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Samedi 04 Mai 2024

Règle de saint Benoît ch. 43-44-45-46-47

REGLE  DE  SAINT BENOÎT - Texte et commentaires

  
                   

La Règle a été conçue par saint Benoît pour des communautés monastiques. Mais que nous soyons religieux ou laïcs dans le monde cette Règle peut être pour nous une aide précieuse pour avancer dans l'esprit de  l'Evangile. Nous en proposons ici un commentaire un peu actualisé.

Les chapîtres précédents sont à chercher dans la rubrique "Archives"

RB 43. Ceux qui arrivent en retard à l’Œuvre de Dieu ou à la table

À l’heure de l’office divin, dès le signal entendu, on laissera là tout ce qu’on a en mains, et on accourra en toute hâte, avec gravité néanmoins, afin de ne pas alimenter la dissipation. Que rien donc ne soit préféré à l’Œuvre de Dieu....

                                          

 Impressionnant chapitre 43 d'une discipline extrême qui peut choquer. Il faut imaginer aussi, à l'époque de saint Benoît des communautés nombreuses où un certain nombre de règles sont nécessaires pour que les différentes activités (office, travail, repas, sommeil...) se vivent dans le calme et soient bien coordonnées. Les négligences ou dissipations de quelques-uns peuvent semer le désordre.
Comme à l'école, il suffit d'un perturbateur pour que toute la classe s'en ressente.

Saint Benoît insiste donc en détail ( voir texte complet) sur toutes les occasions de dysfonctionnement et les pénitences qu'elles impliquent. Il en va de l'harmonie de la communauté dont le but premier est « que rien ne soit préféré à l'Oeuvre de Dieu ».

Il peut nous arriver d'avoir des journées très « dissipées », incohérentes. Une certaine discipline est nécessaire pour que notre vie ne se dilue pas en futilités.

« Nos faiblesses nous offrent la possibilité de faire un pas en avant, de nous convertir...et de travailler efficacement au Règne de Dieu. » (p.472)

«  Autre domaine où nous avons à discipliner notre volonté : la tentation de vouloir trop en faire : pour d'excellents motifs parfois, mais qui ne sont pas entièrement purs de recherche de soi. Le critère : qu'est-ce que Dieu me demande à l'instant présent ? »* (p.473)

RB 44 . Ceux qui ont été excommuniés : comment ils doivent réparer

Celui qui, pour des fautes graves, aura été excommunié de l’oratoire et de la table se tiendra prosterné devant la porte de l’oratoire, à l’heure où l’on y célébrera l’Œuvre de Dieu. Il ne dira rien, se contentant de demeurer étendu, la face contre terre, aux pieds de tous ceux qui sortent de l’oratoire. Et il continuera de faire ainsi, jusqu’à ce que l’Abbé juge qu’il a satisfait. Alors, sur l’ordre de l’Abbé, il viendra se jeter à ses pieds et à ceux de tous les frères, afin qu’ils prient pour lui.

                         

« Excommunié » = retiré de la vie commune. C'est bien là la conséquence d'une faute car souvent elle pénalise d'autres personnes. Nos fautes peuvent déranger l'autre, le blesser, lui nuire. C'est en fait nous-mêmes qui, par notre attitude, nous mettons à part.  Rester « devant la porte de l'oratoire » concrétise cette coupure avec Dieu qu'est la faute.

Nos lenteurs, nos doutes, nos absences retardent l'avancée du Règne de Dieu et donc de tous. Nous devons en prendre conscience. C'est sur cela que saint Benoît insiste. Il ne punit pas, il aide le frère à s'amender et à grandir Ce n'est pas facile , devant tous, de reconnaître ses erreurs. Cela demande de l'humilité. Aimés de Dieu, nous ne sommes pas jugés mais pardonnés pour continuer à avancer en paix.

« Chaque instant peut être pour nous une sorte de recommencement absolu dans notre vie avec Dieu... La joie de Dieu, nous ne la connaissons que là, dans la découverte que nous sommes pardonnés. »* (p.481)

RB 45. Ceux qui se trompent à l’oratoire

Lorsque quelqu’un se trompe dans la récitation d’un psaume, d’un répons, d’une antienne ou d’une lecture, s’il ne s’en humilie pas sur place et devant tout le monde, en donnant satisfaction, il sera soumis à une correction plus sévère ; cela pour n’avoir pas voulu corriger par un acte d’humilité la faute qu’il a commise par sa négligence.
Les enfants, pour ces sortes de fautes, seront frappés de coups de bâton.

Comme dans les chapitres précédents, la Règle de saint Benoît ne tolère pas que le frère ne reconnaisse pas ses erreurs. L'erreur est souvent cause de négligence mais elle est excusable. Ce qui ne l'est pas c'est le manque d'humilité. Reconnaître ses fautes, et particulièrement devant les autres, n'est pas facile mais cela évite peut-être de se l'entendre dire en face ou le murmure des frères.

Se reconnaître pauvre, fragile est pourtant une façon d'avoir conscience de ce que nous sommes et si possible de nous améliorer, d'être davantage conforme à ce que Dieu attend de nous. Pour notre bonheur et celui de l'humanité. Si chacun y mettait un peu du sien, le monde serait plus beau.

«  Pour découvrir l'amour du Christ, pour avoir accès auprès de Dieu, il nous faut perdre la face à nos propres yeux. Se présenter à Dieu comme des pauvres. L'acquisition de cette pauvreté, qui est simplicité, humilité, se fait au jour le jour par l'expérience de nos limites, de nos faiblesses, et en même temps de la miséricorde divine. Réparer courageusement sans dépit, sans amertume ; ne pas se scandaliser des faiblesses des autres. Qu'on sente en tous un désir de mieux faire ; ne pas nous lasser d'avoir toujours à recommencer. Ne pas prendre prétexte de notre médiocrité pour cesser tout effort : cela, c'est de l'orgueil. Mais nous y remettre toujours, non pas, par une intention secrète, pour nous réhabiliter aux yeux des autres et à nos yeux, mais par amour pour Dieu, le regard fixé sur le Sauveur.* (p.483)

                                    
 

RB 46 - Ceux qui font des fautes en autre chose

Lorsque quelqu’un, dans un travail à la cuisine, au cellier, dans un atelier, à la boulangerie, au jardin, dans l’exercice d’un métier, en quelque lieu que ce soit, fait une faute, brise ou perd quelque chose, ou commet un délit quelconque, s’il ne vient pas aussitôt de lui-même en donner satisfaction et s’en accuser devant l’Abbé et la communauté, et qu’on vienne à le connaître par un autre, il sera soumis à une correction plus sévère.

Mais s’il s’agit d’un péché secret de l’âme, il s’en ouvrira seulement à l’Abbé ou aux anciens dotés d’esprit, qui savent guérir leurs propres blessures et celles d’autrui sans les découvrir ni les divulguer.

Les fautes en lien avec la prière et l'oratoire sont considérées comme graves. Mais ne sont pas non plus sans importance celles du quotidien et en particulier celles qu'on dissimule. L'objectif est toujours que celui qui a failli retrouve la paix du cœur.
Quand on reconnaît ses erreurs et qu'on en est pardonné par un frère, une sœur et par Dieu, on repart le cœur plus léger. La faute est derrière nous et sans aucun doute nous rend plus attentifs .

Avec le Christ, nous sommes sur un chemin de perfection qui n'est pas un but en soi mais de trouver le bonheur.

«  Le Christ nous a choisis. Il a choisi des hommes et non des héros. Il ne s'agit donc pas d'acquérir une sainteté idéale à la force du poignet, mais de répondre à la pensée du Christ sur nous ; lui ouvrir notre cœur ; ne pas nous lasser de revenir à Lui, quelques soient les faiblesses et les chutes. Croire qu' Il peut tout en nous »*(p.484)

47. Le signal pour indiquer l’heure de l’Œuvre de Dieu

La charge d’annoncer l’heure de l’Œuvre de Dieu, tant de jour que de nuit, incombera à l’Abbé(avec les moyens de l’époque, il n’était pas facile de compter les heures, d’autant que leur longueur variait d’un jour à l’autre). Il s’en chargera lui-même, ou la confiera à un frère si ponctuel que tout s’accomplisse aux heures régulières.
Ceux qui en auront reçu l’ordre entonneront, à leur rang après l’Abbé, les psaumes et les antiennes. Personne n’aura la présomption de chanter ou de lire s’il ne peut remplir cette fonction de manière à édifier ceux qui l’écoutent, mais le fera avec humilité, gravité et crainte, et après en avoir reçu l’ordre de l’Abbé.

La ponctualité, l'obéissance et l'humilité sont au cœur de ce chapitre où les rendez-vous avec Dieu , le temps de la prière sont prioritaires. Nous sommes généralement ponctuels à nos rendez-vous, à notre travail, à la sortie de l'école. Quelle est donc l'heure quotidienne de notre rendez-vous quotidien avec Dieu ?

On sait très bien que tout laxisme à ce sujet entraîne souvent un délaissement progressif. On ne boit plus à la source et notre foi va se dessécher. Passe-t-on une journée sans manger ?

    
         KIEV        © D.G                                                        © D.G

 «  Chaque fois que sonne l'oeuvre de Dieu, c'est une anticipation de ce moment essentiel où se réalise la Pâque du Seigneur, la rencontre définitive de Dieu... Prenons toujours mieux la mesure de la dimension surnaturelle de notre vie, de l'irruption de l'éternité dans le temps que nous vivons et qui ne prend de sens que par elle.. C'est en ce sens qu'il faut « être à l'Heure » ! * (p.490)
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* Cf. Texte et commentaires de la Règle dans  « Quel est l'homme qui désire voir des jours heureux » – P.Denis HUERRE Ed. Saint Léger 2023 Traduit en français par Germain Morin de l’abbaye de Maredsous1944 - Révisé sur la traduction de Philibert Schmitz de la même abbaye , 2023 

Mise à jour : Samedi 4 Mai 2024, 13:35
Denyse - rubrique 03 - REGLE de SAINT BENOÎT (suite du prologue) - ch. 43-44-45-46-47 - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 29 Avril 2024


 


      5 mai 2024 - JOURNEE INTERNATIONALE CHRETIENS D'ORIENT

            

                     

Mise à jour : Lundi 29 Avril 2024, 13:16
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Dimanche 21 Avril 2024

LIVRES RECENSES en 2023 - 2024

        LIVRES RECENSES en 2024
                             rubrique 01

  -  EN TENUE D'EVE
     Féminin, pudeur et judaïsme

     Delphine HORVILLEUR

     Editions Grasset 2017 - Coll. Points Essais

          

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  -  LE ROITELET

     Jean-François BEAUCHEMIN

     Ed. Gallimard – Folio 2023

               

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- SAGESSE CACHEE DES MONASTERES

  10 rencontres au parfum d'éternité

   Samuel PRUVOT, Marie de VARAX

   Photographies de Guillaume RIVIERE

   Ed. Mame – Coll. Spiritualité 2023
    
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« De toutes les nations... »
   Pour la catholicité des Eglises

   GROUPE DES DOMBES

   Ed. Cerf Patrimoines, 2023
              
          

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-
Un carême dans l'espérance

 40 jours pour se préparer à la joie de la résurrection

 DON MONTFORT DE LASSUS SAINT-GENIES
 
Ed. Mame 2024

                
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- LES AMIS DES MONASTERES  Revue

      
n° 217 - janvier février mars 2024


        

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- LE VENT LEGER

Jean-François BEAUCHEMIN 

Editions Québec Amérique, 2023


     


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- EN VERITE ALICE

  Tiffany TAVERNIER

  Ed. Sabine Wespieser 2024 
  Roman

       

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- MATTHIEU, la parole pleine à craquer
 
DAVID-MARC D'HAMONVILLE

   Ed. du Cerf, 2023

         

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-   CROIX de CENDRE 

    Antoine SENANQUE

    Ed. Grasset, 2023 


           

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       LIVRES RECENSES en 2023
          recension rubrique 01

- Bestiaire du Moyen-Âge
  Michel PASTOUREAU

- Car rien n'est jamais achevé
  Robert SCHOLTUS

- Corps et âme
  NIcolas ZELLER

- Deux innocents
  Alice FERNEY

- Dieu après la peur
  Martin STEFFELS

- Eloge spirituel de l'imperfection
  Alexia VIDOT

- En sa présence
  Jacques GAUTHIER

- La bibliothécaire d'Auschwitz
  Antonio G. ITURBE

- La nuit du coeur
  Christian BOBIN

- La traversée des lumières
  Eric DE KERMEL

- Le défi de Jérusalem
  Eric-Emmanuel SCHMITT

- Le Monde de la Bible
  n °244 /2023

- Le monde en stop
  Ludovic HUBLER

- Les sept sacrements
  Pape FRANCOIS

- Les identités meurtrières
  Amin MAALOUF

- Les plus belles bibliothèques du monde

- Les plus belles églises d'Europe

- Les sacrements
  Christian SALENSON

- Mes désirs futiles
  Bernardo ZANNONI

- Paul de Tarse
  Daniel MARGUERAT

- Présence de Saint Bernard
  n° 122 /2023

- Quel est l'homme qui veut voir des jours heureux
  P. Denis HUERRE

- Rencontrer Jésus aujourd'hui
  Emmanuel GOUGAUD

- Saint François d'Assise
  Luc ADRIAN

- Saint François de Sales
  Michel TOURNADE

- Toute une vie pour eux
  Docteur FRON

- Un puma dans le coeur
  Stéphanie DUPAYS

- Un si grand désir de silence
  Anne LE MAÎTRE

- Un temps pour se taire
  Patrick LEIGH FERMOR

- Une longue route pour m'unir au chant français
  François CHENG

- Une vie avec Alexandra David-Neel
  Fred CAMPOY - Mathieu BLANCHOT

- Vie de Saint Bernard, abbé de Clairvaux (Vita prima)
  Guillaume de SAINT-THIERRY - Arnaud de BONNEVAL
  Geoffroy d'AUXERRE

- Vie et destin de Jésus de Nazareth
  Daniel MARGUERAT



et bien d'autres livres recensés entre 2014 et 2022
        ( rubrique 01 - 02)















Mise à jour : Dimanche 21 Avril 2024, 13:23
Denyse - rubrique 000 - SOMMAIRE livres recensés 2023-2024 - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mardi 09 Avril 2024

Règle de saint Benoît ch.32-33-34-35-36-37-38-39-40–41-42

REGLE  DE  SAINT BENOÎT - Texte et commentaires

     La Règle a été conçue par saint Benoît pour des communautés monastiques. Mais que nous soyons religieux ou laïcs dans le monde cette Règle peut être pour nous une aide précieuse pour avancer dans l'esprit de  l'Evangile. Nous en proposons ici un commentaire un peu actualisé.

RB 32. Les outils et les objets du monastère

L’Abbé chargera ceux des frères dont la vie et les mœurs lui inspirent confiance de tout ce que le monastère possède en outils, vêtements et autres objets. Il leur en confiera le soin particulier, selon qu’il le jugera utile à leur entretien et à leur conservation. L’Abbé en tiendra un inventaire pour savoir, lorsque les frères se succèdent tour à tour dans ces charges, ce qu’il donne et ce qu’il reçoit.

Si quelqu’un traite avec malpropreté ou négligence les choses appartenant au monastère, il sera réprimandé ; s’il ne s’amende pas, il sera soumis à la discipline régulière.

Dans ce lieu qu'est le monastère qui se voudrait idéal (mais ne l'est pas bien sûr), une grande attention est apportée à la responsabilité de chacun dans les grandes ou petites choses. Il est bien connu que, qui n'apporte pas le meilleur soin possible dans les petites choses ne pourra guère le faire dans les grandes.

Une maison, un jardin , un bureau, une tenue en désordre peuvent être révélateurs d'un tempérament et d'un esprit désordonné. Petit tour d'horizon dans notre vie personnelle ….

Le Carême qui est approche peut être pour nous l'occasion de redresser ce qui pousse de travers. Notre vie spirituelle s'en trouvera rafraîchie et fortifiée.

«  Cherchons Dieu vraiment et nous le trouverons en tout et partout... Chapitre précieux pour qui verrait dans l'usage des choses un obstacle pour la paix en Dieu... regard de foi sur les objets et l'usage que que nous en faisons... Mise en garde contre l'esprit de propriété... utilisation à une fin individuelle, égoïste de ce qui ne nous appartient pas... La netteté que saint Benoît nous demande dans les choses matérielles a une grande importance spirituelle... Il nous faut dès l'instant présent apprendre à parler ce langage divin que nous parlerons éternellement... Il fait bon vivre ensemble dans une maison où règnent l'ordre et la propreté. » (p.399-401) *

                                     
                                      © D.G

RB 33. Si les moines doivent avoir quelque chose en propre

Avant tout, il faut retrancher radicalement du monastère ce vice de la propriété. Que personne ne se permette de rien donner ou recevoir sans l’autorisation de l’Abbé, ni d’avoir quoi que ce soit en propre, absolument aucune chose — ni livres, ni tablettes, ni stylet pour écrire ; en un mot, rien du tout — , puisqu’il n’est pas même permis aux moines d’avoir en propre ni leur corps, ni leurs volontés, mais qu’ils doivent attendre du père du monastère tout ce qui leur est nécessaire. Qu’il ne leur soit donc jamais licite d’avoir quelque chose que l’Abbé n’aurait pas donné ou permis.

Que tout soit commun à tous, ainsi qu’il est écrit[ Ac 4, 32 ]; que personne n’ait la témérité de s’approprier quoi que ce soit, pas même en paroles. Si quelqu’un devait se complaire en ce vice détestable, on l’avertira une première et une seconde fois ; s’il ne s’amende pas, il sera soumis à la correction.

Ce qui est demandé ici au moine ou à la moniale est donc de ne rien posséder personnellement. Un autre monde que le nôtre où nous sommes tant désireux de posséder des biens, d'avoir des choses rien qu'à soi  ! Pourquoi ces exigences de saint Benoît ?

Souvenons-nous de cet homme dans l'Evangile qui n'avait de cesse de stocker ses récoltes dans ses granges. Puis, soudainement il meurt. Qu'emportera-t-il avec lui ?

Tout vient de Dieu et nous ne sommes que des gérants, responsables certes (la Règle nous le rappelait au ch.32) des biens qui nous sont confiés. Mais ils ne sont que des outils qui nous permettent de les mettre au service de ceux qui nous entourent. Ne soyons pas l'avare de Molière qui ne vit que pour ses pièces d'or.

Ce temps de Carême peut nous inviter à nous débarrasser de l'inutile, à nous alléger en partageant.

Le but étant de nous attacher seulement à l'essentiel : l'amour de Dieu. Qui ne va pas sans l'amour des frères.

«  Jésus a dit : ' Nul ne peut servir deux maîtres '. C'est ou bien le ciel ou la terre.... Notre bien, c'est Dieu... La pauvreté doit nous apparaître comme une source de libération, d'ouverture, de disponibilité... (p.402)

Jésus qui s'est fait pauvre parmi les pauvres, ne nous dit pas que la perfection se trouve dans la pauvreté matérielle proprement dite, mais dans la charité, non dans le dénuement pur et simple, mais dans la pauvreté spirituelle. Prise de conscience de sa dépendance totale vis-à-vis de Dieu... (p.408) »*

                        
 

34. Si tous doivent recevoir également le nécessaire

Comme il est écrit :  On partageait à chacun selon ses besoins.[ Ac 4, 35 ]  Nous n’entendons pas dire par là qu’on soit partial envers personne — pourvu que non ! — mais qu’on ait égard aux infirmités. Celui qui a besoin de moins, qu’il rende grâce à Dieu et ne s’attriste pas ; faut-il à un autre davantage, qu’il s’humilie de sa faiblesse et ne s’élève pas de la miséricorde qu’on a pour lui. Ainsi tous les membres seront en paix.

Avant tout, que jamais n’apparaisse le vice du murmure, pour quelque raison que se soit, ni dans le moindre mot, ni dans un signe quelconque. Si quelqu’un y est surpris, qu’il soit soumis à une correction sévère.

« ...selon ses besoins » : de quoi ai-je vraiment besoin ? Et si je donnais tout ou partie ce que j'ai en trop ? Le détachement d'objets matériels est parfois difficile mais cela peut être une vraie libération.
Ayons surtout le souci de donner à ceux qui ont bien trop peu.

Se libérer aussi des pensées inutiles et vaines parfois envahissantes ? Faire le deuil de rêves impossibles pour vivre pleinement ce qui nous est donné aujourd'hui. Saint Benoît insiste sur le fait qu'au moins rien n'apparaisse de nos « murmures ». Les Français (entre autres!) sont souvent en train de se plaindre. Rendrons grâce pour ce que nous avons , prions et agissons en faveur de ces populations démunies et qui souffrent de la guerre.

                             
                              © D.G

 «  Quels que soient nos besoins, cultivons l'art d'être toujours contents, toujours reconnaissants à Dieu et à nos frères pour la part qui nous est faite. C'est cette part que nous avons à faire fructifier, pour laquelle il nous sera demandé compte... Toujours rendre grâce... A qui possède Dieu, rien ne manque. » (p.413) *

35. Les serviteurs de semaine de la cuisine

Les frères se serviront mutuellement. Personne ne sera dispensé du travail de la cuisine, si ce n’est pour cause de maladie ou pour s’occuper d’affaires plus utiles. C’est par cet exercice, en effet, qu’on acquiert plus de mérite et un accroissement de charité. On donnera des aides à ceux qui sont faibles, afin qu’ils n’accomplissent pas cette tâche avec tristesse. Tous auront ainsi des aides, selon que le demandera l’état de la communauté ou la situation du lieu....

                     
                        La cuisine - Les vieux métiers d'Azannes (55)
© D.G

On voit ici tout le respect que saint Benoît a pour ses moines. Ses remarques sont à la fois directives et nuancées. On pourrait penser que dans une collectivité, les règles soient immuables et rigides pour préserver l'ordre et l'égalité. Selon Benoît, le travail n'a de sens que dans la mesure où il y a aussi humanité et attention à l'autre. Bien des entreprises ont pris conscience que la bonne santé de l'employé va se répercuter sur la qualité du travail. Tout le monde s'y retrouve.

On voit aujourd'hui les souffrances de pays en guerre où plus rien n'est respecté, où l'homme compte pour peu de chose sinon pour arriver aux fins poursuivies par quelques-uns.

Le projet de saint Benoît repose sur sa vision du Paradis qui n'est pas sans contrainte mais applicable avec une grande fraternité. C'est ainsi que Dieu nous attend.

Toute méditation sur le service est attirante pour un cœur chrétien : il sent que là est la vérité de l'Evangile ; elle lui manifeste aussi à l'évidence combien il est loin d'être un bon et fidèle serviteur. Que de fois nous agissons en mercenaires ! Demandons à l'Esprit de Jésus de nous conformer intérieurement à Celui dont le service a été pour nous la mort sur la Croix. (p.418)*

Saint Benoît détaille ensuite très précisément les fonctions de chacun au service de la communauté en insistant toujours sur les relations fraternelles et sur les besoins de chacun. Le tout, sous la protection de Dieu, en prononçant au moment d'entrer en fonction, un verset biblique : « Tu es béni, Seigneur Dieu, toi qui m'aides et me consoles » (Ps 85) ou « Dieu, viens me délivrer, Seigneur viens vite à mon secours ! »(Ps69)

Puissions-nous, nous aussi, faire ainsi « collaborer » Dieu à notre vie quotidienne !

36. Les frères malades

Avant tout et par-dessus tout, on prendra soin des malades, et on les servira comme s’ils étaient le Christ en personne ; car c’est lui-même qui a dit :  J’ai été malade et vous m’avez visité [ Mt 25, 36 ] , et encore :  Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait.[ Mt 25, 40 ] 

De nombreux récits évangéliques relatent la grande attention et compassion que Jésus a pour les malades. Cela doit donc être aussi une de nos priorités. Etre malade, c'est être dans l'inquiétude, la douleur souvent. C'est être parfois dépendant. Etre écouté, visité dans ces moments difficiles fait toujours du bien, réconforte, apaise.

Qui visiterai-je aujourd'hui ?

               

Les malades considéreront de leur côté que c’est pour l’honneur de Dieu qu’on les sert, et ils ne mécontenteront pas par des exigences superflues leurs frères qui les servent. Et pourtant, il faudrait les supporter avec patience, parce qu’on en retire une plus large récompense. L’Abbé veillera donc avec le plus grand soin à ce qu’ils n’aient à souffrir d’aucune négligence.

Comme nous le voyons particulièrement dans ce passage, tous nos actes quotidiens devraient être reliés à Dieu. Servir nos frères c'est servir et aimer Dieu car à l'origine de nos gestes et paroles , c'est Dieu Créateur qui a mis en nous cet amour. Nous n'avons pas spontanément cette conscience du lien qui nous unit à Dieu ...

« C'est un don de Dieu qu'il nous faut cultiver dans la prière. » * (p.432)

RB 37. Les vieillards et les enfants

Bien que l’homme par nature soit porté à la compassion envers les vieillards et les enfants, l’autorité de la Règle doit néanmoins intervenir en leur faveur. On aura donc toujours égard à leur faiblesse, et on ne les astreindra pas à la rigueur de la Règle pour ce qui est de la nourriture ; mais on usera envers eux d’une tendre condescendance, et ils pourront devancer les heures régulières des repas.

Nous avons à porter  attention  aux personnes âgées et aux enfants qui sont particulièrement sensibles à la relation aux autres et aux bienfaits qu'elle apporte.

La Règle de saint Benoît n'a rien de rigide comme doivent l'être nos comportements qui ont à s'adapter aux personnes et aux situations. Dans une apparente contradiction, la Règle impose la souplesse ! Dans une juste appréciation des circonstances.
Nous avons nos façons de penser et nos valeurs mais soyons aussi à l'écoute des besoins de l'autre.

Des exemples pris dans la vie de Jésus témoignent de sa sollicitude, de sa sensibilité à la souffrance et de ses actions pour redonner joie et vie.
         
                                      
                    © D.G

« Il y a les faibles par leur âge, les faibles aussi à tout âge... Tous, soyons généreux en même temps qu'indulgents pour les faiblesses d'autrui. La charité arrange toutes choses. » (p.436)*

38. Le lecteur de semaine

La lecture ne doit jamais manquer à la table des frères. Il ne faut pas que le premier venu s’empare du livre et le lise; mais un lecteur entrera en fonction le dimanche pour une semaine entière. Après la Messe et la Communion, il commencera par se recommander aux prières de tous...

Qu’on observe à table un silence absolu et qu’on n’y entende ni chuchotement ni parole, hormis la voix du lecteur. Que les frères se servent mutuellement ce qui est nécessaire en nourriture et boisson ; afin que personne n’ait besoin de rien demander....

Les frères ne liront ni ne chanteront à tour de rang, mais ceux-là seulement qui sont capables d’édifier les auditeurs.

Si l'occasion nous a été donnée de vivre quelques journées dans un monastère, nous avons pu constater les caractéristiques de ce temps du repas en silence « hormis la voix du lecteur ».

Temps où on rend grâce pour le repas partagé mais qui n'est pas un temps de bavardage entre convives. On écoute une musique ou une lecture, souvent celle d'un livre non religieux (vie de saints, témoignages de chrétiens, de vie dans des pays en conflits politiques ou religieux, vie de l'Eglise...). La voix du lecteur doit être audible comme doivent l'être celles de nos lecteurs lors des messes en paroisse.

C'est donc toujours avec soin que sont vécus chaque temps du jour, qu'on mange, qu'on travaille, qu'on se détende ou qu'on dorme. Sous le regard de Dieu.
                          
                                

«  Pour le chrétien, pour le moine, il n'y a pas de lecture profane. Ou plutôt, ce qui en soi est profane cesse de l'être du fait qu'il est lu ou écouté avec une mentalité chrétienne... Il y a une manière chrétienne de lire ou d'entendre l'information la plus banale. C'est une parcelle de l'histoire de Dieu parmi les hommes. En l'écoutant, nous ne sommes pas des auditeurs passifs, nous y entrons, nous en devenons acteurs. » (p.436-437) *

39. La mesure de la nourriture

                                
 
Nous croyons que deux mets cuits doivent suffire à toutes les tables pour le repas quotidien....

Si l’on a un travail plus considérable, il dépendra de la volonté et du pouvoir de l’Abbé d’ajouter quelque chose, au cas où il le juge opportun et en évitant tout excès...

Rien n’est aussi contraire à tout chrétien que l’excès de table, selon cette parole de notre Seigneur :  Veillez à ce que vos cœurs ne s’appesantissent pas sous l’excès.[ Luc 21, 34 ] 

Toute la vie du moine est prise en compte par saint Benoît. De même, dans notre vie , tout devrait être en harmonie : le travail, les loisirs, les repas, le sommeil... Question de bon sens mais aussi d'équilibre personnel et de cohésion avec notre foi.

Nous prions pour que diminue la faim dans le monde ? S'impose à nous une certaine sobriété et le partage...

Nous prions pour la paix ? Commençons par la vivre avec nos proches...

Nous nous désolons à propos du réchauffement climatique ? Trions nos déchets, utilisons nos véhicules avec modération...

Veillons donc à ce que nos cœurs et nos actes soient en harmonie avec la foi que nous proclamons.

" Quant à l'application, à la mesure à observer, c'est à chacun de voir ce qu'il faut. .. Il faut tenir compte des besoins et des forces de chacun... Permettre aux libertés individuelles de s'exercer afin que tous puissent demeurer dans l'action de grâce et que soit évité le murmure. " (p.449) 
 

RB 40. La mesure de la boisson

 Chacun a reçu de Dieu son don propre : l’un celui-ci, l’autre celui-là.[ 1 Co 7, 7 ]  Ce n’est donc pas sans quelque scrupule que nous fixons aux autres la mesure de leur aliment. Néanmoins, ayant égard au tempérament de ceux qui sont faibles, nous croyons qu’une hémine de vin suffit à chacun pour la journée [elle équivalait probablement à un quart de litre]. Que ceux auxquelsDieudonne la force de s’en abstenir sachent qu’ils en recevront une récompense particulière.Si la situation du lieu, ou le travail, ou les chaleurs de l’été demandent davantage, le supérieur en décidera ; mais il veillera en tout à ne pas laisser aller jusqu’à la satiété ou à l’ivresse.

Nous lisons, il est vrai, que le vin ne convient aucunement aux moines ; mais comme on ne peut en persuader les moines de notre temps, convenons du moins de n’en pas boire jusqu’à satiété, mais avec modération, car  le vin fait apostasier même les sages.[ Si 19, 2 ]
Si les conditions du lieu ne permettent pas de se procurer cette mesure de vin, mais beaucoup moins, ou même rien du tout, les habitants de l’endroit béniront
Dieu et se garderont de murmurer ; car c’est là l’avertissement que nous donnons avant tout, qu’on s’abstienne des murmures.

On pourrait considérer que ces remarques ne sont guère essentielles adressées à des moines à priori sages et sobres. Saint Benoît estime pourtant, comme pour la nourriture au ch.39, que tout se tient et que personne n'est à l'abri de se laisser aller. Mais autant il condamne tout excès, autant il respecte chacun. Il faut se rappeler aussi qu'à l'époque de Benoît, les travaux manuels étaient particulièrement durs, travaux des champs en particulier. Le réconfort « d'une hémine de vin » n'était pas un luxe. Mais en tout, il faut garder sagesse et modération.

En ce qui nous concerne aujourd'hui, à chacun de repérer dans sa vie, les modérations à apporter.
Quant aux murmures, les Français devraient bien être à l'écoute de Benoît !

« Il y a quantité d'habitudes qui rythment l'existence quotidienne. Il faut de temps à autre s'examiner pour voir si elles sont selon la raison et selon Dieu et si elles servent notre vie profonde.Nous savons tous qu'il ne faut pas se laisser mener par ses habitudes sans en contrôler le bien-fondé... Nous sommes des fils de Dieu : nous devons agir comme tels. » * (p.451)

RB 41 À quelle heure les frères doivent prendre leur repas

Depuis la sainte Pâque jusqu’à la Pentecôte, les frères dîneront à Sexte et souperont le soir. Durant tout l’été, à partir de la Pentecôte, ils jeûneront le mercredi et le vendredi jusqu’à None, s’ils n’ont pas de travaux dans les champs, ou si la chaleur excessive de l’été ne les incommode pas. Les autres jours, ils dîneront à Sexte...

C’est à l'Abbé de régler et disposer toute chose de telle sorte que les âmes se sauvent et que les frères fassent leur tâche sans motif légitime de murmure...

Les heures de repas sont ajustés en fonction du temps liturgique, de la saison, des nécessités du travail et si besoin selon l'avis de l'Abbé qui doit faire en sorte que le déroulement d'une journée s'effectue dans les meilleures conditions pour tous.

Conseils de sagesse loin d'être appliqués de nos jours dans les entreprises qui ont souvent plus le souci du travail à effectuer que des personnes elles-mêmes.

Le document très officiel Dignitas infinita sur la Dignité humaine publié ces jours-ci par le Vatican attire justement notre attention sur le respect de la vie de tout homme, quel qu'il soit et quoi qu'il fasse. Rien ne justifie la maltraitance, le mépris, la violence et pire la mort.

A lire.

                         

«  Que chaque jour se fasse le réajustement de notre vie à la lumière du mystère central de notre vie chrétienne. » (p.460)*

RB 42 Que personne ne parle après Complies

...Tous ainsi assemblés, on récitera les Complies, et depuis la sortie de cet office, il ne sera plus permis de dire quoi que ce soit à personne. Si quelqu’un enfreint cette règle du silence, il sera soumis à une punition très sévère : excepté en cas de la réception des hôtes ou si l’Abbé à un ordre à donner. Même alors, la chose se devra faire en toute gravité, retenue et bienséance.

 Ce silence est en harmonie avec l'environnement et la nature où les bruits s'apaisent. Cela devrait être pour nous tous, après une journée active, un temps de calme où on revoit sa journée, ce qui a été bon et dont on peut rendre grâce et ce qui l'a été moins, à améliorer.

Terminer sa journée en regardant à la télévision un film violent ou des inepties n'est pas forcément une bonne idée. Un documentaire enrichissant et apaisant est bien plus profitable. Ou un bon livre. Ou s'asseoir dans son jardin. Privilégier le silence.

 «  Le vrai silence ne s'improvise pas. Il est le fruit d'une grande fidélité. Cela vaut la peine de s'y exercer, car il crée en nous une affinité avec le monde divin. Travailler son âme pour vivre selon les pensées de Dieu. La nuit est le temps du repos et de la prière. » * (p.468)

              
                Marseille – ND de la Garde   
© D.G


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 * Cf. Texte et commentaires de la Règle dans  « Quel est l'homme qui désire voir des jours heureux » – P.Denis HUERRE Ed. Saint Léger 2023 Traduit en français par Germain Morin de l’abbaye de Maredsous1944 - Révisé sur la traduction de Philibert Schmitz de la même abbaye , 2023 

Mise à jour : Mercredi 17 Avril 2024, 16:26
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Lundi 12 Février 2024

Sermon de Carême - Saint Bernard de Clairvaux

 

Bernard de Clairvaux

Premier sermon pour le carême (extraits)


Nous entrons aujourd'hui, mes bien-aimés, dans le saint temps du carême, dans le temps destiné aux combats du chrétien, car les observances du carême ne sont pas faites pour nous seulement, elles le sont pour tous ceux qui nous sont unis par les liens de la foi. Après tout, pourquoi le jeûne du Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Pourquoi les membres ne suivraient-ils point leur chef ? Si nous recevons les biens des mains de ce chef, pourquoi n'en accepterions-nous point aussi les maux ? Voudrions-nous donc n'avoir de commun avec lui que ce qui est agréable, mais non  ce qui est triste et pénible ?
S'il en est ainsi, nous montrions que nous sommes des membres indignes d'une pareille tête. En effet, tout ce qu'il souffre, c'est pour nous qu'il l'endure. S'il nous en coûte trop de travailler avec lui à l'oeuvre de notre salut, en quoi pourrions-nous après cela unir nos œuvres aux siennes. Il n'y a pas grand mérite de jeûner avec Jésus-Christ quand on doit s'asseoir avec lui à la table de son Père, et il n'y a rien de bien surprenant que le membre souffre avec la tête, quand il doit être glorifié avec elle. Heureux le membre qui aura en toutes choses adhéré à la tête, et qui l'aura suivie partout où elle sera allée.

 

Mise à jour : Mercredi 17 Avril 2024, 16:40
Denyse - rubrique 05 - Saint BERNARD de CLAIRVAUX - Face à la mort - Le traité de l'amour de Dieu- La grâce et le libre arbitre - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Le Carême

Le Carême

 Eclairages sur le Carême...

A partir du livre « Le Carême et le mystère pascal – Mémoire et actualisation . » Ed. Salvator 2020

                                              

 

Le Carême commémore l'oeuvre de salut accomplie par Jésus-Christ dans sa montée vers Jérusalem, où il meurt pour nous réconcilier avec le Père et où il ressuscite pour entrer dans la gloire du Père et nous faire participer à sa vie divine.


Dès les premiers siècles, le temps du Carême, qui constitue un temps fort de la préparation au baptême par les catéchumènes, est marqué par l'esprit d'ascèse, de prière, de générosité à l'égard des pauvres.

Mais les baptêmes des petits enfants se généralisent, ce qui fait qu'ils ne sont plus précédés de catéchuménat. Le Carême va mettre davantage l'accent sur les pratiques de pénitence et de piété.

A partir de la Renaissance s'affirme un mouvement d'hostilité grandissante au jeûne du Carême. Au XX°s., l'Eglise motive de façon plus positive les chrétiens dans leur aspiration à participer au mystère du salut. Les baptêmes d'adultes augmentent avec un besoin de ressourcement spirituel.

« Nous portons en nous un trésor, dans des vases d'argile. » (2Co 4,7).

On pourrait dire aussi qu'au plus profond de nous-mêmes, nous portons l'image de Dieu.

Origine et évolution du Carême

Le mot « Carême » vient du latin « quadragesima » c'est-à-dire 40 jours.

La dénomination « Triduum pascal » date des années 1930 : du soir du jeudi saint au dimanche de Pâques.

Au 3° et 4° s., le temps de jeûne était de deux jours pour certaines églises, d'autres le faisaient pendant une semaine. Socrate mentionne qu'à Rome le jeûne durait trois semaines.

Le début du Carême a été fixé assez tardivement au mercredi avant le 6° dimanche de Pâques : c'est le mercredi des cendres.

Le catéchuménat

Le catéchuménat, au sens propre, ne concerne que le groupe de ceux qui se préparaient au baptême. Mais progressivement les pratiques du catéchuménat s'étendirent aux fidèles déjà baptisés, sorte de retraite spirituelle préparatoire à la fête de Pâques.

Ce temps comportait un enseignement destiné à rappeler la doctrine chrétienne sur Dieu, l'oeuvre de salut du Christ, la nature des sacrements. Mais il visait aussi à faire mettre en pratique les commandements, l'amour du prochain, le pardon...

La Didaché (Doctrine des apôtres) qui date probablement du 1er siècle mentionne les éléments fondamentaux de cette catéchèse.

Entre le 3° et le 5°s. , les préparations au catéchuménat s'organisent et le carême est considéré comme un temps particulièrement propice pour l'écoute et la méditation de la Parole de Dieu. Le but est d'acquérir une vue d'ensemble sur le christianisme.

Au Moyen-Âge et à l'époque moderne et jusqu'à notre temps, s'est développée la tradition des conférences et des sermons de Carême.

Vatican II aura le souci de restaurer le catéchuménat, vraie « formation à la vie chrétienne toute entière ».

 Pénitence et réconciliation

Des origines au 4°s. se pose la question de la possibilité d'obtenir, après le baptême, un second pardon des péchés, dans le cas d'une faute grave. Cela suscite évidemment des débats. Les modalités de la pénitence et de la réconciliation seront fixées par les prêtres.

Une cérémonie de réconciliation avait lieu le jeudi saint en présence de l'évêque et des fidèles. Ce système très exigeant était décourageant et certains chrétiens attendaient d'être sur leur lit de mort pour demander le pardon de leurs fautes.

A partir du 7°s. les chrétiens peuvent accéder à la pénitence aussi souvent qu'ils le désirent. Le prêtre utilise un pénitentiel pour fixer les pénitences selon les fautes. Cela a occasionné des dérives et s'est mis en place le système moderne de la confession .Il y a d'un coté la pratique de la pénitence mais aussi l'esprit de pénitence qui conduit à réajuster sa vie (conversion) à l'image de celle du Christ.

 

Le MERCREDI des CENDRES

 

               
                                                                             
 © D.G

 Les lectures du mercredi des Cendres invitent à un effort de conversion, de lutte contre le péché, de pénitence, de pratique du jeûne, de la prière et du partage.

Le but est de « nous rendre plus forts contre l'esprit du mal », d'opter pour le chemin qui mène à Dieu et que « purifiés de nos fautes, nous puissions nous unir à la passion du Christ. »

Le thème des Cendres dans l'Ecriture.

Dans l'Ancien Testament, le terme « cendres » est proche de « poussière » ; il symbolise la fragilité, la précarité de l'homme voué à la mort (Genèse 2, 17-18). Il peut aussi exprimer un sentiment d'humilité.
La cendre est aussi signe de deuil et de pénitence. Face à la détresse ou comme expression de pénitence , « ils jetteront de la poussière sur la tête, ils se rouleront dans la cendre » (Ezéchiel 27,30)

 Le rite des cendres dans l'Eglise primitive et médiévale.

Dans l'Eglise primitive ce rite se rapportait à la notion de pénitence en vue de la rémission des péchés graves, commis après le baptême.

Pendant la période du Carême, les pécheurs publics ayant reçu des cendres sur la tête par le célébrant, devaient quitter le lieu de culte après la liturgie de la Parole.

Puis peu à peu, comme entrée en Carême, l'usage conduisit à imposer les cendres aux catéchumènes puis à tous les fidèles.

Depuis Vatican II, deux formules sont possibles au moment de l'imposition des mains :

  • « Souviens-toi que tu es poussière et tu retourneras en poussière. » (Genèse 3,19)

  • «  Convertissez-vous et croyez à l'Evangile. » (Matthieu 1,15)

Donc, avoir conscience de son péché, avoir un sentiment d'humilité devant Dieu que nous avons offensé, et faire effort de conversion, de renouvellement intérieur.

Cela répond à un désir d'intensifier les relations personnelles avec Jésus-Christ, en vue d'une plus grande participation au destin du Christ mort et ressuscité, à laquelle justement le Carême prépare.

Démarche positive et de confiance qui doit aider à prendre conscience de la puissance créatrice et recréatrice de Dieu qui est capable de nous faire accéder à une vie nouvelle, alors que les apparences semblent nous vouer à la mort et à la dissolution. (méditation de Karl Rahner sur « l'homme-poussière »)

 «  L'expérience de la mort... ce mouvement vers le bas qui nous fait communier dans la foi à la descente du Christ jusqu'à la poussière de notre terre est devenu un mouvement vers le haut, une montée avec le Christ au-dessus de tous les cieux... Le chemin de notre rédemption passe au cœur de la chair et de la poussière. »

(Karl Rahner - « Le mercredi des Cendres »)

  

Pour avancer dans la lumière au long de ce Carême

Conduis-moi, douce Lumière,

à travers les ténèbres qui m’encerclent.

Conduis-moi, Toi, toujours plus avant !

La nuit est d’encre et je suis loin de ma maison.

Conduis-moi,

Toi, toujours plus avant.

 

Garde mes pas :

je ne demande pas à voir déjà ce qu’on voit là-bas :

Un seul pas à la fois, c’est bien assez pour moi.

Je n’ai pas toujours été ainsi

et je n’ai pas toujours prié pour que tu me conduises,

Toi, toujours plus avant.

 

Si longtemps ta puissance m’a béni :

Sûrement elle saura encore me conduire

toujours plus avant par la lande et le marécage,

sur le rocher abrupt et le flot du torrent

jusqu’à ce que la nuit s’en soit allée…

 

Conduis-moi, douce Lumière,

conduis-moi,

Toi, toujours plus avant !

 

                                                                Bx Cardinal Newman


Les pratiques de pénitence : jeûne, prière, partage.

- Jeûne.

Ces pratiques n'ont pas une fin en soi et il y a eu bien des dérives . Jésus lui-même l'a remarqué. Par exemple : « Si tu jeûnes, fais-le dans le secret. » (Mt6, 16-18).

Dans l'Ancien Testament, le jeûne traduit l'humilité devant Dieu, le sentiment de dépendance, d'abandon total à Dieu. Moïse et Elie jeûnent quarante jours. Le jeûne vise aussi souvent à obtenir le pardon  ou la demande de grâces individuelles ou collectives. Mais il peut aussi être une préparation à une rencontre avec Dieu : Jésus a commencé son ministère après un séjour de quarante jours dans le désert.

C'est une démarche qui apprend les avantages de la maîtrise (interdépendance du corps et de l'âme) mais doit avant tout être intérieure. Pour plaire à Dieu, le vrai jeûne doit aller de pair avec l'amour du prochain, mais il est surtout rattaché à la personne du Christ vainqueur de la mort donc comme un moyen de s'associer à la passion du Christ.

                                                                  * * *

Premier dimanche de Carême : Tentation de Jésus au désert

Les évangiles de Matthieu, Marc et Luc établissent un lien étroit entre le baptême du Christ et le séjour au désert pour un jeûne de quarante jours, durée qui rappelle les quarante années du séjour d'Israël au désert.

Le désert n'est pas nécessairement le lieu où règne Satan, mais plutôt le lieu de la rencontre avec Dieu, le lieu où Jésus prie après une journée harassante, le lieu où Jésus effectue la multiplication des pains.

Le tentateur cherche à détourner Jésus de sa mission et à lui faire renoncer à son obéissance à l'égard de Dieu.

Il l'invite à poser un acte de puissance et à transformer les pierres en pain. Jésus répond :

«  Ce n'est pas de pain seulement que l'homme vivra, mais de toute parole qui vient de la bouche de Dieu » (Deutéronome 8,3)

Satan défie ensuite Jésus de sauter du haut du Temple pour que Dieu le sauve.

«  Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. », répond Jésus.

Satan lui propose enfin de lui donner tout pouvoir si Jésus se prosterne devant lui et l'adore.

« C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras et c'est à lui seul que tu rendras un culte. » (Deutéronome 6,13)

Le diable quitta alors Jésus et les anges le servaient.

La question s'est souvent posée de savoir dans quelle nature, humaine ou divine, Jésus a subi la tentation.

Le parallèle Adam-Christ a fait très tôt son apparition :

«  De même que par la défaite d'un homme, notre race était descendue dans la mort, de même par la victoire d'un homme, nous sommes remontés vers la vie. » (St Irénée)

Certains Pères de l'Eglise ont pensé que le Christ a renoncé à tout triomphalisme et s'est contenté d'exprimer sa confiance en Dieu.
« Le remède qui guérit notre orgueil est l'humilité du Christ... Chemine dans l'humilité pour atteindre l'éternité. » (St Augustin)

 La victoire du Christ sur Satan prouve que celui-ci n'est pas invincible et qu'en réalité la fidélité à Dieu procure la force de résister victorieusement aux sollicitations du tentateur. Comme Jésus, faisons appel à la Parole de Dieu !
 

                                              *  *  *
- Prière.

« Prie ton Père dans le secret et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » (Mt6,6) L'enseignement de Jésus :

  • Dans sa prière, parler peu, ne pas rabâcher mais être à l'écoute

  • Prier le Notre Père

  • Faire confiance en la Providence : ne pas s'inquiéter, outre mesure du lendemain.

    Chercher d'abord le Royaume de Dieu et sa justice.

  • Faire confiance en l'efficacité de la prière.

  • Prier avec les psaumes. Jésus lui-même l'a fait.

Jésus priait en particulier aux moments importants de sa vie. Les premiers chrétiens ont fait de même, ce qui a été source d'inspiration pour la pratique ecclésiale des premiers siècles.

Les écrits de Saint Paul enseignent sur la prière trinitaire : « Tout d'abord, je rends grâce à mon Dieu par Jésus-Christ » (Rm1,8). Et il souligne le rôle de l'Esprit dans la prière qui nous unit au Père et au Fils.

Le terme « prière » est à prendre au sens large de manifestation de la relation personnelle de l'homme avec Dieu qui s'exprime à travers différentes formes : demande, louange, action de grâce, adoration. Cela correspond à des sentiments variés : joie, allégresse, angoisse, détresse, désir . Le psautier reflète très bien ces états d'âme.

La méditation de la Parole de Dieu va aider à trouver des lumières sur la façon d'apporter une réponse croyante aux questions qui se posent au fil de nos vies. La prière, dans ce sens est à la fois contemplation et action.

- Prière exprimant le regret d'avoir péché.

Voir le prophète Daniel 9, 5-6 et le magnifique psaume pénitentiel 50

«  Car mon péché, je le connais,

ma faute est devant moi sans relâche ;

contre toi, et toi seul, j'ai péché,

ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait. »

L'aveu de la faute est logiquement accompagné d'une demande de pardon au Dieu de tendresse et de miséricorde. Celui qui prie ainsi ne se laisse pas aller au découragement.

- Prière pour trouver le bon chemin.

«  Aime le Seigneur ton Dieu, marche selon ses chemins... alors tu vivras. » (Deutéronome 30, 15-16)

D'un coté la vie et le bonheur, de l'autre la mort et le malheur (les deux voies). Apprendre à discerner donc à la lumière de la Parole.

- Prière adressée à Dieu pour qu'il éclaire et illumine.

« Le Seigneur est ma lumière et mon salut » (Ps 27)

« Envoie ta lumière et ta vérité, qu'elles guident mes pas. » (Ps 51)

- Prière pour obtenir « un cœur nouveau »

Voir Ezechiel 36, 25-27

- Prière comme « écoute »

Le temps du Carême nous appelle à écouter le Seigneur.

«  Parle Seigneur, ton serviteur écoute »

- Prière comme méditation qui donne à la Parole de Dieu sa fécondité.

Vivante et efficace est en effet la Parole de Dieu. Et elle donne faim et soif de cette eau qui désaltère et de ce Pain de vie.

« Qui vient à moi n'aura plus jamais faim, qui croit en moi, n'aura jamais soif » (Jean 6, 35)

- Prière comme expression du désir de communion avec Dieu.

«  Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. » (Galates 2,20)

Ce désir d'intimité avec Dieu s'est exprimé dès l'Ancien Testament et jusqu'à l'Apocalypse.

- Prière-méditation comme association au cheminement du Christ vers l'évènement pascal de la mort-résurrection.

Les lectures invitent à aller au-delà des apparences pour découvrir qu'à travers l'hostilité rencontrée, s'accomplit le plan du salut de Dieu. La prière chrétienne du temps de Carême porte la marque de la confiance. 

- L'aumône

L'Eglise , depuis toujours, ne cesse de rappeler l'importance d'une générosité au bénéfice des plus pauvres.

« Tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays. » (Deutéronome 15,11)

Ce n'est pas un simple geste de philanthropie mais une imitation de la miséricorde de Dieu envers les hommes.

« J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire... » (Mt 25)

Un geste qui doit être fait en toute discrétion, demande Jésus.

Dès les premiers siècles, la mise en commun des biens entre chrétiens est de rigueur. Saint Paul stimule leur générosité. De même, l'aumône faisait partie des recommandations données aux catéchumènes.

« Voyez comme ils s'aiment... »

Le Carême est un temps fort pour le partage.

Saint Augustin souligne le lien de la miséricorde avec la pratique du jeûne et de la prière.

« Veux-tu que ta prière s'élève dans son vol jusqu'à Dieu ? Fais-lui deux ailes, le jeûne et l'aumône. »               
     

2° Dimanche de Carême – La TRANSFIGURATION

                                     

 Dans l'Eglise ancienne, le Carême est censé faire revivre aux catéchumènes et aux fidèles la montée du Christ vers le Golgotha. C'est s'associer au destin du Christ mort, ressuscité et glorifié.

La Transfiguration anticipe son état glorieux lié à la Résurrection.

Dieu se manifeste dans la nuée en présence de Moïse et Elie, qui représentent l'Ancienne Alliance et les prophètes, mais aussi dans Jésus transfiguré par la gloire rayonnante de sa nature divine. Cette manifestation nous révèle l'identité de Jésus. En lui, fondateur de la Nouvelle Alliance, l'Ancienne Alliance trouve son accomplissement.

Nous préparant en quelque sorte au choc de la croix, la Transfiguration est de nature à nous apporter l'assurance que tout n'est pas fini après la mort du Christ.

Nous sommes appelés déjà sur terre à devenir l'image, le reflet de Dieu.

 « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (Lc17,21). Par là, nous apprenons qu'avec un cœur purifié...nous voyons dans notre propre beauté l'image de la nature divine... Dieu, en te créant, a enfermé en toi l'ombre de sa propre bonté, ainsi que l'on imprime le dessin d'un sceau dans la cire. » (Grégoire de Nysse)

 « Nous avons tous besoin de lumière intérieure pour surmonter les épreuves de la vie. Cette lumière vient de Dieu et c'est le Christ qui nous la donne, Lui en qui habite la plénitude de la divinité (Col 2,9). Gravissons avec Jésus la montagne de la prière et, en contemplant son visage plein d'amour et de vérité, laissons-nous remplir intérieurement de sa lumière. » (Benoît XVI, Angélus mars 2012)     

L'esprit de pénitence et l'effort de conversion

                   
                                       Le fils prodigue - Rembrandt

La pénitence et la conversion tiennent une place considérable dans la révélation biblique.

Par exemple, la prédication du prophète Amos insiste sur la notion de retour à Dieu qui implique la reconnaissance de l'état de péché, et aussi la volonté de changer de conduite en agissant selon les exigences divines. Le prophète Isaïe appelle à un changement radical de conduite et Ezéchiel met l'accent sur les dispositions intérieures nécessaires pour la conversion.

« Faites-vous un cœur nouveau, un esprit nouveau... Convertissez-vous et vous vivrez » (Ez 18,31)

Jésus va reprendre cet appel mais va faire aussi passer un message d'abandon confiant à Dieu qui est un Dieu d'Amour.

Jeûne, pénitence et aumône sont à considérer comme complémentaires, chacune étant à sa façon , l'expression de l'esprit de pénitence.

 «  Ce temps [de Carême] est celui de la douceur, de la paix et du calme, celui où évitant la contagion de tous les vices, il nous faut acquérir les vertus durables. » (Léon le Grand)

Léon le Grand ( pape, 5°s.)présente la charité comme le sommet et l'âme des vertus :

«  La charité est la vigueur de la foi, la foi est la force de la charité » dans une union indissoluble. » (Léon le Grand)

 De l'esprit de pénitence, on peut retenir les éléments suivants :

  • Se reconnaître pécheur et avoir le courage d'envisager cette situation.

  • Veiller à une meilleure compréhension de ce que cela signifie pour les relations avec Dieu.

  • Avoir le courage de lutter contre le péché.

  • Chercher à pratiquer les vertus qui s'opposent aux péchés.

  • Viser à nous ouvrir aux vertus théologales [foi, espérance, charité], sources et sommets des vertus agréables à Dieu.

  • Agir par amour de Dieu et amour du Christ.

                                 *  *  *  

     Troisième dimanche de Carême – Les marchands du Temple  
 ( Ce chapitre ne fait pas partie du livre car les textes commentés ne sont pas ceux de cette année)

La première lecture tirée du Livre de l'Exode évoque comment Dieu s'est révélé à Moïse comme sauveur de son peuple en lui donnant la Loi (Ex 20, 1-17) . C'est l'épisode des « dix commandements ». Le premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu », donne sens à tout le reste. Mais ne voyons pas cela comme des ordres mais bien comme des portes ouvertes vers un chemin balisé par Dieu pour une réelle liberté. Nous sommes esclaves de tant de choses futiles et périssables. Certaines personnes ne sont-elles pas esclaves de leurs appareils électroniques ? D'autres de leur promotion ou de l'argent ? Recentrons nos vies vers l'essentiel., leur cœur

L'Evangile rapporte la colère de Jésus face aux marchands du temple. Ce ne sont pas tant les activités marchandes qui le fâchent que cet envahissement des lieux au détriment de Dieu lui-même.

Nous sommes, nous aussi, parfois désarmés face à l'inertie ou l'aveuglement de certaines personnes...

Interrogé par les Juifs , Jésus parle de ce Temple qu'il peut détruire et relever en trois jours. Ils ne le comprennent pas, leur cœur est fermé et pourtant ils sont eux aussi dans l'attente d'un Sauveur.

Jésus en effet parlait de sa mort et de sa résurrection. Mais il était encore trop tôt pour être plus clair. Ce ne sera que bien plus tard qu'à la relecture des événements, les chrétiens comprendront les paroles de Jésus.

                                                             *  *  *

CLES pour comprendre en profondeur le sens du Carême

    Le « plan de salut »

    C'est le dessein conçu depuis toujours par Dieu : «  réunir l'univers entier sous un seul chef le Christ, récapituler toutes choses en Christ, ce qui est dans les cieux et sur la terre » (Ephésiens 1, 10)

    Dieu désire que chaque homme se conforme à l'image du Christ, afin que celui-ci soit le premier-né d'une multitude de frères. C'est bien ce qui est propre à la conception chrétienne du salut : donner au Christ une place privilégiée. Les confessions de foi dans l'Eglise de l'ère patristique le soulignent déjà. Puis à la fin du 2° et 3° siècles, il y aura des règles de foi mentionnant les mêmes données fondamentales.

    Le concile de Nicée , en 325, produit le Credo que nous récitons encore aujourd'hui.

Il y a de réelles difficultés à concevoir un tel plan de salut étalé dans le temps. Notre année liturgique obéit à ce souci de présentation globale en célébrant sur une année les différentes étapes de l'oeuvre du salut accomplie par Jésus.

De même les liens établis entre Ancien et Nouveau Testament soulignent la continuité du projet de Dieu.

Au 20°s. s'est fait sentir le besoin de dépassement d'une présentation trop fragmentée de la théologie. Il est nécessaire de « penser ensemble » ce qui relève de la théologie dogmatique, de la théologie morale, de la théologie de la liturgie, de la spiritualité.

    Comment rétablir ou améliorer nos relations avec Dieu ?

     

    - La justification

L'expression « justification par la foi » souligne la nécessité d'une attitude d'ouverture et d'acceptation de la part de l'homme dans un mouvement de foi confiante.

« Le juste, par la foi, vivra. » (Romains 1, 16-17)

Si la mort résulte du fait que l'homme est devenu pécheur en voulant vivre par lui-même, la vie découle du fait qu'en s'abandonnant à Dieu, il obtient la vraie vie.
Dans l'Ecriture, le mot « justice désigne une attitude de rectitude devant la loi de Dieu et une attitude d'intégrité de la part de Dieu miséricordieux.
La pratique de la Loi ne suffit pas. Nous sommes justifiés par la foi au Christ. Comme le proclame saint Paul : « Le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts. » (Philippiens 3, 7-11)

La mort du Christ est la preuve que Dieu nous aime.

« Nous ne sommes plus sous la Loi mais sous la grâce. » (Romains 6,4)

            - Réconciliation avec Dieu

La réconciliation suppose un état d'inimitié entre l'homme et Dieu, créé par le péché, état auquel l'homme livré à lui-même est incapable de mettre fin.

D'après les textes du Nouveau Testament, l'initiative de la réconciliation vient de Dieu : la réconciliation est un effet de l'amour miséricordieux de Dieu auquel l'homme doit s'ouvrir.

« Il a plu à Dieu de faire habiter en Lui toute plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix. » (Colossiens 1,20)

Les péchés sont aussi variés que le sont les modes de pardon. On peut être « lavé » du péché, ou « guéri ». Dieu ne « se souvient plus » des péchés. On est « purifié, justifié ».

Dieu accorde le pardon (c'est un don) par l'entremise de Jésus.

Selon Jean (Jn 20,23), Jésus ressuscité transmet à ses disciples le pouvoir de remettre les péchés.

Portée salvifique de la résurrection du Christ.

La résurrection du Christ est la condition et la cause de notre propre résurrection, mais elle ouvre aux croyants l'accès aux biens du salut dès la vie ici-bas. C'est à travers le sacrement du baptême, qui signifie pour les chrétiens, insertion dans la mort et la Résurrection du Christ, et les célébrations eucharistiques, en raison de leur signification de mémorial, que la théologie traditionnelle a essayé d'expliquer la participation des croyants aux effets positifs du mystère pascal. (p.261)

Déjà du temps des Pères de l'Eglise, il y a l'idée d'une progression menant le croyant vers un achèvement situé au-delà des possibilités naturelles de l'homme., selon une pédagogie mise en œuvre par Dieu, progression dans la connaissance de Dieu et dans l'union d'amour avec Dieu, élan vers Dieu.

L'événement central de la mort et de la résurrection du Christ est à mettre en relation avec les événements antérieurs, y compris ceux relatés dans l'Ancien Testament, considérés comme préparation de l'intervention du Verbe incarné, et aussi des événements annoncés prophétiquement comme devant se produire à la fin des temps pour notre salut.

La vision chrétienne amène donc à prendre en compte la passé, le présent et l'avenir .
 

Le DIMANCHE des RAMEAUX

                 

A la fin du 4°s., on célébrait à Jérusalem l'entrée triomphale de Jésus dans la ville sainte, en refaisant le parcours effectué par Jésus et ses disciples. De Jérusalem, la procession se répandit dans tout l'Orient.

Ce n'est qu'au 7°-8°s. qu'en Occident naît la coutume de venir à l'église avec des palmes et des rameaux. Elle visait à honorer le Christ-Roi.

Mais ce dimanche est surtout la porte d'accès à la semaine commémorant la Passion et la mort du Christ. La liturgie de la Parole de ce jour-là culmine dans le récit de la Passion.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Ps 22,1). Souffrance mais aussi confiance : « Le Seigneur vient à mon secours. » (Is 50, 7)

 La magnifique deuxième lecture (Philippiens 2, 6-11) situe la passion et la résurrection dans la globalité du mystère du Christ. Mystère de l'Incarnation où Dieu revêt la nature humaine puis l'entrée du Christ dans la gloire. Cette incarnation unit intimement les croyants à Jésus et forment avec lui un seul Corps dont le Christ est la Tête.

                                 Le JEUDI SAINT

           

Dans l'Antiquité, à partir du 5°s. , le jeudi saint donna lieu à la réconciliation des pénitents, à la bénédiction des saintes huiles et à la messe qui commémore la dernière Cène.

On insistait en particulier sur la bienveillance dont les pasteurs avaient à faire preuve. L'objectif n'est pas de décourager les pénitents mais de les ramener au sein de la communauté ecclésiale.

La messe chrismale avec la bénédiction des saintes huiles (pour les baptêmes et le sacrement des malades) est devenue aussi une fête du sacerdoce selon le vœu de Paul VI.

« L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. » (Isaïe 61,1), phrase que rappellera Jésus dans le Temple. Le Christ est le Grand prêtre de la Nouvelle Alliance.

Une lecture de ce Jeudi Saint fait mémoire de la dernière Cène.

Sacerdoce du Christ donc, mais aussi sacerdoce des évêques, des prêtres et du peuple chrétien.
Les chrétiens ont mission « de servir et de nourrir les hommes de la Parole de Dieu, de faire vivre les sacrements et d'être de rais témoins de la foi et de la charité » (Préface). Tout étant lié.

Les chrétiens sont habilités à prendre une part active à l'action liturgique et à rendre compte de l'espérance qui est en eux de la vie éternelle.

Le jeudi saint termine le temps du Carême et commence le temps liturgique du Tridum pascal.

Ce qui est fait mémoire à travers la célébration de la Cène, c'est principalement l'institution du sacrement de l'Eucharistie, mémorial de l'oeuvre de salut et de libération accomplie à travers la mort et la résurrection de Jésus. Le texte le plus ancien relatant cet épisode est celui de saint Paul (1 Corinthiens 11, 23-26)

La messe du jeudi Saint comporte aussi un rite qui commémore le geste accompli par le Christ lors du dernier repas qu'il prit avec les siens : celui du lavement des pieds. Jésus s'offre comme serviteur.
Ce geste qui pourrait être humiliant (habituellement fait par des esclaves) prend ici toute sa grandeur et manifeste l'amour profond de Jésus pour les siens. Ce geste d'abaissement l'élève, comme celui de la mort sur la croix le conduit à la résurrection.

Il nous faut aussi vivre l'humilité si nous voulons « avoir part avec le Christ ». « Faîtes vous aussi ce que j'ai fait pour vous » (Jn 13, 13-14).

 

« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres (Jn 13) . «  A ceci, tous vous reconnaîtront comme mes disciples. » (Jn 3,35)

                                VENDREDI SAINT

                     

C'est le grand jour de la commémoration de la Passion et de la mort du Christ, et celui de l'hommage solennel à la croix.

Les premiers témoignages écrits relatifs à la célébration liturgique du vendredi saint datent de la fin du 4°siècle. Cérémonies qui adoptent, à Jérusalem, la forme de processions prévoyant des temps d'arrêt permettant d'organiser des temps de lecture, de prière à des endroits censés représenter des stations de la montée du Christ vers le Golgotha. Cette procession peut durer du jeudi soir au vendredi après-midi et même toute la nuit suivante.

 Se célébrait aussi dans les églises de Rome un office populaire : croix exposée sur l'autel, lectures bibliques, récit de la Passion, prière universelle, adoration de la croix et communion.

Au fil des siècles, la communion sera supprimée (il n'y a pas de célébration eucharistique ce jour-là) puis réintroduite en 1955.

 Les textes évoquent les humiliations, la souffrance du Christ, son sacrifice pour nous obtenir le salut. A cause de ses souffrances, il verra la lumière et entrera dans la gloire.

Quand « tout est achevé », saint Jean l'évangéliste, cherche à faire comprendre que l'oeuvre du salut que le Père avait confiée à son Fils est « accomplie » et donc aussi l'Ecriture . (Jn19,28)

 La lecture de la Passion est suivie de la prière universelle particulièrement solennelle. Elle concerne non seulement les fidèles de l'Eglise catholique, mais aussi les croyants d'autres religions et ceux qui ne croient pas en Dieu. Sont mentionnés aussi les dirigeants des affaires publiques, les hommes dans l'épreuve...

Puis la croix est présentée et vénérée.

« … Salut, ô Croix, notre unique espérance,

   en ce temps de la Passion

   accrois la grâce chez les hommes pieux

   efface nos péchés. »

 


                   SAMEDI SAINT et VEILLEE PASCALE

Journée de souvenir de repos du Christ au tombeau ( il est réellement mort) et de descente aux enfers ( Jésus a vaincu la mort et en est le libérateur). Il n'y a ni eucharistie ni célébration de la Parole le samedi saint.

                                             

La veillée pascale

« Elle est la mère de toutes les saintes veillées » (Saint Augustin).

Les différentes étapes du déroulement des cérémonies, les prières, les choix de lectures remontent en grande partie à l'ère patristique.

  • Bénédiction du feu et préparation du cierge pascal : office de la lumière

Le feu allumé qui dissipe les ténèbres de la nuit est le symbole de cette lumière qui émane du Christ et nous éclaire sur le chemin qui mène au Royaume de l'éternelle lumière.

Sur le cierge : une croix, les lettres Alpha et Oméga, le chiffre de l'année en cours. Le cierge allumé, on chante : « Lumière du Christ – Nous rendons grâce à Dieu. » Chaque fidèle allume son cierge au cierge pascal.

L'annonce solennelle de la Résurrection , « l'Exultet »,met l'accent sur le thème de la lumière et est un appel à la joie qui s'adresse même aux anges (dimension cosmique).

- Les lectures résumeront ensuite l'enseignement reçu par les catéchumènes qui vont être baptisés à la veillée pascale : l'oeuvre de la création, le sacrifice et la délivrance d'Isaac, la libération d'Israël avec le passage de la mer Rouge, Dieu source de la vraie sagesse et fécondité de la Parole de Dieu.

Le psaume 50 exprime le désir du croyant d'avoir un cœur et un esprit nouveaux :

                   « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu ... »

L'Evangile de la veillée pascale annonce la Résurrection.

  • Liturgie baptismale puis eucharistique.

Toute la célébration tend à exprimer la joie qui trouve sa source dans la résurrection du Christ . Joie aussi résultant de la bonne nouvelle du salut apporté au monde par le Christ Sauveur.

                              

                                  LE  CHRIST   EST   RESSUSCITE !

Mise à jour : Lundi 12 Février 2024, 13:43
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Dimanche 11 Février 2024

Paroles de sagesse

 PAROLES de SAGESSE  tirées de l'Imitation de Jésus-Christ
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Appliquez-vous à détacher votre cœur de l'amour des choses visibles, pour le porter tout entier vers les invisibles.

Si vous croyez beaucoup savoir, et être perspicace, souvenez-vous que c'est peu de chose à côté de ce que vous ignorez.

Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, ne pensez pas cependant être meilleur que lui. Nous sommes tous fragiles, mais croyez que personne n'est plus fragile que vous.

- Au jour du jugement, on ne nous demandera pas ce que nous avons lu, mais ce que nous avons fait ; ni si nous avons bien parlé, mais si nous avons bien vécu.

- Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité.

-  C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve la véritable paix du cœur.
- N'ouvrez pas votre cœur à tous indistinctement ; mais confiez ce qui vous touche à l 'homme sage et proche de Dieu.
- J'ai souvent entendu dire qu'il est plus sûr d'écouter et de recevoir un conseil que d'en donner.
                       
                    

                                    Abbaye de Fontenay (Côte d'Or).

- Si vous ne savez pas vous vaincre en des choses légères, comment remporterez-vous des victoires plus difficiles ?

- Chacun devrait être toujours en garde contre les tentations qui l'assiègent, et veillez et priez pour ne point laisser lieu aux surprises du démon, qui ne dort jamais, et qui tourne de tous côtés, cherchant quelqu'un à dévorer.
Plus on met de retard à repousser le mal, plus on s'affaiblit chaque jour, et plus l'ennemi devient fort contre nous.

- Appliquez-vous à supporter patiemment les défauts et les infirmités des autres, quelles qu'elles soient, parce qu'il y a aussi bien des choses en vous que les autres ont à supporter.

- Les justes, dans leurs résolutions, comptent bien plus sur la grâce de Dieu que sur leur propre sagesse ; et quoiqu'ils entreprennent, c'est en Lui seul qu'ils mettent leur confiance.

                         
                           Abbaye de Noirlac (Cher)

- Si vous ne pouvez continuellement vous recueillir, recueillez-vous au moins de temps en temps, au moins une fois le jour, le matin ou le soir.

- Pensez souvent aux bienfaits de Dieu. Laissez là ce qui ne sert qu'à nourrir la curiosité. Lisez plutôt ce qui touche le cœur que ce qui amuse l'esprit.

- Retranchez les discours superflus, les courses inutiles.
 Nul ne parle avec mesure, s'il ne se tait volontiers. Nul n'est en sûreté dans les premières places, s'il       n'aime les dernières . Nul ne commande sans danger, s'il n'a pas appris à obéir.


- A cause de la légèreté de notre cœur et de l'oubli de nos défauts , nous ne sentons pas les maux de notre âme, et souvent nous rions vainement quand nous devrions bien plutôt pleurer .

Avant de reprendre vos amis, ayez soin de vous reprendre vous-même.

                         
                         Abbaye de Fonfroide (Aude)   

-  
Pourquoi remettez-vous toujours au lendemain l'accomplissement de vos résolutions ?... Qu'en sera-t-il de nous à la fin du jour si nous sommes si lâches dès le matin ?
Levez-vous et commencez à l'instant et dîtes : Voici le temps d'agir, voici le temps de combattre, voici le temps de me corriger.

Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel que vous seriez s'il vous fallait mourir aujourd'hui... Si aujourd'hui vous n'êtes pas prêt, comment le serez-vous demain ?

                                   
                                   Abbaye de Pontigny (Yonne)

Considérez les chartreux, les religieux de Cîteaux, et les autres religieux et religieuses de différents ordres, qui se lèvent toutes les nuits pour chanter les louanges de Dieu... Plût à Dieu que nous n'ayons à songer qu'à la nourriture de notre âme, que nous goûtons hélas si rarement !

Souvenez-vous toujours que votre fin est proche et que le temps perdu ne revient point.

- « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » ...Il est paix et joie dans l'Esprit-Saint...  « Si quelqu'un m'aime , il gardera ma parole, et je viendrai à lui et ferai en lui ma demeure. »
Laissez dons entrer Jésus en vous.

- Ceux qui sont aujourd'hui pour vous pourront être demain contre vous, et réciproquement : les hommes changent comme le vent... Jésus aussi a été méprisé des hommes en ce monde et, dans les plus extrêmes angoisses, abandonné des siens, de ses amis, de ses proches.... Et Vous osez vous plaindre de quelque chose !

                                
                                Abbaye d'Oriocourt (Moselle)

-  Conservez-vous dans la paix : et alors vous pourrez la donner aux autres. Le pacifique est plus utile que le savant.
- Chacun juge des choses du dehors selon ce qu'il est au-dedans de lui-même.
- Nous n'avons en nous que peu de lumière, et ce peu, il est aisé de le perdre par négligence.
- Ayez la conscience pure et vous posséderez toujours la joie. La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses, et elle est pleine de joie dans l'adversité. La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée.

- Vous n'êtes pas plus saint parce qu'on vous loue, ni plus imparfait parce qu'on vous blâme. Vous êtes ce que vous êtes, et tout ce qu'on pourra dire ne vous fera pas plus grand que vous ne l'êtes aux yeux de Dieu.

- Aimez et conservez pour ami Celui qui ne vous quittera point alors que tous vous abandonneront, et qui, quand viendra votre fin, ne vous laissera point périr. Que vous le vouliez ou non, il vous faudra un jour être séparé de tout.

- Lorsque la grâce de Dieu visite l'homme, alors il peut tout ; et quand elle se retire, alors il est pauvre et infirme...

Ne murmurez point s'il arrive que votre ami vous abandonne, sachant qu'après tout il faut bien un jour se séparer tous.

- Quand la consolation vous est ôtée, ne vous découragez pas aussitôt ; mais attendez avec humilité et avec patience que Dieu vous visite de nouveau : car il est tout-puissant pour vous consoler encore plus.
                                           
                                  
                                Abbaye Saint Benoît sur Loire
                    
 Soyez reconnaissants des moindres grâces, et vous mériterez d'en recevoir de plus grandes . Que le plus léger don, la plus petite faveur ait pour vous autant de prix que le don le plus excellent et la faveur la plus singulière.

Voulez-vous conserver la grâce de Dieu ? Alors soyez reconnaissant lorsqu'il vous la donne, patient lorsqu'il vous l'ôte. Priez pour qu'elle vous soit rendue, et soyez humble et vigilant pour ne pas la perdre.     

Cette parole semble dure : «  Renoncez à vous-même, prenez votre croix et suivez Jésus. » Pourquoi donc craignez vous de porter la Croix {les épreuves qui vous arrivent}, par laquelle on arrive au royaume du ciel ?
Dans la Croix est le salut, la vie, la protection, contre les ennemis, la force de l'âme, la joie de l'esprit, l'espérance de la vie éternelle.
Prenez donc votre Croix et suivez Jésus, et vous parviendrez à l'éternelle félicité.

                                  

Heureux ceux dont la joie est de s'occuper de Dieu et qui se dégagent de tous les embarras du monde... Laissez là tout ce qui passe ; ne cherchez que ce qui est éternel.

« Parle Seigneur, ton serviteur écoute », dit le jeune Samuel .

 

Parle-moi pour consoler un peu mon âme, pour m'apprendre à réformer ma vie, parle-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de ton nom.

Le monde promet peu de chose et des choses qui passent, et on le sert avec une grande ardeur ; je promets [dit Jésus] des biens immenses , éternels , et le cœur des hommes reste froid... Ce que j'ai promis, je le donnerai ; ce que j'ai dit, je l'accomplirai, si toutefois l'on demeure avec fidélité dans mon amour jusqu'à la fin... Gravez mes paroles dans votre cœur, et méditez-les profondément : car, à l'heure de la tentation, elles vous seront très nécessaires.

Seigneur, ne détournez pas de moi votre visage ; ne différez pas à me visiter : ne me retirez pas votre consolation, de peur que privée de vous, mon âme ne devienne comme une terre sans eau.

                           

C'est quelque chose de grand que l'amour, et un bien au-dessus de tous les biens. Seul, il rend léger ce qui est pesant, et fait qu'on supporte avec une âme égale toutes les vicissitudes de la vie... Rien n'est plus doux que l'amour ...parce que l'amour est né de Dieu... Celui qui aime, court, vole ; il est dans la joie, il est libre et rien ne l'arrête... L'amour souvent ne connaît point de mesure, mais comme l'eau qui bouillonne, il déborde de toutes parts... L'amour veille sans cesse ; dans le sommeil même il ne dort point.

 - Jésus : Mon fils, votre amour n'est encore ni assez fort ni assez éclairé.

- Le fidèle : Pourquoi, Seigneur ?

- Jésus : Parce qu'à la moindre contrariété vous laissez là l'oeuvre commencée, et que vous recherchez trop avidement les consolations. 
Celui qui aime fortement demeure ferme dans la tentation et ne cède point aux suggestions artificieuses de l'ennemi.

Retire-toi de moi, détestable séducteur, tu n'auras jamais en moi aucune part ; mais Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu demeureras confondu. Tais-toi donc, ne me parle plus ; je ne t'écouterai pas davantage, quoique tu fasses pour m 'inquiéter.
  « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? »

                                               

Mise à jour : Lundi 12 Février 2024, 13:00
Denyse - rubrique 08- ARCHIVES - Règle de Saint Benoît - Texte et commentaires ch.1 à 42 - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 03 Janvier 2024

Abbaye bénédictine de Saint Gall (Suisse)

 L'ABBAYE DE SAINT-GALL (Suisse) et sa BIBLIOTHEQUE BENEDICTINE

C'est le bien réel et pourtant mythique plan idéal de l'abbaye conçu par saint Gall, moine irlandais, au IX°siècle et qui servit de référence à la construction de monastères à travers les siècles, qui est certainement l'un des joyaux de ce monastère dont la première fondation remonte au 9°siècle. Reconstruite au 15°s. dans le style gothique, l'ancienne église abbatiale devint la cathédrale de l'évêché de Saint-Gall.

La cathédrale renferme d'importantes œuvres d'art baroques, notamment les impressionnantes stalles du choeur ornées d'un cycle dédié à saint Benoît.
                               
               

Mais c'est surtout la magnifique salle baroque de la bibliothèque de l'abbaye et le caractère exceptionnel de sa collection de manuscrits qui attirent les visiteurs. En effet, la bibliothèque de Saint-Gall compte parmi les bibliothèques historiques les plus importantes au monde renfermant un fond de manuscrits originaux de grande qualité, trésor emblématique de la naissance de la culture européenne depuis le début du Moyen-Âge.

                  

                 
                 Règle de Saint Benoît - Copie du 9°s.

           
              Missel pontifical - 15°s.

                 
                 Evangélium longum - Tablette en ivoire

La salle des archives est elle aussi intéressante. Dans ces casiers conçus pour être maniables (une innovation à l'époque) , transportables en cas d'urgence sont conservés des chartes, des documents juridiques, l'unique livre de vœux monastiques de l'ère carolingienne à avoir survécu.

                

Ce site vaut le détour, et même le voyage. L'abbaye est située également dans le quartier historique de la ville très typé et particulièrement bien rénové. 

A une trentaine de kilomètres, on peut découvrir aussi la belle région d' Appensell toute en prairies et vallons.
Un peu plus loin vers l'ouest de la Suisse, l'abbaye de Einsiedeln est un lieu de pélerinage très couru : abbatiale remarquable de style baroque et lieu de recueillement auprès de la Vierge des ermites

  
                         Einsiedeln


DG -  © D.G

 

 

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Lundi 13 Février 2023

Règle de saint BENOÎT - Prologue

 2023 - REGLE  DE  SAINT BENOÎT

LE PROLOGUE

PR 1-7

                      
 
                    Abbaye de Noirlac (Cher)    
© D.G

Tout comme on accroche un nouveau calendrier le 1er janvier, on ouvre à nouveau la Règle de saint Benoît à sa première page, celle du Prologue. Et on constate, comme pour la lecture de la Parole de Dieu, que le message de Benoît même s'il est connu, semble avoir toujours quelque chose à nous dire. Nous-mêmes, ne sommes plus les mêmes qu'au 1er janvier dernier et notre lecture en est forcément changée, riche d'expériences nouvelles qui donnent à nos vies un autre éclairage au fil des jours.

Tout au long de sa Règle, en vrai père parlant à son fils, Saint Benoît, un vrai maître spirituel, conseille ses frères, en homme d'expérience, en psychologue et surtout en frère aimant qui désire transmettre l'amour et la lumière de Dieu qui sont transformants.

Alors, écoutons nous aussi et qui que nous soyons , essayons de "suivre effectivement".

L'Eglise vénère Saint Benoît comme l'ancêtre de tous les moines d'Occident et nombres d'ordres religieux se sont mis à l' école de sa paternité. Cette Règle n'est pas contrainte mais appel à une certaine docilité et  humilité nécessaires à celui qui veut progresser. C'est incontestablement un travail rude que propose saint Benoît mais d'une incomparable fécondité.


C'est toujours avec bonheur que nous réentendons la voix paternelle de Benoît :

- v. 1 " Ecoute, ô mon fils, les instructions du maître et prête l'oreille de ton coeur; accepte les conseils d'un vrai père et suis-les effectivement." 

ECOUTE .... maître mot de nos vies.

C'est le but du Prologue : il nous invite à l'écoute de la Règle qui va suivre. L'écoute est le préalable incontournable de notre vie avant toute action, toute mise en oeuvre.

Ecoute les paroles de tes proches, de tes voisins, de tes collègues. N'écoute pas distraitement. Prends-les en compte. Ecoute ce qui est dit (ou plutôt non-dit) derrières ces paroles-là : une solitude, une tristesse, une espérance.

Ecoute jusqu'au bout ; ce que tu as à répondre n'est pas forcément très important. Ecoute bien avec l'oreille de ton coeur.

Ecoute les infos sans te dire d'avance que tu ne peux rien contre la guerre et la misère.

Ecoute cet appel d'aide loin de chez toi ou près de chez toi. Peut-être est-il justement pour toi.

Ecouter veut dire aussi "obéir". D'ailleurs Benoît ajoute bien : "et suis-les effectivement"

Laisse tomber tes résistances, tes peurs, tes doutes. Ose. Vit. Va à l'essentiel. Faire la volonté de Dieu, c'est aller à l'essentiel. Un essentiel qui passe par le dépouillement de l'inutile, qui s'appuie sur la simplicité du quotidien.

Dieu est loin ? mais non, il est en toi, dans ta capacité d'aimer ,d'accueillir et de donner.

"Ce que tu fais au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que tu le fais", dit Dieu.

Ecoutons en effet ces autres paroles du Prologue qui recentrent notre écoute et nos actions sur la lumière de Dieu.

Comme les mages ont suivi l'étoile. Leur parcours fut inattendu, leur découverte aussi. Quant au retour "à la maison", ils en furent transfigurés.

- v. 2 Ainsi tu reviendras par le travail de l'obéissance à celui dont tu t'a éloigné la paresse de la désobéissance.

                              
                           
   Abbaye de Noirlac - 
© D.G

Cet enseignement du maître est donné par un père aimant qui demande de faire ce qu’il dit. Ce travail est un combat qui va permettre de revenir à Dieu. Ceci s’adresse à celui qui est volontaire pour se dépasser lui-même en renonçant à sa volonté propre, à son égoïsme, et qui ne choisit pas lui-même. Celui qui donne les ordres et qui dit comment il faut combattre c’est le Christ qui nous indique le chemin du Père et dont il a été obéissant en tout et jusqu’à la mort. C’est donc par la fréquentation de la Parole que l’on découvre le mode de vie qui conduit les fils au Père. Ce qui revient à dire que nous devons trouver à l’exemple du Christ l’image et la ressemblance de Dieu en utilisant les dons qu’il a mis en nous, c’est à dire les talents que nous avons reçus et que nous devons faire valoir. Chacun de nous avec ce qu’il est et comme il est. Refuser cette démarche de conversion c’est se condamner. En effet, le Christ qui conduit au Père, image du Père se présente à nous comme celui qui est le Chemin la Vérité et la Vie. L’Esprit qui vit en nous éclaire et nous vient en aide.

Les verbes : écouter, ouvrir l’oreille du cœur, accepter les conseils, travailler à obéir, revenir vers Dieu, renoncer à se choisir, combattre contre soi-même sous les ordres du Christ.

Chaque fois que l‘on entreprend une action bonne commencer par supplier qu’elle aille à son terme. C’est apprendre à faire la volonté du Père comme le Christ l’a enseigné.’’ Que ta volonté soit faite … ‘’ et non la mienne.
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PR 5-9

"Le Seigneur attend de nous, que chaque jour, nous répondions à ses conseils par des actes…’’
‘’ Ne sais-tu pas que Dieu n’est patient que pour t‘amener à changer de vie ? ‘’ (Rom2,4)

                                                                       
                   Ancienne abbaye cistercienne de Saint-Sauveur (Vosges)© D.G

Le Seigneur nous attend effectivement. Et chaque jour. Tout comme nous le cherchons. Comment ne nous rencontrerions-nous pas ?
Et puis, il nous faut répondre pas seulement en paroles et en actes. Aujourd'hui, ce sera quoi ?

 Le désir de Dieu est de nous rapprocher de Lui, de lui ressembler, ou plus exactement de vivre sous son influence et de retrouver notre visage originel. C'est notre marche vers la sainteté et le bonheur.
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PR 8

                             
                Ile de Ré – Abbaye des Chateliers © D.G

 Levons-nous donc enfin ; l'Ecriture ne cesse de nous éveiller, disant : L'heure est venue de nous lever de notre sommeil.(Romains 3,11)

 Les moines sont très matinaux, car ce temps avant l'aube est propice à la prière, permet de se disposer à entamer un jour nouveau avec une certaine fraîcheur, l'esprit reposé par la nuit.

Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche chantera ta louange. Ce sont leurs premières paroles.

 Prendre le temps de commencer sa journée avec calme, sans hâte ( se lever quelques minutes plus tôt). Lire (pourqoi pas?) un petit passage de l'Evangile du jour que nous « ruminerons » tout au long du jour.

Il est fort probable que nous trouverons l'occasion de l'actualiser. C'est ainsi (entre autres) que parle le Seigneur dans nos vies.

 Ouvrons les yeux à la lumière divine. Ecoutons d'une oreille attentive la voix puissante de Dieu qui chaque jour nous presse en disant : Aujourd'hui, si vous entendez sa voix n'endurcissez pas votre cœur.

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PR 10-13

Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur (Ps94,8) et encore : Celui qui a des oreilles pour entendre (Mt 11,15) qu'il écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises (Ap 2,7). Et que dit-il ? Venez, fils, écoutez-moi, je vous enseignerai l'amour du Seigneur. (Ps 33,12)

Courez tant que vous avez la lumière de la vie, pour que ne vous enveloppent les ténèbres de la mort . (Jn 12,35)

                        
Abbaye cistercienne d'Acey - © D.G

Ces paroles de saint Benoît nous montrent particulièrement dans ce passage, combien elles sont tissées de références bibliques. Notre vie doit elle aussi être habillée de la Parole de Dieu. Et pour cela il faut y être attentif, et l'écouter avec les oreilles du cœur.

« Courez ! » Nous voyons plus que jamais, combien il y a urgence à restaurer l'Eglise et le monde.
Sinon, c'est clair, nous courons à notre perte.

Nous nous sentons démunis ? Faisons davantage confiance à Dieu. Mais les miracles ne se feront pas sans nous. Notre paroisse est en perte de vitesse ? Mais est-ce que je n'attends pas tout des autres sans moi-même m'y investir un peu ?
Hâtons-nous !

                             
                               Acey 
© D.G

PR 14-15

14 - Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la foule à qui il lance ces appels, reprend : 

15 "Quel est l'homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? 

Nous cherchons Le Seigneur mais lui aussi nous cherche. Dans une foule, ce n'est pas toujours facile de croiser le bon regard. Mais l'appel est pour tous. Cela se vérifie dans la question posée au v.15. En effet, tout homme veut la vie et désire voir des jours heureux.

C'est bien l'aspiration de tout homme à l'est comme à l'ouest, au nord comme au sud. Mais tout homme n'envisage pas le bonheur de la même façon. A quel bonheur aspirent des immigrés campant depuis des jours dans le désert ? A quel bonheur aspire l'homme riche qui n'est pas aimé ou le malade en fin de vie ?

Quand on entre dans le 3°-4° âge, on se demande parfois si dans les années passées nous avons vraiment mis tout en œuvre pour trouver le bonheur et en donner. Les jours sont désormais comptés et on aspire parfois et peut-être un peu tardivement, à revenir à l'essentiel, à nos désirs profonds.  Quels sont-ils ? Quelle place pour Dieu ?


                 
Abbaye d'AUBAZINE (Corrèze)   © D.G

PR 16-17

16 Si, ayant entendu, tu réponds : "Moi", Dieu te dit :

17 "Veux-tu avoir la vraie vie, la vie éternelle ? Alors garde ta langue du mal et fais le bien; recherche la paix et poursuis-la."

             
Abbaye d'Auberive - (Haute-Marne) © D.G

Il nous faut "entendre" la Parole de Dieu et qu'elle touche notre coeur. Aujourd'hui, qu'est-ce que "moi" j'attends de la vie? Au v.17, Dieu pose sa question plus précisément : la "vraie" vie, la vie "éternelle". Voilà qui est plus difficile à saisir. Alors le Seigneur, par la bouche de Benoît se fait plus concret, avec des mots accessibles à tous : "Garde ta langue du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-là". 

On perçoit déjà bien ainsi la bonté de Dieu, l'espérance qui nous est proposée ("si tu veux") d'une vie heureuse et les choix entre bien et mal ainsi que la persévérance que cela nécessite. C'est tout à fait à notre portée humaine. Et si oeuvrer à la paix, c'était déjà rencontrer Dieu ? 

  "Qui donc aime la vie 
  et désire les jours où il verra le bonheur ?                                 
 Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides.
 Evite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la ."   

  
Ps 33,13-15            

 PR v.18-20

18 – « Faites ainsi et mes yeux seront fixés sur vous, je prêterai l’oreille à vos prières, et avant même que vous m’invoquiez, je vous dirai : Me voici. » (Isaïe 58,9)

19-20 – Quoi de plus doux , frères bien-aimés, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voyez avec quelle tendresse le Seigneur nous indique la route de la vie !

On pourrait s’attendre de la part d’une règle de vie à une certaine froideur, à de la rigidité. On voit ici que ce n’est pas le cas selon  saint Benoît. Sa sensibilité traduit la tendresse de Dieu qui l’habite. Et c’est bien ainsi qu’il nous faut vivre dans l’attention à l’autre (je prêterai l’oreille…), l’anticipation à ses désirs (avant même que…), l’invitation sans forcer (le Seigneur invite), et avec douceur et  tendresse.

Quelle image avons-nous de Dieu ? Celle d’un juge, d’un père, d’un frère ? Notre vie cherche-t-elle à s’ajuster aux qualités du Seigneur ?

Nos vies, nos rencontres, l'actualité attestent malheureusement des comportements bien plus égoïstes, bien plus durs. Notre cœur est mis à l'épreuve par des échecs dans nos relations et il risque peu à peu de se fermer, de ne plus faire confiance, de désespérer de la fraternité.

Ce jeune qui se suicide du fait de harcèlement, cet adulte qui meurt à petit feu dans sa prison parce qu'il conteste un régime totalitaire, cette vieille femme solitaire que plus personne ne visite....

On verrait vite la vie du monde en noir. Mais des étoiles brillent aussi dans la nuit. Elles sont innombrables. Quelles seront, pour nous, celles d'aujourd'hui ?

                                      
    Abbaye de l'Escaladieu (Hautes Pyrénées)
- © D.G

PR v.21
- Sanglés du ceinturon de la foi et de la pratique des bonnes actions, sous la conduite de l'Evangile, suivons donc ses chemins pour obtenir de voir dans son royaume, celui qui nous a appelés.

Dans ce verset, l'essentiel est dit. Dieu nous appelle à croire en Lui et à mettre en pratique ce que nous enseigne l'Evangile. L'objectif étant d'entrer à la fin de notre parcours sur terre, dans le Royaume de Dieu.

« Sanglés du ceinturon » : langage militaire de l'époque médiévale mais qui souligne malgré tout que la foi est un combat. Cela l'a été pour Jésus et nous le savons bien par expérience, faire gagner le bien sur le mal dans les petites choses comme dans les grandes, est un effort de chaque jour. Mais avec Jésus, nous marchons en quelque sorte en tandem. Et notre « code de la route » est l'Evangile qu'il nous faut lire et relire.
 
                                  
                                    Abbaye de Bricquebec (Manche) - © D.G

PR 22 
Si nous voulons habiter dans l’intérieur de ce royaume, il faut y courir à force de bonnes actions, sinon nous n’y parviendrons jamais.

« Si nous voulons » : notre volonté est en jeu. Benoît insiste à travers sa Règle, sur notre liberté. L’amour de Dieu ne s’imposera pas à nous. Et « il faut y courir à force de… » souligne bien l’effort, l’énergie qu’il sera nécessaire de fournir pour parvenir à ce but. L’engagement dans un amour humain a d’ailleurs les mêmes caractéristiques : c’est un grand bonheur donné mais qui se gagne aussi tout au long de la vie. Les statistiques actuelles sur les divorces et séparations sont bien pessimistes concernant les efforts dont l’homme (la femme)  est capable… Si la grâce de Dieu est la source d’énergie vitale, nos «  bonnes actions » ont aussi toute leur importance. Saint Benoît insiste beaucoup dans sa Règle sur la mise en pratique .

Il ne s’agit pas d’agir en toute hâte, mais d’être conscient que rien ne peut se faire en un jour, qu’il y faudra du temps, de la persévérance. Le temps presse pour nous-mêmes de nous réajuster à Dieu, mais il presse aussi pour nos frères avec lesquels nous sommes appelés à vivre . Et Dieu lui-même, dans son amour, ne nous attend-t-il pas aussi ?

 Une foi qui n'agit pas est vaine.

                       
Vestiges de l'abbaye cistercienne de Cherlieu (Haute-Marne)
© D.G

PR 23
Mais avec le prophète interrogeons le Seigneur en lui disant : « Seigneur qui habitera dans ta demeure et qui aura son repos sur ta montagne sainte ? »
 (Ps 14,1)

Le disciple peut s’interroger légitimement sur les conditions d’accès à un royaume qui lui semble inaccessible telle une haute montagne. Saint Bernard a lui aussi largement développé cette question, cette espérance. Le peuple d’Israël pensait que lui était réservé cette place. Le message de Jésus est tout autre : il s’adresse à tous les hommes. Il n’y met pas de conditions. Simplement, il s’agit de suivre la voie qu’il nous trace et d’adhérer librement à cette façon d’être et de vivre qu’il propose. Porte-paroles (Verbe) de Dieu, nous pouvons faire confiance aux conseils du Seigneur, repris par saint Benoît dans sa Règle.

Le message du Christ a bien cet objectif que nous habitions tous près de Dieu car ce sera, pour nous, retrouver ainsi la raison de la création de l'homme en harmonie parfaite avec son Créateur. Nous pouvons cependant nous efforcer de vivre dès maintenant dans cet esprit et reconnaissons que nous avons du mal à tenir ce cap !

Alors ne lâchons pas la compagnie du Seigneur. Pourquoi ne pas s'associer à un petit groupe de chrétiens qui partage régulièrement la Parole de Dieu ? C'est un bon soutien.

 

                              
  Abbaye de Fontfroide (Aude) © D.G

PR 24-27 
24 - A cette question, frères, écoutons la réponse du Seigneur qui nous montre la route de cette demeure :

25 – C’est celui dont la conduite est sans reproche et qui pratique la justice ;

26 – qui dit la vérité du fond du cœur et n’use pas de sa langue pour tromper ;

27 – qui ne fait du mal à personne et n’admet rien qui fasse tort au prochain. » (Ps 14, 2-3)

On dépasse l’obéissance à des lois, à des commandements pour entrer dans un langage et un comportement d’amour et de justice  envers le prochain . Chaque conseil est souligné par la radicalité du propos : « sans reproche », « du fond du cœur », « à personne », « rien »… L’engagement chrétien est sans compromis. Oui, la montagne peut être, certains jours, difficile à gravir.  Mais faire le bien en toutes choses n’est-il pas un beau projet de vie ? 

                               
                
  Abbaye de Fontfroide (Aude) © D.G   

 
PR 28

  Quand le diable lui suggère quelque mauvais dessein, il le rejette, lui et sa suggestion, loin des regards de son cœur, il le réduit à rien et, saisissant à peine nées les pensées diaboliques, il les brise contre le Christ.

 Chaque mot de ce verset est très fort, très significatif et souligne bien le combat qui se joue entre le diable et nous. La rectification relativement récente du Notre Père , « ne nous laisse pas entrer en tentation » reprend bien cette idée. Il n’y a aucun péché , ni aucune honte à être tenté. Jésus lui-même l’a été au désert, au Jardin des Oliviers. Notre vie humaine est ainsi faite que nous avons sans cesse à faire des choix pas seulement entre le bien et le mal mais aussi entre le bon et le meilleur. Cela peut toucher de petites choses (le jeûne par exemple) mais qui ne fait pas d’efforts sur de petites choses n’en fera sûrement pas sur de plus grandes. Mais il y a aussi des choix cruciaux, déterminants pour notre vie ou pour celles de nos frères. Comme conseille Benoît, nous devons rejeter « loin des regards de [notre] cœur » ,tout ce qui est incompatible avec l’amour de Dieu que nous proclamons.  Le « diable », quelque soit la façon dont nous nous le représentons, est habile, les tentations parfois si fortes que nous y cédons. D’ailleurs Benoît dit de ne pas les laisser nous envahir, il faut « les saisir à peine nées », comme la mauvaise herbe.

Relire sa vie régulièrement à la lumière de la Parole va nous aider à nous recentrer sur Dieu, à prendre conscience de nos dérives, à briser contre le roc qu’est le Christ tout ce qui nous empêche d’être bons, d’être enfants de Dieu. Il nous suffit de le vouloir du fond du cœur et la grâce de Dieu fera le reste.  

Essayez et vous verrez !   

                             
  Abbaye de Fontenay (Côte d'Or)    - © D.G   

  PR 29-31

 Il est de ceux qui, craignant le Seigneur, ne s’enorgueillissent pas de leur bonne conduite et qui, estimant que le bien même qui se trouve en eux n’est pas en leur pouvoir et vient de Dieu, glorifient le Seigneur agissant en eux et disent avec le prophète : «  Ce n’est pas nous Seigneur, ce n’est pas nous, mais à ton nom qu’il faut donner la gloire. » (Ps 113)  L’apôtre Paul non plus ne s’attribuait rien à lui-même de sa prédication et disait : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. » (1Co 15,10) Et il disait encore : « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. » (2Co 10,17)

Au chapitre 7 de sa Règle, saint Benoît va développer une des qualités majeures qu’il attend de ses moines : l’humilité. Dans ce verset 29 du Prologue les bases sont déjà posées.

Dans ces quelques lignes, saint Benoît rappelle que nous n'avons pas à nous glorifier , à être fiers, de ce que nous pouvons faire de bien. Il est assez naturel d'être contents de soi quand on a fait ce qu'il faut pour bien agir. Alors contents ? Oui. Mais si nous sommes parvenus à faire le bien , c'est parce qu'en nous, Dieu nous assiste et même initie nos actions. Il peut même arriver parfois d'être dépassé par ses propres paroles ou gestes comme si quelqu'un agissait à notre place, et bien mieux que nous.

Ce qui est important pour le chrétien, c'est de garder confiance en cette présence intime et agissante de Dieu en nous. En avoir conscience, ce n'est pas tant faire preuve d'humilité que d'accepter ce partenariat insolite et divin.

Nous connaissons l'expression : Dieu ne fera rien sans nous. On est d'accord. Mais que serions-nous sans Lui ?

Réjouissons-nous de faire le bien et de le devoir à la grâce de Dieu !

              
  Abbaye de Fontenay (Côte d'Or) © D.G
 

PR 33-34

33- Le Seigneur dit aussi dans l’Evangile (Mt 7,24-25) : « Celui qui écoute mes paroles et les accomplit, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc ;

34 - les torrents sont venusles vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison ; mais elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur le roc.

La sagesse... Voilà sans doute une des qualités primordiales à laquelle nous invite l'Evangile. Quand on le parcourt et le médite, on s'aperçoit que le message de Jésus repose sur une grande sagesse. Que ses exemples soient pris dans la nature, dans des rencontres, à travers des paraboles ils reposent sur le bon sens. Ils n'ont, en soi, rien de révolutionnaires. Bâtir, par exemple, sa maison sur un terrain solide, devrait aller de soi, et lu au second degré, bâtir sa vie sur des valeurs sûres, honnêtes et fraternelles rend la vie bien plus belle. Non sans effort.

Mais nous connaissons aussi nos tentations et nos dérives et la sagesse n'est pas toujours privilégiée. Les désastres actuels découverts dans la vie de l'Eglise nous invitent à une grande humilité et à une conversion profonde. Voilà « les torrents et les vents » qui la font chavirer.

Fonder nos vies sur le roc, c'est nous appuyer constamment sur la Parole de Dieu et sa sagesse. Notre boussole, c'est l'Evangile !

C'est ce que nous rappelle aujourd'hui le Christ par la voix de saint Benoît.

                        
 Abbaye de FONTENAY (Côte d'Or) - Moine lisant  © D.G -

PR 35

35 – Finalement, le Seigneur attend de nous que, chaque jour, nous répondions par des actes à ses saintes leçons.

Une foi qui n'agit pas est une foi morte...

Quelque soit notre vocation, active ou contemplative, notre source chrétienne est la Parole de Dieu dans la Bible, dans les Evangiles. Notre vie se réfère au message du Christ. Il nous faut donc, de façon incontournable, lire les textes bibliques.

Un ami qui ne lirait pas les lettres de son ami , qui ne chercherait pas à toujours mieux le connaître est-il un véritable ami ?

Cette base, ce roc posés, il s'agit d'en vivre au quotidien avec ses proches, avec ceux qu'on aime ou non, avec ceux que les occasions nous font rencontrer, en répondant aux appels qui nous sont faits, aux mains tendues. Ce n'est pas si compliqué, un peu exigeant parfois. Il faut surtout être attentifs à ce qui nous entoure et habité par la Parole de Dieu. Une parole par jour peut suffire ; cela en fait tout de même 365 en une année...

Au 17°s., saint François de Sales dont on fête le 400° anniversaire de la mort, et qui est reconnu pour ses qualités d'accompagnateur spirituel pensait que le chrétien qui a conscience de l'amour de Dieu devait avoir une forte vie spirituelle et un engagement sur son lieu de vie. Se contenter d'obéir à quelques préceptes n'a pour lui aucun sens.

Comme dit Benoît : « Le Seigneur nous attend... »


                      
                   Abbaye de Noirlac - © D.G  

PR 36-37-38

36 – Aussi est-ce pour la correction de nos vices que les jours de cette vie nous sont concédés comme un sursis ;

37 L’Apôtre le dit : «  Ne sais-tu pas que Dieu patiente afin de t’amener à la pénitence ? » (Rm2,4)

38 – Car, dans sa bonté, le Seigneur dit : «  Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. » (Ez 18,23 ; 33,11)

Le v.36 ne nous donne pas une vision très épanouissante d'une vie qui serait menacée, polluée, pas bien belle. Doit-on sans cesse avoir le nez sur nos fragilités et nos ombres ? Cette façon de voir fut certainement un travers de l'Eglise à certaines périodes où la culpabilité primait sur l'amour de Dieu et du prochain. On en reste marqué.
Cependant, comment grandir dans la foi sans cette prise de conscience et les efforts qu'elle suppose ?

« T’amener à la pénitence… » : c’est prendre conscience peu à peu de nos faiblesses, de nos erreurs en vue de les corriger pour consolider nos vies dans une juste et solide direction. C’est bien ce que tous les parents responsables font dans l’éducation de leurs enfants.

A plus forte raison, Dieu Notre Père nous enseigne par Jésus, la route à suivre, les terrains à désherber, les champs à semer. C’est vrai que nous allons éprouver là, au début, une certaine contrainte. Il est difficile de changer nos habitudes, les mauvaises comme les bonnes. Dieu va nous demander parfois de faire table rase pour nous reconstruire. Voilà la conversion.

Dieu ne veut en aucun cas nous écraser mais au contraire, « dans sa bonté » que nos vies s’épanouissent pleinement.

Alors « veux-tu être heureux ? »

                                   
        Abbaye cistercienne de La Fille-Dieu (Romont -Suisse) © D.G  

PR 39-41

39 -  Quand nous avons interrogé le Seigneur, frères, pour lui demander qui habitera dans sa demeure, nous avons entendu les préceptes à observer pour y habiter ; encore nous faut-il remplir cette obligation.

40 - Préparons donc nos cœurs et nos corps à mener le combat de la sainte obéissance aux commandements ;

41 - et pour ce qui est impossible à notre nature, prions le Seigneur de bien vouloir nous venir en aide par sa grâce.  

Les disciples eux-mêmes  avaient un jour demandé à Jésus comment suivre ce chemin qu'ils ne connaissaient pas. Saint Benoît rappelle à ses frères que pour cela il faut  accepter ce que Jésus nous propose : foi, espérance, charité, être humble et fraternel... Il parle d'obligation. Mais il ne faut pas voir cela comme un ordre mais comme une nécessité pour parvenir au but poursuivi.

Il est intéressant de souligner l’association indispensable entre notre cœur et notre corps. Pour agir en vérité, il est nécessaire d’adhérer vraiment , du fond du cœur, à ce parcours exigeant. La nécessité d’ « obéir » peut sembler contraignante de nos jours où la liberté s’impose. Mais cette « sainte obéissance » (seul endroit de la Règle où l’obéissance est sainte) doit être mieux comprise comme un désir de tout mettre en œuvre pour répondre à l’amour de Dieu. Oui, il va peut-être falloir lutter contre notre propre volonté. Oui, il va falloir faire face à nos limites. Mais Benoît le dit bien , la lutte devient parfois impossible, « car je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire en l’être faible que je suis. Certes le bien existe en moi, mais non la capacité de l’accomplir. En effet, je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas. »  (Rm 7, 18-19)

Et avec humilité, il nous faut donc demander l’aide de Dieu. Donc prier et croire en la grâce.

                                    

 Abbaye cistercienne de La Fille-Dieu (Romont -Suisse) © D.G  

 PR 42-44

 42 – Si nous voulons échapper aux peines de l’enfer et parvenir à la vie éternelle

43 – tant que nous sommes encore dans le corps et que nous pouvons ainsi à la lumière de cette vie accomplir tout cela,

44 – il nous faut courir et faire maintenant ce qui nous profitera pour l’éternité.

La question se pose pour nous de savoir si nous croyons à l'enfer et à la vie éternelle.

Voilà deux lieux à propos desquels nous imaginons beaucoup mais savons peu de chose.

La vie éternelle est un état plutôt qu'un lieu, même si nous nous le représentons comme le paradis (celui d'Adam et Eve ?). Pour saint Benoît, comme pour Jésus, la vie éternelle se prépare sur terre en suivant le message des Evangiles. Notre vie terrestre nous initie à la vie fraternelle comme nous la vivrons à la perfection près de Dieu. Cette préparation est indispensable et urgente. Ne tardons plus à recentrer notre vie sur le Christ.

Voulons-nous parvenir à la vie éternelle ? Répondre à cette question oriente notre vie soit vers le néant soit vers un monde de béatitudes.

                         
  Abbaye d'Orval (Belgique)  © D.G 

PR 45

45 – Voilà pourquoi nous allons fonder une école du service du Seigneur.

Après avoir énoncé ce qui peut donner sens à la vie (se recentrer sur le Christ), saint Benoît souligne la raison d'être d'une communauté qui a les mêmes valeurs, les mêmes objectifs et souhaite avancer avec des frères en s'aidant mutuellement. Et toute communauté connaît aussi, au-delà de ces points communs, la diversité des personnes. Une école suppose aussi un (ou des) maître(s) d'où l'importance du rôle de l'abbé.

Qui accepterait de partir en mer sur un bateau sans capitaine ?

De même un capitaine ne navigue pas sans carte ni boussole. Pour les moines, la Règle de saint Benoît est un bel outil pour avancer et chacun se considère comme un modeste apprenti.

L'Eglise insiste souvent sur la formation des responsables et animateurs. C'est en effet essentiel pour ne pas s'enfermer dans nos propres convictions et pour se confronter à d'autres expériences et d'autres points de vue. On ne rappellera jamais assez que l'unité de l'Eglise se construit à travers une grande diversité qui est à respecter.

Laissons-nous instruire par les autres, par leurs témoignages. « Ecoute » dit saint Benoît. Veillons sur le bon choix de nos accompagnateurs. On ne peut en effet, aujourd'hui, ignorer les dérives et les désastres dûs à de mauvais maîtres.

Mais notre premier maître est d'abord le Christ.

« Le Seigneur est mon berger
   je ne manque de rien....

   Il me conduit par le juste chemin...
   Même si je marche dans un ravin d'ombre et de mort
   Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. »

Ps 23                        
                     
                  Abbaye d'Orval (Belgique) - © D.G 

PR 46-47-48

46 - En l’organisant, nous espérons n’y rien établir de rigoureux, ni rien de pesant.

47 -  Pourtant s’il s’y présentait un peu de contrainte, dictée par un juste motif, pour corriger les vices et sauvegarder la charité,

48 - n’allons pas épouvantés, fuir aussitôt le chemin du salut dont l’entrée est forcément étroite ;

 Le terme d’ « école » a souvent été souligné dans les commentaires de la Règle. Il traduit en effet la qualité de celui qui s’engage à la suite du Christ, comme étant un apprenti, tel l’écolier qui, en classe, avec l’aide d’enseignants, va apprendre à écouter, à lire, à comprendre, à respecter, à corriger ses erreurs.

Très respectueux de ses frères, Benoît ne voit pas dans cette école, une méthode trop rude. Même s'il compare parfois sa communauté à une armée, les principes sont tout autre. Le parcours pourra être parfois difficile et même contraignant, mais aussi heureusement parfois gratifiant. On voit les progrès, la joie de découvrir et de grandir. La Règle de saint Benoît est un bon outil éprouvé depuis des siècles. Ceux qui la connaissent bien, aiment cette règle soufflée à Benoît par l’Esprit, mais qui est aussi pour eux un cadre, une sécurité, un appui.

Comme dans toute croissance, soyons patients et persévérants, ne baissons pas trop vite les bras. Nous savons que les chemins les plus beaux ne sont pas les plus faciles. C'est peut-être ce qui en fait leur charme. Pensons aux alpinistes. Les moins aguerris pleurent parfois d'épuisement à quelques mètres du sommet mais ils iront jusqu'en haut !

N'oublions pas, de remettre tout cela entre les mains du Christ. Notre force est en Lui et laissons notre cœur se dilater à l’écoute de la Parole qui peut conduire  et éclairer nos vies.

                  

                              

                                     Abbaye de Tamié (Savoie) 
 © D.G 

PR 49

49 - car avec le progrès de la conduite et de la foi, le cœur se dilate et c’est dans une ineffable douceur d’amour que l’on court sur le chemin des commandements de Dieu

Après avoir évoqué les incontournables efforts nécessaires pour espérer progresser dans la foi et dans nos pratiques, saint Benoît exprime clairement la joie qui en résulte et la douceur qu'on peut éprouver de s'approcher un peu de Dieu . On va effectivement allonger le pas, courir même car on voit plus clair dans sa vie, celle-ci étant de mieux en mieux balisée et orientée.

Les commandements de Dieu évoquent bien sûr la Loi mais que l'amour (Jésus) accomplit. C'est en aimant nos frères que nous portons et découvrons tout à la fois l'amour de Dieu.

Face au désastre causé par le séisme en Turquie et Syrie, les manifestations mondiales de solidarité sont une consolation pour les victimes et pour nous une espérance.

Que la part de l'homme poussé à la guerre et au mal s'amenuise laissant toujours plus de part à la fraternité et au bien. Voilà le grand désir de Dieu, notre Père.

            
  Abbaye cistercienne de SCOURMONT (Belgique) -  © D.G 

PR 50 
50 – 
Ainsi, ne nous écartant jamais de son autorité et persévérant dans son enseignement au monastère jusqu’à la mort, nous participerons par la patience aux souffrances du Christ pour obtenir d’être associés aussi à son règne. Amen.

Nous arrivons au terme de ce prologue où saint Benoît nous propose les pistes essentielles pour avancer dans la foi.
Il est clair que notre chemin sur terre sera jusqu’à notre mort une recherche, une quête de Dieu. Cela demande obéissance à sa volonté, une écoute persévérante et patiente de sa Parole. Notre participation aux souffrances du Christ est bien de vivre au cœur d’un monde constamment déchiré, en guerre, face à la pauvreté, la solitude de tant d’hommes, de femmes, d’enfants. Face à une Eglise en souffrance. Face aussi à notre propre impuissance, à nos infidélités. Nous pouvons un peu comprendre la souffrance du Christ dont le message est si mal reçu. Mais nous pouvons voir aussi quel bonheur et quelle lumière il apporte. Ne baissons pas les bras, ne laissons pas nos cœurs dépérir.

                                            

   

Comme y insiste le pape François, l’Eglise n’est certainement pas un modèle de sainteté mais elle peut être un témoin de la charité, de l’amour aux plus pauvres d’entre nous. Elle peut être un moteur dans la sauvegarde de la création. Même à travers nos faiblesses, elle peut témoigner de sa foi en un Dieu qui aime l’homme et l’invite au vrai bonheur.

 DG

 

 

Mise à jour : Lundi 12 Février 2024, 12:53
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Vendredi 30 Décembre 2022

PAROLES de SAGESSE

 PAROLES de SAGESSE pour aujourd'hui

             tirées de l' Imitation de Jésus-Christ »
                                  © D.G

                      
                               Abbaye d'Orval (Belgique)

 Il ne faut pas s'attacher trop à un sentiment qui bientôt peut se changer en un sentiment contraire.

Quand la grâce vous est donnée, songez combien vous êtes pauvre et misérable sans la grâce.

Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas à jouir des consolations de la grâce, mais à en supporter la privation avec humilité, avec patience, de sorte qu'on ne se relâche point dans l'exercice de la prière, et qu'on n'abandonne aucune de ses pratiques accoutumées. Faîtes, au contraire, ce qui est en vous le mieux que vous pourrez, selon vos lumières, et ne vous négligez pas entièrement vous-même à cause de la sécheresse et de l'angoisse que vous pouvez sentir en votre âme.

Que vous rendrai-je Seigneur pour tant de biens ? Ah ! Si je pouvais vous servir tous les jours de ma vie ! Si je pouvais même un seul jour, vous servir dignement !

Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi universellement, digne de tout honneur et d'une louange éternelle.

Vous êtes vraiment mon Seigneur, et je suis votre pauvre serviteur, qui doit vous servir de toutes mes forces, et ne me lasser jamais de vous louer. Je le veux ainsi, je le désire ainsi ; daignez suppléer vous-même à tout ce qui me manque.

                                   

Apprenez à vous contenter de peu, à aimer les choses les plus simples et à ne jamais vous plaindre de rien.

Le fidèle : « Seigneur mon Dieu, je vois combien la patience m'est nécessaire ; car cette vie est pleine de contradictions ! »

Une mauvaise habitude t'arrêtera, mais tu vaincras pour une meilleure. La chair murmurera ; mais elle sera contenue par la ferveur de l'esprit. L'antique serpent te sollicitera, t'exercera ; mais tu le mettras en fuite par la prière ; et en t'occupant surtout d'un travail utile, tu lui fermera l'entrée de ton âme.

L'ennemi du dehors est bien plus vite vaincu, quand l'homme n'a pas la guerre au-dedans de soi. 
L'ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c'est vous, lorsque vous êtes divisé en vous-même.
Ce que vous souffrez est peu en comparaison de ce qu'on souffert tant d'autres... Soyez prêt au combat si vous voulez remporter la victoire.
- Seigneur, que ce qui me paraît impossible à la nature me devienne possible par votre grâce.

Jésus : Mon fils, je vais t'enseigner maintenant la voie de la paix et de la vraie liberté.

Applique-toi à faire plutôt la volonté d'autrui que la tienne.
Choisis toujours plutôt d'avoir moins que plus.
Cherche toujours la dernière place, et être au-dessous de tous.
Désire toujours et prie que la volonté de Dieu s'accomplisse parfaitement en toi.
Celui qui agit ainsi est dans la voie de la paix et du repos

                         
                          Abbaye Saint Benoît sur Loire

Jésus
 : Que te fait ce qu'est celui-ci, comment parle ou agit celui-là ? Tu n'as point à répondre des autres ; mais tu réponds pour toi-même ; de quoi donc t'inquiètes-tu ?

Voilà que je connais tous les hommes : je vois tout ce qui se passe sous le soleil ; je sais ce qu'il en est de chacun, ce qu'il pense, ce qu'il veut, et où tendent ses vues.

 C'est donc à moi qu'on doit tout abandonner. Pour toi, demeure en paix et laisse ceux qui s'agitent, s'agiter tant qu'ils voudront.


 Jésus : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix.. »

  • Que dois-je faire ?

  • Veille à ce que tu fais et à ce que tu dis. Ne juge pas témérairement des actions des autres ; ne t'en mêle pas si tu n'en est pas chargé ; alors tu seras peu ou rarement troublé. Mais ne crois pas avoir trouvé la véritable paix lorsqu'il ne t'arrive aucune contrariété.

- Faites Seigneur, que je ne détourne jamais des choses du ciel les regards de mon cœur. Que votre main me conduise, afin qu'instruit par vous je me préserve de tout excès.

A suivre....

 

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Mise à jour : Lundi 12 Février 2024, 12:55
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Mercredi 07 Décembre 2022

Noël, une grande joie - Pape FRANCOIS

 NOËL , UNE GRANDE JOIE

Aujourd'hui, nous est né un Sauveur

Pape FRANCOIS

Ed. du Cerf, 2022
140 p.

                                           

Voilà un beau document à lire ou à offrir en cette période de Noël.

Le Pape Francois nous invite à contempler la crèche, à travers de belles photos d'actualité ou d'oeuvres d'art, par des textes extraits d'homélies ou d'audiences.

Invitation à célébrer l'espoir, la paix, la justice et la fraternité durant les fêtes de Noël.

Avec un court texte et une illustration par page ou double page, ce recueil peut nous aider vraiment à entrer dans l'esprit de Noël : joie, partage, accueil de l'enfant Sauveur, mais aussi sobriété, conscience des peuples en détresse et en particulier des enfants confrontés aux guerres, à la famine.

Cet extraordinaire événement qu'est la venue de Dieu parmi nous, mystère du Salut, c''est « l'amour qui s'est fait chair ».

«  Jésus n'est pas seulement un maître de sagesse. Il n'est pas un idéal vers lequel nous tendons et dont nous savons que nous sommes inexorablement éloignés, il est le sens de la vie et de l'histoire, qui a établi sa tente au milieu de nous. » (Homélie de la messe de Noël, 2013) – p.110

«  Que l'Enfant petit et transis de froid que nous contemplons aujourd'hui dans la mangeoire protège tous les enfants de la terre ainsi que toute personne fragile, sans défense et marginalisée. Puissions-nous tous recevoir la paix et le réconfort par la naissance du Sauveur et, en nous sentant aimés par l'unique Père céleste, nous retrouver et vivre comme des frères ! » ( Message Urbi et Orbi – 25 déc.2018) – p.107

Le livre s'achève par la Lettre apostolique Admirabile signum sur la signification et la valeur de la crèche, lue par le Pape François à Grecchio, au Sanctuaire de la crèche, le 1er décembre 2019.

Mise à jour : Dimanche 10 Septembre 2023, 19:02
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Mardi 01 Novembre 2022

 Histoire d'une vie
 Aharon APPELFELD
 Ed. de l'Olivier, 2021
 216 p.

                                    

 Il s'agit d'un récit autobiographique. Né en 1932 en Ukraine, l'auteur a 8 ans quand la guerre le sépare de sa famille et il va devoir survivre seul pendant plusieurs années. Un grand traumatisme.

Comment exprimer un tel séisme dans la vie d'un enfant ? Arrivé à l'âge adulte, comment raconter son histoire, avec quels mots, en quelle langue ?

 L'auteur intercale ses souvenirs avec ce travail littéraire si difficile de transmission quand il s'agit d'évoquer tant de violences. Mais il se remémore aussi ses parents, des Juifs assimilés, ses grands-parents un couple de paysans dont la spiritualité simple le marque à jamais.

 Aharon a rejoint Israël, il a abandonné sa langue maternelle pour l'hébreu, langue dans laquelle il a écrit ce livre.

Mise à jour : Dimanche 10 Septembre 2023, 19:04
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