'y êtes pas ? Que font-ils ?

- Richalm : Ils délibèrent entre eux et prennent conseil pour savoir que faire quand je viendrai. Personne ne peut savoir, personne ne peut croire à quel point ils sont assidus, comment ils s'appliquent toujours à chaque heure du jour, comme de nuit. » (p.311)

Ces « révélations », au fil des pages nous font sourire certes et la lecture en est plaisante et intéressante mais on perçoit bien aussi les drames personnels et communautaires qui se jouent derrière les hauts murs de l'abbaye de Schöntal.

L'abbaye de Schöntal est aujourd'hui un centre de formation du diocèse de Stuttgart-Rothenburg. Du monastère médiéval de Richalm, il ne reste rien.

DG

Mise à jour : Dimanche 2 Mai 2021, 10:26
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Mardi 20 Avril 2021

Le Pèlerinage des 88 temples

 Le Pèlerinage des 88 temples
 Sur les chemins sacrés du Japon

Ariane WILSON
Préface de Sylvain Tesson

Ed. Arthaud Poche, 2019
234 p.

                         

Sous la forme d'un récit de voyage retracé au jour le jour, voici un petit livre sympathique qui raconte le pèlerinage de deux femmes Ariane et Aude, sur 1400 kms en deux mois, à pied ou à vélo, suivant un itinéraire précis , celui d'un pèlerinage très populaire au Japon : celui de de Shikoku , sur les pas du fondateur du bouddhisme Shingon.

Avec pour seul toit, une grande bâche dépliée chaque soir et qui sera tamponnée d'une calligraphie du lieu du temple (soit 88 sceaux), sur le principe du carnet du pèlerin de saint Jacques de Compostelle.

On peut admirer le courage et la persévérance, en tous lieux et en tous temps, de ces deux pèlerines qui découvrent (et nous font découvrir) les croyances et les rites des populations rencontrées. Des portraits, des anecdotes, des réflexions personnelles ainsi que des observations historiques et sociologiques étoffent ce reportage.

Ce qui frappe en particulier c'est la générosité de ces japonais qui, en donnant gratuitement un repas, un peu de nourriture , de petits objets ou un message à déposer au temple, accueillent l'étranger de passage et participent ainsi à leur façon à ce pèlerinage en aidant les pèlerins.

DG

Extrait

- J'avance seule et jamais seule dans un silence habité. Des plaquettes de bois accrochées aux branches, des rubans noués aux troncs, des voeux en papier tourmentés par la brise, mille petites stèles agglutinées comme des écailles de foi : la forêt bruisse de signes tacites laissés par les pèlerins déjà passés à l'intention du pèlerin passant. ( p.177)

- La journée débute en prière au temple Ichinomiya ; quatre-vingt-troisième du pèlerinage. Le jeune prêtre et sa mère, le nez aquilin, les yeux doux, nous accueillent dans leur cuisine pour le petit déjeuner après la cérémonie du matin. «  Pourquoi récitez-vous les mantras en regardant le texte, alors que vous les connaissez sûrement par cœur ? » ai-je demandé au prêtre. «  Visualisez les caractères est aussi important que les prononcer, a-t-il répondu. La voix, le regard, le geste, tout le corps doit être impliqué dans leur récitation. » (p.198)

 

 

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Mercredi 07 Avril 2021

Sages, mystiques et maîtres spirituels

Sages, mystiques et maîtres spirituels

sous la direction de Frédéric LENOIR et Ysé TARDAN-MASQUELIER

Ed. Bayard, 2020
918 p.

                                   

Voilà un livre qui peut nous tenir compagnie de longs jours. Chapitre après chapitre, il nous fait découvrir en quelques pages des maîtres de vie nous en résumant leur histoire , les sources de leur inspiration et de quelles façons ils ont pu façonner l'aventure spirituelle de l'humanité.

C'est un parcours à travers l'histoire, les civilisations, la spiritualité antique, médiévale, de la renaissance et contemporaine qui peut trouver en nous des résonances multiples.

Entre autres, nous rencontrons, Homère, Confucius, Bouddha, Zarathushtra , Aristote, Jésus, saint Paul, saint Antoine, saint Augustin, saint Benoît, Mahomet, Bernard de Clairvaux, saint Thérèse d'Avila, Luther, Ignace de Loyola, Gandhi, Simone Weil... Nous serons éclairés sur le fondateur du yoga, sur l'hindouisme, sur les maîtres du hassidisme ou sur les béguines d'Anvers. On voudrait tous les citer... il y en a 150 ! C'est dire que le panorama est vaste.

C'est une lecture, pas toujours facile qui,  pour l'apprécier vraiment, se fait par petites touches grâce à une table des matières et un index très détaillés qui rendent bien des services. Chaque chapitre est de quelques pages peut-être un peu trop concentrées et parfois complexes, mais qui nous permet de faire le tour d'une personnalité en son temps.

Chaque chapitre est également complété par une bibliographie.

Un travail remarquable et un bel outil !

DG

Mise à jour : Jeudi 3 Juin 2021, 19:37
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Jeudi 25 Mars 2021

Habiter ensemble - Adalberto MAINARDI

Habiter ensemble. Le lieu monastique entre Orient et Occident

Adalberto MAINARDI, moine de Bose (Italie)

Collectanea Cisterciensia – Revue de spiritualité monastique

Tome 82 - 2020 - 4 - p.410 - 419

Tome 83 - 2021 - 1 - p.6 -14

        

 

Recension de l'article et réflexions personnelles pour une lecture utile à tous

 « Dieu fait habiter dans une maison ceux qui ont un objectif unique. » (Ps 68,7)

 Les moines ne sont pas des extraterrestres et le lieu monastique, comme tout lieu quelque soit sa particularité, habite le monde à l'intérieur de l'histoire humaine. On peut le caractériser par quatre moments essentiels, quatre verbes : habiter, travailler, veiller, accueillir.

 1- Habiter

La recherche d'un lieu isolé, non fréquenté, voire inhabitable, semble favorable à une nouvelle fondation monastique.On peut s'en étonner. En fait, ce contexte menait les moines d'Orient comme d'Occident à découvrir que ce non-habitable, ce lieu étranger habite déjà la profondeur de notre cœur. A l'extérieur de soi-même comme à l'intérieur, il va falloir découvrir, épurer et , question d'équilibre et d'unification de soi, il est nécessaire d'y oeuvrer à ces deux niveaux pour devenir vraiment soi-même. Les travaux d'irrigation, de défrichage, d'assainissement des marécages (Cîteaux, Clairvaux...) à l'époque médiévale sont la face matérielle d'un travail également intérieur.

On peut regarder dans nos rues les maisons individuelles, leurs jardins, leurs intérieurs et à partir de là imaginer un peu la vie intérieure des habitants...

Quelle image ma maison me renvoie-t-elle de moi-même ?

 But à très très long terme : retrouver l'intégrité de l'Eden. Dur labeur ! Redoutable face à face !

Où est l'ennemi ? A l'extérieur ou à l'intérieur ?

De même, chercher à s'unifier – sur le plan affectif, psychologique, spirituel – c'est aussi travailler à une unité plus large, à une communion avec tout et tous.

La sauvegarde de la Création dans notre « maison commune » qui est la Terre (Pape François) ne commence-t-elle pas au soin que nous prenons de notre environnement le plus proche ?

 Cependant, l'essentiel est ailleurs. Bienfaits inattendus du confinement ?

«  Ce que la solitude et le silence du désert apportent d'utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent, qui en ont fait l'expérience. » (Lettres des premiers chartreux)

L'affluence étonnante, par contraste avec les églises désertées, dans les hôtelleries monastiques pour y trouver silence et recueillement souligne l'aspiration de l'homme, dans sa vie agitée, à trouver une autre respiration, un autre rythme, un certain repos et peut-être à se trouver lui-même.

 Dans l'histoire du monachisme, sur le long terme, à travers crises et renaissances, se retrouve également un constant retour vers les origines, souvent vers la Tradition du monachisme orthodoxe et la quête de plus d'authenticité et de simplicité.

La recherche de stabilité en un lieu est importante pour assurer un enracinement dans la patience et la persévérance.

C'est bien l'une des grandes difficultés actuelles nuisant à un bon équilibre de vie : séparation des couples, enfants tiraillés entre père et mère, familles recomposées, déménagements, changement de travail... et insatisfaction permanente.

Comment dans de tels contextes se retrouver soi-même ?

 2 - Travailler

 « L'oisiveté est l'ennemie de l'âme. » (Règle de saint Benoît 48,1)

 Pour ne pas se perdre dans des idées parfois illusoires, le travail n'est pas seulement un gagne-pain mais une collaboration à l'oeuvre créatrice de Dieu. On revient à l'idée de sauvegarde de la Création, mais même si elle n'est pas directement en jeu, et quelque soit notre travail, y compris bénévole, celui-ci assure notre survie (situation critique des chômeurs), équilibre nos « cogitations ». C'est aussi une « occasion de partage concret et quotidien des biens » (Enzo Bianchi).

 Mais le temps de travail a ses limites, souligne A. Mainardi, auteur de cet article. Pour le moine en particulier, le temps est rythmé aussi par la prière, par la lecture méditée (lectio divina). [D'où] les réflexions sur le loisir créatif de la sociologie du travail dans l'ère post-moderne.

 Nous avons connaissance de familles qui ont su trouver un bel équilibre de vie, moyennant un revenu moindre mais suffisant, entre vie personnelle, familiale, travail, partage. C'est une réussite et un vrai bonheur pour tous. Et d'un grand bien éducatif et citoyen pour les enfants.

 3 – Veiller : Habiter le temps.

 Dans la règle de saint Benoît, la journée des moines est rythmée par la prière : «  Sept fois par jour, j'ai dit ta louange. » (Ps 118, 164)
Sans un engagement continu dans la prière et dans la lecture de l'Ecriture, il n'est pas possible de connaître véritablement Dieu (Anastase le Sinaïte).

Origène écrit : « Si tu ne viens pas chaque jour aux puits, si tu ne puises pas l'eau chaque jour, non seulement tu ne pourras pas donner à boire aux autres, mais tu souffriras aussi toi-même la soif de la parole de Dieu. « Celui qui a soif, qu'il vienne et qu'il boive » (Jn 7,37)

 Habiter le temps signifie se laisser habiter par l'attente, discerner dans le présent les semences de l'avenir. « Les justes posséderont la terre [la vie éternelle] et toujours l'habiteront .» (Ps 37,29)

 L'Orient, lieu de l'aurore, d'où provient la lumière du jour , figure du retour glorieux du Christ (Mt 24,27) trouve son incarnation dans l'espace orienté des églises.

Il est important d'avoir une vie orientée : tel un pèlerin, nous ne sommes que de passage sur la terre à la recherche de l'absolu et notre vie intérieure elle-même doit être orientée.

L'accueil de l'hôte, de l'étranger qui peut arriver à l'improviste, est essentiel car il peut être porteur d'un futur que nous ignorons encore.

L'étranger, porteur de bénédictions dans toute la tradition antique et biblique, s'est transformé en une obscure menace. Il peut nous déstabiliser, nous fragiliser dans nos certitudes.

 L'écoute de l'autre et le dialogue sont essentiels. Le mouvement oecuménique, longtemps braqué sur ses positions, fait aujourd'hui cet effort d'écoute de l'autre afin de mieux le connaître. Sans renier ce qu'il croit, chacun estime l'autre et y puise aussi des valeurs qui peuvent l'enrichir et l'aider à s'approcher de la Vérité. La démarche récente du pape François en Irak en est un beau témoignage.

 Quand nous voyageons « à l'étranger », dans un pays dont nous ne connaissons pas la langue, nous apprécions d'être accueillis, bienvenus. Comment accueillons-nous l'étranger, le migrant, le SDF ?

Nous sommes en quelque sorte aussi des étrangers sur la terre, car notre vraie patrie, c'est le Ciel, près de Dieu. C'est le chemin suivi radicalement par les moines à travers leur renoncement, leur détachement volontaire des biens de la terre en vue de vivre dès à présent au service de Dieu.

Souvenons-nous de ces pèlerins d'Emmaüs qui cheminaient aux cotés d'un étranger qui, assis à leur table et partageant leur pain, se révéla être Jésus ressuscité !

 Les Pères du désert fuyaient le monde mais l'histoire du monachisme montre d'extraordinaires occasions d'hospitalité et d'accueil réciproque des diverses traditions liturgiques et culturelles.

 En ces temps où l'Eglise est à l'épreuve, l'hospitalité monastique attire des personnes de tous bords.
Qui que tu sois, si tu n'en as pas encore fait l'expérience, n'hésite pas à goûter ces lieux particuliers riches de spiritualité et de paix.

De même, les nombreux pèlerins qui sillonnent les routes de pèlerinage manifestent bien que nous sommes des êtres en chemin. En recherche de quoi ? De qui ?


Selon une formule bien connue et très juste spirituellement, nous sommes appelés
à vivre le « déjà » [aujourd'hui] de la présence du Règne comme promesse, et le « pas encore » d'être des migrants vers la Jérusalem céleste. 

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Jeudi 18 Mars 2021

Simon appelé Pierre

 

Simon appelé Pierre

Sur les pas d'un homme à la suite de Dieu

Mauro-Giuseppe LEPORI

Editions du Cerf 2019
171 p.

Dom Mauro-Guiseppe LEPORI est moine cistercien

Simon/Pierre , homme/Dieu : c'est à travers ces dualités que l'auteur nous fait non seulement rencontrer Simon dans sa vie d'homme, mais aussi dans sa vie de disciple appelé par le Seigneur Jésus.

D'une façon lumineuse et simple, nous marchons aux côtés de Pierre dans sa découverte de ce Jésus qui va bouleverser sa vie. Et tout l'art de l'auteur, nous fait aussi nous reconnaître dans les interrogations et les faiblesses de Pierre. Avec lui, notre regard sur Jésus s'éclaire, est bouleversé, désarmé et définitivement conquis.

Et comme l'indique le sous-titre, nous (re)découvrons ce grand apôtre dans une belle proximité, ses qualités, son caractère, mais aussi comment il a vécu sa rencontre avec le Seigneur. Une rencontre que nous vivons avec lui, à la fois très concrète et inouïe.

Bien plus qu'une biographie, c'est une méditation très accessible sur nos vies.

DG

Extraits

- Non seulement les paroles de Jésus continuaient de vivre mystérieusement dans sa conscience, mais ce qu'il avait pu dire à Jésus acquerrait avec le temps un sens plus profond, un peu comme le vin qui ne bonifie en vieillissant.
« Mais sur ta parole... » Est-ce vraiment lui Simon, qui avait trouvé cette expression ? Elle était tellement juste ! Pendant tout le temps passé à suivre Jésus, combien de fois Pierre n'avait rien compris. Mais chaque fois, il pouvait se répéter à lui-même et à Jésus : « Mais sur ta parole », je continuerai... je m'efforcerai d'accepter et d'accomplir ce qui semble impossible. Et c'est vrai qu'alors tout allait mieux pour lui et pour les autres. (p.44)

- [Les disciples] savaient désormais qu'il était vraiment ressuscité : ils ne pouvaient plus nier l'évidence, mais personne ne savait prévoir ses manifestations. Lui seul décidait quand et comment il voulait se manifester. Il éduquait ainsi leur désir, leur attente mais aussi leur attention. Chaque pèlerin qu'ils rencontraient sur la route pouvait être lui. Chaque inconnu, chaque mendiant, pouvait sans prévenir, montrer le doux visage du Seigneur. Chaque instant, même le plus banal, pouvait devenir le moment de sa présence. Jésus apparaissait quand ils priaient, mais aussi quand ils travaillaient, ou bien encore quand ils étaient absorbés à expédier les tâches les plus banales de la vie quotidienne. (p.152)

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Lundi 01 Mars 2021

Pour l'amour de Dieu

 Pour l'amour de Dieu

  Anne SOUPA

  Ed . Albin Michel 2020
  224 p.

                         

Ce livre d'Anne Soupa  fait davantage que « bousculer son Eglise ». Il met en plein jour, mais elle n'est pas la première, la hiérarchie catholique face à sa mysogynie et son cléricalisme , face à ses imperfections et ses faiblesses. Anne Soupa revendique donc, pour sortir de ces ornières, qu'une femme, elle-même en l'occurence, prenne les rènes de l'archevéché de Lyon. Dans ce livre, elle justifie cette prise de position inédite.
Les paroles de l'auteur, même si elles sont justes, n'en sont pas moins violentes pour les lecteurs qui ont grandi tant bien que mal mais souvent avec bonheur dans le sein de cette Eglise imparfaite, comme nous le sommes tous. La foi d'aujourd'hui d'Anne Soupa est le fruit de cette Eglise. Comme un enfant se construit avec les qualités et défauts de ses parents. Un peu de reconnaissance aussi n'aurait pas nui.

Un beau fruit sans doute qui part en guerre pour rénover tout çà. Certainement, en ces temps difficiles, il faut avancer et c'est un vrai combat légitime et de longue haleine.

Pour être entendue, cette démarche mériterait un peu plus de compassion pour les prêtres et religieux intègres, et pour les papes aussi qui ne sont pas épargnés . Un état des lieux plus équitable et fraternel aurait équilibré les propos.

Le bilan que fait l'auteur est cependant parfaitement informé, d'une lecture facile mais présente peut-être la problématique homme-femme dans l'Eglise d'une façon excessive. Nous ne sommes pas dans la dynamique politique d'une parité impérative même si Jésus a bousculé lui aussi le peuple en choisissant comme amis et disciples des hommes et des femmes. Où est l'essentiel du message évangélique ? C'est la vie fraternelle, l 'amour de Dieu et des plus pauvres.

Cette mission est pour le chrétien d'une priorité bien plus grande et le Pape François ne ménage pas ses efforts dans ce sens-là.

Chacun est appelé à une place qui lui est propre et celle de l'évêque à laquelle aspire Anne Soupa a la même valeur  pour vivre sa foi que celle d'une catéchiste, d'un missionnaire, d'un diacre ou d'un simple visiteur de malades ou de prison.

Ce qui est sûr, c'est que ce livre met le doigt où cela fait mal . Cerner le mal engendre souvent l'espérance d'une guérison... On peut espérer que les pistes ouvertes par Anne Soupa en deuxième partie de son livre aident les chrétiens à avancer fraternellement... pour l'amour de Dieu.

 DG

 

Mise à jour : Mardi 2 Mars 2021, 10:31
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