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Lundi 19 Août 2019

Aux racines de la liberté

 Aux racines de la liberté
 Les paradoxes du christianisme

 Timothy RADCLIFFE

 Ed. du Cerf 2019
 197 p

                              

 Timothy Radcliffe est dominicain, ancien Maître de l’Ordre des Prêcheurs.

L’auteur pose d’emblée cette question : «  Quelle différence cela fait-il que nous chrétiens, croyons que tout amour est un partage au sein du vaste mystère de Dieu ? Est-ce que cela change la façon dont nous comprenons ce que signifie aimer ? » (p.10)

Le chrétien n’est cependant pas plus fort en amour que les autres, même s’il le devrait… L’amour nous ouvre à d’autres opinions que la nôtre et cela s’accorde à notre recherche de la vérité. Thomas d’Aquin disait « avoir appris autant de ceux avec qui il était en désaccord que de ceux dont il partageait les opinions. » (p.47). Mais on peut aussi se laisser pièger. « Aelred de Rievaulx mettait en garde les religieux contre « un amour qui, s’adressant à tous, n’atteint personne » (p.54)

 L’auteur conclut avec un humour sympathique qui jalonne son ouvrage : « La voix du bon berger nous tire hors de nos petits enclos pour nous mener dans les vastes pâturages de la vérité » (p.48)

 L’amour de Dieu est à la fois particulier et universel, il s’adresse à chacun et à tous. « L’amour est trinitaire. Il s’ouvre au-delà de la dualité, tout comme l’amour du Père et du Fils s’épanouit dans l’Esprit. » (p.17)

 Illustrant la suite de son propos à partir de la parabole de l’enfant prodigue, il soulève les questions que pose toute éducation : «  Comment exercer le pouvoir si l’on veut assurer la liberté de ceux à qui l’on commande et ne pas leur imposer de contraintes superflues ? «  (p.70)

 Evoquant aussi notre temps de crise : « Il est extraordinaire que tous les dimanches nous nous rassemblions à l’église non pas pour passer un bon moment à faire bombance, mais pour nous rappeler la pire crise de l’histoire chrétienne. C’est la preuve qu’on ne doit pas trembler quand vient la crise. » (p.75)

On ne peut aujourd’hui faire abstractions des graves soucis que connaît l’Eglise . Certains disent : « Au diable, l’Eglise. Moi je resterai fidèle au seul Jésus ! ». Pouvons-nous donc nous sentir chez nous dans l’Eglise ? Comment affronter et réaliser l’unité dans la diversité ? « Notre paradoxe est qu’il appartient à la nature même de l’Eglise de prêcher un message qu’elle ne parvient pas à vivre correctement. » (p.145) Il est clair que ce n’est pas facile à admettre.

On apprécie aussi dans ce livre, l’actualité du discours et les témoignages donnés. L’auteur aborde l’incontournable question de l’immigration au cœur du ministère du Pape François. Il fait bien sûr référence à « Abraham sur le seuil de sa tente » qui accueille trois étrangers…

Sont abordées assez brièvement aussi les questions de la liberté, de la prière, des diverses spiritualités pas toujours liées à une religion, des divorcés remariés, de la miséricorde.

 Ce livre, facile à lire, un peu touche à tout, écrit avec humour et sérieux à la fois, nous interpelle sur bien des questions de nos vies sans pour autant les dramatiser. Ce qui est sûr, c’est que le chrétien a besoin de redonner sens à sa vie sur de bonnes bases, dans la liberté mais aussi l’humilité.

D.G

 

                                                                                           

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Mercredi 17 Juillet 2019

Ellis Island

 Ellis Island

Georges PEREC

 Ed. P.O.L - format poche 2019
 78 p.

                        

 Un petit fascicule (78 p.) pour un grand sujet bouleversant . Au début du XIX°s. et durant un siècle, sur l’île d’Ellis Island ( l’île des larmes) aux portes de New-York :

 « Un formidable espoir secoue l’Europe : pour tous les peuples écrasés, opprimés, oppressés, asservis, massacrés, pour toutes les classes exploitées, affamées, ravagées par des épidémies, décimées par des années de disette et de famine, un terre promise se mit à exister : l’Amérique, une terre vierge ouverte à tous, une terre libre et généreuse où les damnés du vieux continent pourront devenir les pionniers d’un nouveau monde, les bâtisseurs d’une société sans injustice et sans préjugés » (p.13-14)

 Dans un style qui lui est bien particulier, Georges Perec évoque ici l’arrivée des migrants : Allemands, Arméniens, Grecs, Turcs, Italiens, Irlandais, Juifs… arrivaient par familles entières et par dizaines de millions sur cette île de transit et de contrôle avant une accession éventuelle en Amérique. Ce sont eux qui, en partie, vont constituer la nation américaine.

« Ellis Island ne sera rien d’autre qu’une usine à fabriquer des Américains. » Pour mieux s’intégrer, beaucoup modifieront leur nom.

Au début, l’entrée était facile mais au fil des années les conditions d’admission sont devenues plus strictes pour devenir quasiment une prison au moment de la Seconde Guerre mondiale.

L’auteur évoque les conditions d’accueil éprouvantes, les examens médicaux (la tuberculose entraînait le refoulement), les questions personnelles, les lettres à la craie sur l’épaule, le niveau culturel minimum nécessaire pour une intégration possible…

Puis l’auteur, en des listes impressionnantes, dénombre tous ces émigrants, les noms des bateaux, les lieux portuaires de départ, les langues multiples. Il retrace brièvement l’histoire de l’île avant l’arrivée de la première émigrante en 1892 et jusqu’en 1954.

 «  Entre temps

    près de seize millions

    d’hommes, de femmes et d’enfants

    passèrent par Ellis Island

    dont plus des trois quarts

    entre 1892 et 1914

   
    ces années-là

    il arrivait

    jusqu’à dix mille personnes par jour »  (p.39)

 Puis d’autres populations sud-américaines et asiatiques ont pris la relève, puis les visiteurs en une quête hypothétique de leurs familles et de leur histoire.

Avec un ami, Robert Bober, George Perec arpente les lieux et décrit en listes interminables les bâtiments, leur banalité et les questions qu’ils suscitent. Il y a un monde entre ce qui est donné à voir et la réalité des évènements.

Le lecteur est saisi par ces descriptions sobres , sans fioritures,  et mesure un peu en essayant de l’imaginer, ce que fut Ellis Island.

Et l’auteur, par cette expérience, rattache cela au fait d’être juif « et parce que juif victime, de ne devoir la vie qu’au hasard et à l’exil », et de n’avoir pu naître, pour cette raison, dans le pays de ses origines.

 C’est un livre à lire absolument, à offrir à des adolescents et à des adultes bien sûr. On croyait savoir mais on ne savait pas… Lecture facile et percutante. Extraordinaires langage et sensibilité de Georges Perec qui nous laissent le cœur serré.

L’actualité américaine de ces derniers jours (juillet 2019)  sur la question des immigrés qu’on « invite » à partir, en acquiert une portée plus considérable et inacceptable encore.

 DG

Mise à jour : Mercredi 17 Juillet 2019, 18:29
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Lundi 08 Juillet 2019

Le désert intérieur

 Le Désert intérieur

Marie-Madeleine DAVY

 Albin Michel – Spiritualités vivantes, 1985- réimpr.2017
 226 p.

                          

Quand Jésus disait que pour trouver Dieu, il fallait tout quitter, c’est précisément vers ce « désert intérieur » qu’il faut aller et que tente d’évoquer ce livre de M.M. Davy. Le désert géographique n’est qu’une image ou une approche de ce que peut être cet état intérieur fait de solitude, d’écoute et de rencontre avec soi-même et avec Dieu.

 « Seul, celui qui en a fait l’expérience peut en parler », disait saint Bruno. Et c’est avec prudence et pourtant précision que l’auteur nous aide à entrer dans une telle démarche malgré le poids de ce qui nous environne et qu’il est si difficile de lâcher. L’habitant du désert doit se résoudre à la solitude qui est un premier pas, à se laisser déposséder, à se taire pour écouter. « Le désert intérieur n'est pas un refuge et n'offre aucun abri : il invite aux métamorphoses »

C’est conduit par l’Esprit, à qui il s’abandonne, qu’il pourra entrer dans ce désert bien particulier et connaître ses merveilles.

 Il faut reconnaître que ce dont traite l’auteur n’est guère à la portée d’un débutant, non pas dans la lecture du texte en tant que tel, mais par rapport à l’expérience suggérée qui semble réservée aux grands mystiques.

Cependant, il est intéressant et important de savoir que ce désert intérieur est à notre portée humaine et que bien des croyants en ont fait l’expérience qui demande davantage de confiance en Dieu que d’intelligence.

La contemplation de Dieu est la prière à son sommet.

 Un index très détaillé des sujets traités conclut l’ouvrage et sera d’une aide certaine .

 DG

 Extraits

-          Aujourd’hui le salut de l’homme est en jeu, c’est-à-dire sa santé, son équilibre , sa mesure et sa démesure, son harmonie. Il est impossible d’envisager l’homme coupé de sa profondeur d’origine divine. Comment accepter que la condition humaine ne réponde pas à sa vocation essentielle ? (p.14)

-         L’homme traverse son propre désert pour découvrir son fond mystérieux dont la beauté le remplit d’allégresse. Il oublie les perturbations de son long et périlleux voyage pour ne retenir que la jubilation qui l’envahit dès qu’il découvre sa propre source. Il comprend que le désert n’est rien d’autre que le passage par la mort donnant accès à une nouvelle naissance. Le désert intériorisé est Genèse. (p.18)

-         Les moines d’Orient avec Antoine, les moines d’Occident avec Benoît ne méprisent pas la terre en tant que créature de Dieu ; il leur faut se mettre à part afin de parvenir à une parfaite unification impossible dans le siècle. Ensuite chartreux et cisterciens, ces grandes fondations médiévales toujours vivantes, répondront à ce besoin d’expérience intérieure qui anime certains hommes que le désert séduit, comme lieu d’expérience, d’amour, de reconnaissance et de repos en Dieu. (p.56)

-         Durant quarante années, YHWH [Yahvé] a soutenu ses fils par sa parole. Une parole qui fut entendue et vue : « Et ils virent la voix » (Ex 20,18). L’audition précède toujours la vision et cela tout au long de la Bible, comme en témoigne le psalmiste : «  Ecoute ma fille, et vois » (Ps 44,11) (p.104)

Mise à jour : Mardi 9 Juillet 2019, 10:43
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Vendredi 28 Juin 2019

John Bradburne - Une Vie

 John Bradburne - Une vie
 Didier RANCE
 Ed. Salvator, 2019 - 173 p.

                   
 
                                                       
Didier RANCE a été pendant près de trente ans au service des chrétiens persécutés au sein de l'Aide de l'Eglise en détresse (AED). Il s'intéresse beaucoup à la vie des saints et martyrs et ses publications en témoignent. Il vit à Nancy et il est diacre. Plutôt qu'une lecture critique et des extraits du livre comme habituellement sur ce blog, est proposé exceptionnellement ci-dessous un large résumé de la vie de John Bradburne d'après le livre "John Bradburne, une vie." Avec l'accord,  et certaines précisions de l'auteur, que je remercie.

John Randal Bradburne est né en 1921 en Angleterre d'un père ecclésiastique anglican et d'une mère originaire d'Inde. D'une fratrie de cinq, les enfants vivent librement à la campagne, John ayant une prédilection (qui lui restera) à grimper aux arbres. Sa petite enfance est heureuse. Mais en 1929, il entre comme interne dans une école qui se trouve à une centaine de kilomètres de chez lui; il est au désespoir. A 12 ans, il est devenu un "vrai sauvageon". Il se passionne pour la littérature, le théâtre, la musique, pratique le rugby mais sans briller particulièrement. Ce qu'il préfère c'est "s'installer au sommet d'un grand pin de trente mètres pour admirer la campagne alentour et la mer..." . John est plutôt indifférent à la foi chrétienne mais "cache une peur étrange et morbide de la mort". 

En 1939, à 18 ans, il est enrôlé pour partir à la guerre. John participe à de violents combats en Malaisie et Birmanie, puis embarque pour Bombay. Ses excentricités déconcertent ses amis. Atteint de paludisme, rapatrié sur Sumatra, il est entre la vie et la mort. Il a comme une vision d'un au-delà. Rétabli, "le désir de Dieu le travaille désormais, qui s'exprime d'abord dans l'admiration de la nature et le silence". Avec son ami catholique Dove, il discute de religion et se considère comme fermement anglican. John traverse une période orientale où il s'intéresse aux mantras répétitifs puis envisage une carrière ecclésiastique anglicane. En 1943, il intègre à nouveau les champs de bataille en Inde contre les Japonais. Dans un courrier à ses parents, John précise qu'il veut se donner à Dieu seul, qu'il ne lit que la Bible. Sur la guerre, pas un mot. Il la vit dans une sorte d'inconscience. En 1945, un navire le ramène en Europe...
La période de 1945-1962 est pour John celle d'un vagabond qui ne sait que chercher : Dieu ? le mariage ? un travail ? Avec l'aide de quelques amis et une visite à l'abbaye bénédictine de Buckfast, il cherche à mieux connaître la religion catholique mais s'alarme de contrarier sa famille. Maladroit, gaffeur, il conquiert son entourage par sa gentillesse et son humour.

En 1947, John est reçu dans l'Eglise catholique et fait sa première communion. Il espère que sa fin sur terre sera celle d'un martyr. Il se pose la question d'une vie monastique puis enseigne dans une école de garçons avec qui il a un bon contact. Il écrit des poèmes, découvre saint François d'Assise , accompagne son ami John Dove à Lourdes où il est très impressionné. Il fait un essai infructueux à la Chartreuse de Parkminster. Se sentant une vocation envers Israël, Il part vers Jérusalem via Rome. Il va découvrir Nazareth, Tibériade...Comme il l'écrira, il s'en remet à Dieu pour tout, ne se souciant guère du lendemain. Il fait de petits travaux de cueillette, de jardinage. On lui propose de rejoindre les Pères de Sion. Pour étudier, il doit rejoindre Louvain mais n'arrive pas à s'adapter et veut retourner en Terre Sainte. Il se rend à pied en Italie et s’y arrête.  En 1952, il arrive à Assise et met ses pas dans ceux de François, va à la messe et joue de la flûte pour gagner quelques lires. Sa bonté, sa simplicité, sa pauvreté étonnent. Il multiplie les petits travaux ici et là. Il vit une année entière dans la tribune d’orgue d’une Église et devient un dévot de la Vierge Marie. Il est heureux et conscient de ses faiblesses. Bien des gens voient déjà en lui un saint. En 1953, son père décède et John rentre en Angleterre, voudrait à nouveau être admis à l'abbaye de Buckfast mais son originalité laisse les moines sceptiques. John s'installe alors chez des amis dans une cabane au fond de leur jardin.  Puis dans un grenier et repart en mendiant. Il prie, il chante, cueille des fruits, marche en forêt. Il connaît aussi des périodes de grand désarroi. Il est incapable de se fixer et donne bien des soucis à ceux qui l'hébergent. En août 1962, il part pour l'Afrique où il rejoint son ami John Dove , missionnaire en Rhodésie  qui espère lui confier quelques services. Mais malgré une réelle bonne volonté, John n'a aucun sens pratique. Que faire de lui ?

Un franciscain, le père Gildea, l'emmène avec lui dans sa mission. Il a remarqué que " John a l'art de mettre toujours les autres à la première place, de distinguer ce qu'ils ont de meilleur et de le souligner." John se fait vite des amis parmi les Africains. La prière et la contemplation sont toujours premières pour lui tout en voulant se rendre utile au dispensaire, ce dont il n'est guère capable. Il a besoin de solitude. Et ce qui compte d'abord pour lui, ce sont les pauvres pour qui il est prêt à tout. Il commence à être connu des médias. Pour ne pas être envahi, il accueille une colonie d’abeilles dans sa chambre et cela éloigne les gêneurs ! Il repartira à Londres, puis à Jérusalem où il chante les Lamentations de Jérémie devant le Mur, à Rome, en Lybie et revient à Salisbury. Il a une grande dévotion à Marie.  Fin 1968, il apprend qu'il y a une colonie de lépreux dans le pays, à Mtemwa . Il en est très perturbé. Il s'y rend avec une amie et ce qu'ils y "découvrent est effroyable : des hommes et des femmes aux visages et aux membres que la maladie a déformés... la crasse...des plaies non soignées..." 
Pour John, c'est insoutenable et il veut rester là au milieu des lépreux. C'est un appel de Dieu très fort. On confie à John la responsabilité du centre, à l'exception des questions médicales. Sur ce lieu, tout est à faire y compris apprivoiser les lépreux habitués à être traités comme des animaux.John connaît, dans ses débuts à Mtemwa, une des périodes les plus heureuses de sa vie. Il est désormais les "yeux, les mains, les oreilles de ceux qui en manquent", écrit-il. Ses journées sont bien remplies à un rythme immuable où alternent les temps des offices et l'aide aux malades (repas, distribution de médicaments, soins, aménagements) . Toujours avec le sourire  et bonne humeur. Le dimanche, il anime le service dominical dans la nouvelle chapelle. Sa joie et son exubérance frappent ses visiteurs. Il est envisagé que  son action s'étende à toute la Rhodésie. "En fait, John a réalisé son rêve : être à la fois ermite et poète pour Dieu seul, et serviteur des plus pauvres des pauvres, la nuit dans la prière, le jour dans le Centre pour lépreux."

Il connaît aussi des oppositions et il est contraint, à la grande tristesse de ses amis lépreux, de quitter le Centre. Il s'installe sous tente au bord de l'eau et se remet à écrire des poèmes – des centaines, surtout religieux. Abandonnés à leur sort, l'état des lépreux se dégrade. John se sent impuissant et tombe dans une profonde dépression. Comment aider ses amis, jusqu'où aimer ses ennemis ?
En 1976, la guérilla aggrave les souffrances locales : malnutrition, menaces , assassinats, massacres de missionnaires. En 1977, John Dove revêt son ami de l'habit franciscain. John Bradburne rayonne de joie. Il peut aussi reprendre son travail au service des lépreux. Fin 1977, la guerre redouble. Les visites de quelques amis courageux cessent et John est plus seul que jamais. En 1978, il tombe malade; hospitalisé à Salisbury, il est entre la vie et la mort mais se rétablit à la surprise des médecins. Contre avis médical, il est de retour à Mtemwa. Son amie Luisa Guidotti, consacrée et médecin, qui vient toutes les semaines soigner les lépreux au Centre, est assassinée (son procès en béatification est aujourd'hui bien avancé).

Menacé, John ne se résoud pas à quitter Mtemwa. Il est cependant de plus en plus anxieux et demande aux lépreux de prier pour lui. Le dimanche 2 septembre 1979, John est enlevé par des mujibhas qui l'emmènent à pied à une dizaine de kilomètres. Il est épuisé et demande si c'est là qu'ils vont prier. On se moque de lui, on l'entrave dans une case vide. Le lendemain, les mujibhas l'emmènent dans une grotte. Sur le chemin, John tombe à genoux et prie. Le 4 septembre, le commandant de la zone « juge » John, le sachant pourtant inoffensif. Il décide de le relâcher mais lui demande de partir... en Chine, et donc d’abandonner les lépreux de Mtemwa. John refuse : c'est ici qu'on a besoin de lui. Son sort est scellé.  Il repart avec un groupe de paysans accompagné de deux jeunes guérilleros. L'un d'eux attire John à l'écart et "vide dans son dos le chargeur de sa kalachnikov". John s'effondre. Terrorisés, les paysans veulent cacher le corps, mais d'étranges manifestations lumineuses et un oiseau blanc qui plane dans le ciel les font fuir. Le Père David Gibbs de la mission d'All Souls va à la découverte du corps, le transporte jusqu'à Mtoko et célèbre une messe pour John. Le lendemain, le Rhodesia Herald publie un long article élogieux  sur "John Bradburne, missionnaire laïc, assassiné par les terroristes".

Le lundi 10 septembre 1979, à la cathédrale du Sacré-Coeur, Africains et Européens, archevêques, évêques, prêtres sont rassemblés pour les funérailles de John. Un évènement insolite (du sang qui coule du cercueil) oblige la réouverture du cercueil. Une soeur fait remarquer qu'on a oublié de revêtir John de son habit franciscain. Un habit de l'Ordre est apporté, on en revêt le corps et le cercueil est refermé. Un clin d'oeil de Dieu ?
Le 30 avril 2019, la Conférence épiscopale du Zimbabwe a décidé d'ouvrir la cause de béatification de John Bradburne.

                               

Après son John Bradburne, le Vagabond de Dieu (512 pages, Salvator, 2012), qui a obtenu le Grand Prix Catholique de Littérature en 2013, Didier Rance nous offre ici une Vie brève de cette figure inoubliable. 
                                                                                
D.G
 

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Mercredi 26 Juin 2019

Le Syndrome Tom Sawyer

 Le Syndrome Tom Sawyer

 Samuel ADRIAN

Ed.Equateur Littérature

234 p.

                           

 

Samuel Adrian, 20 ans, dont c’est le premier livre, n’est pas le premier à raconter son expérience d’un pèlerinage ou d’un voyage.  Mais dès le début de son récit, il séduit par sa voix jeune, désabusée, humble aussi par rapport à sa démarche. Son but : Jérusalem. Il part sans argent, avec dans son sac la Bible et le Gai savoir, au gré du vent et des rencontres qu’il ne recherche pas plus que cela. Ce qui lui fait du bien, c’est l’aventure au jour le jour, la solitude (et encore, elle lui fait peur),  l’émerveillement face à la nature. Plus qu’un récit de voyage, il s’agit plus d’un journal intime où il jette sur le papier (plutôt bien), au fil des chemins, ses états d’âme avec une certaine sobriété et décontraction, un œil aiguisé et un doute persistant qu’il espérait peut-être mettre au clair au cours de son périple qui n’a pas dû être tous les jours facile.

 Malheureusement, et c’est peut-être cela notre déception aussi,on constate qu’aucun lieu, aucune rencontre en particulier dans le domaine chrétien, ne l’apaisera. Il semble chercher Dieu, comme malgré lui (on ne renie pas facilement les acquis de l’enfance), mais Dieu lui semble partout absent. Ses interrogations et ses déceptions nous touchent et c’est finalement très sombre. Mais par les temps qui courent, ce n’est pas forcément surprenant.

 D.G

Extraits

-          Ce voyage n’est qu’une redite, je ne suis qu’un vagabond de plus… Sur le chemin de Jérusalem, les montagnes,  les forêts et les étoiles me disent en chœur : « Pauvre fou ! Vas-tu cesser de te croire unique ! Tu n’intéresses personne ! Tu n’es pas une exception ! Tu ne seras jamais qu’une fourmi parmi d’autres. Qu’une fourmi vive ou meurt, que nous importe ? Cesse de t’agiter en tous sens ! Tiens-toi tranquille petite fourmi ! Ta vie n’est qu’un instant dans l’éternité : elle ne compte pas. » Le voyage : une leçon d’insignifiance. (p.75)

-          En guise de musique, j’ai l’appel répété du coucou. En guise de boîte [de nuit], la voûte céleste. En guise de néons, les étoiles. En guise de danseuses, mes pensées. Je fais avec ce que j’ai, et je fais mieux. (p.156-157)

-          Monastère de Latroun … Je parle avec le père hôtelier. Il me dit qu’il a été « séduit par le Christ .» Combien de fois ne me suis-je pas senti « séduit » ? … Mais je ne me laisse pas séduire… Qu’est-ce qui me retient ? Un orgueil d’adolescent, un incurable scepticisme. Je ne peux me départir de cette impression que se convertir, c’est déclarer forfait. C’est ridicule, mais tout cela est normal à vingt-deux ans. Ça me passera. (p.191)

 

 

Mise à jour : Jeudi 27 Juin 2019, 23:16
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Mardi 18 Juin 2019

Le Livre de l'Apocalypse

 Le Livre de l’Apocalypse

 Régis BURNET

 Coll. Mon ABC de la Bible

Ed. du Cerf, 2019
160 p.

                            

 Régis Burnet, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, est professeur à l’université Catholique de Louvain.

 Le livre de l’Apocalypse, rédigé à la fin du 1er siècle, est un livre de la Bible fort mal connu, difficile d’accès tant des clés de lecture sont nécessaires pour comprendre un peu ces scènes d’ « apocalypse », ces visions mystérieuses et impressionnantes de son auteur virtuose nommé Jean qui n’est pas l’évangéliste mais sans doute un chrétien d’origine juive.  Faut-il croire à une fin du monde aussi catastrophique ? En fait, ce terme d’apocalypse signifie à l’origine « dévoiler, révèler, découvrir. »

Le travail de déchiffrage de Régis Burnet nous ouvre une vraie boîte à outils facile d’emploi pour apprécier à sa juste valeur ce texte biblique hors normes.

Au sommaire :

-         un résumé détaillé et la structure de l’Apocalypse

-         quel genre littéraire

-         en quoi ces paroles nous concernent

-         replacer le livre dans son contexte

-         que faire de la violence du livre ?

-         décoder les symboles à la lumière de l’Ancien Testament

-         une leçon de théologie trinitaire

-         les chrétiens, du martyre à la Jérusalem céleste

-         la réception de l’Apocalypse

-         des clefs pour comprendre notre culture

En annexe , intéressants lexique et chronologie et une bibliographie.

 Il faut resituer le Livre en son temps confronté aux « forces du mal dont l’Empire romain était l’incarnation ». Qui serait le plus fort : Dieu ou Rome ? Qui choisir ? Jean veut-il inquiéter les chrétiens ou les rassurer ?

Mais ce livre tissé de références à l’Ancien Testament, par les symboles qu’il utilise en particulier, est aussi un « magistral enseignement sur la Trinité … qui dit l’espérance chrétienne » et le rôle éminent du Christ.
Ce livre méconnu ne l'est cependant pas tant que cela. Car de nombreux passages ont été repris par les Arts plastiques, la littérature, la musique, le cinéma... (intéressant chapître 11 !) . Ce petit livre est une mine passionnante et très accessible.

 DG

Extraits.

 -         Largement inspiré du Livre de Daniel, l’Apocalypse se caractérise par trois éléments littéraires : 1° un cadre narratif qui met en scène un voyant et non plus un prophète ; 2° un déplacement soit réel soit en pensée au ciel ou aux enfers, qui prend parfois l’apparence d’une sorte de visite guidée ; 3° un dispositif interprétatif sous la forme de voix célestes ou d’un ange qui explicite ce que le voyant (et donc le lecteur) est en train de contempler. (p.15)

-         Le défi consiste à représenter l’irreprésentable : Dieu. Non seulement celui-ci excède par nature toute forme de description, mais en plus plane l’interdit de sa représentation. Aussi les auteurs ont-ils multiplié les « marqueurs de divinité » plus ou moins conventionnels : la lumière, les sons terribles (tonnerre, trompettes…), la grandeur des figures (buisson ardent, nuées, feu, anges…). (p.38-39)

 -         Décoder les symboles :

 ¤ Le Dragon (p.90) : Le dragon était généralement figuré comme un serpent (Ex 7,10). Dans l’Apocalypse, il possède les qualités d’un monstre mythique, qui personnifie les forces chaotiques qui devaient être contrôlées par Dieu (Job 7,12 ; 26,13). Les dragons étaient des créatures arrogantes et combatives, dont la venue pouvait signifier la guerre. Le Dragon est ici identifié au Serpent de la Genèse (Gn 3).

  ¤ Le Livre (p.96) : Depuis les visions prophétiques d’Ezéchiel et Jérémie, le livre symbolise le message de Dieu. « Lire le livre » = apprendre le message. « Manger le livre » = comprendre le message et le mettre en pratique (cf. Ez 3,1-3 ; Jr 15,16). « Ouvrir le livre » = révéler le message.

 Pour en savoir plus …. mais parfois non disponibles à l'état neuf.

       

  

Mise à jour : Samedi 13 Juillet 2019, 15:37
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Lundi 27 Mai 2019

Sept maladies spirituelles

 SEPT MALADIES SPIRITUELLES

Entrer dans le dynamisme des mouvements intérieurs

 Catherine AUBIN

Ed. Salvator- Novalis, 2019
154 p.

                              

 Dominicaine, Catherine Aubin enseigne la théologie à Rome et à Montréal. Elle anime de nombreuses retraites.

 « Cet ouvrage se veut un court traité de jardinage intérieur pour apprendre à soigner, tailler ou arracher les mauvaises herbes qui empêcheraient les bonnes graines de pousser et croître. » (Introduction , p.7)

 Serions-nous malades ?

« Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. » (Luc 5,21)

 Pour les Pères de l’Eglise, les maladies les plus graves sont celles qui détournent de Dieu l’être humain. Nous ne faisons pas toujours bon usage des dons que Dieu a mis en nous . Nous agissons de façon insensée, désordonnée volontairement ou involontairement et nous perdons le sens véritable de notre vie.

L’auteur va distinguer sept maladies spirituelles , les repérer dans leurs caractéristiques, leurs manifestations. Elle dégagera ensuite des pistes qui peuvent nous aider à solutionner nos dérives pour aboutir à « une paisible et joyeuse libération. »

Sept têtes de chapitres :

-         De l’orgueil à l’humilité. De l’arrogance à l’intelligence.

-         La gourmandise ou gloutonnerie.

-         L’avarice et le sens de la vie.

-         La luxure : débauche ? Volupté et négation de l’autre ?

-         La colère « sainte, »froide » ou « rouge ».

-         La tristesse et son ambivalence.

-         L’acédie : une langueur lourde, un dégoût ennuyeux.

 L’auteur, fait souvent référence à l’Evangile et aux Pères, tout en prenant des exemples concrets . « Elle nous invite à discerner pour explorer plus distinctement les mouvements de l’Esprit Saint au quotidien. Et à se remettre en route. » (4ième de couverture)

 Un sujet souvent traité mais dans une approche un peu différente . On peut trouver dans la démarche proposée  et les pistes vers des solutions, de quoi améliorer sa vie chrétienne.

 Extraits.

 - «  Il nous faut accepter ce que nous sommes pour être transformés, et c’est le Christ qui nous guérit… Se reconnaître malade, voir clair, c’est s’humilier devant le Seigneur grâce à l’Esprit-saint, et non devant son ego. » (p.24)

- «  Les Pères de l’Eglise insistent et expliquent que la finalité de l’aumône n’est pas uniquement l’aide apportée aux pauvres, mais consiste surtout dans la transformation spirituelle de celui qui donne. » (p.78)

- «  A la douceur, les Pères associent souvent la patience… La patience fournit à l’âme l’énergie qu’il lui faut pour lutter et faire les efforts nécessaires à son progrès spirituel, et apporte la paix et la stabilité. » ( p.114)

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Vendredi 12 Avril 2019

La naissance du christianisme

 La naissance du christianisme

 Comment tout a commencé

  Enrico NORELLI

    Folio Histoire, 2019
    438 p.             

                         

           

Nous avons déjà évoqué (et recensé sur ce site) le livre « Apôtres » de Tom Bissel.  Pour aborder ce sujet des premiers temps du christianisme, on peut mentionner encore deux ouvrages :

 -   Le livre « La Naissance du christianisme» de Enrico Norelli paru en édition de poche et qui étudie de façon claire et rigoureuse la naissance du christianisme et  « comment tout a commencé ». Malgré les aléas pour retracer une histoire datant de 2000 ans, on apprécie de dépasser les légendes pour s’inscrire plus exactement dans l’Histoire. Tout comme l’homme d’aujourd’hui s’est construit à partir de l’histoire de ses parents et même de ses lointains ancêtres ; ce dont on n’est pas toujours conscient.    

Sans pour autant faire tomber Jésus de son piédestal, ayant foi en sa qualité de Fils de Dieu, l’auteur souligne en fait la profonde incarnation du Christ et comment apôtres et disciples ont cherché à transmettre un message qui n’allait pas de soi. Si de nos jours, notre Eglise insiste tant sur l’importance de la mission de transmission du chrétien, c’est bien, comme elle le dit aussi, une question de survie. L’obéissance première aux commandements telle qu’elle était vécue par le peuple d’Israël a été dépassée par la grâce et l’amour de Dieu vécus au quotidien en particulier vers les plus pauvres. C’est le message essentiel du Christ, c’est la mission première de l’Eglise aujourd’hui : être des témoins du Christ ressuscité et de sa Bonne Nouvelle

Extrait.

L’auteur des Actes (ch. 2) fait le fameux récit de la scène de la Pentecôte… où l’esprit serait descendu sur les disciples réunis et aurait donné à Pierre la force de tenir un discours à la foule, qui comprenait des juifs venus des pays les plus divers, se faisant miraculeusement comprendre par tous. Il s’agit naturellement d’une invention symbolique, construite sur le modèle du don de la Loi sur le Sinaï… et inscrite dans la temporalité imaginée par Luc… [dont] la vocation universelle de l’Evangile est l’un de ses thèmes privilégiés et l’axe central du livre des Actes. (p.8


Dans une toute autre présentation, mais sur le même thème : 

Le Monde de la Bible – n°228 /2019

 Histoire-Art-Archéologie

 Jésus a-t-il fondé une nouvelle religion ?

                

 

La (toujours superbe) revue « Le Monde de la Bible » dans son numéro 228 du premier trimestre 2019, reprend le même chemin que le livre de Enrico Norelli  avec son thème «  Jésus a-t-il fondé une nouvelle religion ? » Les différents articles nous aident à un retour aux sources et nous confortent dans l’idée d’une étroite imbrication entre la vie de la société au premier siècle (et les siècles qui précèdent) et la vie de Jésus, Verbe de Dieu, mais s’insérant aussi dans une histoire qui n’est pas que la sienne. Mais Jésus le Galiléen est bien un juif de son temps. Est soulevée également la question de la condamnation de Jésus : sa mort sur la croix était-elle inéluctable ? Rejoignant nos deux livres précédemment cités, la revue s’interroge sur la fiabilité des témoignages des apôtres et disciples. Chaque auteur des évangiles ainsi que ceux des lettres de Paul (qui ne sont pas toutes de Paul !) va relire l’histoire à sa façon et en particulier en fonction de ses convictions et du public auquel il s’adresse. La première communauté chrétienne ne s’est pas construite en un jour mais plutôt au long des 1er et 2ième siècles.

 Daniel Marguerat exégète, théologien et historien suisse a contribué à la rédaction de cette revue . Il vient de publier également un livre « Vie et destin de Jésus de Nazareth » (Ed. du Seuil). On peut s’y référer avec confiance pour faire le point des connaissances actuelles sur la naissance du christianisme.                             
DG           

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Mercredi 03 Avril 2019

L'Evangile selon Yong Sheng

 L’Evangile selon Yong Sheng

 Dai SIJIE

 Gallimard, 2019
 438 p.                                                            
                        

 

Romancier et cinéaste, Dai Sijie vit en Chine.

 En Chine méridionale, au début du vingtième siècle. Yong Sheng, né en 1911,  est fils d’un menuisier-charpentier qui fabrique en particulier des sifflets pour colombes. Il est placé en pension chez un pasteur américain et va suivre l’enseignement de Mary, institutrice de l’école chrétienne. De là naît sa vocation à être le premier pasteur chinois de sa ville. Il fait des études de théologie à Nankin, connaît bien des péripéties liées au mode de vie et aux superstitions de son époque. En 1949, c’est l’avènement de la République populaire de Chine et en 1966, celle de Mao et de la Révolution culturelle. De part son métier et sa culture, Yong Sheng connaît alors les terribles tourments affligés aux intellectuels considérés comme des anti-révolutionnaires. D’estimé par la population, il devient son souffre-douleur. Il se soumet aux obligations avilissantes mais ne peut empêcher de laisser resurgir les paroles bibliques qui lui tiennent à cœur.

Nous suivons le parcours évangélique , les bonheurs et le chemin de croix de ce pasteur humble et courageux.

 Ce livre autobiographique, histoire du grand-père de l’auteur, est fort attachant, dans l’esprit chinois à la fois très concret mais aussi très poétique, traduit ici de façon admirable. Il nous fait traverser le vécu et le ressenti d’une population emprisonnée dans des doctrines inhumaines.

Une superbe écriture, un livre inoubliable.

 Extrait.

 Le bœuf qui gisait sur le côté, les quatre pattes repliées sous lui, n’avait même plus l’énergie de boire dans le seau… « Je vais lui réciter un passage de la Bible, [dit Yong Sheng] . Il se pencha vers l’oreille du bœuf agonisant et murmura : L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans des verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles. Ce fut un psaume que les pasteurs récitent pour les chrétiens à l’agonie, qui sortit spontanément entre les lèvres de Yong Sheng . C’est le miracle de la mémoire. Les mots coulaient sans la moindre hésitation, bien qu’il fût, depuis seize ans, interdit de pratiquer des cérémonies et d’assister des mourants. (p.308-309)

 DG

Mise à jour : Jeudi 4 Avril 2019, 19:50
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Lundi 25 Mars 2019

Apôtres

 APÔTRES
Sur les pas des Douze

 Tom BISSEL

Ed. Albin Michel 2018

539 p.

                                         

 Ce livre dresse une biographie presque exhaustive des douze apôtres, ce qui nous éclaire sur la vie des premiers amis du Christ dans leur contexte historique et géographique. Cependant, cet éclairage souligne les nombreuses incertitudes de nos connaissances sur ces premiers siècles et peut fragiliser certaines de nos convictions concernant les apôtres. Qui était « celui que Jésus aimait » ? Où est la tombe de Pierre ? Jacques, fils d’Alphée, Jacques frère de Jésus, Jacques frère de Jean ? Judas, un ami déçu ou la main de Satan ? Qui est qui ? Qui est où ? Que sait-on réellement de ces douze hommes qui ont partagé la vie de Jésus ?

 En plus de ces enquêtes livresques  menées par Tom Bissel, l’auteur nous emmène aussi sur le terrain, vraiment « sur les pas des Douze », de Jérusalem à Rome, de la Grèce à la Turquie… Ce qui rend la lecture plaisante et actualise la vie des Apôtres. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Que vénèrent les pèlerins ?
Le chapitre sur Pierre et la recherche à travers les siècles de son tombeau sous la basilique Saint-Pierre est particulièrement passionnant et savoureux. L'affaire n'est pas encore close...

Au fil des pages et de cette aventure intellectuelle, littéraire, spirituelle et personnelle, nous nous enrichissons de mille détails qui confrontent mythes et réalité. Cependant, en fin de lecture, on en garde une impression mitigée. Quel était l'exact projet de l'auteur ? Il semble finalement assez réjoui de ses découvertes qui n'en sont pas, de ses fausses pistes, de ses tombeaux et reliquaires vieillots qui gardent souvent fort peu de chose. Les légendes l'amusent et nous amusent, ce qui n'est pas un mal en soi, mais ne s'équilibrent pas avec, par exemple, une mise en valeur des pèlerinages où ce qui importe n'est pas tant de toucher le fragment d'os d'un pied de saint Thomas, que la démarche de foi . 

Ce livre est tout de même une bonne contribution à ces nombreux documents qui paraissent actuellement sur ce sujet. S'informer sur  les origines du christianisme est nécessaire pour notre foi.

 Extrait

 « Mathieu, « Marc », « Luc » et « Jean » n’étaient probablement pas des auteurs distincts écrivant à la lueur d’une bougie qui éclairait leurs souvenirs et les documents éparpillés autour d’eux. Selon toute vraisemblance, la rédaction des évangiles a été commissionnée par différentes communautés chrétiennes, dont les premières versions visaient à trouver des compromis… Comme peuvent l’attester les exégètes ayant étudié les plus anciennes versions qui nous soient parvenues, [les évangiles] comportent littéralement des milliers de corrections, d’interventions, de particularismes régionaux et d’erreurs de copistes. (p.40-41)

 

DG

Mise à jour : Lundi 25 Mars 2019, 18:07
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Mercredi 06 Mars 2019

De Mao à Jésus

 De Mao à Jésus
Itinéraire spirituel d'un ancien gauchiste

Pierre-Alban DELANNOY
Ed. Salvator, 2019
179 p.

                             
   
Pierre-Alban Delannoy fait partie de la jeunesse de mai 68. Alors qu'il a été élevé dans la foi catholique, il s'engage dans un mouvement très violent des  années 1970 : la Gauche Prolétarienne. Son but, avec d'autres : casser le monde pour le libérer.  Rien de moins.
C'est le début d'un parcours qui ne manque pas d'originalité, d'imprévus, de remises en cause et d'un goût bien particulier pour la radicalité. Il y a à la fois, dans cette vie-là, de nombreux bouleversements et une grande cohérence .

L'auteur nous en fait le récit avec précision (il a tenu un journal au fil des ans)  mais brièveté, mettant en valeur l'essentiel sans s'étendre sur les détails et élevant tout de suite la réflexion , soulignant ses motivations, l'idéologie qui le porte et ses conséquences. 
Il y a le temps de la révolution jusqu'à l'autodissolution du mouvement, puis l'enseignement auprès d'enfants difficiles. Passage ensuite presque naturel vers l'édition , la bande dessinée où le livre magistral d'Art Spiegelman "Maus" (qu'il faut lire absolument !) focalise toute l'attention de notre auteur. Il mène une enquête auprès des survivants de la shoah, écrit un livre d'analyse sur Maus, se sentant "proche du peuple meurtri". 
               
             
                
 
Il étudie le Talmud et "traverse le désert en compagnie de Moïse" (p.73). Un accident l'immobilise ensuite de longs mois à l'hôpital. Il pense à Job. Le hasard met sur sa route des condamnés à mort qu'il accompagne. L'un d'eux lui demande d'être son père adoptif : c'est une expérience forte, dérangeante :
"J'écris : Comment nomme-t-on celui qui produit un tel bouleversement ? On l'appellerait Dieu que çà ne m'étonnerait pas." (p.94)
Tel l'enfant prodigue, c'est enfin le chemin du retour. C'est le temps du Carême 2007 et la découverte " qu'il existe des hommes et des femmes, des laïcs, qui vivent du charisme cistercien sans être moines et moniales, sans vivre dans un monastère, dans un mode de vie spécifique, nouveau. Je suis stupéfait... J'y suis allé. J'y suis resté. " (p.104-105)
Aujourd'hui presque septuagénaire, il a suffisamment de recul pour relire sa vie et nous faire sentir qu'une vie se construit avec d'autres, mais dépend de nos adhésions ou non, d'un certain courage dans nos choix et d'accepter aussi parfois de se laisser bousculer, y compris par Dieu,  fort d'une certitude intérieure d'être à sa place à un certain moment. Ce sera en fait pour P.A. Delannoy une marche vers le Christ à travers guerres et déserts avec un don de soi qui ne se démentira jamais. Son univers actuel est celui d'un lieu cistercien, Clairvaux (Aube), où saint Bernard fonda sa célèbre abbaye, en 1115. Retiré dans une ancienne "grange" (ferme de frères convers en lien avec le monastère), avec d'autres laïcs cisterciens, dont la présence est permanente ou ponctuelle, P.A. Delannoy semble y avoir enfin trouvé sa terre, son paradis et la paix du coeur. Il n'en reste pas moins actif , "ora et labora" (prie et travaille) étant le mot d'ordre des cisterciens. Du petit livre rouge, il est passé à l'Evangile et à la Règle de saint Benoît.
                                                                                                             
                        

Ce n'est sûrement pas le bout de sa route. " Chaque jour, je commence"(P.A-M Carré) . Dans ce cas précis, la fondation d'une petite communauté de laïcs est certainement pleine d'imprévus, d'incertitudes mais aussi d'une joie partagée, en Jésus,  qui a "l'éclat du diamant". 

Extrait.

" L'Eglise que j'avais quitté à 18 ans, je l'ai retrouvée plus tard, beaucoup plus tard... le 10 juillet 2005... Ce qui  s'est passé en moi est difficile à décrire et pourtant ce fut un évènement extraordinairement clair, pas sensoriel mais sensuel, et d'une évidence immense... c'est quelque chose qui me lie, moi, de manière unique, singulière, d'une manière telle que je vais devoir répondre obligatoirement. [Lors de] cette visite de Dieu, s'il faut la nommer, je promets de tout prendre, c'est tout ou rien, de toute façon... Que faire après çà ? ... Quelque chose en moi s'est allumé, quelque chose d'inédit et d'impossible à comprendre. " (p.96-97)

DG

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Mercredi 30 Janvier 2019

L'assise et la présence

 L’assise et la présence
 La prière silencieuse dans la tradition chrétienne

 Jean-Marie GUEULLETTE

 Ed. Albin Michel, 2017
 219 p.

                                                  

 Le chrétien s’interroge souvent sur la prière : comment prier, quand et où prier ?  Y a-t-il des méthodes favorables : partir de textes bibliques, prière de demande ou de louange ?

Le livre de Jean-Marie Gueullette va nous en offrir une autre approche qui pourrait bien se révéler essentielle, d’une simplicité (peut-être apparente) encourageante . Ce qui l’amène à nous expliquer ce qu’est ce face à face avec Dieu . Pour cela, il s’appuye sur la tradition chrétienne et  sur les écrits et témoignages de ceux qui l'ont pratiquée tels que Maître Eckhart, Ignace de Loyola ou Henri le Saux.

Sans aucun doute, nous reviendrons souvent à la lecture de ce livre très convainquant, profond et simple à la fois. A lire vraiment en priorité, y compris par les contemplatifs qui, malgré leurs pratiques, peuvent se heurter à ce mystère de la relation à Dieu.

 Depuis les premiers siècles, la prière silencieuse permet, favorise une rencontre avec Dieu qui nous attend et est toujours présent à nos cotés.

Il ne s’agit pas de méditation, si prisée de nos jours. Ni de contemplation mais de « communion avec Dieu reconnu comme présent » à l’intérieur de soi. Il ne s’agit pas de parler à Dieu ou avec Dieu, mais de « se tenir en sa présence, dans le silence ».

« Le roi David entra et s’assit devant le Seigneur. » (2 Rois 7,18)

« Ce n’est pas la prière qui rend Dieu présent, mais l’homme qui se rend présent à Dieu. »

 L’assise, s’asseoir, permet au croyant de se rendre disponible. « C’est manifester physiquement que l’on a choisi de se donner à la prière sans rien faire d’autre. » Il n’y a pas une posture plus favorable, mais « vient en premier la justesse  de la posture » pour la personne qui prie et à ce moment-là. « Et que le souvenir de Jésus ne fasse qu’un avec ton souffle » (Jean Climaque – L’Echelle sainte). Même si notre volonté entre en jeu, elle n’est pas primordiale car l’union à Dieu ne peut être de notre fait mais bien de la grâce. Toutes nos méthodes et techniques ne sont que peu de chose.

Un mot pour se souvenir de Dieu. Comment fixer notre attention sur la présence d’un Dieu pourtant invisible ? L’objectif ne sera pas d’arrêter nos pensées, c’est impossible, mais de nous recentrer sans cesse sur la présence.

« Quand tu t’y mets, signe-toi de la croix, recueille tes pensées, souviens-toi, propose-toi et considère à qui tu adresses ta prière, et puis commence. » (Evagre le Pontique)

Jean Climaque invite à la sobriété : un seul mot, une courte phrase répétée dans la foi.

« Mon Dieu, viens à mon aide, hâte-toi de me secourir. » (Ps 69)

Cette pratique nous permet d’expérimenter combien une seule parole peut repousser d’autres pensées, simplifie un état d’esprit plus paisible, sans stress. Avec humilité , avoir conscience que le mystère de cette relation est bien au-delà de ce qui nous apparaît.

« Quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé ». (Actes 2,21)

On est très loin de la méditation bouddhiste qui cherche à faire le vide.

« Dans l’Orient chrétien, l’histoire de la prière monologique est très liée au développement du grand courant spirituel de l’hésychasme, qui va des pères du désert, au IVe siècle, jusqu’à son plein épanouissement au mont Athos au XIVe siècle. » (p.107)

 L’oraison de simple regard.

« Il s’agit avant tout de se tenir en présence de Dieu, de se rendre présent à la présence de Dieu. » Le dépouillement et l’abandon  sont au cœur de cette expérience où l’intelligence n’intervient pas .

« Je me réjouis de ce que Dieu est, puis je me repose là, toute autre joie me paraissant moins pure. » (Jean de Bernières)

Jean-Marie Gueullette fait ici une remarque non négligeable : « La prière silencieuse n’est pas accessible si le reste de la vie n’est pas marqué par la simplicité et le goût du silence » de même que «  la fréquentation  habituelle de l’Evangile est une nourriture indispensable pour cette prière.» (p.149) Les jésuites sont très attentifs à ce lien entre la prière et la vie.

 « Dieu est toujours prêt, mais nous sommes très peu prêts. Dieu nous est proche, mais nous sommes loin de lui. Dieu est dedans, mais nous sommes dehors. Dieu est chez lui, mais nous sommes étrangers. » (Maître Eckhart, cité p.182)

 «  Dieu est. Cela seul suffit. » (St François d’Assise)

 DG
 01.2019

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